Les chevaux de Bartabas dansent sur la musique de Glass

Pierre Boulez dirigeant « Le Sacre du printemps » de Stravinsky, c'est normal. Entouré de chevaux, cela ne l'est plus du tout. Eh bien, Bartabas en avait rêvé et il l'a fait. A partir du 7 juin à Fourvière, à Lyon, un nouveau spectacle sur des musiques de Philip Glass vient célébrer ces noces inédites entre l'animal et la musique.
Balestra, Arlequin, Cervantes, Le Curieux, l'Intrépide, Manor, Mercure, Quilate, Jupiter… Non, cette litanie de noms ne désigne pas de légendaires Stradivarius venus du fond des âges, mais les membres d'un corps de ballet pas comme les autres, les trente chevaux de l'Académie équestre de Versailles
que dirige Bartabas.
Ces chevaux, lors des reprises musicales ouvertes au public le week-end, s'ébrouent sur les Suites pour violoncelle seul de Bach ou le clavecin de Forqueray ou Couperin. Ils ont l'air d'aimer. Nous aussi. Vont-ils apprécier la musique du compositeur américain Philip Glass, le père naturel de la musique répétitive, l'homme qui a écrit Einstein on the beach ?
Philip Glass et Bartabas : une rencontre improbable
Choisissez les musiques que vous voulez et faites-en ce que vous voulez, a dit Philip Glass à Bartabas. La rencontre improbable entre l'artiste underground new-yorkais et le centaure nomade saltimbanque a eu lieu à Fourvières, il y a un an. Et un an plus tard, Partitions équestres, créé par l'Académie équestre, est né.
J'admire le musicien Philip Glass et j'aime bien aussi le personnage, son côté juif bouddhiste. J'ai donc choisi plusieurs de ses œuvres pour la chorégraphie de 'Partitions équestres' : 'In the Upper Room', des esquisses pour saxophones et 'The Windcatcher', aussi pour saxophones. (Voir la vidéo.)
Bartabas a inventé ce qui n'existait pas, pour reprendre la formule du critique littéraire Jérôme Garcin qui a écrit Bartabas, roman, un livre à lire absolument pour qui s'intéresse à l'artiste. Car sa vie est un roman. En 1976, quand Bartabas croise le chemin du Théâtre emporté, une compagnie de théâtre de rue, il ne s'appelle pas encore Bartabas mais Clément Marty. Il n'y a pas de chevaux dans le spectacle, l'Alchimiste, mais la pensée de ses compagnons de toujours ne le quitte jamais.
Au fil de ses itinérances, il rencontre le Cirque Aligre où il se métamorphose en Bartabas Le Furieux. Toujours pas de chevaux, mais des rats dressés. Enfin, l'idée d'un théâtre équestre et musical qui sommeillait en lui s'éveille et la chimère prend forme : c'est la naissance de Zingaro en 1984. Bartabas Le Furieux n'est plus. Il devient ce qu'il est, Bartabas.
Des chevaux aux yeux bleus et à la robe blanche
Avec ses roulottes, ses caravanes et ses animaux, le théâtre Zingaro s'installe à Aubervilliers en 1989. Tout à fait à l'opposé, l'Académie équestre, née avec Bartabas en 2003, vit royalement dans les grandes écuries du Château de Versailles. Deux mondes ? Plutôt l'envers et l'endroit de la même médaille : l'appétence pour le nomadisme et la démesure conjugué à l'aspiration pour l'ancrage et la mesure, le tout en un seul homme.
La quinzaine de cavaliers de l'Académie sont des cavalières (une exception, Emmanuel Dardenne), ce qui n'est pas le moindre des paradoxes : dans ce monde du cheval réputé masculin, aux coups de cravaches et aux gueulantes attendus, Bartabas a substitué un univers féminin, sans éclats de voix et tout en fluidité.

Ces jeunes filles venues du monde entier (Russie, Finlande, Hawaï, Ukraine, France), y apprennent l'art de l'équitation, mais aussi l'escrime, le chant, la danse, le kyudo (arc japonais), formant ainsi une troupe d'artistes aux compétences uniques au monde. Pour compléter ce tableau à la Watteau, leurs partenaires, des pur sangs lusitaniens venus du Portugal, ont la robe blanche et les yeux bleus.
Avec cette compagnie-école, Bartabas peut imaginer des spectacles où la musique classique devient centrale. La précision de la musique écrite, que l'on ne peut accélérer ou ralentir à volonté, est pour lui un nouvel obstacle à franchir dans sa soif de perfection.
L'académie, c'est comme un corps de ballet, avec ses étoiles. Mais ce qui m'intéresse avant tout, c'est le rapport entre l'homme et le cheval. La musique met le cavalier dans un état de perception différente qu'il transmet à son partenaire, le cheval. Et le cheval ressent jusqu'aux attitudes intérieures du cavalier. (Voir la vidéo.)
Bartabas avait déjà sauté le pas avec Triptyk’ : les chevaux dansent sur « Le Sacre du printemps” et “Symphonie de Psaumes » de Stravinsky, ainsi que sur ‘Le Dialogue de l'ombre double de Pierre Boulez joué par le clarinettiste Alain Damiens. Le spectacle est construit sur l'opposition entre fête païenne (le Sacre) et fête sacrée (La Symphonie de Psaumes »). Au milieu, la pièce de Boulez, comme un miroir.
A Villepinte en octobre 2000, Pierre Boulez dirige l'ensemble du spectacle avec l'Orchestre de Paris :
« Si Bartabas avait fait cela avec des éléphants, j'aurais aussi dirigé. Le cheval est un très bel animal, mais c'est Bartabas qui, en l'occurrence, m'intéresse. »
Bartabas garde de cette rencontre un excellent souvenir :
« Pour le spectacle bien sûr, mais aussi pour la demi-heure que l'on passait ensemble avant, à discuter. J'admire Boulez parce que c'est un des plus grands chefs au monde, mais c'est aussi une personne adorable. L'orchestre était installé dans les gradins, et Boulez dos à la scène. Les musiciens avaient donc tendance à regarder ce qui se passait sur la scène. 'C'est moi que vous devez regarder, pas les chevaux derrière ! ' leur disait-il. »
La musique des chevaux
« Récital équestre » créé en 2006 à Fourvières resserre encore plus la dramaturgie du spectacle sur la musique. En scène, un seul musicien, le pianiste Alexandre Tharaud jouant des œuvres de Jean-Sébastien Bach :
« Quand je faisais des gammes sur mon clavier et que Bartabas préparait son cheval, j'avais l'impression que l'on faisait le même métier. Nos deux mondes ont des liens souterrains très forts, qui sont notamment dans la manière rigoureuse de travailler quotidiennement. Et ne serait-ce que visuellement, un cavalier et son cheval ressemblent étrangement à un pianiste et son piano de concert. »
« J'aime ce que fait Tharaud en tant qu'interprète, mais c'était aussi touchant humainement, se souvient Bartabas. Il était très impressionné par les chevaux qui tournaient autour de lui, parfois très près. Mais en même temps, comme il me l'a dit, leur présence autour de lui l'aidait à se concentrer. »
Comme le rassurait le martèlement doux et feutré des sabots dans le sable, qu'il a nommé la musique des chevaux…
► Festival des Nuits de Fourvière. « Partitions équestres » : du 7 au 12 juin, 22 heures. Battuta, théâtre Zingaro : du 15 juin au 11 juillet, 22 heures.
► DVD « Triptyke », « Académie du spectacle équestre », MK2
► Bartabas, roman. De Jérôme Garcin - Ed. Feryane - 265p., 19€.
- 4689 visites













En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Fait ch….Bartabas !!!!!
Que t’arrive t-il mon persteux, tu n’aimes pas Bartabas ?
non c’est lui qui « chie sur la tête des intermitents du spectacle »….si c’est lui qui le dit pourquoi a-t-il foutut le bordel chez Albanel?
Peut-être qu’il s’est apperçut qu’il se conchiait à l’époque?
Ceci étant écrit,Grand Respect à l’artiste !
grand artiste il est…ce matin sur france inter il avait un sacré melon néanmoins…
N’empêche qu’après avoir tout cassé chez Albanel il a obtenu ce qu’il voulait.
On devrait faire pareil avec l’Elysée !
Euhhh!!! comment dire ?
Mettre au même niveau d’un côté Bach, Stravinsky (à la rigeur Boulez) et de l’autre Glass, est-ce vraiment sérieux ?
Non mais franchement, de qui se moque-t-on?
Où vous voyez qu’ils les mettent au même niveau ?
Ce n’est pas du tout ce que j’ai lu :
« Vont-ils apprécier la musique du compositeur américain Philip Glass, le père naturel de la musique répétitive, l’homme qui a écrit « Einstein on the beach »?
Philip Glass et Bartabas: une rencontre improbable
« Choisissez les musiques que vous voulez et faites-en ce que vous voulez », a dit Philip Glass à Bartabas.
Moi j’aime bien Philip Glass ainsi que René Aubry
Je plussoie.
Bien que de formation très classique, baroque, moyen-âge et tutti quanti voire allegro emmerdato (merci papa merci maman), je suis très fan de Philip Glass, Satyagraha ayant ma préférence.
En revanche, Bartabas et les canassons en général, je suis rétive.
Pas de Fourvière cette année pour maia !
(article tout à fait intéressant cependant)
Je vous signale que Fourvières est un quartier de Lyon donc n’est pas » près de Lyon » mais à Lyon.
Le musée gallo-romain surplombe le théatre antique est dans le coeur du Vieux Lyon.
Sinon c’est comme si vous disiez qu’un spectacle a lieu aux arènes de Lutèce, » près de Paris « .
Merci.
C’est corrigé, merci!
Et surtout FOURVIERE s »écrit sans S à la fin !
C’est un quartier célèbre surtout à cause de la basilique qui domine la ville de Lyon (et qui s’appelle NOTRE DAME DE FOURVIERE), juste au dessus du Théâtre Romain et du musée Gallo Romain.
Deux collines principales à Lyon : FOURVIERE (celle qui prie) et la CROIX ROUSSE (celle qui travaille = quartier des canuts).
Hummmmmmmmmm ,un bon tablier de sapeur avec un petit St Joseph !!!!!
Suivit d’une mousse à la Croix-Rousse…
Ooh des chevaux…
Merci également pour le morceau « Rêverie, scènes d’enfants de Schumann » disponible en haut à gauche sur cette page. Que j’ai personnellement agrémenté de ceci :
http://fr.youtube.com/watch?v=HbZ6MRBY8RA
Voila, ça repose un peu…même si ça vaut pas un bon live.
Pour ma part j’attends avec impatience de voir le spectacle « Battuta » de Bartabas … J’apprécie moi aussi l’extrait de Schumann que nous pouvons entendre et,petite digression,je suggère aux internautes de Rue 89 la lecture d’un tout petit et merveilleux roman de Gilles Pérez « le goût des abricots secs »,écrit comme en écho avec la musique de Schumann « scènes d’enfants ».
Bartabas,ses chevaux,c’est prodigieux….
C’est un grand artiste…
Sa lettre « les raisons de la colère »,dénonçait surtout la baisse de subventions allouées à l’Académie des spectacles avec équidés..
Je ne veux pas faire de pub,mais si le prix d’entrée est
raisonnable,je me l’offre.
SoirBon ellejo,
bien reçu tes ondes positives et je t’en remercies !
Pour ce spectacle, c’est 25 € le billet ! Et pourquoi pas, ça doit être terrible l’ambiance des Nuits de Fourvière !
Happy week-end !
»>La quinzaine de cavaliers de l’Académie sont des cavalières (une exception, Emmanuel Dardenne), ce qui n’est pas le moindre des paradoxes: dans ce monde du cheval réputé masculin, aux coups de cravaches et aux gueulantes attendus (…)
non mais oh c’est quoi ce fantasme ? ^^
ça fait deux décennies que l’équitation est un sport majoritairement féminin : actuellement presque 78% des licencié(e)s de la Fédération française d’Equitation sont des femmes
http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?ref_id=NATTEF05401&tab_id=2…
plus gnan-gnan, mais bien clair :
http://www.lesechos.fr/info/metiers/4659878.htm
mééh euh ! :))
J’ai un pote qui élève des chevaux et il me disait dernièrement que c’est un véritable aimant pour les nanas !!!
Mais tu ne penses qu’à ça pesteux !!
Oui.
Aux chevaux aimantés?
Tu as de drôles de passions….
Lady Godiva ,un fantasme de ma jeunesse !!!
Tiens si Bartabas fait un tableau avec ça et qu’il embauche Révolutionana pour le rôle ,il remontera dans mon estime !!
Porte-elle une longue chevelure?
Je parle de toi Revolutiona…..
J’espère qu’elle les porte très courts !!!
J’ai compris comment il faut faire pour mettre toutes les réponses en gras après son message !!!!!!
merci pour votre suggestion du roman de Gilles Pérez , le goût des abricots secs. Un livre qui serait un écho à Scènes d’enfants de Schumann, ça m’intrigue énormément ! J’ai vu le spectacle cette nuit à Fourvière (sans ‘s’), et je conseille à ceux qui le peuvent d’y aller : Glass, les saxophones (il y a une grande partie de musique pour saxophone, un instrument sublime) et les chevaux, tout cela marche très bien
j’aime ce que fait bartabas .