
Un million de spectateurs pour un opéra sur grand écran

Un opéra diffusé en direct du Metropolitan Opera de New York sur grand écran dans une salle de cinéma à Périgueux, Tokyo ou Puerto Rico… Que penser de cette trouvaille ? Gadget ou nouvelle donne ? Et qu'en pense la première intéressée, Natalie Dessay, qui chante sur la scène du Met « La Fille du régiment » de Donizetti retransmis le 26 avril dans des cinémas du monde entier ?
De New York, elle explique :
« Ce que j'en pense ? C'est formidable ! Pour moi, c'est un coup de maître. Déjà, en France, tout le monde n'a pas l'occasion d'aller à l'opéra, surtout quand on habite une petite ville. Alors le Met, à New York ! Ce n'est même pas envisageable ! Samedi, je vais tout faire pour éviter de penser que je suis retransmise dans dix-sept pays, mais en même temps, il va falloir que j'y pense… »
Le principe ?
Alors que le spectacle a lieu à New York, le samedi à 13h30 heure locale, il est retransmis via deux satellites haute définition dans six cents salles de cinéma dans dix-sept pays, devant environ un million de spectateurs. Inaugurée l'année dernière aux Etats-Unis, l'opération « Met - Live in HD » a pris de l'ampleur avec huit représentations pendant la saison 2007-2008, dont « La Fille du régiment » diffusé le 26 avril dans les cinémas de six cents villes dans le monde, dont dix-sept en France.
Natalie Dessay chante le rôle-titre dans une mise en scène inénarrable de Laurent Pelly dont la première a eu lieu en 2007 à Londres. Virgin Classics, partenaire de « Met - Live in HD », le publie en DVD. Quelques extraits.
L'idée ?
Elle a germé dans la tête de David Bowie qui a retransmis en 2003 un de ses concerts (« Reality ») via satellite en direct dans des salles de cinéma et elle a rebondi dans celle de Peter Gelb, le nouveau directeur du Metropolitan Opera.
Il a commencé par négocier les droits avec les futurs chanteurs des futurs spectacles, qui ont accepté, sans cachet supplémentaire. Quant au chœur et à l'orchestre, « ils ont compris que c'était indispensable à la survie du métier et au renouvellement du public » a déclaré Peter Gelb.
Le prix ?
Le billet en France est vendu 18 euros. Chaque pays a sa politique tarifaire, décidé par le distributeur. En France, il s'agit de la société Ciel Ecran, spécialisée dans la retransmission en direct d'événements en tous genres (match de football, théâtre, concerts, etc.). Le coût très lourd de chaque direct (pas loin d'un million d'euros) est pris en charge par le Met, lui-même financé grâce à différents mécènes.
L'avenir ?
Après une première expérience cette année avec « La Bohème » de Puccini et « La Fille du régiment », le directeur de Ciel Ecran, Marc Welinski (le créateur de la chaîne Mezzo) vient de signer un contrat avec le Met pour les saisons futures. En 2008-2009, dix représentations en direct de New York seront diffusées dans les salles de cinéma françaises (programme en avant première ci-dessous).
Quant à savoir si, en France, les opéras vont s'y mettre eux aussi… A cette question, cruciale, Marc Welinski répond :
« Aucune maison d'opéra en Europe n'est organisée pour monter de telles opérations. Seule la Scala de Milan le fait, en partenariat avec la Rai, mais seulement en Italie du Nord. Malgré tout, j'ai reçu beaucoup de coups de téléphone… »
Natalie Dessay surenchérit :
« Je pense, bien sûr, que l'Opéra de Paris devrait pouvoir faire la même chose, mais il faut de l'argent et le mécénat n'est pas assez développé en France. D'ailleurs, il faudrait s'y mettre très vite, car cela va aller de moins en moins bien avec les subventions… »
Et maintenant, vous êtes dans votre fauteuil…
D'abord, la qualité de l'image et du son, avec notre témoin Natalie Dessay :
« J'ai regardé des extraits pour me rendre compte du résultat et j'ai trouvé que la qualité était superbe. »
Avec dix caméras qui filment à New York, un signal haute-définition que reçoit votre cinéma à Perpignan ou à Lille, tout est fait pour obtenir ce qu'il y a de mieux. Dans votre fauteuil, vous êtes comme au Met, avec certains avantages supplémentaires : avant le début du spectacle et pendant l'entracte, des reportages dans les coulisses, des interviews avec les chanteurs, metteur en scène, régisseurs. Des gros plans sur les visages, sur les musiciens, le chef d'orchestre. Tout en gardant la tension du direct avec son lot d'émotions. Ce qui fait défaut est aussi évidemment primordial : ce sont des images filmées, et non la réalité, en chair et en os. Mais, de toute façon, iriez-vous au Met ?
Alors, gadget ou nouvelle donne ?
Reposons la question : de toute façon, irions-nous au Met ? Non ! alors, il s'agit bien d'une nouvelle donne, car toute extension du public change l'approche des pouvoirs publics ; dans le domaine critiqué de l'opéra -la première subvention de l'Etat en matière musicale pour un art en voie de disparition, dixit ceux-là mêmes qui la reçoivent (Gérard Mortier, directeur de l'Opéra de Paris)- rien n'est pire que l'immobilisme.
Et quel tort cela pourrait-il faire aux maisons d'opéra ? Leur seul risque est que de nouveaux publics ayant découvert, par la vertu d'un billet de 18 euros, les charmes de l'opéra, prennent le chemin de leurs salles. Le mot de la fin à Natalie Dessay :
« Cela ne peut qu'être bénéfique pour l'opéra, surtout avec une mise en scène comme celle de Laurent Pelly pour “La Fille du régiment”, qui plaira à un public jeune. Mais même dans “La Bohème” dont la mise en scène date un peu, c'était formidable d'entendre en direct la belle voix d'Angela Gheorgiu… »
► Saison 2008-2009 : Toutes les représentations sont en live, à 19h30, le samedi : « Salomé » de R. Strauss (11 oct.) - « Doctor Atomic » de J. Adams (8 nov.) - « La Damnation de Faust » de Berlioz (22 nov.) - « Thaïs » de Massenet avec Renée Fleming et Thomas Hampson (20 déc.) - « La Rondine » de Puccini avec Angela Gheorghiu et Roberto Alagna (10 janv.) - « Orphée et Eurydice » de Gluck (24 janv.) - « Lucia di Lammermoor » de Donizetti avec Anna Netrebko et Rolando Villazón (7 févr.) - « Madame Butterfly » de Puccini (7 mars) - « La Sonnambula » de Bellini avec Natalie Dessay et Juan Diego Flórez (21 mars) - « La Cenerentola » de Rossini (9 mai).
Pour tous renseignements (villes et salles de cinéma) : www.cielecran.com
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De zénon denon 84
Bonne | 17H14 | 22/04/2008 |
Bon ,pourquoi pas,
comme il est dit : rien n'est pire que l'immobilisme !
En plus si la société s'appelle « ciel écran »
alors que demander de plus ,
De compte supprimé17
17H38 | 22/04/2008 |
Superbe idée ! ! !
Pour ceux qui ne peuvent, pour x raisons, s'offrir l'opéra.
Et la crème de la crème des voix en plus dans le programme 2006/2009 !
l'opéra se démocratise, chouette !
Et la lecture sur fond de Schumann/Argerich, un plaisir !
à compte supprimé17
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 17H49 | 22/04/2008 |
Je boude rarement, au moins intellectuellement, les expérimentations, les innovations même si bien qu'appréciant l'opéra je ne compte pas payer 18 euros pour voir un « film ».
Quant à la démocratie, je ne la vois pas là à l'œuvre, une retransmission sur grands écrans, à ciel ouvert, sur les places publiques me semblerait plus proches d'un tel objectif ; -))
En résumé, d'accord avec vous pour :
- Superbe idée ! ! !
- Et pour la qualité de la voix.
à Tinhinane
De compte supprimé17
18H23 | 22/04/2008 |
Le prix est tout de même correct pour un direct avec le confort d'une salle ( pour ce qui est du son là faut voir ! ou plutôt écouter)c'est une offre de plus , et en cela je vois de la démocratisation.
Démocratie = choix
Le prix bien sûr mais tout de même ça reste correct.
En plein air sur écran géant c'est tout de même très très moyen quand aux méga concerts types les trois ténors alors là c'est nul sur à peu près tous les plans.
à compte supprimé17
De jissé
Ingé retraité | 17H50 | 23/04/2008 |
Bonjour kéo.
Je suis tout sauf un « mélomane averti ».
J'ai eu la chance d'assister à des représentations dans plusieurs salles d'opéras (dont Garnier) il n'y a AUCUNE comparaison de possible entre « y être » et regarder, par exemple à la TV.
Et eu le privilège d'être admis dans les loges d'artistes.
Mais là c'est à part.
La « Mezzo » du rôle titre étant une amie.
Je ne pense pas que le « grand écran » (déjà vu à « La Villette') apporte beaucoup de chose.
Pour les plus jeunes qui n'ont pas connu : Sur grand écran on avait essayé les cinémas “drive-in'.
On regardait depuis sa voiture, un haut-parleur étant rajouté depuis une ‘borne'.
Fiasco et pourtant il ne s'agissait que de films.
L'intention est peut-être louable.
Mais rien de comparable avec le live’.
En ‘live’ ‘Les misérables’, Porte de Versailles, mis en scène par Robert Hossein. Pas un ‘opéra’ but …
EXEMPLE à SUIVRE.
Sauf que nous en prenions plein li zoureilles because le méga haut-parleur qq mètres derrière nous. (j'étions à deux)
Bonne et agréable soirée.
Jissé
PS : En cas de charge flicesque un peu trop ‘live’ lors d'une manif à la Bastille, essayez de voir s'il ne resterait pas qq places de libres dans l'Opéra.
à jissé
De compte supprimé17
19H05 | 23/04/2008 |
Salut jissé
Entièrement d'accord avec toi.
Mais habitant le Poitou et français moyen les occasions de voir en live Dessay Florez Gheorghiu Fleming Alagna ça reste du domaine de l'improbable. Ma dernière expérience live en plein air ça remonte au Requiem de Verdi au stade de France ; plus de 100€ la place (j'étais invité ouf ! ) + voyage hotel resto. Je te passe le bruit de fond de la rocade, le confort béton du stade, la distance olympique des gradins par rapport à la scène, bref plutôt négatif comme expé. Alors des grandes voix sur des grandes scènes avec des grands orchestres ç peut se faire mais une fois de temps en temps.
L'opéra en salle en direct pour moins de 20€ ça reste une option de plus et comme tu le dis une opportunité pour ceux qui veulent approcher le genre.
Le nec du nec ça reste la salle d'Opéra .
De ClaireChar
17H55 | 22/04/2008 |
Je trouve ça effectivement formidable et cela illustre bien en quelque sorte quand même la puissance du mecenat aux Etats-Unis.
Cela a ses limites sans doute mais fondamentalement la promotion de l'art aux Etats-unis est extrêmement impressionnante par rapport à la France
De Gevrey
06H39 | 23/04/2008 |
la véritable nouvelle c'est que Nathalie Dessay continue de chanter. L'on pensait que ses diverses et nombreuses activités médiatiques ne lui en laisseraient plus le temps.
Bon on reste assez dubitatif devant sa prise de rôle dans La Traviata en 2009 à…Santa Fé…
Le vrai regret est de ne pas pouvoir entendre le somptueux Florez dans son magnifique Almaviva à Paris…
De marmotte64
Super héros | 07H48 | 23/04/2008 |
L'idée est bonne. Sans que cela puisse en aucune manière remplacer un opera A l'opera, cela permet de voir ce à quoi on n'est pas en capacité de voir.
Autant je pense que dire que la culture est partout est une vaste escroquerie, autant là, la démarche consiste à dire : nous allons vous apporter de la culture (et du Beau), maintenant vous en faites ce que vous voulez.
C'est une formidable avancée dans le domaine culturel sans en retirer l'exigence qu'elle implique du récepteur.
Bien vu !
De Servais-Jean 4591
HS | 11H31 | 23/04/2008 |
J'ai eu une expérience catastrophique de l'opéra.
Non pas à cause de l'opéra par lui même mais à cause de l'ambiance qui régnait dans la salle.
Il faut dire que c'était lors du festival de la Chaise-Dieu et que celà se passait au théatre de la ville du Puy en Velay. (Il s'agissait de Dardanus de JP Rameau)
J'y ai eu les mêmes sensations, je pense, que celles que pouvaient avoir les noirs américains ou sud-africains qui osaient prendre un bus fréquenté par les blancs à une époque pas si lointaine.
Aussi cette initiative qui permet à chacun, y compris à ceux qui n'ont que des « jeans » pour se tenir propre, d'assister à ces spectacles est, encore de nos jours hélas, indispensable.
à Servais-Jean
De softrain
13H18 | 23/04/2008 |
Curieux, j'ai plutôt le sentiment inverse pour ma part. Il est assez difficile de dire qu'on aime l'opera sans être catalogué. Et je vais à l'opera (mais pas souvent) en jeans et il ne m'a jamais semblé être observé comme un malvenu.
Par contre, je vois pas trop l'intéret du direct dans ces conditions. Vendre les billets plus cher ? Forcer les gens à s'habiller pour une occasion ?
J'étais allé au spectacle de Bowie retransmis au MK2 en direct. Ca m'avait paru être un echec : le son n'était pas bon, l'ambiance n'y était pas.
Ca releve plus de l'interet marketing que collectif à mon sens.
à Servais-Jean
De Gevrey
17H16 | 23/04/2008 |
Je suis abonné à l'opéra de Paris, à l'opéra de Lyon, parfois je vais dans d'autres salles en Europe, et toujours j'y vais en jean (Et je ne suis pas le seul)…
Il y a combien de décennies cette « expérience traumatisante »… ?
La comparaison avec les américains ou les sud afs qui souffraient de la ségrégation ou de l'aparthied est d'une rare bêtise et le signe d'une profonde imbécilité…
à Gevrey
De compte supprimé17
19H08 | 23/04/2008 |
D'accord avec toi.
à Gevrey
De compte supprimé17
19H12 | 23/04/2008 |
D'accord avec toi.
De Albufera
Observateur. | 21H48 | 23/04/2008 |
Les retransmissions des opéras du MET en direct -en France et ailleurs dans le monde- sont une très bonne initiative qui existe depuis pas mal de temps aux Etats-Unis, avec succès (ainsi que des retransmissions dehors sur un écran devant le Lincoln Center). Me rendant régulièrement au MET, je dirai que la captation en numérique est à mi-chemin entre les retransmissions de France Musique le samedi soir et les enregistrements en Dvd avec -en plus- le plaisir de voir les expressions des visages, invisibles même en étant très bien placé à New-York. On est malheureusement privé de l » enthousiasme du public américain. On n » a pas non plus le plaisir de sortir de ce très bel opéra face aux gratte-ciels qui forment un écrin. On peut aussi regretter que les mises en scène soient aussi vieillottes (La Traviata se donne invariablement depuis des années dans la mise en scène de Zeffirelli). Mais -y a t il un lien de cause à effet- il est très facile de se procurer des places au MET le jour même pour 28 dollars (la semaine, + 10 dolllars le week-end) alors qu » il est très difficile de trouver des places à Bastille à un prix abordable (sans doute réservées aux comité d » entreprise ou aux abonnés ? ).