Renaud Capuçon : « Chez Brahms, pas une seconde plus faible qu'une autre »

L'histoire d'amour qui lie le violoniste Renaud Capuçon à Brahms continue : il l'exprimera pendant tout un week-end, Salle Pleyel à Paris, avec ses amis musiciens.

Quand Françoise Sagan demandait en 1961 « Aimez-vous Brahms ? » en guise de titre pour un roman, la question n'avait rien d'incongru et la réponse n'était pas évidente : Johannes Brahms (1833-1897) était alors un compositeur mal aimé, méconnu et soupçonné de lourdeurs germaniques (les lourdeurs sont toujours germaniques, c'est bien connu ! )

Difficile à imaginer de nos jours, alors que sa musique est devenue tellement familière à nos oreilles : il suffit juste d'entendre le troisième mouvement de la « Troisième symphonie », qui est le thème de « Baby alone in Babylone » de Serge Gainsbourg et aussi du film d'Anatole Litvak adapté du roman de Sagan, avec Ingrid Bergman, Anthony Perkins et Yves Montand : c'est un tube !

Une palette musicale époustouflante

Aujourd'hui, envisager une intégrale de sa musique de chambre dans une grande salle parisienne n'a rien de saugrenu. Sur les vingt-quatre opus qu'elle comporte, il n'y rien à négliger, ni à jeter : tout est bon à prendre.

Trios pour piano, violon et violoncelle, sonates avec violon ou avec violoncelle, quatuors avec ou sans piano, quintette à cordes, trio avec cor ou avec clarinette, sextuor à cordes… La palette est époustouflante, comme nous le dit le violoniste Renaud Capuçon qui a initié ce projet.

« C'est très impressionnant : il n'y a pas une seconde de musique qui soit plus faible que l'autre. Brahms n'a rien laissé qui ne soit pas absolument parfait. » (Voir la vidéo)



Encore tout jeune (il est né en 1976 à Chambéry), Renaud Capuçon joue partout dans le monde les grands concertos du répertoire, Beethoven, Berg, Brahms, et maints autres. Auparavant, il a été violon solo de l'Orchestre des Jeunes Gustav Mahler sous la direction de Claudio Abbado pendant trois étés, et il a mis à profit cette expérience unique pour conquérir ses galons de soliste.

S'il est aujourd'hui un virtuose reconnu, il n'a pas renoncé, bien au contraire, à la musique de chambre. Avec lui dorénavant, un violon qui ne le quitte jamais, celui qu'a possédé Isaac Stern pendant cinquante ans, le Guarneri « Panette » (1737). Et toujours Brahms, qui l'accompagne…

« Chaque fois que je joue une de ses oeuvres, j'ai l'impression de faire un bout de chemin avec lui. Sa musique est extrêmement authentique et touche immédiatement. » (Voir la vidéo)



Sans Renaud Capuçon, n'existeraient ni le Quatuor Capuçon (avec la violoniste Aki Saulière, l'altiste Béatrice Muthelet, son frère le violoncelliste Gautier), ni le Bel Air Chamber Orchestra, ni les Rencontres Musicales de Bel Air à Chambéry : il n'a de cesse de vouloir partager ses passions musicales avec d'autres. En cela, il est rare.

Ces projets surgissent spontanément, à la faveur de rencontres et d'amitiés. Pour cette intégrale Brahms, les liens qui le lient au pianiste Nicholas Angelich ont été déterminants.

« L'aventure est née de mon amitié avec Nicholas Angelich, qui est la pierre angulaire de l'intégrale : il joue Brahms comme très peu de pianiste au monde. Il y a eu aussi l'envie de jouer avec des musiciens dont les sonorités s'accordaient naturellement. » (Voir la vidéo)



A ces concerts s'ajoute une discographie pour la musique de chambre de Brahms riche aujourd'hui de trois titres : les Trios avec piano, violon et violoncelle (Nicholas Angelich, Renaud et Gautier Capuçon), les Sonates pour violon et piano (les mêmes sans Gautier), et les trois Quatuors avec piano qui viennent juste de paraître (les mêmes plus l'altiste Gérard Caussé).

Ecoutons-les dans le quatuor pour piano et cordes n°1 :


Quatuor pour piano et cordes n°1 de Brahms

Au programme du week-end brahmsien, les trois quatuors avec piano, les trios avec cor et avec clarinette, les deux sextuors à cordes. Un sublime voyage, des grumaes hambourgeoises en passant par Vienne et Baden-Baden…

Musique de chambre Brahms I, II, et III quatuors avec piano 1 à 3 - Renaud (violon) et Gautier (violoncelle) Capuçon, Gérard Caussé (alto), Nicholas Angelich (piano) - la salle Pleyel, 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe - le samedi 18 à 20h, le dimanche 19 à 11h et 16h - 10€/45€ - Rens. : 01-42-56-13-13 - plan

Brahms, Piano Quartet 1-3 album de 2 CD - Virgin Classics - Sortie le 13 octobre.

A lire aussi : Brahms et les Capuçon, une histoire d'amour qui dure

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Portrait de jabier

De jabier

consultant dans les Landes | 17H48 | 12/10/2008 | Permalien

Merci Nath pour ce Quatuor n°1

Portrait de 13nrv

De 13nrv

20H04 | 12/10/2008 | Permalien

Brahms est un compositeur d'une générosité inouïe avec un sens inné de la mélodie et du rythme quant aux frères Capuçon, ils synthétisent à eux deux tout l'univers brahmsien ! ! ! !
Je cours acheter le cd mais pour Pleyel ça va être dur !

A quand la musique de chambre d'Alexander von Zemlinsky avec le même casting à PLeyel ? ? ?

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Unsafe at any speed | 09H54 | 13/10/2008 | Permalien

Je ne comprends pas Renaud Capuçon quand il souligne « l'authenticité » de Brahms. D'accord sur la perfection formelle, mais l'authenticité ? Liszt, Wagner ou même Bruch seraient moins « authentiques » que Brahms ?

Cela dit, je suis un fan des frères Capuçon depuis un bout de temps. Idem pour Angelich. Et aussi pour l'autre pianiste Frank Braley, qui, lui, n'est pas spécialement brahmsien.

Portrait de 13nrv

à Jaycib Portrait de Jaycib De 13nrv

12H27 | 13/10/2008 | Permalien

Tout à fait d'accord avec cette remarque de Jaycib. J'irais même plus loin, personnellement je me fous de l'« authenticité » d'un Brahms, Schubert ou Wagner ! L'oeuvre qu'ils ont laissée dépasse de loin cette notion tout juste bonne à convaincre les plus récalcitrants !

Portrait de Jaycib

à 13nrv Portrait de 13nrv De Jaycib

Unsafe at any speed | 10H58 | 14/10/2008 | Permalien

Bonjour 13nrv

Je me demande si cette question d'« authenticité » n'est pas du même tonneau que celle de la « sincérité » des écrivains. Cette dernière ne me paraît pas féconde, en tout cas (Rousseau voulait se faire passer pour un modèle de sincérité dans ses Confessions, mais la critique a bien montré tout ce qu'il y avait de consciemment dissimulé ou « oublié » dans cette oeuvre, ce qui ne retire RIEN à sa valeur…).

L'essentiel est que l'art triomphe ! C'est fort heureusement le cas dans les interprétations d'Angelich et des frères Capuçon, pour notre plus grand plaisir.

Portrait de claude73

De claude73

11H33 | 13/10/2008 | Permalien

Bonjour et merci pour les commentaires de Renaud accompagnant la sortie du dernier Brahms.
Dommage pour moi de ne pas faire partie du voyage à Pleyel ! Il nous reste la gravure, qui a pris du retard dans les bacs, et à bientôt pour Bel Air 2009.

Portrait de Deborah

De Deborah

18H11 | 13/10/2008 | Permalien

Non, ce n'est pas « “Aimez-vous Brahms ? ” mais “aimez-vous Brahms…”
Les titres des livres de Sagan ont longtemps été concoctés chez Julliard par un vieux monsieur formidable du nom de Hugo. Un puits de culture, une gentillesse et une modestie sans égal. La ponctuation inhabituelle dans les titres, c'était lui.

Portrait de Nathalie Krafft

à Deborah Portrait de Deborah De Nathalie Krafft (auteur)

Journaliste | 22H35 | 13/10/2008 | Permalien

marci pour cette précision. Je l'ignorais

Portrait de V comme vendetta

De V comme vendetta

Ecrivain | 23H34 | 13/10/2008 | Permalien

Magnifique, merci, superbe musique de chambre, à ranger à côté du concerto pour piano n°1, je me souviens d'un concert à Pleyel dans les années 90 avec Michelangeli… Grand souvenir