
Sting à l'opéra : voix inattendue, la rock star met le feu
Sur la scène du Châtelet, une figure mythique du rock : Sting. Il tient le rôle principal de « Welcome to the Voice », opéra pas comme les autres où il chante avec de vraies divas et un vieux complice, Elvis Costello…
Si Sting et Elvis Costello se retrouvent sur une scène d'opéra, c'est que le musicien anglais Steve Nieve, pianiste entre autres de Costello, David Bowie, Robert Wyatt, a décidé, il y a plus de dix ans, d'écrire un ouvrage lyrique avec sa compagne, la cinéaste-psychanalyste française Muriel Teodori, qui assure aussi la mise en scène du spectacle.
« Welcome to the voice » tente le pari de réunir sur un même plateau stars du rock et chanteurs d'opéra en laissant éclater le contraste entre leurs timbres. Et c'est tout l'intérêt de cet ouvrage, le nœud de son érotisation, si on peut dire. (Voir la vidéo de Sylvia Schwartz et Sting)
Dans cet extrait, s'expose le plus improbable et le plus excitant des duos : Sting joue le rôle principal et écrasant (il est présent sur scène de bout en bout) de Dionysos, un ouvrier grec qui tombe amoureux d'une diva chantée par Sylvia Schwartz.
Sting ou le dard en anglais
Sting, en vrai, s'appelle Gordon Matthew Sumner. Son surnom (dard, en anglais) lui vient d'un maillot de rugby rayé noir et jaune qui le faisait ressembler à une guêpe. Ce fils de laitier, qui grandit à l'ombre des usines de Newcastle, sa ville natale, ne rêve que de musique… comme Dionysos, hanté par les fantômes de Carmen, Butterfly, Norma. (Ecouter le « Prologue » de « Welcome to the Voice », par Sting)
Avant cette création scénique au Châtelet, « Welcome to the Voice » a été donné en concert à New York en 2000, au Town Hall Theatre, avec Costello dans le rôle de Dionysos. Mais Costello juge que sa voix de baryton convient mieux pour le rôle du méchant commissaire de police, où il s'avère d'ailleurs formidable. Sting, après l'écoute d'une maquette, accepte l'aventure dionysiaque : chanter aux côtés d'une soprano, un rêve aussi pour lui…
Enfin, l'ouvrage sera enregistré et publié en 2007 (Deutsche Grammophon), avec une distribution différente pour les voix d'opéra. Barbara Bonney incarne alors la diva dont est amoureux Sting/Dionysos, rôle que Sylvia Schwartz chante aujourd'hui.
La rock star se plonge dans l'univers de John Dowland
Sting n'en est pas à sa première expérience hors des frontières pop : en 2006, il a fait la surprise d'un enregistrement consacré à des mélodies de John Dowland, compositeur élisabéthain (1563-1626).
Le chanteur pop se plonge alors dans cet univers en apparence si éloigné de lui : il étudie le luth avec un grand spécialiste, Edin Karamazov, qui l'accompagne aussi sur le disque, et il travaille le chant à la Scola Cantorum de Bâle avec Richard Levitt, le mieux que l'on puisse faire en la matière. (Ecouter « Flow my tears » de Dowland, la mélodie préférée de Sting)
« Je serai toujours un étudiant en musique, je n'ai aucune idée de ce qu'elle est vraiment, déclarait-il à propos de cet enregistrement. Explore-t-elle la conscience ou l'éveille-t-elle ? Je ne sais pas. »
Quatre divas pour deux divos
Aujourd'hui, aux côtés de Sting et de Costello, il y a quatre chanteuses d'opéra : Sylvia Schwartz, « la diva », et Anna Gabler, Marie-Ange Todorovitch, Sonya Yoncheva, respectivement les fantômes de Norma, Carmen et Butterfly.
Pour Sylvia Schwartz, espagnole d'origine comme son nom ne l'indique pas, née en Angleterre, vivant aujourd'hui à Berlin où elle a étudié le chant avec Thomas Quasthoff, l'expérience est carrément géniale :
« Ce sont des mondes qui ne se croisent jamais, c'est pour moi une occasion rare. La musique est très belle et très bien écrite pour les voix. Barbara Bonney avait enregistré le rôle, c'était pour moi une garantie. Ce n'est pas du “cross over” : nous chantons comme des chanteuses d'opéra, Sting et Costello comme des chanteurs de pop. Nous sommes tous sonorisés pour que cela soit homogène. »
Ceux qui vont tomber amoureux de Sylvia Schwartz la retrouveront en janvier dans un tout autre répertoire, les « Vêpres de la Vierge » de Monteverdi, toujours au Châtelet.
« Un seul regret : l'opéra est trop court ! »
Marie-Ange Todorovitch, fantôme de Carmen, enchérit :
« Sting est un mythe vivant. Tout d'un coup, j'ai eu beaucoup d'amis… Dès le premier jour, il est venu nous parler, la glace s'est brisée. Il est en même temps très généreux et très timide. Je n'ai qu'un regret : l'opéra est trop court ! (deux heures dix) »
Et pour ceux qui n'ont pas trouvé ces quelques lignes trop longues, un cadeau : « Message in a bottle », par Sting et Edin Karamazov au luth, dans une version complètement inédite : (Ecouter le son)
► Welcome to the Voice Opéra au Théâtre du Châtelet, Paris - du 20 au 25 novembre 2008 - Musique Steve Nieve, livret et mise en scène Muriel Teodori. Ensemble Orchestral de Paris, Chœur du Châtelet - Avec Sting, Elvis Costello, Sylvia Schwartz, Anna Gabler, Marie-Ange Todorovitch, Sonya Yoncheva, Joe Sumner et les musiciens solistes sur scène Steve Nieve (clavier), Vincent Segal (violoncelle), Ibrahim Maalouf (trompette), Ned Rothenberg (saxophone) - En coproduction avec TS3-Thierry Suc.
► « Welcome to the Voice » 1 CD de Sting, Elvis Costello, Robert Wyatt, Barbara Bonney, Sara Fulgoni, Nathalie Manfrino, Amanda Roocroft, Brodsky Quartet. Deutsche Grammophon (2007).
► Songs from the Labyrinth par Sting - Edin Karamazov (luth) - Mélodies de John Dowland - En bonus : « Message in the bottle ». 1 CD Deutsche Grammophon (2006, réédition 2008).
► Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi - Sylvia Schwartz, ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi - mise en scène Oleg Kulik - les 24, 25, 27, 28 et 29 janvier. Théâtre du Châtelet.
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De asozial
aus Berlin | 16H38 | 18/11/2008 |
grand amateur de Dowland et de Sting (enfin surtout de Police) j'avais été assez déçu par « Songs from the Labyrinth » - le chanteur ne se mettant pas au service de la musique… ce que j'entends de « Welcome to the Voice » me semble plus prometteur, et convient mieux à sa tessiture et son timbre de voix… et lui donne une plus belle opportunité de développer son talent que ses bluettes pop habituelles… merci pour l'article.
De blabla
17H16 | 18/11/2008 |
Très intéressant. Cette démarche consistant au mélange des genres, et donc à leur refus, est encourageante, épanouissante, innovante.
Quant à Sting (mazette, quel organe), il montre à la fois courage, curiosité, absence d'inhibition… des qualités très actuelles, non parce qu'elles sont nouvelles, mais parce qu'elles peuvent désormais s'exprimer sans crainte et sont appréciées, en tout cas plus qu'il y a peu. Est-ce surprenant si le spectacle est anglais ?
De saintgui
18H27 | 18/11/2008 |
J'ai trouvé Sylvia Schwartz vraiment pleine de grâce sur cet extrait !
à saintgui
De Nathalie Krafft
(auteur)
Journaliste | 23H06 | 18/11/2008 |
et en vrai, c'est encore mieux…
De Pictulo
19H01 | 18/11/2008 |
Les sons sont superbes, merci.
De Infovite
Plébéien. | 20H02 | 18/11/2008 |
Sting… air met le feu ?
Explosif !
http://info-espress.over-blog.com/
De Albedo
20H31 | 18/11/2008 |
Mélange intéressant de deux belles voix mais, euh… je suis le seul à trouver la musique énervante, limite crispante ? J'ai l'impression d'avoir bu 1 litre de café turc pendant que quelqu'un grattait un tableau noir avec une fourchette.
à Albedo
De asozial
aus Berlin | 09H47 | 19/11/2008 |
pas d'accord, pas bouleversante d'originalité mais belle musique - et très belles sonorités…
à part ça je me demande combien coûte le billet…
De J.C.M.
20H33 | 18/11/2008 |
Bonjour Nathalie.
Merci pour ce très bel article : texte et videos.
Cordialement.
J.C.M.
De federicoloco
tequila, sexo, marihuana. | 00H48 | 19/11/2008 |
Cet article et celui sur le joyau de la couronne retrouvé sont les meilleurs articles de rue 89 depuis des semaines. Continuez à me redonnez le goût de vous lire avec plaisir avec des informations différentes et pertinentes. Ça nous change des « reportages » politiques sur Sarko et les autres. Merci.
De félicité-mafoi
10H34 | 19/11/2008 |
beau cadeau, vraiment merci !
De SuperTimor
Grouillot sur www.jtajt.com | 10H59 | 19/11/2008 |
Toujours étonnant et surprenant de voir le résultat quand un artiste s'attaque à un univers différent du sien.
Dans le style inverse, si vous ne connaissez pas, je vous recommande « Apocalyptica ».
4 violoncelles à la création du groupe qui se sont fait connaître en faisant des reprises de Metallica.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 11H21 | 19/11/2008 |
Ca fait longtemps que Sting essaie de marier différentes musiques dans son répertoire. Ses échappées dans le jazz/rock ont été décevantes, mais nous sommes ici dans un registre entièrement différent, mieux adapté à sa voix et à son style. Je le verrais bien enregistrer tout un album de musique élisabéthaine, tant son interprétation de Dowland est éloquente. Pour ce qui est de l'opéra, je suis moins enthousiaste : l'interprétation de Sylvia Schwartz me paraît autrement plus convaincante…