
Musique : Tombouctou, centre du « world » en plein désert
Au nord de Tombouctou, chaque année en janvier, le Festival d'Essakane rassemble en plein désert le meilleur de la musique world : musiciens maliens, touaregs et aussi occidentaux donnent rendez-vous à leur public au milieu des dunes pour trois jours de musique non stop…
Vagues de sable fin et blanc comme de la farine, les dunes ondulent sur la ligne d'horizon tandis que le vent soulève l'écume de leurs crêtes. Nous sommes au Mali, dans l'oasis d'Essakane, à soixante-dix kilomètres de Tombouctou, la cité fabuleuse qui a attiré dans les siècles passés nombre d'explorateurs occidentaux qui y ont laissé leur peau.
Carrefour commercial à l'époque des caravanes de sel et d'or, siège d'une intense vie intellectuelle au XVe siècle, la ville « mystérieuse » a connu un âge d'or dont les génies rôdent toujours dans les ruelles envahies par le sable.
C'est à Essakane, parmi les dunes courant vers l'infini, colorées par une poignée d'arbres vaillants et une brigade de chameaux chamarrés, que se déroule le plus imprévisible des festivals pour un tel lieu : trois jours de musique en janvier, où se produit le meilleur de la musique touareg et ouest-africaine, mais aussi d'autres continents. On y a entendu des formations d'indiens navajos, de canadiens inuits, et de français angevins…
Un festival pour tous ceux qui ne connaissent pas le mot
Ce festival a été « organisé pour faire plaisir à tous ceux qui n'ont jamais connu le mot festival », avait dit le chanteur malien Ali Farka Touré, disparu en 2006, et qui avait ouvert la musique traditionnelle aux autres sons en jouant avec le guitariste américain Ry Cooder ou le bluesman Taj Mahal.
Mais ce festival, et ce n'est pas le moindre de ses charmes, se mérite : pour y parvenir, il faut d'abord gagner Tombouctou soit par bateau sur le fleuve Niger (trois jours), soit par route (deux jours de Bamako), soit par avion (de Bamako). De là un 4X4 vous transporte à travers le sable jusqu'à Essakane (compter de deux à quatre heures), où se tient le festival.
Nous voilà au pays des Touaregs, les légendaires « hommes bleus », qui, lunettes de soleil et portables à l'oreille, promènent dans les dunes leurs longues silhouettes enveloppées d'étoffes et coiffées de turbans. Les Touaregs, qui représentent quelque 6% de la population totale malienne, forme ici la grande majorité du public : ce festival est le leur. Il est la version XXIe siècle d'une de leurs manifestations traditionnelles appelée « takubelt ». De tout temps, les « hommes bleus » ont organisé à la fin de chaque période de transhumance des rencontres qui étaient l'occasion d'échanger des informations et de faire la fête.
Sur cette tradition s'est greffé le festival, né précisément de la rencontre entre deux groupes de musiciens : les Lojo d'Angers et les Tinariwen du désert. Après avoir joué les uns au Sahara, les autres sur les bords de la Loire, ils ont décidé de se retrouver, une fois par an, dans le désert.
Une ville éphémère créée pour trois jours
Depuis la première édition en 2001, Manny Ansar, touareg lui-même, est le directeur de ce projet devenu réalité. Dans la vie directeur des ressources humaines d'une entreprise de Bamako, son allure douce et affable ne doit pas tromper sur sa volonté de fer : il est l'homme capable de « créer une ville éphémère pour trois jours ». En effet, si à l'origine le festival était nomade, il s'est sédentarisé, succès oblige, dès la troisième année, à Essakane. Manny Ansar raconte :
« Au début, il y avait trois groupes de musiciens et cinq cents personnes. Trois ans plus tard, trente huit groupes et trois à quatre mille personnes… Chaque année, nous installons des branchements électriques, un groupe électrogène, nous montons des tentes, des toilettes et des douches, nous faisons venir des milliers de litres d'eau et de kilos de farine pour faire le pain… »
Chaque année, Manny Ansar doit aussi réunir les 250 à 300 millions de francs CFA nécessaires au déroulement du festival. Et chaque année, le festival frôle jusqu'au dernier moment le risque d'être annulé faute de moyens. Même si les bénévoles y sont nombreux et si le partenaire officiel est la fondation Orange, qui a équipé le site d'un relais (d'où les portables) et profite de cette occasion pour apporter aux enfants touaregs des fournitures scolaires, des vêtements et des vivres. Même si, enfin, le billet pour une journée est cher (environ 100 euros). Mais seuls les visiteurs étrangers s'en acquittent, les concerts étant gratuits pour les Maliens, c'est-à-dire 90% du public !
En toile de fond, la rébellion touareg
Rendez-vous unique pour tous les amoureux de musiques ouest-africaines, le festival a aussi un enjeu politique capital. En toile de fond, il y a l'irrédentisme touareg, qui se traduit par une rébellion depuis des décennies, traversée de fortes poussées de fièvre et de moments de répit. Tandis que le festival, dans l'esprit de ceux qui l'animent, participe à un espoir de paix durable, il dérange certains, pour cette même raison. Cette année, un affrontement entre l'armée malienne et les touaregs a fait plusieurs morts à la frontière mauritanienne, trois semaines avant le début du festival. Puis, juste avant, des notables touaregs ont été attaqués à Gao.
Aussitôt, les chancelleries des pays occidentaux ont dissuadé leurs ressortissants d'aller à Essakane. « La présence de bandes armées susceptibles d'occasionner des troubles conduit à formellement déconseiller de se rendre au nord d'une ligne Nara-Nampala-Léré-Tombouctou-Bourem-Gao-Ansongo-Labezanga-Anderambouk Ane » (tout ce qui est en rouge sur la carte et où se trouve le festival). Plus de cinq cents annulations d'étrangers s'en sont suivies. Une catastrophe financière pour le festival. Mais, démenti au catastrophisme des chancelleries, Caroline de Monaco était présente incognito. Inimaginable si la situation avait été si dangereuse.
En tout cas, il y avait sur les dunes beaucoup de princesses, de Hanovre ou touaregs, qui côtoyaient quelque cinq cents occidentaux venus du monde entier et une cinquantaine de journalistes (dont deux Françaises, les auteurs de ces lignes et des photos qui les illustrent) qui n'ont pas renoncé.
A elles, à eux, la puissance de la musique surmultipliée par le sentiment physique du désert tout autour, l'émotion partagée avec le public qui danse d'un seul corps sur les improvisations géniales de Salif Keita et de ses instrumentistes, ou sur la scansion hypnotique des battements de mains des musiciens touaregs. La nuit est froide, mais il fait chaud.
► Festival d'Essakane Les 8, 9, 10 janvier 2009 - Renseignements sur le site du festival
Photos : au festival d'Essakane, au Mali, en janvier 2009 (C. de Sade).
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De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 13H03 | 30/01/2009 |
pour sur un festival sympa
De bromius
13H23 | 30/01/2009 |
Bravo et merci pour ce reportage ! Il y en a qui auraient aimé partir avec vous, même si, j'imagine, l'expédition n'était pas de tout repos… C'est un poncif mais, par les temps qui courent, que nous reste-t-il d'aussi précieux que la musique et les arts ?
De the-swift
13H30 | 30/01/2009 |
Ce ne sont pas des turbans mais des cheich(e)s.
à the-swift
De Anne ONeam
;-) | 01H10 | 31/01/2009 |
Au Mali, on ne parle pas de cheiches, mais bien de turbans. Ou, en langue touareg, de tagelmust.
De virginie78
Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 13H41 | 30/01/2009 |
merci beaucoup pour ce fabuleux partage !
génial : )
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 15H58 | 30/01/2009 |
Le terme « world music » ça m'a toujours dérangé, ça donne l'impression qu'il y a notre musique, à nous les Occidentaux, et leur musique, à eux le reste du monde, et que nous ne faisons pas partie du monde.
Je trouve que le terme « musique traditionnelle [touareg, indienne, chinoise, klezmer, bretonne, etc.] » a une connotation moins égocentrée et surtout est plus explicite, car entre les musiques slave et japonaise, il y a tout un monde de différence.
Enfin ça peut être sympa comme festival, le seul problème c'est que c'est un peu loin de la station de RER : D
De vinczenzo
cadre | 16H07 | 30/01/2009 |
Il faut écouter, soutenir et aller voir Lo'jo en concert. C'est un des meilleurs groupe français du moment mais ils sont trop modestes !
De .voice
Broda | 17H55 | 30/01/2009 |
tro trippant ! ! !
comment j aimerais trop etre la bas… retourner à nos sources ! !
Merci de nous faire découvrir ca ! ! !
De PSN
en recherche d'emploi | 19H21 | 30/01/2009 |
Toujours la musique noire depuis le négro spiritual, et encore et toujours. La 1ère gorgé qui adoucit nos moeurs.
Pourvu que ca ne tourne pas au « business de la charité » ou au « business de la musik ».
Encore.
De chapolin
chapolin.fr | 19H43 | 30/01/2009 |
YEAH ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
De starsss
20H20 | 30/01/2009 |
_« créer une ville éphémère pour trois jours »._
j'ai pensé aussitot au festival _Burning Man_ dans le desert du Nevada.
Mais bon, les touristes a Essakane n'ont pas l,air tres hyppie ! Stephanie de Monaco incognito… wouaw
50 journalistes pour 500 touristes… ca m'impressionne aussi.
Respect pour les artistes… vue la programmation et le decors, no doubt ! ca devait être genial !
De France Fabay
créatrice d'entreprise | 20H44 | 30/01/2009 |
Un festival pour ceux qui n'entendent jamais le mot festival, et un joli article pour ceux qui n'entendent jamais parler de ce genre d'événements. Merci la rue !
De caro
délinquante avérée | 21H04 | 30/01/2009 |
ce devait être 3 jours merveilleux.
J'espère que ce festival des Touaregs pourra rester toujours aussi authentique, sans que les prédateurs ne viennent mettre le grapin dessus.
De Anne ONeam
;-) | 12H31 | 31/01/2009 |
Si cela vous tente, n'hésitez pas à y aller en 2010 ! J'ai vraiment regretté de ne pas être présente cette année. Et pour info, ce n'est vraiment pas sorcier de s'y rendre : on n'est plus au temps de René Caillié !
De anamaywong
11H00 | 31/01/2009 |
Hélas je ne suis pas allée a ce festival !
Cependant je suis allée a Tombouktou et à Gao ou j'entendais en musique de fond ce blues-touareg absolument formidable !
Les maliens sont délicieux de gentillesse et je ne rêve que d'y retourner. A l'année prochaine !