
Suwanai-Angelich, duo tranchant pour sonate sanglante
C'est un beau cadeau pour tous les riverains amateurs de classique : le premier mouvement de la « Sonate “A Kreutzer” », de Beethoven en vidéo, interprétée par la violoniste Akiko Suwanai et le pianiste Nicholas Angelich. C'était mercredi soir, pour le concert d'ouverture de la saison de l'Auditorium du Louvre. La rencontre inédite à Paris de deux musiciens d'exception.
Ensemble, ils ont fait couler du vif argent dans les veines de la « Sonate “A Kreutzer” » de Beethoven, avec une fougue telle que le public en a même oublié de tousser… (Voir la vidéo)
La première fois qu'Akiko Suwanai et Nicholas Angelich ont joué ensemble, à la Folle Journée à Nantes en 2005, c'est cette même sonate de Beethoven qu'ils avaient choisi d'interpréter. Puis, quelques années après, ils se sont retrouvés au Japon pour une tournée d'une dizaine de concerts.
Le palmarès d'enfer d'une Japonaise surdouée
Au Japon où elle est née en 1972, Akiko est une star. Il faut dire qu'elle a été, en 1990, le plus jeune Premier prix de toute l'histoire du concours Tchaïkovski à Moscou, qu'elle a été classée deuxième au concours Reine Elisabeth en 1989 à Bruxelles et qu'elle a remporté le concours Paganini en Italie.
Malgré ce palmarès de « bête à concours », c'est la subtilité et l'intériorité qui caractérisent son jeu, paré de sonorités de toute beauté. Akiko joue le stradivarius « Dauphin », qui a appartenu au violoniste Jascha Heifetz.
Nicholas Angelich, lui, a vu le jour aux Etats-Unis en 1970 mais il est d'origine monténégrine (par son père, violoniste dans l'orchestre de Cincinnati) et roumaine, arménienne et slovaque (par sa mère, pianiste).
A 12 ans, Nicholas a quitté Cincinnati pour venir étudier à Paris, qu'il n'a dès lors plus quitté.
Les oeuvres dévoilées par le pianiste virtuose
Un vrai millefeuilles, écrivais-je en présentant Angelich cet été sur Rue89. Et pour continuer à filer la métaphore pâtissière, si sa vie était un gâteau, elle se partagerait en trois parts : musique de chambre, concerto avec orchestre et récital solo.
Toutes plus alléchantes les unes que les autres, car ce pianiste virtuose, doué d'une rare intelligence musicale, dévoile les oeuvres qu'il joue comme un peintre révèle des paysages qui paraissaient familiers jusqu'alors.
Pour vous faire voir et entendre les deux musiciens, dont le concert a été diffusé en direct sur Medici.tv, nous avons dû choisir entre les trois chefs d'oeuvre qui formaient le menu de leur concert à l'Auditorium du Louvre : la « Sonate K 454 » de Mozart, la « Deuxième sonate opus 100 » de Brahms, la « Sonate “A Kreutzer” » de Beethoven. Le premier mouvement de cette dernière pièce nous a paru refléter le meilleur de leur sève.
« La Sonate “A Kreutzer” » de Beethoven, toute une histoire
Neuvième de la série des dix sonates que Beethoven a écrites pour violon et piano tout au long de sa vie, la « A Kreutzer » (1803) est elle-même toute une histoire.
D'abord, qui est ce Kreutzer ? Un violoniste, Rodolphe Kreutzer, que Beethoven a rencontré à Vienne et qu'il estimait beaucoup. Ce n'était pas réciproque : Kreutzer déclara la pièce « inintelligible » et ne voulut pas la jouer.
La postérité n'en ayant pas jugé ainsi, l'oeuvre a eu une descendance inattendue. Leon Tolstoï a écrit « La Sonate à Kreutzer » (1891), nouvelle qui décrit les ravages de la jalousie et dans laquelle l'amant présumé, violoniste, joue la fatale sonate de Beethoven. Une affaire qui se termine dans un bain de sang.
Quelques décennies plus tard, Leos Janacek, choqué par l'attitude de Tolstoï qui justifiait l'assassinat par le mari de la femme infidèle, lui répond avec son premier quatuor (1923) qu'il nomme « Sonate à Kreutzer ». La jalousie y est dépeinte comme le pire des crimes…
Un art concocté comme un boeuf mode
Ce dialogue à travers le temps d'oeuvre à oeuvre, de compositeurs à écrivain, des musiciens comme Sawanai ou Angelich n'en ignorent rien, bien sûr. Comme ils connaissent du bout des doigts et de la pensée le prodige beethovenien qu'ils ont mûri des années durant.
C'est ce qui fait toute la richesse de leur interprétation concoctée, pour rester dans le registre culinaire, comme le boeuf mode de Françoise, la cuisinière d » « A la recherche du temps perdu » de Proust.
Le narrateur de la « Recherche » rêvait d'écrire un livre comme ce boeuf mode, plein « de morceaux de viande ajoutés et choisis qui enrichissent la gelée ». La gelée, ce soir-là au Louvre, était particulièrement goûteuse.
► Vous pouvez aussi retrouver le concert sur Medici.tv, le site du Louvre et Francemusique.fr
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De zénon denon 84
Bonne | 15H34 | 18/09/2009 |
En effet _une pure merveille_
Un régal .Un sonorité du violon absolument superbe.
Bon j'arrête . je vais réécouter cela en boucle !
MERCI.
De héliotrope
16H25 | 18/09/2009 |
Ne riez pas mais les larmes montent plus vite que la musique.
Pure merveille.
A partager, à diffuser, à crier, à vivre, à s'évanouir.
De setori
retraité | 17H24 | 18/09/2009 |
Il n'y a pas que des « grandes » pages chez BEETHOVEN (symphonies ,concertos).Ces deux sonates « A KREUTZER » et « Le Printemps » sont des merveilles absolues ,de même certaines sonates pour piano qui sont sublimissimes !
De alberich 84604
fumiste | 19H16 | 18/09/2009 |
Mouais pas convaincu et en tout cas rien pour faire oublier la sublime interprétation de Francescatti-Casadesus de 1965, beaucoup plus pure, subtile et sans le jeu agressif et démonstratif qui est de mode de nos jours.
On sait bien que le concerto est une forme un peu perverse laissant beaucoup de latitude aux interprètes. Deux façons différentes d'interpréter, la communion dans un cas et le duel dans l'autre.
Edit : j'emploie « concerto » a dessein au vu de l'interprétation !
à alberich
De zénon denon 84
Bonne | 19H31 | 18/09/2009 |
Croyez-vous vraiment que le jeu
soit agressif ? Précis,incisif /oui
agressif ,je ne le pense pas .Disons
que la perfection n'est pas loin …même si
la vie apparait trés nettement dans toute sa splendeur . ! .
Et la vie ? elle ,est souvent agressive .Elle .
N'empèche , ça nous parle bien .Et c'est l'essentiel _non _ ?
à zénon denon 84
De alberich
84604
fumiste | 22H08 | 18/09/2009 |
Ne nous disputons pas.
Cependant … précis ? En ce qui concerne le violon certainement pas, vous trouvez cette façon de jouer les notes de manière plaintive en les liant entre elles au mépris des croches précise ?
C'est une coquetterie de mode, elle a commencé avec certains violoncellistes qui s'en sont fait une réputation injustifiée (à mes yeux) et déborde sur tous les instruments à cordes. Des attaques franches, voire agressives enchaînées par des « lamento » mal venus.
Par ailleurs, vous noterez la lourdeur de jeu du pianiste, notamment de sa main gauche : )
Je tiendrais sans doute un autre discours si j'avais été dans la salle, me satisfaisant de concerts et opéras quelques fois assez médiocres dans ma ville de province !
à alberich
De lally
professeur | 21H46 | 19/09/2009 |
Je suis un peu comme vous. Je trouve dommage les attaques au violon dans ce morceau. Ca donne trop de rugueux et pas assez de légèreté…
Mais bon, j'ai en mémoire une version jouée par Yehudi Menuhin…ceci explique peut-être cela.
Pour le pianiste je le trouve plutôt bon et bien plus léger que la violoniste.
De palmer
passant | 21H47 | 18/09/2009 |
Sublime ! Et en plus, une nouvelle fenêtre sur la vie : medici.tv. Merci Rue 89.
De Michel Ponroy
1 tel ectruelle | 05H04 | 19/09/2009 |
magnifique !
De pikasso02
08H22 | 19/09/2009 |
Que c'est beau, l'interprétation !
J'adore les rhododendrons ! Eh oui Sim !
Parc'que l'interprétation n'aurait pas du
DISPARAÎTRE de la peinture et la sculpture !
Piano, violon, pas mort
Peinture, sculpture, defuntis !
Picasso fut INTERPRETE toute sa vie
Et ça, personne ne le sait
Dommage, la peinture pourrait
Renaître de ses cendres.
Théâtre, Musique, Peinture, que d'émotions
Par l'interprééétation.
J'aime pas l'art contemporain
Dommage de rater le train
De ne pas connaître l'heure !
Mais quel bonheur
De connaître Pablo Picasseur !
Le génial interprétateur
Comme pour la sonate « A Kreutzer »
Par Akido et Nicholas
De variable
| 11H01 | 19/09/2009 |
Magnifiques sonorités de part et d'autre pour porter la fièvre et les coups de butoir beethoveniens. Sans dégoulinade.
Mais tout n'est-il pas dit dès les premières mesures ? Où sont le rêve, l'inquiétude, les revirements, la danse ? C'est encore un peu trop sage !