Drogues: selon les chiffres de l'OMS, réprimer n'est pas jouer

Saisie de marijuana à Cali en Colombie (Jaime Saldarriaga/Reuters).

Voilà bien longtemps que je n’avais pas sévi dans ce blog (d’autres tâches accaparant tout mon temps à Rue89). Pourtant, je n’ai pas pu résister à la lecture de cette étude internationale basée sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et dont la principale conclusion est :

"Les pays dotés d’une législation sévère à l’encontre des consommateurs n’enregistrent pas des taux de consommation inférieures à ceux des pays bénéficiant d’une législation plus libérale […] Il semble donc évident qu’une politique répressive quant à la possession et la consommation de drogues n’intervient que partiellement sur les taux de consommation de substances illégales à l’échelle des pays."

Evidemment, tout cela est bien connu de tous ceux qui s’intéressent de près au sujet des drogues. Mais tout de même, étant donné le nombre de sceptiques, ça va mieux en le disant. Et surtout lorsque c’est une étude scientifique, coordonnée en Australie et établie grâce à des données de l’OMS, qui le dit.

Il apparait ainsi dans ces travaux, rendus publique au début du mois dans le journal en ligne PLoS Medecine et portant sur dix-sept pays, que les Etats-Unis sont, et de loin, les principaux consommateurs de cocaïne et de cannabis au monde, alors qu’ils mènent également l’une des politiques les plus répressives.

Ainsi, 16% des Américains auraient testé la cocaïne dans leur vie, contre 4% des Néo-Zélandais, deuxième de ce classement ! Les résultats sont moins spectaculaires pour le cannabis (42,4% aux Etats-Unis, 41,9% en Nouvelle-Zélande), mais là encore, la très répressive Amérique arrive en tête de cohorte.

A l’inverse, aux Pays-Bas, régulièrement montrés du doigt parce qu’ils mènent depuis plus de trente ans une politique très libérale en la matière, les niveaux d’expérimentation du cannabis et de la cocaïne sont inférieurs aux autres pays de l’étude (19,8% et 1,9%)…

Autant de données qui viennent une fois de plus confirmer ce que les spécialistes appellent le "paradoxe de Marks", du nom d’un audacieux médecin britannique, initiateur d’un programme de délivrance d’héroïne aux toxicomanes de Liverpool, dans les années 80. Selon ce scientifique, rien ne sert de punir, il faut guérir à point :

"La dépendance se structure sur un cycle d’une durée moyenne de dix ans. Puisque les toxicomanes se défont de leur toxicomanie en dépit des docteurs et des policiers et non grâce à eux, la meilleure intervention possible consiste à les maintenir en bonne santé, non délinquants et vivants, jusqu’à ce qu’ils s’en défassent au terme de ce cycle. Ce qui ne veut pas dire que pendant les dix années de maintenance il faille renoncer à persuader les patients de laisser tomber leur usage de drogues."

Rappelons enfin que la France, non contente d’être l’un des pays les plus répressifs de l’Union européenne en matière de stupéfiants, est également l’un de ceux où l’on fume le plus de pétards. Les chiffres sont sans appel : 22% des jeunes Français auraient consommé du cannabis au cours du dernier mois.

A télécharger : "La non-pertinence des politiques des drogues", étude (en anglais) menée en 2001 par Peter Cohen (Cedro), sur les consommateurs de cannabis à Amsterdam, San Francisco et Brême.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Par Faboun83
15H08    23/07/2008

Merci à Rue89 pour cet article, qui en fera réfléchir plus d’un. Il aurait peut être aussi été intéresant de remarquer que lorsque un produit est prohibé, ses effets sur le cerveau, la santé… ne sont que très peu étudiés. Ainsi, l’Etat peut dire ce qu’il veut sur la dangerosité d’un produit et ainsi poursuivre dans son interdiction.
Remplissons les prisons françaises déjà surpeuplées et continuons dans l’hypocrisie la plus totale.

A titre d’exemple:
Argent dépensé par les EU dans la guerre contre la drogue et prix de la cocaine et de l’héroine:

 
Par Keldan
15H38    23/07/2008

« La dépendance se structure sur un cycle d’une durée moyenne de dix ans »

D’expérience personnelle, je confirme cette assertion. Par contre je ne suis pas aussi sur qu’il s’agisse d’un cycle naturel, peut être simplement de lassitude ou d’assagissement.

Parmi un large panel de connaissances s’adonnant à l’absorption de drogues diverses et variées, commençant avant les 20 ans et en finissant passé le cap de la trentaine, une moitié a arrêté, pour diverses raisons, la nicotine et les trois quart le pétard quotidien (mais une grande partie continue de fumer occasionnellement l’un ou l’autre).
Par contre, les accros de la cigarette se rendent compte que la santé commence à payer l’addition, et la plupart réduise la consommation (ou en parle…).
Idem pour le cannabis, la plupart ne fume plus toute la journée à cause des obligations professionnelles ou familiales, ceux pouvant se permettre se luxe ayant soit un travail dont ils se foutent royalement (la défonce, l’ami du patron qui fourgue des boulots de merde), soit pas de travail (le chômeur drogué, c’est un peu un archétype, mais j’avoue que ça existe vraiment).

Quant à la coke, je constate que nul n’a poursuivi dans cette voie très longtemps, même si certains ont du en être extrait avec pas mal d’efforts.

Et l’héro, bien que peu courante, a laissé pratiquement tout le monde s’en aller, quelques malheureux ayant quitté la partie prématurément, les derniers n’en ayant plus pour très longtemps…

Par contre, il y a un point noir : l’alcool. Pas si rares sont ceux qui ont osé passé le cap de la consommation quotidienne, même si la plupart des gens préfère la cuite hebdomadaire.
Mais ceux qui ont franchi le pas ont soit vite arrêté car ils se sont rendus compte du problème, soit ont sombré au fond de la bouteille, avec plus ou moins de tenue (un alcoolo n’est pas forcément un poivrot cirrhotique, enfin pas avant quelques décennies…).
Etrangement, c’est la drogue la mieux admise socialement et judiciairement, la plus facile à acheter et consommer, et certes pas la moins dangereuses, qui fait le plus de ravage dans mon entourage.
Peut être certains y voient un contre-argument à la conclusion de l’OMS, mais je doute que le fin mot de l’histoire soit aussi évident.

 
Par Lemmy_Nothor
16H50    23/07/2008

Merci Arnaud d’invoquer Marks. Je suis très au courant de ce qui s’est passé à Liverpool dan sles années 80, et c’est dommage que vous n’ayez pas developpé plus la dessus en donnant certaines précisions.
Je vais essayer de le faire ici.
En gros la situation des heroinomanes à Liverpool était telle, que en plein jour, les gens se faisaient devalisés, les voitures defoncées, bref c’était devenu le Far West…..la nuit, pas question de mettre les pieds dehors, c’était extremement dangereux.

En moins de six mois, il n’y avait plus un seul vendeur d’hero dans les quartiers chauds de Liverpool, et tous les junkies avaient leurs doses. Les taux de crimes ont baissé de 90% dans le même temps.

Comment ont ils fait? Primo, tous les junkies durent se procurer une carte les identifiants comme tels, cad, heroinomanes. Cette carte, leur permettait de se procurer de l’heroine pure chez le pharmacien attitré de leur quartier. Ils procedaient de cette manière, le lundi matin, ils se presentaient au pharmacien avec leur cartes, qui identifiait non seulement le fait qu’ils étaient accro, mais aussi la dose qu’ils consommait tout les jours. Ils laissaient au pharmacien un, ou deux paquets de cigarettes. Dans les jours qui suivaient, lorsque la commande arrivait a la pharmacie,le pharmacien injectait les cigarettes avec de l’heroine liquide, une cigarette, une dose, grosso modo. Quand tout éatit bien sec, on rappellait le client, qui passait chercher ses paquets de cigarettes. Il payait integralement l’heroine, mais à son véritable prix, ce qui equivalait en termes d’aujourd’hui a environ 20 euros, pour toute la semaine. Ce 20 euros dans la rue, aurait valu au moins 1000, et jamais n’aurait été aussi pure evidemment. Pourquoi les cigarettes ? Simple, une fois melangée dans une cigarette il est impossible de separer la nicotine de l’heroine, rendant le melange hautement toxique, et même mortel. Le client était donc obligé de fumer sa dope. Dans l’année qui suivit, plus de 70% des clients, s’étaient trouvé du travail, et avait une vie normale, cad, ils ne vivaient plus de vols et de rapines, car a 20 euros par semaine, cela devenait une dépense pas plus importantes que de consommer quelques bières dans un pub. Inutile de dire que les cours de justice ne furent plus embourbées par des centaines de cas de vols, ventes de drogues, meurtres et autres histoires toutes associées au fléau que l’heroine peut provoquer dans une ville. De plus, beaucoup furent enclin a utiliser les services en place pour se desintoxiquer, mais il n’y avait aucune pression dans ce sens, ceux qui voulaient continuer de se droguer étaient parfaitement libre de le faire.
Plus un seul vendeur d’hero a suvecu a cette concurrence …..pourquoi acheter sur le marché noir a 100 fois le prix ? Concurrence deloyale, mais qui porta fruit. Ils plièrent bagage, et ont été vendre leurs produits ailleurs.

Le projet fut arreté pour des raisons faussement morales, et surtout politiques . Il y eu aussi énormément de pression de la part des USA sur le gouvernement Britannique, ce genre d’experience ne semblait pas leur plaire.
Je me souviens même d’un type, un des clients, qui s’était remis a jouer au rugby, après 8 mois de ce programme. Il avait reprit son poids normal ( 95 kg) , mangeait a sa faim tous les jours, travaillait,payait son loyer et ses factures, bref, a part sa consommation d’hero, menait une vie tout a fait normale.

Si vous avez d’autre détails sur cette experience de Marks, envoyez moi les liens.

 
Par skalpa
18H47    23/07/2008

Voilà un article qu’il faudrait retransmettre à l’ancien ministre de l’intérieur, devenu président, qui appuie une politique de plus en plus répressive!
Image d’archive!

Image surréaliste?

http://kprodukt.blogspot.com

 
Par poustache999
21H06    23/07/2008

lire l’article de telerama de cette semaine sur la crise des libertés au pays bas et la fermeture des coffee shop a Amsterdam notamment par les intégristes catholique qui sévissent la bas et la gauche qui est aussi mou du genou que chez nous !

 
Par Pierrrrre
11H21    24/07/2008

« …..Drogues: … réprimer n’est pas jouer…. »

→→ C’est comme pour les cafards,

plus vous en cherchez, plus vous en trouvez et plus vous en tuez.

Moins vous en cherchez, moins vous en trouvez,

donc si vous ne les cherchez plus,
c’est qu’il y en a moins….!

Il n’empêche il n’empêche:

► un joint, la taule (1 semaine, 1 mois en isolation complète)
..libération immédiate si dénonciation du fournisseur

► un deal, la taule + confiscation des biens (6 mois en isolation complète - cellule correcte - bouquins - télé à heure fixe - contacts avec psy 1 mois avant sortie)
..libération immédiate avec aide au déménagement et protection contre représailles si dénonciation de la filière

► organisation de trafic, la taule + confiscation des biens (première année en isolation complète)
..libération immédiate contre dénonciation du réseau, identité et visage éventuellement refaits, protection contre représailles, aide à la reconversion.

► retour au pays pour trafiquant et consommateur étranger, voir avec dénonciation rétroactive de la nationalité française, solidarité familiale comprise.

► possibilité pour la police, sous contrôle et protocole établi par la justice, de piéger consommateurs et dealeurs par de faux consommateurs et de faux dealeurs.

J’imagine, j’imagine, que nos petits lycéens ne trouveraient plus de deal à la sortie du bahut.. je me trompe?