Eric Tanguy et Anne Gastinel, âmes soeurs du violoncelle

Anne Gastinel et Eric Tanguy (Alain et Feng Hatat).

En même temps que les « Suites pour violoncelle » de Bach, Anne Gastinel, la violoncelliste fétiche du compositeur Eric Tanguy, vient de publier un disque de ses concertos. Tous deux nous racontent leur histoire de gémellité musicale.

Parce que c’était elle, parce que c’était lui. Elle, Anne Gastinel, violoncelliste, 36 ans, Lyonnaise. Une carrière de soliste internationale depuis l’âge de 18 ans. Lui, Eric Tanguy, compositeur, 40 ans, Parisien. A son catalogue, 80 œuvres jouées dans le monde entier par les plus grands musiciens. Entre elle et lui, il y a quinze ans, un coup de foudre amical. Eric Tanguy raconte:.

« Je suis allé lui dire bonjour à la fin d’un concours de violoncelle, et, à la seconde, on est devenu pote ! Anne, c’est comme une sœur jumelle. »

Une soeur jumelle qui est devenue sa très fidèle interprète et son double musical, dans une relation à la fois intime et respectueuse. Illustration du mythe de la caverne de Platon, Anne Gastinel « reconnaît » les œuvres que Tanguy vient d’écrire, comme si elle les connaissait déjà:

« Sa musique est lui, il est sa musique. Et j’ai toujours le trac quand je joue une de ses pièces. Quand il est dans la salle, quelque part je suis en lui et il est en moi. » (Voir la vidéo.)


Aujourd’hui, leur relation est scellée par le premier disque qu’Anne Gastinel a enregistré des œuvres de Tanguy, ses deux concertos pour violoncelle et orchestre.

« Ce disque est le projet d’Anne », poursuit Tanguy. Elle m’a toujours dit qu’elle voulait le faire, et elle y est parvenue. Si le concert est un moment de partage, un disque est un moment d’intimité, parce qu’il est écouté par quelqu’un qui est seul, chez lui. » Voilà donc le moment d’entendre le début du deuxième concerto d’Eric Tanguy:



Anne Gastinel, violoncelle. Orchestre National de France dirigé par Alain Altinoglu (Naïve)

Eric Tanguy a été un des poulains élevés dans l’écurie des durs à cuire, pour lesquels la musique contemporaine, si elle n’était pas inaudible, était conservatrice. Question d’époque: si, en 1948, c’était la dissonance que Staline interdisait par décret, dans les années 70, c’était la consonance qui était vouée aux gémonies.

Mais en 1993, à, Rome, Tanguy connaît son chemin de Damas en découvrant les tableaux du Caravage, parfaite synthèse de la technique et de l’expression: dorénavant il fera son nid dans l’équilibre délicat entre un langage très élaboré et son émotion la plus immédiate.

« Le violoncelle, un instrument qui fait vibrer de tous côtés »

Si Tanguy est violoniste à l’origine, c’est le violoncelle pour lequel il a le plus écrit.

 » C’est l’instrument le plus charnel, celui que l’on embrasse avec les bras, les jambes, et qui fait vibrer de tous côtés. En France, on a la chance d’avoir les meilleurs violoncellistes du monde, Anne Gastinel, Henri Demarquette, Xavier Phillips, Gautier Capuçon, Marc Coppey (qui a créé mon premier concerto), et d’autres…

« Et j’ai de la chance, car ils sont attirés par ce que j’écris. A l’étranger, je ne sais pas toujours qui joue, où et quand! De toute façon, à un moment donné, ce n’est plus l’affaire du compositeur, mais celles de l’interprète et de la partition. »

Mstislav Rostropovitch est un maillon essentiel dans l’histoire des concertos pour violoncelle de Tanguy: c’est lui qui a créé et commandé le deuxième tandis que le troisième, « In Terra Pace », a été écrit à sa demande. Mais le maestro est mort avant d’avoir pu le diriger (il avait cessé le violoncelle à l’époque). C’est donc Anne Gastinel qui l’a joué pour la première fois en 2007. Et elle est la seule aujourd’hui à interpréter l’ensemble de ces concertos:

« Franchement, jouer des œuvres qu’on n’a jamais entendues auparavant, c’est le bonheur: le terrain est complètement vierge! On a juste à prendre une partition, s’en imprégner, mettre sa pensée musicale en place et laisser parler son instinct. » (Voir la vidéo.)


Le mot « intègre » semble avoir été inventé pour Anne Gastinel, que les feux de la rampe n’ont jamais éblouie: sa très belle carrière, elle la mène sans concession au star system. Elle vit à Lyon, région où elle est née, où elle a étudié au conservatoire, où elle est professeur, où ses enfants sont élevés aujourd’hui…

Rien ne semble pouvoir lui monter à la tête. Sauf peut-être son violoncelle, le Testore, un instrument de 1690 à qui elle parle comme à une vraie personne… C’est avec lui qu’elle vient de vivre une grande aventure, l’enregistrement des « Suites pour violoncelle seul » de Jean-Sébastien Bach, dont voici le prélude de la première suite :



Anne Gastinel. Prélude de la Suite n°1 pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach. Naïve

« Anne, ce n’est ni un animal, ni une fleur, ni un arbre, c’est une entité, c’est une Anne Gastinel! » répond Eric Tanguy, qui refuse tout net de se plier à l’exercice du portrait chinois. Quelques jours plus tard, tentative avec Anne, qui paraît perplexe et préfère renoncer. Vous avez dit jumeaux?

Concertos pour violoncelle d’Eric Tanguy par Anne Gastinel (violoncelle) et l’Orchestre national de France dirigé par Alain Altinoglu - Naïve.
Suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bachpar Anne Gastinel (violoncelle) - Naïve.


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13H18 06/02/2008

c’est quand même bien internet quand ça permet d’écouter de la musique.

 
16H31 06/02/2008

Moi qui collectionne les interprétations de ces Suites, je vais en ajouter une à ma liste!

 
19H26 07/02/2008

Je n’entends pas ce que l’actualité discographique franco française peut apporter aux interprétations des Suites par Fournier et Bylsma…
Il en est de même pour les productions de la star lyrique des plateaux télévisés qu’est Madame Dessay…

 
17H45 06/02/2008

J’ai découvert RUE89 depuis peu et de clic en clic je m’émerveille d’avoir le monde à ma portée, y compris celui de la musique. Bravo à Nathalie Krafft (avec deux t, ça fait toute la différenc !) pour cette page/pause musicale passionnante. Le duo Gastinel/Tanguy, très intéressant. Je viens de découvrir le passeport palestien de Barenboim. Symbole fort en ces temps troublés. Je ne suis pas ce que l’on qualifie de mélomane, mais je sens que je vais aimer. D’ailleurs dès que j’ai un moment je rattrape le temps perdu et parcours un à un les articles passés!

 
zénon denon 84 | Bonne
19H04 06/02/2008

C’est vrai que depuis un temps certain
je me demandais si votre page culture
allait prendre son envol.Bon c’est vrai
qu’on ne peut etre partout ,mais tout de meme
quand des grands moments comme ceux
de NANTES , ce w end dernier se pointe,
…faites au moins le minimum!!!!!!!!!!
De meme que lors du départ de notre
MAURICE BEJART, vous n’avez pas brillé!
là non plus !
Bref cette belle page sur ANNE GASTINEL et son ami
compositeur est absolument remarquable.Elle donne
juste l’envie d’aller plus loinpour ceux qui ne connaissent pas encore le son de sonTESTORE de 1690 !!
croyez -moi ça vaut le déplacement…
Dernier point un bon journal ,et RUE 89 ,en est un,
me semble-t-il doit s’honnorer d’avoir de vrais moments
de bonheur aussi .
Meme si le quotidien n’est pas jojo(suivez mon regard)

pour aujourd’hui avec TANGUY

 SHUBERT

ET BACH
avouons humblement que vous avez visé juste et haut,

 MERCI

 
00H38 07/02/2008

on pourrait ajouter le manquage total d’Angoulême qu’une note de blog comme on peut en voir des dizaines (je veux dire des notes de blogs de dessinateur sur angoulême pas comme celle ci précisemment) en faisant un petit tour sur le net ne comble pas vraiment. (mais on en a déjà beaucoup parlé rue 89 et moi hé hé)

 
lyones | grand-mère en colère
00H04 07/02/2008

Ma colère est tombée en écoutant ce prélude, même si les enceintes de l’ordi ne sont pas idéales; bravo à A. Gastinel, bravo à rue 89 pour ce moment précieux.