Une symphonie écrite il y a plus d'un siècle sort de l'oubli

Le compositeur français Vincent d'Indy (DR).

La « Symphonie italienne » de Vincent d’Indy, une oeuvre écrite en 1868 mais jamais enregistrée depuis, a été créée début septembre à Rennes, pour la première fois en France. Rue89 vous propose d'en écouter un extrait.



Extrait de « Venise », troisième mouvement de la « Symphonie italienne », composé par Vincent d'Indy.

Pour diriger cette pièce, écrite par un jeune homme de 20 ans, il fallait un chef qui ait « l’âge du rôle” : Lionel Bringuier, vingt printemps également, dont c'est le premier enregistrement discographique... comme la “Symphonie italienne » était la première oeuvre du compositeur français.

Pourquoi la « Symphonie italienne » n'a-t-elle été jouée ? Pourquoi le compositeur n’y a-t-il plus jamais fait allusion ? L’a-t-il simplement “oubliée”, parce qu’il était passé à autre chose ? C’est en tout cas ce que pense son arrière petit-fils, Christophe d’Indy, qui en a retrouvé le manuscrit dans la propriété familiale des Cévennes.

Nous sommes en 1869. Vincent d’Indy, qui a 18 ans et vient de réussir son bac après un premier échec, part faire un voyage en Suisse, en Allemagne et en Italie. « J'ai dans la tête un grand canevas de symphonie, je vais y faire passer mes impressions pendant le voyage... », écrit-il dans son journal. Il va coucher ce projet sur le papier.

Mais la guerre éclate et efface tout le reste : Vincent s’engage, et, à son retour, s’il présente son travail au chef d’orchestre Pasdeloup (qui en joue le scherzo au piano), son intérêt semble s’être envolé ailleurs.

Des monceaux de documents qui dorment encore

Aujourd’hui, on ne connaît aucun texte, aucune lettre, aucune mention de la main de Vincent d’Indy concernant cette première œuvre. Mais rien ne prouve qu’il n’en existe pas, étant donné les monceaux de documents (plus de 2000 ! ) qu'il a laissés et qui attendent d’être répertoriés. De la même manière, aucune trace d’une quelconque création publique : il n’y a jamais eu de déclaration à la Sacem.

Jusqu’à ce 5 septembre 2007, à Rennes, où la « Symphonie italienne » a été créée par l’orchestre de Bretagne et son chef associé Lionel Bringuier, également assistant d’Esa-Pekka Salonen à l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. L’occasion en était l’enregistrement pour le label Timpani de ce qui sera une première discographique mondiale (publication début 2008, édition Symétrie).

Auparavant, la pièce avait été jouée en Arménie, à Erevan, il y a deux ans, sous la direction d’Alexandre Siranossian, qui, ayant appris son existence, s’y était aussitôt intéressé.

Faut-il rejouer des oeuvres contre la volonté de l'auteur ?

Reste une question : cette exhumation participe-t-elle de la collectionnite aiguë qui a frappé la fin du XXe siècle, et qui veut tout classer, tout emmagasiner, pour ne rien laisser dans l’ombre, quitte à fouiller dans les poubelles, quitte à aller contre la volonté des auteurs ? Une manie qui a horrifié Milan Kundera, au point d’en avoir fait un des principaux thèmes des « Testaments trahis », parus chez Gallimard. N’aurait-on pas dû laisser cette Italienne au placard ? Eh bien, non !

Dans ses quatre mouvements -Rome, Florence, Venise, Naples- qui tiennent l’attention éveillée de bout en bout, il y a plein de trouvailles et d’imagination. Et aussi du rêve, de la poésie, comme on peut l’entendre dans l'extrait du troisième mouvement que vous propose Rue89. L’oeuvre sera accompagnée sur le disque par le « Concert pour piano, flûte, violoncelle et orchestre à cordes », avec Brigiite Engerer au piano, Magali Mosnier à la flûte et Marc Coppey au violoncelle. Le tout dirigé de main de maître par Lionel Bringuier.


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Nathalie Krafft | Journaliste
00H07 27/09/2007

Il s’agissait de la création en France, ce qui devrait, j’en suis d’accord avec vous, être précisé dès le début du texte. Une correction s’impose !A votre seconde question, il m’est impossible de répondre car nous n’en avons jamais eu d’écho. 

 
Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
00H37 27/09/2007

C’est mignon mais sans plus,c’est sans doute ce qu’en a pensé l’auteur en plaçant sa symphonie dans un carton.

 
Yann Guégan | Rue89
11H34 27/09/2007

C’est corrigé, cher Otto, merci pour votre vigilance.

 
Terence
00H02 27/09/2007

Ces poésies ne me convainquent pas tellement, on pourrait tout aussi bien parler d’Armand Sylvestre, de François Coppée ou de Jean Aicard… Le symbole est un peu boursouflé on va dire.
Le temps fait le tri tout de même. Malheureusement peut-être.

 
brogilo | in angulo
12H24 27/09/2007

Il arrive que de fort belles choses manquent de finir dans un placard.

Vermeer, qui peignait du temps de Rembrand, ne fut redécouvert que du temps de Van Gogh et ce, grâce à l’obstination d’un amateur passionné, Thoré-Bürger. (quelques années plus tard, le « petit pan de mur jaune » de M. Proust acheva de « sanctifier » le peintre)

 
enesideme
08H39 27/09/2007

je ne crois pas que ce qu’un auteur « aurait aimé » ou « pas aimé » quant au devenir de son oeuvre peut servir de critère. L’oeuvre n’est une oeuvre que par sa postérité plus en tout cas que par les intentions ou jugements de son auteur qui a toujours après tout le loisir de détruire ce qui ne lui convient pas.

 
THenrion
21H50 26/09/2007

Magnifique extrait…à 18 ans!!!

 
Thierry Catrou
22H03 26/09/2007

Encore des commentaires avertis ! Que de prétentions prétentieuses dans ces remarques.

 
Terence
23H55 26/09/2007

Pauvre d’Indy, nombre d’oeuvres postérieures à cette symphonie oubliée ont bien vieilli et sont devenues difficilement écoutables, celle là à l’air de se laisser entendre, cela fait penser à Brahms non ?

Mais pourquoi ne monte-t-on pas les grands oratorios de Charles Tournemire, ceux des années trente, qui dorment également au fond des tiroirs de la Bibliothèque nationale, sans jamais avoir été joués ?

La trilogie sur Faust ?

 
Rouille_Encagée | Citoyen du monde
17H17 27/09/2007

Google est ton ami.
Il existe aussi des encyclopédies :)

 
pikasso02
18H00 27/09/2007

A 18 ans pouvoir transposer avec des signes écrits sur des portées ce qu’il avait dans la tête, cela m’enchante. Que l’Etat fasse ce qu’il faut, pour que les jeunes puissent apprendre la façon d’écrire les mélodies qu’ils ont ou pourront un jour envie d’écouter. Il parait que le budget de la Culture va augmenter. Alors! Cela s’appelle le solfège. Comme les arts plastiques relégué au dernier rang, alors qu’ils devraient avoir autant d’importance que les autres matières. Savoir lire et écrire, OUI! Indispensable! Mais quel changement ce serait, si les enfants étaient formés à la musique! Merci Rue89!