
Toscanini, piégé par son fils cinquante ans après sa mort
Un docufiction diffusé sur Arte révèle l'intimité du chef d'orchestre, dont les conversations étaient enregistrées à son insu.

Pendant trois ans, le fils aîné de célèbre maestro italien Arturo Toscanini a enregistré les conversations de son père à son insu. Le résultat, 150 heures d'enregistrement aujourd'hui révélées dans un film diffusé sur Arte le 2 mars.
Imaginer son propre fils planquer un magnétophone dans le placard afin de ne rien perdre du génie de son père, voilà qui fait froid dans le dos. C'est bien pourtant ce qui s'est passé de 1954 à 1957, dans la maison de Riverdale aux Etats-Unis, où le maestro italien Arturo Toscanini (1867-1957) s'était retiré à 87 ans, après un dernier concert en 1954.
Dix ans auparavant, Toscanini dirigeait l'orchestre de la NBC de New York dans l'ouverture de la « Force du destin » de Verdi, avec une énergie incroyable. (Voir la vidéo)
« On ne laisse jamais ces pauvres grands hommes tranquilles, jusque dans leurs tombes ! » écrivait en 1938 Toscanini à sa maîtresse Ada Meinardi à propos de la publication de lettres de Verdi. Et il ajoutait : « Pourquoi devrais-je descendre à des détails de sa vie tellement inutiles ? Par pitié, arrêtez-vous à la porte de sa chambre à coucher… »
Une porte franchie allègrement par son fils Walter. Arturo Toscanini n'avait jamais voulu se faire interviewer ni écrire ses mémoires. Une règle de conduite qui n'a pas fait l'affaire de Walter, pour mille raisons que l'on ne peut qu'imaginer. Quoiqu'il en soit, les faits sont là : un magnétophone a été caché quelque part.
Quelque cinquante ans plus tard, Walfredo, le fils de Walter, décide de donner ces bandes à Harvey Sachs, l'excellent biographe de Toscanini. Naît alors le projet d'un film.
Des colères épouvantables qui ont fait sa légende
Les conversations, prononcées en plusieurs langues et inaudibles, sont inutilisables. La solution : les mettre en scène et les faire dire par des comédiens. Tout ce que vous entendrez dans « Toscanini par lui-même », le « docu-fiction » réalisé par Larry Weinstein et dont la première diffusion mondiale a lieu sur Arte, sortira de la bouche de comédiens, mais a été prononcé par Toscanini.
Pour vous faire entendre la vraie voix de Toscanini, la voilà dans une de ses colères épouvantables qui ont fait sa légende. (Voir la vidéo)
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Il était une fois, un soir de la Saint-Sylvestre au coin du feu. Toscanini converse avec sa fille Wally, son fils Walter, des amis proches et une jeune femme qui a tout l'air d'être sa maîtresse.
Leurs questions sont un prétexte pour lui faire raconter son parcours musical et lui faire livrer quelques petits secrets : nous y voilà dans la chambre à coucher, et à l'idée saugrenue d'un fils jouant l'espion avec son père s'ajoute celle de notre complicité. Nous sommes en train de regarder par le trou de la serrure…
Nous sommes d'autant plus curieux que cela concerne le plus célèbre des chefs d'orchestre, avec tous les éléments contribuant à la légende : homme à femmes, homme de combat qui s'oppose à Mussolini et à Hitler, homme en quête de perfection musicale.
Les passions faites homme
Dans ces conversations enregistrées, il raconte comme si on y était sa rencontre avec Verdi et sa vénération pour Wagner, qui lui a fait abandonner toute velléité de devenir compositeur. Il évoque son amour de Beethoven qu'il plaçait au-dessus de tous les autres, et ses relations haineuses avec Puccini :
« Pendant des années, on ne s'est pas adressé la parole. Un jour, à Noël, je reçois, venant de chez lui, un panetone. Aussitôt après, un télégramme de Puccini : “Panetone envoyé par erreur. Stop. Puccini.” Je lui ai répondu aussitôt : “Panetone mangé par erreur. Stop. Toscanini.'” (Voir la vidéo)
Il se met rétrospectivement en colère contre Mussolini, ce “monstre” qui lui a retiré son passeport. En 1931, il est giflé par des fascistes parce qu'il refuse de jouer l'hymne officiel et décide de ne plus diriger en Italie et de quitter son pays. Mais il avait, l'avoue-t-il, été un des partisans de Mussolini avant qu'il ne prenne le pouvoir.
Des images d'archives le montrent rire et diriger pour rire, faisant le pitre ou bien très vieux monsieur au bras de son fils. Il parle avec émotion de son retour en Italie en 1946 à la Scala de Milan dont il dirige le concert de réouverture le 11 mai. (Voir la vidéo)
Jusqu'à la fin du film, on s'attend à ce que la conversation porte, à un moment ou un autre, sur Vladimir Horowitz : le pianiste était le gendre de Toscanini, dont il avait épousé la fille Wanda en 1933. Car Toscanini n'avait pas que deux enfants, Walter le poseur de micros et Wally. Il y avait aussi Wanda, la petite dernière, absente du tableau construit autour du maestro vieillissant. Le feu de bois, c'était pas pour elle.
Est-il possible qu'en 150 heures, il n'ait pas parlé de son gendre ou de sa fille ?
Est-il possible qu'au cours de ces cent cinquante heures d'enregistrement, Toscanini n'ait parlé ni de son gendre, ni de sa fille ? Est-il possible qu'il l'ait fait, mais que la famille n'ait pas voulu que ces mots-là figurent dans le film ? Après “Famille, je vous hais”, est-ce le chapitre le “noeud de vipère” qui est écrit ?
Que cela ne nous empêche pas d'entendre le grand Vladimir Horowitz dirigé par son beau-père en 1939 dans le deuxième mouvement du “Deuxième concerto” de Brahms. (Voir la vidéo)
Quant à nous, maintenant qu'on a regardé par le trou de la serrure, on aimerait bien pousser la porte et connaître la réponse à ces questions… Ou plus sagement peut-être, attendre le prochain film.
► Toscanini par lui-même docu-fiction réalisé par Larry Weinstein - sur Arte - le lundi 2 mars à 22h30 - disponible en DVD à partir du 12 mars (Medici Arts).
Photo : Le chef d'orchestre Arturo Toscanini (DR), Wanda et Vladimir Horowitz (DR).
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De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H57 | 25/02/2009 |
Dimanche 1er mars, même chaîne, 19h, diffusion d'extraits de Toscanini dirige Wagner (1948). Version restaurée. Rediffusion le 6 mars à 06h00.
à FabiendeMénilmontant
De solstice
pigiste | 16H11 | 26/02/2009 |
Merci Fabien, toujours le com utile : )
De A.V.
tamagotchi89 | 17H09 | 25/02/2009 |
Tous les enfants devraient faire ça à leurs parents. Ça égratignerait le faux héritage, le vernis que ces derniers passent en couches sur leurs vilaines petites tendances. C'est le meurtre symbolique et nécessaire des parents.
Par contre, je trouve totalement fumiste le fait de partir d'un truc aussi authentique et salutaire - les enregistrements volés - pour en faire une version expurgée et fausse sous la forme d'un docu-fiction. Ça n'a plus aucun sens.
à A.V.
De lilie-angie
infographiste free-lance | 21H46 | 25/02/2009 |
Toscanini, je ne suis pas au fait.
Par contre, je ne pense pas qu'il faille « tuer » les parents, mais leur pardonner.
à A.V.
De DBL8
Retraité | 22H00 | 25/02/2009 |
Ce rejeton mérite des baffes pour avoir mis à disposition ses enregistrements.
OUI … des baffes par poignées de 12 ! !
Déjà que le fils à agis comme un salop, le petit fils est bien digne de son père.
Quant aux autres… c'est faire du fric, et là… pour eux tout est bon !
De jean breton
républicain laïque | 17H18 | 25/02/2009 |
Rien de neuf.
Un type volcanique qui dirigeait 15-25% plus vite qu'un tempo « normal ».
Et ça passait parce qu'il était génial.
Enfin, la plupart du temps.
Mais ce n'est pas à imiter.
Ce n'est pas imitable.
Quand au 2ème de Brahms par Horrowitz, c'est du grand guignol.
Voyez plutot abado-pollini 1967 (sur Utube).
A mon avis…
à jean breton
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 17H39 | 25/02/2009 |
Ce commentaire tombe à pic. Voir le mien ci-dessous, SVP.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 17H37 | 25/02/2009 |
Curieux, quand même ! J'ai passé une bonne partie de mon enfance/adolescence à entendre des « sachants » et des mélomanes seriner que Toscanini « jouait trop vite » (tiens, par exemple, comme dans la IXème de Beethoven en video), même si ses interprétations étaient jugées impeccables dans le détail. Ca me paraissait inconcevable, mais après avoir entendu des enregistrements de Furtwaengler (que je trouve depuis irrésistiblement lent ! ), on comprend mieux… J'aimerais que Nathalie Krafft puisse nous donner son sentiment sur la question.
Cela étant dit, les musiciens et les amateurs ne sont pas à une phrase abrupte près. Puisqu'on parle ici d'Horowitz, il faut quand même l'avoir entendu dire à la TV américaine un soir que « Beethoven ne connaissait pas le piano », contrairement à Chopin ou Liszt par la suite ! Ca m'en a bouché un coin à l'époque, mais j'ai conservé une certaine méfiance à l'égard d'Horowitz (heureusement qu'il y avait aussi Rubinstein… ). Je suppose qu'on a chacun ses tics injustifiables.
à Jaycib
De solstice
pigiste | 16H20 | 26/02/2009 |
Ah Rubinstein… Difficile de faire un palmarès mais je suis une fan absolue…
à Jaycib
De Tokani
Oldmole | 18H20 | 26/02/2009 |
Non Cher Ami ! Nous vivons une époque Moderne ou tous va trop Vite (sauf l « Esprit) Toscanini ? Glenn Gould ? Deux grands Interprètes constamment en phase maniaque…. Mais qui pourrait prendre le temps de ruminer Klemperer ? ? ? Enfin… écouter un Peu Toscanini c'est pardonner beaucoup à Mussolini …
à Jaycib
De André.Germinet
ingénieur | 03H55 | 28/02/2009 |
Horowitz a raison en ce sens que Chopin écrivait pour la main du piano. idem pour Liszt. Beethoven ou Schibert se foutent de savoir si leur partition est adaptée à la main. Voilà, si je peux me permettre, ce qu'Horowitz voulait dire…
De brazz
18H00 | 25/02/2009 |
Bon, moi je trouve ça répugnant ! Tout comme le fait que les héritiers touchent les droits d'auteur d'ailleurs.
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 18H07 | 25/02/2009 |
Heureusement il existe la solution « Michel Rocard » qui consiste à s'exprimer en de longues phrases incompréhensibles par le commun des mortels. « Manaha, magapuf, force de progrès », de nombreux Champollion en herbe se sont cassés les dents sur ce redoutable sabir !
De admirateur
18H10 | 25/02/2009 |
ah vous regardez par le petit trou de la serrure ?
perso je ne suis pas voyeur et, sans doute une erreur, je préfère toscanini antifasciste qui joue sur un rythme perso (une expression de la liberté individuelle ? ) au fasciste karajan qui « oubliait » des notes pour lisser les partitions
à chacun son goût
De 1979
19H09 | 25/02/2009 |
hier et aujoud´hui…..
De richy
19H22 | 25/02/2009 |
« mr Toscanini décide de ne plus diriger en Italie et de quitter son pays. Mais il avait, l'avoue-t-il, été un des partisans de Mussolini avant qu'il ne prenne le pouvoir. “
comme quoi étre un grand homme passe aussi par le fait de savoir reconnaitre que l'on s'est trompé( ou que l'on a été trompé)
avis aux fidéles de nain de jardin1er
à richy
De Mougik
Loser imperturbable | 20H04 | 25/02/2009 |
Ceci dit, il aurait continué d'admirer ce dictateur que son talent musical n'en aurait pas pour autant été changé.
Opinion politique et talent sont deux choses différentes.
Heureusement.
à Mougik
De chapolin
scoresdownload.com | 01H39 | 26/02/2009 |
Je ne suis absolument pas d'accord. je pense qu'il y a un moment ou l'ideologie rejoint l'art. c'était je crois cette grand force universelle qui animait des gens comme Mozart ou Bach ou bien Bob Marley …
à chapolin
De solstice
pigiste | 16H19 | 26/02/2009 |
? ? ?
à solstice
De sup à la demande du riverain 28.09.09
21H30 | 26/02/2009 |
Moi je ne parles que de ce que je connais…enfin d'après ce qu'on dit…
à solstice
De chapolin
scoresdownload.com | 12H18 | 27/02/2009 |
Pour Mozart par exemple je pense à 2 biographies : le film amadeus qui le décrit comme un gros taré génial ne pensant qu'à faire la fête, baiser et dépenser de l'argent. Un être décadant et moqueur jusqu'à la méchanceté, une sorte de star capricieuse … et le livre de Philippe Sollers qui au contraire nous présente un Mozart franc-maçon en contradiction avec le pouvoir éxistant, un type profondément humain qui n'avait de cesse que d'être libre d'offrir son oeuvre à la majorité et non à une élite pour qui le plus grand des musiciens serait considéré comme un vallet. Dans ce role on retrouve d'ailleur Bach, pion dans une ecole pour enfant dissipés …
Quand à Bob Marley il faudrait me prouver qu'il n'y a pas une iédéologie derriere tout celà.
à chapolin
De chapolin
scoresdownload.com | 12H18 | 27/02/2009 |
…
à richy
De DBL8
Retraité | 22H07 | 25/02/2009 |
Beaucoup de fasciste avance masqué, et Toscanini c'est laissé prendre comme beaucoup à l'époque.
Le moule de ses personnage n'est pas cassé, il sert encore, HÉLAS ! !
De Jiim
21H33 | 25/02/2009 |
Dire que Toscanini dirigeait « trop vite », c'est sous-entendre qu'il y a un tempo vrai et une interprétation vraie. Or, ce débat revient toujours à vouloir déterminer le sexe des anges. Nous savons très bien que le « andante » de Mozart n'est pas le « andante » de Beethoven qui n'est pas celui de Prokofiev. Nous savons aussi que les indications métronomiques sont parfois absentes et parfois fantaisistes (dans les symphonies de Beethoven, certains mouvements n'ont jamais été joués aux vitesses chiffrées en tête de page -par exemple dans le scherzo de la 9ème symphonie).
Ce qui importe c'est que le chef respecte les rapports dynamiques entre les sections de chaque partition (outre l'esprit -on ne joue pas presto un adagio, bien sûr). Le travail du chef est de faire des choix, et je suis très heureux de pouvoir écouter deux versions de la 9° symphonie aussi différentes dans leurs partis pris que celles de Toscanini et Furtwängler (pour citer deux dinosaures). Cela offre des perspectives passionnantes.
Après, intervient le gout de chaque auditeur. Au disque les tempi de Toscanini me laisse souvent froid (ce que la qualité calamiteuse des enregistrements d'époque n'arrange pas) et la musique n'a pas le temps de pénétrer mon oreille. Mais en concert, pris dans le tourbillon, cela aurait été une toute autre affaire, j'en suis convaincu. On pourrait parler d'Horowitz à ce chapitre (Horowitz dont le 2°eme de Brahms est en effet un peu expédié et brut de décoffrage à mon gout. On peut plutot se reporter à Gilels, Serkin ou Freire)
à Jiim
De jean breton
républicain laïque | 12H17 | 26/02/2009 |
Mon gout personnel va vers ce que vous dites de Toscanini et d'Horowitz.
Mais moi-même je joue trop lentement, de plus en plus avec l'âge d'ailleurs.
Certes il n'y a que des tempi relatifs, mais tout de même on peut dire que souvent Toscanini se plante en pressant.
Pas toujours, alors cela donne la neuvième ci-dessus, pleine d'énergie.
Horowitz veut souvent (pas toujours bien sûr) nous montrer ce qu'il sait faire, ça c'est autre chose.
à jean breton
De solstice
pigiste | 16H17 | 26/02/2009 |
Bon, j'osais pas mais je suis d'accord : il y a eu une mode performance du tempo le plus rapide, suivi de quelques marseillaises sirupeuses… Chacun ses goûts mais je suis d'accord avec vous sur certaines interprétations de Toscanini ! Et comme vous avez l'air d'être un pro, je suis flattée…
à solstice
De jean breton
républicain laïque | 18H27 | 27/02/2009 |
Solstice on peut aussi dire ça de Gould.
Il se plante souvent.
Le reste est génial.
Faut peut-être se planter souvent pour être génial parfois : c'est ce qui différencie le besogneux qui tente toujours de bien faire (comme moi) du type superbon qui prend un maximum de risques.
Ceci dit j'adore presque toujours Pollini et Edwin Fischer, dans deux genres opposés : l'un d'abord rigoureux, l'autre d'abord imaginatif, et dieu sait s'ils prennent des risques de tempi, et pourtant ça marche presque toujours. Donc contreexemples.
Car comme disait Proust, il n'y a pas de vérité en Art hormis celle de notre coeur…
De chapolin
scoresdownload.com | 01H27 | 26/02/2009 |
Interêssant article quoique je sois un peu contre ce genre de truc de s'incruster dans la vie intime des gens … çà pose à mon sens un problème ou plutôt un dilemne : d'un côté l'histoire et l'étude, le progrès et le savoir et de l'autre un certain respect, j'avoue que je suis partagé.
J'adore : « j'ai erré dix ans à la Sorbonne afin d'y étudier la littérature. En réalité j'hibernais dans des bibliothèques obscures. “ : )
De solstice
pigiste | 16H14 | 26/02/2009 |
Dans un genre british, je viens de terminer « Testament à l'anglaise » de Jonathan Coe… Un peu confus au départ, un docu-fiction bien ficelé sur l'Angleterre, de Churchill à Major en passant par Maggie. Souvent drôle, très grinçant… Il y a des héritages que l'on est heureux de ne pas avoir à supporter !
à solstice
De Picospin
Prof émérite (Paris12 et St-Louis, ... | 16H52 | 26/02/2009 |
Voilà enfin un blog intéressant qui montre qu'il y a beaucoup plus de mélomanes qu'on ne pense, que les gens sont plus cultivés qu'on ne le dit généralement surtout dans un domaine comme la musique dont on parle peu en France, qui n'est pas pratiquée comme on pourrait s'y attendre et qui est surtout destinée plus à une élite financière et fortement hiérarchisée qu'à de véritables mélomanes. Regardez autour de vous le public décoré, guindé, plutôt âgé qui circule dans les grandes salles où les places sont hors de prix et que les personnes âgées qui les fréquentent peuvent difficilement approcher en raison de la surdité qui les menace. Ils ne manifestent guère d'enthousiasme pour des concerts dont certains sont pourtant de grande qualité et interprétés par des musiciens enthousiastes s'il est vrai que d'autres sont bâclés par des instrumentistes pressés d'en finir ce qui peut expliquer le tempo parfois rapide adopté par les orchestres à l'instar de ce qui est dépeint pour les émules de Toscanini. Cet article fait allusion à un débat aussi important que l'appréciation de la musique. C'est celui de la relation des enfants aux parents et de la démarche particulière, sinon surprenante du fils de Toscanini envers son père. Jusqu'à quel degré de vie privée et d'intimité peut-on décemment aller sans rompre la relation décente, respectueuse, suffisamment distanciée entre deux êtres humains même ou malgré leur relation familiale ? C'est un véritable débat à un moment où les atteintes à la vie privée se multiplient, sont dénoncées ou même attaquées en vue de la sauvegarde de l'intimité élémentaire à laquelle ont droit les personnalités célèbres même si par ailleurs elles profitent largement ou excessivement de cette condition.