
Musica : Dusapin et Mitterer comblent les gloutons
A Strasbourg, le festival Musica ne trompe pas son public curieux de musiques d'aujourd'hui : créations françaises ou mondiales côtoient le répertoire du XXe siècle, tandis qu'Alain Bashung et la chanteuse de fado Cristina Branco coexistent avec Pascal Dusapin, dont était donné « Passion », son dernier opéra…
Depuis vingt-cinq ans, chaque année au moment des vendanges, se retrouve à Strasbourg un public fidèle, passionné et aux oreilles grandes ouvertes. La proximité de l'Allemagne ? La spécificité de l'Alsace, terre de musique ? La qualité de la programmation ? En tout cas, cela marche.
A tout seigneur tout honneur : l'édition 2008 de Musica (qui se termine le 4 octobre) rend hommage à Stockhausen, mort en décembre 2007, et à Olivier Messiaen, dont le centenaire de la naissance est célébré urbi et orbi. En 2009 sera certainement saluée la mémoire de deux grands compositeurs, Horatiu Radulescu et Mauricio Kagel, qui viennent de disparaître.

Pascal Dusapin met Orphée à l'envers
Pour l'heure, c'est à Pascal Dusapin que la scène strasbourgeoise a fait fête en reprenant son dernier opéra « Passion », créé en juillet 2008 à Aix-en-Provence. Pour sa sixième incursion dans le domaine lyrique, Pascal Dusapin, à 53 ans le plus connu et sans doute le plus écouté des compositeurs d'aujourd'hui, s'est inspiré des opéras de Monteverdi, dont « Orfeo », pour lequel il a une passion…
Voilà ce qu'il nous en dit :
« “Passion”, c'est “Orphée” à l'envers. Je me suis servi du mythe comme d'un archétype, sauf que là, Eurydice refuse de suivre Orphée et de remonter des enfers… J'ai constitué le livret en puisant dans la “Divine Comédie” de Dante, les opéras de Monteverdi, les films de Fellini et de Vittorio de Sica.
J'ai compilé des textes et je les ai “ rangés ” par “ affects ” : la joie, l'extase, la plainte, le ravissement, l'effroi… J'entends en effet le mot passion au sens de la rhétorique baroque du XVIIe siècle. »
Un univers ordonné comme un jardin à la française
Sur scène, deux personnages, Elle (Barbara Hannigan) et Lui (Georg Nigl). Les deux chanteurs sont reliés à des capteurs électroniques qui diffusent « l'électricité de leur passion » tandis qu'un ensemble à six voix (Musicatreize) incarnent « les Autres ».
Dans l'Orchestre de l'opéra de Rouen dirigé par Franck Ollu, la présence forte d'une harpe, d'un clavecin et d'un oud donne à la musique une couleur singulière et fascinante. Ecoutons-les :
Dans « Passion », se retrouve tout ce qui fait la singularité de la musique de Dusapin, cette pudeur de l'émotion, cette sophistication des timbres, ces jaillissements toujours contenus, ces phrases musicales qui paraissent en suspension. Un univers ordonné comme un jardin à la française où soufflerait une puissance d'invention de chaque instant.
Maintenant, ce qui fâche : la mise en scène, d'une laideur à faire peur et d'une ineptie à faire pleurer. Une seule solution : écouter les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes…
La musique de Dusapin a été par ailleurs à l'honneur à Strasbourg avec la création de deux de ses œuvres : « Memory », une pièce pour orgue -il a été organiste- composée en hommage à Ray Manzarek, le légendaire clavieriste des Doors. Et « Echo's Bone » écrit sur des poèmes de Samuel Beckett.

Massacre en Alsace
Un autre organiste-compositeur a eu les faveurs du festival : l'Autrichien Wolfgang Mitterer, né en 1958, peu connu en France et dont Musica donnait la première française de son opéra « Massacre » (ce qui nous a fait entendre des phrases du genre « je sors de massacre et je vais à passion »).
Figure de la musique expérimentale allemande, improvisateur toujours en quête d'expériences limites, Wolfgang Mitterer s'est inspiré de « Massacre à Paris » du dramaturge élisabéthain Christopher Marlowe (1564-1593) mettant en scène la nuit de la Saint-Barthélémy.
Devant nous défilent Catherine de Médicis, Henri III, le duc et la duchesse de Guise, le roi de Navarre, remarquablement mis en scène par Ludovic Lagarde qui sait utiliser la vidéo a bon escient. « Massacre » est aussi violent que son propos (et que son titre).
Une partition grouillante où l'électronique tient une place prépondérante
Stridences et vociférations sont l'ordinaire de cette partition grouillante où l'électronique tient une place prépondérante tandis que les personnages hurlent, pleurent et gesticulent. Une œuvre forte qui ne peut laisser indifférent, même si son esthétique paraît, et c'est le comble, datée. Pour vous en faire une idée, elle est donnée très bientôt à Orléans et Saint-Quentin-en-Yvelines.
Mais Wolfgang Mitterer est aussi un organiste hors pair, comme il l'a montré lors d'un récital. Magnifique interprète (« Volumina » de Ligeti, 1961), « Mixture V », sa composition (1995), est une page hallucinante, percutante et explosive qui entraîne dans un courant puissant où l'électronique, là aussi, tient une large place.
Des concerts d'élèves pianistes confrontés à la création, des relectures plus ou moins réussies du Velvet Underground et des Pink Floyd, des rencontres avec les compositeurs dans les bars, des choses très sérieuses comme des moments plus drôles, ainsi va la vie de Musica en cette fin septembre, lors d'un copieux week-end pour gloutons de musiques inédites.
► Passion opéra de Pascal Dusapin - livret de Pascal Dusapin et Rita de Letteriis d'après Claudio Monterverdi - orchestre de l'opéra de Rouen Normandie, ensemble Musicatreize - direction Franck Ollu - dispositif électro acoustique, Thierry Coduys - Barbara Hannigan soprano - Georg Nigl baryton - mise en scène et scénographie Giuseppe Frigeni.
Prochains spectacles : Paris, Cité de la Musique, avril 2009
► Massacre opéra de Wolfgang Mitterer (2003) - livret Mitterer et Stephan Müller d'après Christopher Marlowe - Remix Ensemble - direction Peter Rundel -électronique Wolfgang Mitterer - mise en scène Ludovic Lagarde.
Prochains spectacles : Théâtre d'Orléans (3 octobre) et Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines (9 octobre).
Photo : Pascal Dusapin (Vanessa Thaureau), « Passion », opéra de Pascal Dusapin, « Massacre », opéra de Wolfgang Mitterer (Philippe Stirnweiss), Wolfgang Mitterer (Gert Mosettig).
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De Evolution
17H12 | 01/10/2008 |
Je suis allé voir massacre…je n'ai peut-être pas la formation pour comprendre ce genre d'oeuvre même si c'est bien mis en scène et bien joué…je n'ai aucun plaisir à écouter ce genre d'oeuvre sauf pour avoir mal aux oreilles…ma femme je me demande comment, vu le bruit, est même parvenue à s'endormir comme son voisin ! Pour moi c'est un vrai massacre…c'était peut-être le but recherché ! Le pire c'est qu'elle a applaudi à tout rompre comme toute la salle je me demande combien de dormeurs il y avait !
bon ne vous tracassez pas je ne dois pas comprendre grand chose à l'art et à la musique…mais à la psychologue humaine je suis meilleur et je suis étonné de voir la tête des gens à la sortie qui ont applaudis à tout rompre ! mais là aussi finalement je ne dois pas comprendre grand chose…
Bon heureusement qu'il y a rue89 finalement ou j'ai l'impression de parfois comprendre quelque chose de notre monde…
je me suis dit que ma vision du monde n'avait pas évolué depuis l'âge de dix ans quand le peintre en bâtiment m'avait demandé si je croyais en Dieu et que je lui avais répondu mais il y a bien quelqu'un qui a créer la première petite partie de la matière… bon maintenant vu des études scientifiques je pourrais croire à l'infini mais c'est encore pire un truc qui a une durée infinie et dans lequel on se projette pour une durée infinie en se disant que cela donne un sens…oui mais si on revient sur terre et que l'on se dit que c'est fini on se demande mais alors pourquoi suis je là ? pour écouter un tel massacre !
De el Chiquito
en promenade | 22H47 | 01/10/2008 |
J'ai eu l'occasion de suivre le cours de creation artistique de Pascal Dusapin au College de France en 2006-2007, c'est un tres grand artiste, mais qu'il faut apprendre a connaitre et a ecouter. Certes, sa musique est difficile, mais c'est surement un des meilleurs musiciens de notre epoque.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 08H49 | 02/10/2008 |
Très bien, très très bien, et surtout très nouveau sur ce site ! Je ne suis pas en mesure d'aller voir le Passion de Dusapin ou le Massacre de Mitterer, hélas ! éloignement provincial oblige, mais c'est très réconfortant de se sentir informé, au moins.
Personnellement, j'aimerais avoir un article de fond sur Ligeti. Est-ce possible ?
De Brividi
Scribouillarde mais pas que | 09H01 | 02/10/2008 |
Diable, mais NKM a trouvé à se reconvertir !
De global
dirigeant | 19H36 | 02/10/2008 |
….4 commentaires …les lecteurs de rue89 baignent dans la culture !
Affligant ! !
Neanmoins Dusapin est un compositeur interessant meme si sa frenesie d'opera est un peu exageree !
Aux lecteurs…ecouter donc son opera de chambre To be sung..vu a NYC…superbe !
De PhiPoePsy
Etudiant à Strasbourg | 10H22 | 03/10/2008 |
Article intéressant, mais il n'y a pas que l'opéra à « Musica »…Il y a aussi de grands compositeurs comme Christophe Bertrand…