Le trio Wanderer : les risques du ménage à trois

Un ménage à trois, cela ne dure jamais bien longtemps : il y en a toujours un qui se sent lésé. Comment donc les membres du trio Wanderer vivent-ils leur cohabitation forcée depuis tant d'années ? Réponses (surprise)…

Il ne faut pas se fier à l'arithmétique : comme les trois mousquetaires, les membres du trio Wanderer sont quatre : Jean-Marc Phillips Varjabedian (le violoniste), Vincent Coq (le pianiste), Raphaël Pidoux (le violoncelliste)… et Schubert.

Schubert le « wanderer », figure absolue de l'éternel voyageur du romantisme allemand… « Je portais mes pas ailleurs et, le cœur débordant d'un amour infini pour ceux qui en faisaient fi, j'errai dans une contrée lointaine… »

C'est en effet l'esprit du compositeur viennois que le trio cherche à insuffler dans sa manière de jouer, sentir et vivre la musique : un romantisme sans effet de manche ni grand discours, mais tout simplement humain, avec ses peines profondes et sa rude gaieté.

Une chaîne légère

De la scène (une centaine de concerts par an) au studio (de nombreux enregistrements), les Wanderer sont soudés par leur emploi du temps. Lourde ou légère, cette chaîne qui les lie les uns aux autres ? Nous avons posé cette même question à chacun des trois, sans qu'aucun d'eux n'ait connaissance des réponses des autres.

Jean-Marc Phillips Varjabedian, le violoniste, ouvre le feu : « Quand il n'y a pas de serment de fidélité, la vie à trois devient très supportable. On se parle un peu comme des frangins, c'est-à-dire pas très bien… » (Voir la video.)



C'est sur les bancs du Conservatoire national supérieur de musique de Paris que le trio s'est constitué en 1987. A cette époque, le violoniste était Guillaume Sutre que Jean-Marc Phillips Varjabedian a remplacé en 1995. Après leur premier prix de musique de chambre, le trio se forme auprès de grands maîtres comme Menahem Pressler, le pianiste du légendaire Beaux Arts Trio.

Des conseils qu'a bien sûr reçus à l'époque Vincent Coq, le pianiste des Wanderer. Il répond à la question fatale : « Pour vivre à trois, c'est très simple : il faut être le plus indépendant possible, et ne pas trop se voir. C'est la clé de la durée. » (Voir la video.)



Aujourd'hui, c'est au tour des Wanderer de délivrer leurs leçons à de jeunes ensembles : ils donnent des masters class au Festival de la Roque d'Anthéron alors qu'eux-mêmes ont été, il y a vingt-deux ans, les premiers à en bénéficier dans le petit village du Lubéron. Autant dire qu'ils appartiennent à la grande famille des habitués du festival où ils donnent un concert chaque été.

Et Raphaël Pidoux, le violoncelliste, qu'est-ce qu'il pense de ce ménage à trois ? « J'éprouve depuis le début un grand sentiment de liberté… » (Voir la vidéo.)



Cet été, ils jouent à la Roque d'Anthéron le « Trio op. 3 » de Chausson et le « Trio op. 15 » de Smetana : deux œuvres de jeunesse et deux œuvres qui sont les seules tentatives dans le genre du trio a cordes avec piano pour ces compositeurs. Même quand ils proposent des pages rares à leur public, celui-ci leur fait confiance les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes.

La musique, adoucisseur de moeurs

Les Wanderer ont dans leurs besaces un gigantesque répertoire, qui va de Haydn au XXème siècle.
Tout cela avec des individualités différentes, presque opposées : Vincent Coq, tout de rondeur, collectionneur de faïences et amoureux du farniente, Raphaël Pidoux, tout de douceur et passionné de baroque, Jean-Marc Phillips-Varjabedian, tout d'un fonceur, prêt aux aventures violonistiques les plus diverses, du jazz au tango.

A lui le mot de la fin : « Dans un trio, le pianiste est seul sur sa tour d'ivoire, avec ses quatre-vingt huit touches, nous, on est enfermé derrière nos quatre cordes. Tout cela est rassemblé par la volonté de faire de la musique ensemble, et de la faire le mieux possible. Au profit de la musique de chambre, on efface nos ego surdimensionnés d'artistes. » C'est lui qui l'a dit…

Quatuor pour la fin du temps d'Olivier Messiaen - par le trio Wanderer avec le clarinettiste Pascal Moragues - Harmonia Mundi.
Le trio Wanderer en concert au temple de Lourmarin, dans le cadre du festival de la Roque d'Anthéron - mercredi 13 à 17h - 25€/36€.

Rectifié le 12/8 à 20h10. Les interviews vidéo de Raphaël Pidoux et Vincent Coq avaient été interverties par mégarde. Nos excuses aux intéressés et aux lecteurs.

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Portrait de Pierrot287

De Pierrot287

14H54 | 11/08/2008 | Permalien

A trois, c'est difficile, d'autant qu'il faut beaucoup de travail, de répétitions, et que c'est là que les personalités, les différences risquent de s'affirmer au détriment de l'unité, indispensable dans un trio…

Portrait de ericj

De ericj

17H59 | 11/08/2008 | Permalien

C'est pourtant ce qu'il y a de plus stable le trépied…

Portrait de zénon denon 84

De zénon denon 84

Bonne | 19H16 | 11/08/2008 | Permalien

Un trio ,bon d'accord ,
c'est peut-etre pas facile …
Mais tout de même faut savoir ce que l'on veut .
Avant hier soir à La Roque D'Antheron ,
dans une de ses « nuits du piano » dont il a
le secret ,René Martin nous a concocté
une de ces soirées dont on n'est pas pret d'oublier .
Brigite Engerer s'était entourée de merveilleux
musiciens …sous la conque provençale ,
Et je vous dit pas :
entre autre un passage piano à quatre mains
avec Boris Berezovsky à vous couper le souffffle !
Sans parler du beau quintette « la truite “
de schubert ,non moins superbe de finesse
de justesse et de convivialité de 1er ordre ,
Bref ,
Quelle belle joie quel beaux moments
dans notre monde de brutes…
Bravo à vous tous amis musiciens
Olivier charlier (violon)
Gérard Caussé (alto)
Marc Marder (contrebasse)
Brigitte Engerer au piano ,et quel piano…
Avec cela j'en oublie les problèmes de
votre trio,mais bon …
M'en voulez pas je suis encore sous le choc !

Le festival de piano du Lubéron ,continue
Il reste des places me dit-on .
allez-y pointer vos oreilles
ça fait du bien .

Avant …la rentrée

Portrait de Pierrot287

à zénon denon 84 Portrait de zénon denon 84 De Pierrot287

20H49 | 11/08/2008 | Permalien

Je suis rose de jalousie, de n'avoir pu assister à un tel concert.. C'est vrai que La Roque d'Anthéron est une référence tous les ans……