
Festival George Enescu : la Roumanie s'enivre de musique
Vingt ans après la chute du mur de Berlin et de l'exécution, le 25 décembre 1989, du couple draculesque Nicolae et Elena Ceaucescu, la Roumanie n'en finit pas de panser ses plaies. Pour ce faire, la musique est une de ses meilleures alliées, comme en témoigne le Festival International de Musique George Enescu à Bucarest. L'œil a écouté.
Trois mille artistes, des dizaines d'orchestres parmi les plus renommés en Europe, près de 120 000 billets vendus, cent soixante quinze concerts durant trois semaines en septembre… Un bilan ébouriffant et surprenant.
Surprenant pour qui met le pied la première fois en Roumanie et qui découvre un aéroport international minuscule, les impudents « palais » pur design soviétique côtoyant des barres HLM en lambeaux et des maisons anciennes en ruines. Celles que Ceaucescu voulait détruire dans son délire d'architecte ubuesque.
George Enescu, porte-drapeau de la Roumanie
Mais dans cette ville cicatrice, flottent partout, comme un défi aux réalités quotidiennes, des banderoles annonçant le Festival international George Enescu. George Enescu (1881-1955), le plus célèbre compositeur roumain, mais aussi violoniste virtuose et grand professeur.
Figure tutélaire dont les Roumains tirent une grande fierté, porte-drapeau qui figure sur les billets de banque, George Enescu a donc bien mérité de son pays un festival qui porte son nom. C'est ainsi depuis 1958, tous les deux ou trois ans. Les premières éditions furent ultra brillantes, avec la présence, entre autres, de David Oïstrakh, Artur Rubinstein, Herbert von Karajan, Sviatoslav Richter.
Voici le pianiste russe, enregistré en 1961 dans « Burleske » de Richard Strauss. (Voir la vidéo)
Au tournant des années 1970, Ceaucescu disjoncte définitivement et se met à regarder le festival de travers. La manifestation se fait alors toute petite jusqu'à la délivrance de 1989. L'édition de 1995, avec la venue de chefs illustres (Zubin Mehta, Lorin Maazel, Yuri Temirkanov) et du violoniste Yehudi Menuhin, marque le début d'une nouvelle ère.
Les musiciens attirés à Bucarest comme par un aimant
Depuis, sous la direction de Ioan Holender (par ailleurs patron de l'Opéra de Vienne), et de Mihai Constantinescu, les plus grands musiciens de la planète classique sont attirés chaque septembre à Bucarest comme par un aimant.
En 2009, les Bucarestois avaient donc rendez-vous avec, entre autres, les chefs d'orchestre Mariss Jansons, Marek Janowski, Tugan Sokhiev, Louis Langrée, William Christie, la chanteuse Natalie Dessay, les violonistes Renaud Capuçon, Nigel Kennedy, Joshua Bell, Julian Rachlin, les pianistes Martha Argerich, Hélène Grimaud, Nelson Freire, Jean-Yves Thibaudet, Nikolai Luganski, Elisabeth Leonskaja.
Ballets, ouvrages lyriques, concerts symphoniques, musique de chambre, récitals de piano, jazz, musique traditionnelle, il y en a pour tous les goûts, du soir (le dernier concert commence à 22h30) au matin (le premier à 11 heures).
La moitié du budget de la culture y passe
A quel prix ? Celui de la moitié du budget du ministère de la Culture de Roumanie, sept millions d'euros. Et d'un grand nombre de sponsors. Le prix moyen du billet est de 12 euros. Inabordable, comparé au salaire moyen des Roumains qui est de 400 euros. Accessible, comparé au prix du billet pour le concert de Madonna à Bucarest qui était de 200 euros.
En tout cas, le public fait le plein des salles (90 à 95% de taux de remplissage cette année). Très décontracté, il semble apprécier la musique comme une amie familière. Il faut dire qu'il a été élevé au lait Enescu, dont les oeuvres, traversées par la musique populaire roumaine, lui sont très proches.
A ce titre, Enescu appartient aux grands compositeurs « nationaux » du XXe siècle, comme le Finlandais Sibelius ou le Tchèque Janacek, dont les pages, à travers l'emprunt à des motifs folkloriques ou à des légendes transmises oralement, « parlent » directement de leurs pays.
Une salle de concert dans le palais des fêtes communiste…
En plus de l'Opéra, deux salles principales drainent le public : l'ancien « palais des fêtes », couvert de velours jaune, où se déroulaient les séances du comité central du parti communiste, et l'Athénée, une salle toute ronde de 800 places imaginée par l'architecte français Albert Galleron à la fin du XIXe siècle et inaugurée en 1888.
Sur cette scène, ont joué Dinu Lipatti, Artur Rubinstein, Pablo Casals, David Oïstrakh, Igor Stravinsky, Richard Strauss. Le 24 septembre, c'était le tour de l'insubmersible pianiste géorgienne Elisabeth Leonskaja, parfois chaotique, parfois pleine de grâce, de donner un programme Ravel, Enescu, Debussy et Chopin.
Ecoutez là dans un passage de la « Sonate n°1 » d'Enescu, interprétée le 24 septembre à Bucarest. (Voir la vidéo)
Parmi les moments forts auxquels j'ai eu la chance d'assister, il y a eu le « Concerto n°3 pour violon et orchestre » de Saint-Saëns, par Renaud Capuçon et l'Orchestre du Capitole de Toulouse dirigé par Tugan Sokhiev. Avec une élégance rare qui n'excluait pas l'intensité, le violoniste, en jouant cette oeuvre inhabituelle pour lui, a démontré l'étendue de sa palette d'expression. Le chef et l'orchestre, à fond avec leur soliste, ont livré en seconde partie un « Sacre du Printemps » de Stravinsky incandescent.
Minuit, l'heure de Mozart
Et puis, Mariss Jansons le magnifique, à la tête de l'Orchestre de la Radio bavaroise, dans un « Prélude à la mort d'Isolde » de Wagner où tout l'orchestre sonnait comme un seul et gigantesque musicien, et la « Suite du Chevalier à la Rose » de Richard Strauss, ébouriffante.
Et encore ? Marek Janowski dirigeant l'Orchestre de la Suisse romande et la jeune violoniste allemande Viviane Hagner dans le « Concerto en ré majeur » de Brahms, à sa façon précise mais sans froideur, intransigeante mais spirituelle.
A plus de minuit, le festival a offert au public une heure de grâce exceptionnelle : la « Messe en ut » de Mozart dirigée par Louis Langrée à la tête du Deutsche Kammerphilharmonie de Brême qui accompagnait une soliste de grand luxe, Natalie Dessay. Avec une simplicité confondante, elle a livré le plus poignant « Agnus Dei » qu'il soit possible d'entendre.
Et comment résister ? Voilà George Enescu jouant une sonate de Corelli. Cela fait penser à la remarque de son célèbre élève, le violoniste Ivry Gitlis : « J'étais la barque, Enescu était la mer », a-t-il dit de lui. Oui, comme une vague qui nous emporte. (Voir la vidéo)
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De vol19
awash | 11H45 | 06/10/2009 |
Superbe.
La Romania, assurément terre d'extrême inspirante pour les artistes…
De Crepitus
Retraité | 12H07 | 06/10/2009 |
Lorsque j'entends cette musique, j'achète les disques ; les merdes que l'on veut nous vendre je ne les achète ni ne les pirate.
De setori
retraité | 16H05 | 06/10/2009 |
La musique ,ce seul langage international que nous ayons.L'on dit d'elle qu'elle adoucit les moeurs .Elle est surtout un formidable moyen d'expression tant ses formes sont diverses : jazz ,chanson ,rap ,latino ,classique (baroque ou romantique )etc….Songez que quand vous êtes devant un clavier par exemple vous pouvez accéder à tout cela .Aucun autre art ne le peut .Elle sous-tend également deux autres formes d'expression : l'art lyrique et le ballet ce qui n'est pas rien…Faut tout de même savoir que la musique sous toutes ses formes attire plus de public que n'importe quel sport sur la planète ! Je termine par un voeu : à quand un concours Dinu LIPATTI en Roumanie ?
De chambord
17H16 | 06/10/2009 |
Dans l'article je décèle quelques conneries, il fallait vous contentez de parler de la musique et c'est tout.
Bucarest, j » y retourne dimanche matin. C'est la troisième fois que j'y vais depuis début Mars.Je reste à Bucarest et ensuite je parcours la transylvaine pour me rendre en Moldavie Roumaine.
Une bêtise parmi quelques autres au sujet de l'environnement de Bucarest. C'est vrai qu'il reste des traces de vieux bâtiments, image du passage des soviétiques.
Mais il existe aussi d'autres endroits magnifiques, avec des parcs ou les gens se rendent le dimanche accompagner de leurs enfants. Le Roumain est très attacher à ces enfants, beaucoup plus qu'en France, il s'en occupe tout le temps.
Ceaucescu a fait faire une immense étendue d'eau entouré de parcs dans cette vile. Je n'aime le clicher du début de l'article.
Je vais vous amenez dans Paris et dans la foulée à St Denis, vous verrez le contraste. Et il y a pire si on gratte un peu. Ca c'est zéro, on regarde toujours chez ces voisins en critiquant, alors qu'ont arrête pas de se plaindre chez nous.
Les Roumains ont faillis vraiment tout détruire au concert de Madonna, cette dernière a fait du sociale en soutenant la cause Romanichel.
Quant on sait que c'est le virus de ce pays, si ces gens pouvaient créer des camps ils existeraient depuis longtemps et le génocide serait terminer aujourd'hui. Pour l'anecdote du temps des Ceaucescu 63 % des Roms travaillaient sous la force du pouvoir, l'économie du pays n'a jamais été si florissante que lors de cette époque. Mes sources je les tiens de l'ambassade de France à Bucarest.
Bref, la Roumanie est un magnifique pays, avec des gens tristes hélas, mais qui savent aussi sourire, ils sont très polis et sont très calmes, sauf dans les gradins des terrains de foot.
Pour finir, je signalerais la face cachée de cette ville à l'atmosphère bizarre et secrète. Le Roumain ,de honte, ne vous fera jamais entré chez lui.
Il existe des maisons somptueuses, surtout à l'intérieur. Le Casino Victoria et digne de Versailles, et encore, des marbres et des plafonds en or font de ce lieu un endroit magique. La maison des écrivains elle aussi est une bâtisse extraordinaire, qui, à l'intérieur ne vous laisse pas indifférent.
Bucarest, c'est « » de l'intérieur « » qu'il faut en causer, pas avec des raccourcis. Maintenant place à la musique !
à chambord
De Claudiu
reveur | 14H49 | 07/10/2009 |
Bravo pour ce commentaire. Ça fait plaisir de vous lire !
De mooed
broken | 06H14 | 07/10/2009 |
presque en marge mais à noter aussi Jon Lord qui y joue début Novembre son concerto for group & Orchestra..