
Pianiste infidèle, Alexandre Tharaud dit sa passion pour Satie
Avec une troupe d'artistes dont la chanteuse Juliette et le comédien François Morel, le pianiste Alexandre Tharaud nous fait redécouvrir Erik Satie à travers un album, une journée Satie le 8 février à la Cité de la Musique à Paris puis une tournée dans toute la France.
Alexandre Tharaud, français, pianiste, 40 ans. Une fois écrite cette fiche signalétique, les soucis commencent : comment parler d'un artiste qui n'est jamais là où on est pourtant sûr de le trouver ? A croire qu'il joue à surprendre.
Mais non, le seul jeu auquel Alexandre Tharaud s'adonne, c'est le piano. Le piano, mais pas tout à fait comme ses confrères. A eux, il laisse (mais jusqu'à quand ? ) les boulevards du « grand » répertoire, les Brahms, Beethoven, Schumann, Liszt… A lui, les sens interdits…
Erik Satie, c'est un Ovni, une musique surgie de nulle part
Pour commencer, quand on est pianiste et français, il est vivement recommandé de ne pas enregistrer de musique française, pour, justement, éviter d'être catalogué « pianiste français ». Mais de cela, Tharaud n'en a cure : il sait que personne ne parviendra à le ranger dans une boîte sur laquelle sera collée une étiquette. Il joue ce qu'il aime et enregistre des disques consacrés à Emmanuel Chabrier, Maurice Ravel, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Saint-Saëns, et aujourd'hui Erik Satie :
« Le compositeur Satie, c'est un Ovni, sa musique surgit de nulle part, comme un pavé dans la mare à la fin du XIXe siècle. Quant à l'homme Satie, il nous échappe toujours… » (voir la vidéo)
Puisqu'il ne peut s'empêcher de prendre son monde à rebrousse-poil, Alexandre Tharaud enregistre en 2001 un disque consacré à Jean-Philippe Rameau. Des oeuvres pour clavecin jouées au piano ? Et en plus « entrelardées » de pièces commandées à des compositeurs vivants, comme autant d'hommages à Rameau ? La pire des audaces mais un triomphe auprès du public !
Un infidèle qui change de piano tous les jours
Erik Satie (1866-1925), le compositeur aux multiples facettes, encore aujourd'hui mal compris et difficile à percer derrière ses excentricités, ne pouvait qu'attiser le désir de l'iconoclaste Alexandre Tharaud.
Car c'est peu dire qu'Erik Satie prend lui aussi le monde à rebrousse poil. Il se fâche avec tout le monde, dont Claude Debussy, dont il est pourtant un ami très proche pendant des années. Pourtant, s'il est misanthrope, il fréquente des cabarets comme le Chat noir ou l'Auberge du Clou, où il travaille comme pianiste.
Quand le compositeur meurt dans le plus complet dénuement, chez lui dans sa maison d'Arcueil, où il n'a laissé personne entrer pendant des années, on découvre des tas de lettres jamais ouvertes mais auxquelles il a répondu…
Alexandre Tharaud, lui, nous répond en se prêtant au jeu des questions réponses puis évoque sa relation à l'instrument piano :
« Je suis infidèle, je change de piano tous les jours. Je n'ai plus de piano chez moi depuis onze ans, ce qui est une manière d'attiser le désir de jouer : quand j'arrive sur le piano, je me jette sur lui avec gourmandise… » (Voir la vidéo)
Pour beaucoup, Erik Satie est un génial mystificateur qui aime à s'amuser de tout. Pour remplacer les termes italiens (vivace, presto, etc), il annote ses partitions de quelques « très luisant », « du bout de la pensée », « postulez vous-même »…
Il donne à ses oeuvres des titres tels « Embryons desséchés », « Véritables préludes flasques (pour un chien) », « Trois morceaux en forme de poire ». Ses bons mots le rendent célèbre :
« La poutre qui est dans l'oeil de chaque critique lui sert de longue-vue pour apercevoir la faille qui est dans l'oeuvre de chaque auteur. »
« Plus je connais les hommes, plus j'admire les chiens. »
Ou le fâchent :
« Ravel vient de refuser la Légion d'honneur, mais toute sa musique l'accepte. »
Mais certaines de ses pièces, extrêmement dépouillées, sont empreintes d'une grande mélancolie, comme cette « Quatrième Gnossienne » jouée par Alexandre Tharaud :
Pour rendre compte de la variété de l'univers d'Erik Satie et en brosser le portrait le plus exact, le pianiste a gravé un double album, le premier CD étant dédié à la musique pour piano, le second à la musique de chambre. Un album plein de surprises, où figurent des pièces connues telles les « Gnossiennes » ou les « Gymnopédies », ou plus rares comme « Heures séculaires et instantanées », « Poudre d'or »…
L'humour des Deschiens en phase avec celui d'Erik Satie
Alexandre Tharaud joue dans cet album avec ses amis, notamment le chanteuse Juliette. Quant à François Morel, le comédien de la troupe des Deschiens de Jérôme Deschamps, présent lui aussi, il lit des textes lors des spectacles sur scène :
« Les chansons de cabaret de Satie ont été écrites pour des chanteuses réalistes. Qui d'autres que Juliette s'en rapproche autant ? Et avec François Morel, il y a tout l'humour des Deschiens qui sied si bien à l'univers de Satie. » (Voir la vidéo)
Alexandre Tharaud, qui a joué Jean-Sébastien Bach au milieu des chevaux de Bartabas lors du festival des Nuits de Fourvière, qui a créé « Outre-Mémoire », une oeuvre sur l'esclavage conçue par Thierry Pécou et le plasticien Jean-François Boclé, qui mêle création musicale et exposition, est l'homme des rencontres les plus fécondes.
C'est ce même goût pour les partages inattendus qui le lie intimement à Erik Satie, l'homme qui a écrit le ballet « Parade » avec Jean Cocteau et Picasso.
► « Erik Satie, Avant-dernières pensées » Alexandre Tharaud, Eric Le Sage, Juliette, Jean Delescluse, Isabelle Faust, David Guerrier (1 album de 2 CD, Harmonia Mundi)
► Journée Erik Satie dimanche 8 février à la Cité de la Musique de Paris. Six concerts. De 8h00 à 3h15, 21 pianistes interprèteront les « 840 Vexations » (court motif pour piano qu'il faut répéter en boucle 840 fois). La journée sera diffusée en direct et gratuitement sur les sites Harmoniamundi.com et Citedelamusique.fr. Accès en permanence à deux écrans de manière à pouvoir passer des concerts aux Vexations. Consultable gratuitement pendant un mois.
Tournée d'Alexandre Tharaud en France
9 février à Gap, La Passerelle
► 10 février à Aix en Provence, Grand Théâtre de Provence
► 11 février à Besançon, Le Théâtre Musical
► 12 février à Chalons en Champagne, La Comète
► 13 février à Gradignan Théâtre des 4 saisons
► 14 février à La Rochelle, La Coursive
► 27 (20h00) et 28 (18h00) février à Rennes, Opéra
Ailleurs sur le Web
► La biographie d'Erik Satie, sur Wikipedia
► Le paradoxe Erik Satie, sur les Amis de la musique française
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De DIKIE
15H11 | 07/02/2009 |
Quel bonheur d'entendre Alexandre nous conter l'histoire de ce disque, de ses rencontres présentes (avec les personnes qui l'accompagnent sur le cd) et passées (touchante évocation de Madeleine Milhaud…qui donne envie qu'il nous en parle davantage ! )…
Nathalie, à quand la vidéo complète et sans montage d'AT pour jouir du plaisir d'entendre ses propos de A à Z ?
Merci encore pour ce beau moment !
De Pierrrrre
17H07 | 07/02/2009 |
»….Pianiste infidèle…. »
► L'infidélité, ça vous met sur la touche,
Hors de portée d'une escarmouche,
Mais clef d'un silence bien louche,
Celle d'un amour piano,
Tout en modérato,
De quoi en être marteau
Pas ma partition,
Pas vraiment mon diapason.
Piano couché pas dans mes cordes,
Trop de fausses notes qui s'entretordent.
De setori
retraité | 15H49 | 07/02/2009 |
SATIE c'est à la fois la perfection sonore dans la simplicité d'écriture etl'iconoclaste volontier provocateur .J'adore jouer les GNOSIENNES ,les Gymnopédies .C'est d'une beauté rare .Loin des circonvolutions à vous faire « péter » les doigts SATIE ,tout en étant abordable, vous donne un plaisir divin.
à setori
De camembert2
architecte | 22H43 | 07/02/2009 |
Je n'aurais pas mieux dit.. c'est tout à fait cela. satie est une musique qui se joue…….qui se joue de tout, d'ailleurs.
De m a i a
aquoiboniste | 16H49 | 07/02/2009 |
Encore un article qui touche au coeur, quel plaisir !
J'ai découvert Alexandre Tharaud à une endroit où effectivement sa présence était pour le moins inattendue : lors d'une fête de la musique dans la petite salle parisienne de la Maroquinerie, au milieu des Delerm, De la Simone, Cali, Monnet, Thierry Stremler, Louis Chédid, Cherhal, -M- et j'en passe…
Albin de la Simone a prévenu le public que le piano serait entièrement acoustique et que nous devions donc faire un silence plus attentif que d'habitude. Il a introduit Alexandre Tharaud en le présentant comme un musicien « classique » mais tellement inclassable que nous allions comprendre la raison de sa présence dans ce concert hétéroclite.
Alexandre Tharaud a joué un extrait des Indes Galantes de Rameau, et s'est fait adopter immédiatement par ce public surpris. Les applaudissement ont été tels et l'émotion si forte, qu'il a dû revenir jouer à un autre moment de cette fête, puis avec tous les autres dans des interprétations improbables.
Un grand moment, un pianiste de génie, un état d'esprit particulièrement attachant…
Satie lui va à merveille, ou inversement.
maia, en mode souvenirs…
à m a i a
De Mojique
* | 17H19 | 07/02/2009 |
J'aime beaucoup Satie. Il est dans le courant symboliste, mysthique. Dieu est partout mais il ne se montre pas, il indique sa présence par des symboles. Une viste chez les Rose croix.
De Etoile polaire
mélomane | 19H06 | 07/02/2009 |
Impossible d'écouter la « Quatrième Gnossienne » jouée par Alexandre Tharaud, quel dommage ! !
Problème technique ? Y a-t-il d'autres auditeurs qui maltraitent leur clavier (d'ordi ! ) pour entendre ne fût-ce que quelques notes ? ?
à Etoile polaire
De Nathalie Krafft
(auteur)
Journaliste | 21H19 | 07/02/2009 |
je n'ai pas pu moi non plus entendre cette pièce de Satie jouée par Tharaud une fois qu'elle a été mise en ligne ; j'ai prévenu nos amis de rue89, et ils vont certainement faire ce qu'il faut. Tout ce que je peux vous dire : c'est à couper le souffle… Patience !
à Nathalie Krafft
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 22H18 | 07/02/2009 |
On va donc patienter.
Et encore une fois merci pour votre belle plume et belles balades sur des sentiers que le brouhaha de l'actualité nous fait parfois oublier.
à Etoile polaire
De Yann Guégan
Rue89 | 11H01 | 09/02/2009 |
C'est rétabli. Désolé pour ce petit souci.
à Yann Guégan
De Etoile polaire
mélomane | 15H59 | 09/02/2009 |
Il fallait juste un peu de patience… merci.
Ce n'est peut-être qu'un avis, mais ma petite oreille exercée me dit que… ce jeune homme a dû beaucoup écouter Ciccolini…
Cela dit j'aime beaucoup les musiciens qui cherchent de nouvelles oreilles, le XXIème siècle aura besoin d'un public -j'oserai le mot- « désembourgeoisé » mais tout aussi exigeant.
De zénon denon 84
Bonne | 20H41 | 07/02/2009 |
Que c'est bien vrai ce que vous dites :
« Dieu est partout et il ne se montre pas . »
C'est sûr ça .Mais pour en être persuadé
Il faut cotoyer les Artistes -oui-
et notre jeune pianiste en est UN grand .
Je l'ai écouté plusieurs années l'été
en Provence .-à La Roque d'Anthéron-
Par deux fois je lui envoyé un petit mot …(pour lui témoigné ma joie immédiate )
à chaque fois,il m'a répondu !
Rare ,non .
C'est du lourd ça .-comme dirait un autre artiste-
De jean breton
républicain laïque | 22H42 | 07/02/2009 |
Les pianistes (j'en suis) détestent Satie.
Pas de gamme.
Pas d'arpèges.
Pas de belles basses.
Pas de jolis doubles trilles ni de tremolos ronflants encore moins traits de sixtes ou tierces.
Et surtout, terrible : pas d'octaves.
Bref rien à se mettre sous la dent (je veux dire la main).
Et puis quelle différence entre une bonne et une mauvaise interprétation de Satie ?
L'interprèet disparait dans le vide.
Tombe dans un trou.
C'est plat, mou, bref : français.
Tout comme Rameau et Couperin d'ailleurs.
C'est ce qu'ils pensent.
Pas moi ni lui, ni Nat apparemment.
C'est aussi juste là où Alexandre excelle (ça sonne bien cette alliteration, n'est-ce pas).
Tranquillement, comme un peu…banalement.
à jean breton
De Unstern
23H58 | 07/02/2009 |
« …ni Nat apparemment. » Yves Nat ? Ah bon, il jouait Satie ?
Ça m'intéresserait bien de le savoir…
à Unstern
De jean breton
républicain laïque | 10H21 | 08/02/2009 |
Désolé de l'amiguité volontaire, je parlais de nathalie.
à jean breton
De piecam
trav_ind | 10H47 | 08/02/2009 |
Ce que je suis.
Tout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien. C'est juste.
Dès le début de ma carrière, je me suis, de suite, classé parmi les phonométrographes.Mes travaux sont de la pure phonométrique.(…)
Du reste, j'ai plus de plaisir à mesurer un son que je n'en ai à l'entendre. Le phonométre à la main, je travaille joyeusement et sûrement.(…)
Pour écrire mes « Pièces Froides », je me suis servi d'un caléidophone-enregistreur. Cela prit sept minutes.(…)
Je crois pouvoir dire que la phonologie est supérieure à la musique. C'est plus varié. Le rendement pécuniaire est plus grand. Je lui doit ma fortune.(…)
L'avenir est donc à la philophonie.
Erik Satie (Mémoires d'un amnésique)
PS
Ne confondons pas.
Parmi les musiciens, il y a les pions et les poètes.
ES
PPS
Je ne cesserai de le répéter, même à haute voix : « Il n'y a pas de Vérité en Art ». Soutenir le contraire n'est qu'un mensonge - et ce n'est pas beau de mentir…
ES (Pensée pour Fanfare)
à piecam
De Nathalie Krafft
(auteur)
Journaliste | 10H54 | 08/02/2009 |
En écho à ces citations de Satie, depuis 8 heures ce matin jusqu'à 3 heures demain, 21 pianistes se succèdent pour jouer les Vexations, et on peut les entendre et les voir en direct (en plus de tous les autres concerts) sur le site internet de la Cité de la Musique. Parmi ces pianistes, il y a des jazzmen, des compositeurs, des baroqueux, des tout jeunes, des plus âgés… Jetez un oeil et une oreille !
à Nathalie Krafft
De piecam
trav_ind | 11H08 | 08/02/2009 |
Merci, mais il n'y a plus de place sur le site.
Dommage.
à piecam
De Nathalie Krafft
(auteur)
Journaliste | 12H05 | 08/02/2009 |
si si ! Allez sur celui d'harmonia mundi, par exemple, (je donne le lien en bas de l'article, celui de la Cité est peut-être saturé), et en ce moment Alexandre Tharaud joue avec Eric Le Sage, tandis que les Vexations continuent…
à Nathalie Krafft
De piecam
trav_ind | 12H54 | 08/02/2009 |
Le site de la Cité est saturé.
On y arrive par le minisite Harmonia Mundi Erik Satie.
Merci.
à jean breton
De setori
retraité | 18H55 | 08/02/2009 |
La valse « Je te veux “ ou ‘Le Picadilly’ comportent tout de même quelques difficultés qu'il faut aborder par un travail plus soutenu .C'est beau ,génial ,divin mais pas simpliste ou simplissime….
à setori
De jean breton
républicain laïque | 20H21 | 08/02/2009 |
Exact. J'adore aussi. Mais le pianisme de Satie ne plait pas aux pianistes.
à setori
De jean breton
républicain laïque | 21H18 | 08/02/2009 |
E
De Jiim
15H10 | 08/02/2009 |
Comme j'aimerais voir plus souvent de nobles (et riches) maisons se lancer avec un peu d'audace dans des projets tellement passionnants, et susceptibles de toucher plusieurs publics aussi curieux que différents.
En tant que professionnel et public avide, je ne peux qu'encourager les salles dans cette voie. L'avenir de la musique classique passera aussi (c'est mon opinion) par le dépassement de la forme traditionnelle du concert (qui a toujours connu des évolutions avant de se figer dans le siècle passé).
Alors merci à Alexandre Tharaud d'être un pianiste sensible, un musicien intelligent et créatif. Et merci à la Cité de la musique de mener à bien avec ce panache sa mission de service public.
(Merci également à Nathalie de nous offrir un journalisme musical de première main qui ait du fond et du relief)
De Daeron
barde | 19H55 | 08/02/2009 |
Ce qu'il y a de bien avec Alexandre Tharaud, c'est qu'on n'a même pas besoin de faire des recherches pour avoir de ses nouvelles. Il suffit de se balader, virtuellement ou non, pour être au courant de ses dernières interviews/tournées/conceptions pianistiques révolutionnaires.
Il n'y a pas si longtemps, c'était Hélène Grimaud qui bénéficiait de ce traitement privilégié… Le temps a ses coqueluches, ses pianistes populaires, qui effacent la présence de bien d'autres, moins médiatiques, mais parfois tellement meilleurs (pas toujours, hein). Avec notamment, au coeur de l'ensemble de ces « critiques » musicales (de manière générale, pas seulement à propos de Tharaud), la conjugaison à l'envi de tous les qualificatifs usuels, voire surannés : expressif, virtuose, sensible, iconoclaste, mature, humble, cristallin, déjouant les pièges du romantisme, passionné, intense, etc. (liste très, très loin d'être exhaustive). Qualificatifs fourre-tout souvent beaucoup plus orientés sur la personnalité de l'interprète que sur la qualité de son interprétation, et de toute façon à mille lieux d'expliciter en détail ces jugements péremptoires…
Chez Tharaud, donc, une chose serait vraiment plaisante, pour comprendre un peu mieux ces acclamations unanimes, en dehors d'être convaincu par son style pianistique, dont on me rétorquera que c'est là une affaire par trop subjective, serait d'entendre quelque chose de consistant de sa part lorsqu'il dit quelque chose.
Disons, par exemple, qu'il est assez pénible, pour ne pas dire grotesque, de l'entendre s'enflammer, avec son habituellement fausse modestie, sur l'idée que travailler sur un piano moins bon qu'un piano de concert permet d'aller en profondeur, alors que n'importe quel pianiste, professionnel ou non, est déjà largement au courant de cet état de fait,et que c'est un peu (oui, c'est une façon de parler…) léger de justifier d'aller en profondeur dans le travail avec cette banal… cet « argument ». D'autant qu'il est assez plaisant d'entendre que pour lui, un piano « médiocre » est, par exemple, un demi-queue… Bref, un bel artifice oratoire qui donne l'impression qu'il a réinventé une roue qui n'aurait jamais existé.
De même que dans une interview à propos des valses de Chopin, celui-ci évoquait un côté « très noir, antisémite », de Chopin, qu'il s'évertuait à vouloir faire ressortir dans son interprétation. Par quels éléments ? On ne sait !
Par rapport à l'article, j'ai été ravi de découvrir un bon nombre de choses. D'abord, que les pianistes français ne devaient pas enregistrer de musique française. C'est certain : Duchâble, Le Sage, Luisada, Ciccolini, Collard, Casadesus, sans oublier Perlemuter bien sûr, Merlet, et bien d'autres, en constituent de bons exemples. D'autant que je vois mal en quoi l'étiquette « pianiste français » serait particulièrement négative, et que je vois de toute façon d'autant moins cette étiquette distribuée en fonction d'un éventuel enregistrement. Tharaud n'est déjà pas assez présenté comme un iconoclaste complet (je n'ai d'ailleurs toujours pas compris pourquoi), il fallait en rajouter. Bon.
Il est certain qu'un certain nombre de ses interprétations sont consacrées à des compositeurs peu joués ou connus. En revanche, conclure de manière aussi catégorique qu'il refuse les « boulevards » du grand répertoire, c'est peut-être un peu facile, sauf à considérer que Ravel, Bach, Schubert et Chopin n'en font pas partie… Quant aux autres, il faudrait voir à ne pas exagérer : Poulenc, Saint-Saëns et Satie sont loin d'être des illustres inconnus parmi les compositeurs, et s'ils sont moins joués que d'autres, il ne faudrait pas pour autant aller jusqu'à les qualifier de « sens interdits »… Quant à Rameau, ou Couperin… D'autres les ont enregistrés avant lui, au clavecin certes, mais quitte à les enregistrer au piano, autant profiter des possibilités de l'instrument (cf. plus bas). Enfin, pour ce qui est de Chabrier et Milhaud, qui font certes partie des délaissés du répertoire, on pourra rétorquer qu » un bon nombre d'autres pianistes que Tharaud ont également enregistré des compositeurs moins connus, sans que cela leur vaille forcément une réputation d'iconoclaste…
Je n'ai pas vraiment non plus compris en quoi le fait de changer de piano tous les jours était particulièrement novateur : chacun fait, plus ou moins, ce qu'il veut, et pas plus que ses habitudes alimentaires, son choix de changer régulièrement de piano n'éclaire en quoi que ce soit son prétendu talent.
(Et pas plus, d'ailleurs, que le fait de ne pas travailler chez soi.)
En revanche, ce qui me frappe, au-delà des banalités débitées par centaines par le sieur Tharaud, lors de chaque interview, c'est que jamais il n'a abordé, dans le détail, des idées telles que sa manière d'aborder les oeuvres pour les travailler, ni sa conception du travail sur le son. Les critiques musicales qualifient souvent le jeu de Tharaud comme « cristallin, fugace, et évanescent ». Ce en quoi je ne suis d'ailleurs pas en désaccord. Tharaud semble avoir une conception très « clavecin » du piano, et semble plus tenté d'en donner un son parfaitement uniforme. C'est un choix, mais j'ai du mal à voir en quoi c'est un progrès… Le piano ayant un certain nombre de possibilités que n'avait pas le clavecin. Il suffit d'écouter des pianistes ayant une approche un peu différente du piano (et un peu plus consistants dans leurs propos), pour savoir ce que l'on peut faire avec un piano, lorsque l'on effectue un véritable travail de réflexion sur le son, sur les attaques, et sur le sens de chaque oeuvre. Cf. par exemple Dominique Merlet ou Françoise Buffet-Arsenijevic (et un certain nombre d'autres, liste forcément non exhaustive).
Il s'agit sans doute, certes, d'approches différentes du piano, mais j'ai beaucoup de mal à voir pour quelles raisons celle de Tharaud, à mes yeux beaucoup plus superficielle que d'autres, est tant portée aux nues.
PS : J'avoue être embêté quant au pronostic de la « notation » de ce post. Je penche pour un rond rouge, mais avec un peu de chance ce sera deux. Difficile de trancher.
à Daeron
De jean breton
républicain laïque | 20H24 | 08/02/2009 |
Un avis de néophyte sentimental : j'adore cette vue très uniforme, preque banale, mais justement pas tout à fait ennuyeuse.
Un peu comme du noir et blanc subtil et pas de la couleur horrowitzienne.
à Daeron
De m a i a
aquoiboniste | 21H09 | 08/02/2009 |
Eh bien non, ce sera un quintiboule de ma part ; bien je sois en désaccord avec vous sur un certains nombre de points, je trouve votre post très instructif et beaucoup plus érudit que ce que je ne pourrai jamais écrire en matière de références pianistiques…
maia, sous le charme de Tharaud, et pas seulement au piano (j'avoue ! )
à Daeron
De jean breton
républicain laïque | 21H17 | 08/02/2009 |
L'interprétation en noir en blanc d'Alexandre n'est pas ennuyeuse contrairement aux commentaires inutiles qui au lieu de traiter de musiques, parlent des commentaires.