Callas, une voix toujours en or trente ans après sa mort
Maria Callas est morte il y a trente ans, le 16 septembre 1977. Les grandes manoeuvres autour de cet anniversaire ont déjà commencé, et les hommages vont se multiplier pendant tout le mois de septembre.
On ne sait pas exactement quand elle est née, on ne sait pas de quoi elle est morte. Tout est là. Maria Callas est un mystère, que les brouettes de livres, les palanquées de magazines et les fleuves d’émissions qui lui ont été consacrées ne sont pas parvenues à élucider complètement.
Aucun mystère en revanche quant à la puissance de l’artillerie utilisée pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort. Maria Callas est une poule aux oeufs d’or : elle vend , encore et toujours...
► 14 septembre 1997. Le journal d'Antenne 2 revient sur le carrière de la diva et le mystère de sa voix.
Née à New York dans une clinique de la 106e rue en 1923, le 4 décembre d’après le certificat de naissance, le 3 d’après sa mère, et sans doute le 2, Mary Ann Kalogeropoulos -avant que son père ne choisisse le nom Callas, plus facile à prononcer-, passe ses premières années aux Etats-Unis.
Elle est alors une petite fille rondelette, très myope, surnommée à l’école gros serpent à lunettes . Elle part en Grèce avec sa mère en 1937, et entre aussitôt au Conservatoire. A 17 ans, elle fait ses débuts sur scène à Athènes, dans Tosca de Puccini. Son premier succès, elle le remporte aux Arènes de Vérone, dans le rôle-titre de La Gioconda de Ponchielli.
De 1948 à 1958, une décennie prodigieuse
Là, elle rencontre aussi son mari, qui sera aussi son agent, Giovanni Battista Meneghini. Et tout va très vite : en une décennie prodigieuse, de 1948 à 1958, Callas devient la Callas, et enchaîne les triomphes : Les Puritains » et Norma de Bellini, Le Trouvère , La Force du destin » et Aïda de Verdi, Turandot de Puccini, Le Turc en Italie » de Rossini.
Dans cette ascension, le chef d’orchestre Tullio Serafin a eu un rôle déterminant, car il a su deviner le formidable potentiel artistique de cette chanteuse qui débutait.
C’est aussi pendant cette décennie qu’elle fait la connaissance de Luchino Visconti, qui sera un ami très proche et qui la mettra plusieurs fois en scène, dont de célèbres Traviata de Verdi et Somnambule de Bellini à la Scala de Milan en 1955.
Et puis c’est l’idylle avec Aristote Onassis, qui la propulse dans les pages people des magazines. Mais c’est aussi la fin. Le 2 janvier 1958, alors qu’elle chante Norma » , à Rome, devant le président de la République, elle déclare forfait après le premier acte. Elle a craqué. Le scandale est énorme.
Si elle se retire de la scène en 1965 après avoir chanté Tosca au Covent Garden à Londres, elle ne renonce pas définitivement. En 1969, elle tourne un film avec Pasolini, Médée , une œuvre inclassable dans la filmographie du cinéaste.
Et puis, en 1973, c’est le retour sur scène tant espéré, avec une série de trente-huit récitals avec piano. Ce seront les derniers. Installée à Paris, avenue Georges-Mandel, Maria Callas y vivra recluse jusqu’à sa mort le 16 septembre 1977.
Aujourd’hui, le trentième anniversaire de la disparition de la cantatrice donne l’occasion d’entretenir la légende. A commencer par la Grèce, son pays d’origine, qui a décrété 2007 l’année Maria Callas.
EMI, sa maison de disques, sort un coffret de 70 CD, qui contient tous ses enregistrements faits en studio : 23 intégrales d’opéras (de 20 ouvrages différents), 11 récitals. Autour de ce plat de résistance est déployée une foultitude de produits divers : compilation, DVD, inédits…
Chaque nouvelle compilation est un succès
Callas vend de façon incroyable, comme aucun autre artiste du classique , explique Alain Lanceron, président de Virgin et vice-président pour l’artistique d’EMI, la maison de disques où la chanteuse a enregistré de façon exclusive de 1953 à sa mort :
Certaines années, les ventes de ses disques ont représenté 10% du chiffre d’affaires de l’ensemble du marché classique. Chaque nouvelle compilation avec elle est un succès. A chaque fois, elle trouve un nouveau public…
De tous les artistes classiques, s’il n’y avait qu’un seul nom à citer, ce serait le sien, même si cela peut paraître banal de dire cela. Son art, complètement indémodable, a ouvert la voie à plusieurs générations de chanteurs.
La France est, de très loin, le pays où cela marche le mieux. Je n’ai pas d’explication à ce phénomène. Est-ce parce qu’elle y a vécu, qu’elle y est morte ? L’opéra numéro 1 pour les ventes est Tosca, la version de 1953 dirigée par Victor De Sabata (elle enregistrera une autre version de l’opéra de Puccini en 1964) »
Mais, à part EMI, à qui profite cette manne ? A sa sœur aînée Jackie et à son mari, Meneghini, puis, depuis leurs décès, au mari de la sœur et à la femme de ménage de Meneghini. EMI a tellement vendu de disques Callas qu’Alain Lanceron n’en connaît pas le chiffre exact.
A une époque, il y en a eu dix millions. Mais avec toutes les compilations qui ne sont pas expressément consacrées à Callas mais où figurent des airs qu’elle a enregistrés, c’est presque impossible à comptabiliser.
Avec un tel poids financier, on peut imaginer l'inquiétude des ayant droits lorsque les enregistrements tombent dans le domaine public. Ce qui arrive automatiquement, rappelons-le, au bout de cinquante ans. Aujourd’hui, plus de la moitié des enregistrements faits par Callas, c’est-à-dire les années 53, 54, 55 et 56, sont disponibles, et les maisons de disques concurrentes profitent bien sûr de l’aubaine. Seule condition : que les disques ne soient pas distribués aux Etats-Unis, ceux-ci ayant étendu la durée légale de protection à soixante-quinze ans.
Alain Lanceron souhaiterait bien évidemment que cette disposition américaine soit appliquée en Europe. Le débat est en cours en France, mais on peut légitimement penser que dans le domaine de la musique classique, les investissements se font sur du très long terme, et que cinquante ans, cela paraît bien court.
► La diva célébrée tous azimuts. Il sera difficile d’échapper à Maria Callas en septembre, et c’est tant mieux
- Télé/Radio. Le 8, émission sur France 3, le 16, date anniversaire, journée spéciale sur France 2, Arte, RTL et France Musique, tandis que Radio Classique lui consacre tout le mois.
- Théâtre. Dans les théâtres, à Milan La Scala propose une exposition et la projection du film de Philippe Kholy, Callas assoluta , donné aussi à Paris à l’Opéra Garnier le 16 septembre. Le Châtelet crée un spectacle en son honneur, Les Cris des sirènes » , par la Compagnie Gradisca.
- La Mairie de Paris a vu grand : le 16 septembre, à 19 heures, sera projeté sur écran géant sur le parvis de l’Hôtel de Ville un documentaire et le deuxième acte de Tosca, filmé en 1964 à Covent Garden. Un témoignage précieux car unique captation de Maria Callas en scène. Idéal pour donner une réalité à la légende.
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Non, non, non vous faîtes fausse route, Courageux anonyme de 20h39. Callas est unique comme chanteuse et comme personne. On peut ne pas l’aimer mais comme elle il n’y en a pas deux. Elle n’a pas d’équivalent. En ce sens elle est une énigme qui ne s’explique ni par le seul talent ni encore moins par le côté « people ». Un phénomène.
Un frisson qui part de la nuque pour se propager le long de la colonne vertébrale …..
Une émotion sans cesse retrouvée …
Allez , comme hier soir après avoir lu l’article , je me remettrai ce matin en allant au boulot Mme Butterflfy de Puccini ….
Merçi Madame La Callas……
Merci, vraiment merci pour le traité de Georges Perec. Quand on peut mélanger un peu de dérrision avec la puretée de ses voix, cela nous procurent un sentiment de fraicheur et de gaité.
Merci encore sincèrement..
Monsieur le professeur qui donne des leçons aux amateurs de lyrique qui n’y connaissent rien du tout…. l’interprétation de Carmen était elle seulement sublime de par la qualité de tragédienne de la Callas ou y voyez vous tout de même un vague qualité de voix ? J’attends votre parole de connaisseur divinement éclairé !