
L'ex-plus gros dealer de Colombie plaide coupable : au suivant (2)

C'est le genre de nouvelles qui fait sauter les bouchons de mauvais champagne californien à la DEA (les stups américains). Le « Seigneur de la guerre », le Colombien Diego Leon Montoya Sanchez, considéré jusqu'à son arrestation en septembre 2007 comme le principal fournisseur des Etats-Unis en cocaïne, a plaidé coupable de trafic de drogue, meurtre et racket devant un tribunal de Miami.
L'homme, moins glorieusement appelé « le cycliste », était le patron du cartel de Norte del Valle, à l'époque « la plus puissante et la plus violente des organisations colombiennes trafiquant la coca », dixit le FBI jamais avare de « plus-méchant-de-tous-les-méchants ».
Pour situer tout de même le personnage, la petite querelle qu'il avait eue en 2003 avec son ami Jabon, s'était traduite par la mort de plus de 1000 personnes…
A l'époque de son arrestation, les autorités colombiennes la qualifiaient de principal progrès dans la lutte antidrogues depuis la mort de « Don Pablo » Escobar, le 2 décembre 1993. Mauvais esprit, j'écrivais alors dans ce même blog que, tout comme celle d'Escobar, cette arrestation ne changerait probablement pas grand chose au problème.
Faisons donc le bilan deux ans après les faits. L'approvisionnement des Etats-Unis en cocaïne a-t-il été freiné par l'arrestation de l'Al Capone latino ?
Selon les chiffres de l'ONU, on cultivait en Colombie en 2006 (dernière année de plein exercice de Don Diego) 78 000 hectares de coca (matière première de la cocaïne). En 2008, une fois Don Diego derrière les barreaux, ces superficies sont montées à 81 000 hectares !
Malgré cette hausse des superficies cultivées, côté production estimée de cocaïne, l'année 2006 aurait donné 610 tonnes. L'année 2008, 430. Faut-il y voir le deuxième effet Don Diego ? Pas vraiment selon l'ONU, qui explique cette étrange disparité par la moindre productivité des champs de coca colombiens (tout de même liée selon elle aux efforts des autorités qui poussent les trafiquants à cultiver des parcelles plus petites, plus isolées).
Reste qu'à l'arrivée, tout consommateur américain ou européen vous le dira : il n'est pas vraiment plus difficile de se procurer de la cocaïne aujourd'hui qu'en 2007. Au total, et malgré la longue litanie d'arrestations d'ennemis publics numéro 1, la quantité de coca disponible sur le marché mondial est, toujours selon l'ONU, stable depuis vingt ans à environ 600 tonnes.
Mais il ne fait pas bon de le rappeler. Pour l'avoir fait publiquement, Gustavo de Greiff, procureur général de Colombie à l'époque de l'arrestation de Pablo Escobar, s'était vu interdire de territoire américain. Ses paroles d'alors semblent pourtant toujours d'actualité :
« Vous pourrez arrêter autant de Pablo Escobar que vous voulez, tant que le marché sera aussi lucratif, il y aura toujours quelqu'un pour prendre sa place. »
Don Pablo n'est plus. Don Diego nest plus. Au suivant…
Photo : Diego Leon Montoya Sanchez après son arrestatation en Colombie le 11 septembre 2007 (Daniel Munoz/Reuters)
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De Sixpatte
77583 | 18H37 | 12/08/2009 |
Rafale de papiers,on se lâche sévère à la permanence…
Je reprendrais bien un peu de mois d'août à la rentrée, Arnaud…
De General Subverciòn
viva Makhnovchtchina | 21H16 | 12/08/2009 |
« Don Pablo n'est plus. Don Diego nest plus. Au suivant »…Uribe ?
De raphael.w
developpeur | 08H47 | 13/08/2009 |
Et pendant ce temps, ils dépensent des sommes folles pour rien alors que la prévention, niet ! mais espèreront qu'ils comprennent, un jour….
De zzzut
étudiant | 10H49 | 13/08/2009 |
et alors on fait quoi ? on arrête plus les gros poissons ? ce genre d'arrestation est aussi sans doute un symbole fort, même si ça ne suffit évidemment pas à résoudre les pbs de la drogue.
bref encore une fois un article qui, sous prétexte de tirer un bilan, se contente d'accumuler des chiffres pour convaincre que la politique de répression est mauvaise. dans le fond, aucune analyse. soyez conséquent, livrez-vous à une analyse digne de ce nom, parce que se limiter à sortir trois chiffres pour montrer que la production de drogue n'a pas baissé suite à l'arrestation d'un traficant, ça n'a aucun sens.
l'arrestation de madoff et de kerviel ne mettra sans doute pas fin aux agissements malhonnêtes ou inconscients de la finance mais une fois que j'ai affimé ça, j'ai rien dit.
à zzzut
De Arnaud Aubron
(auteur)
Rue89 | 11H20 | 13/08/2009 |
Contrairement à ce que vous pensez, opposer des chiffres à une idéologie est toujours riche d'enseignement.
C'est même là tout l'enjeu de cette question. La guerre à la drogue est une idéologie défendue par des gens qui prennent grand soin que personne n'essaie d'évaluer les résultats comparativement aux coûts. Car ses seuls résultats sont électoraux. La guerre à la drogue ça rassure le bourgeois.
L'Union européenne a, pour la première fois cette année, émis un rapport concluant à l'échec des stratégies de répression (j'ai fait un article dessus, vous le trouverez facilement). Sur quoi se basait ce rapport ? Sur une première tentative d'évaluer ce que la prohibition coûte et les résultats qu'elle apporte. La balance était catastrophique.
En Angleterre, le think-tank Transform essaie en ce moment de convaincre Gordon Brown d'accepter une évaluation des politiques antidrogues, mais il traîne des pieds.
L'ONU s'est toujours refusée à évaluer le cout de la prohibition et à le comparer aux résultats obtenus. Parce que tous les gens sérieux qui s'y sont essayé ont obtenu des résultats accablants.
Et pourtant, les gens comme vous continuent de vouloir aller dans le mur et de prendre pour un fait acquis qu'il n'y a aucune alternative.
« Alors on fait quoi ? »
1. On favorise la réduction des risques pour les usagers, c'est, depuis des décennies, LA seule politique qui a eu des résultats que plus personne ne conteste aujourd'hui. Mais combien de temps-a-t-il fallu ? Dans certains Etats des Etats-Unis on interdit encore l'échange de seringues alors que l'on dépense des millions pour aller chercher Montoya dans la jungle.
2. On met en place des programmes de développement de cultures de substitution et d'aide aux paysans dans les pays producteurs au lieu d'armer les Colombiens pour qu'ils se massacrent entre eux. Je parle là juste de réaffecter des budgets identiques, mais il est toujours plus facile d'obtenir de l'argent pour les armes que pour soutenir les cours agricoles. Vu votre commentaire, j'imagine que vous approuvez cela.
3. On fait de la prévention auprès des jeunes des pays consommateurs au lieu de les arrêter et de les enfermer, ce qui est beaucoup plus cher pour la société et ne donne aucun résultat.
Voilà ce que l'on fait.
J'imagine que vous ne connaissez pas le docteur Marks et le paradoxe qu'il a mis en avant. Selon lui, l'addiction a, en moyenne, un cycle de dix ans. Pendant ce laps de temps, il est inutile d'essayer de contraindre un consommateur à arrêter, il continuera par tous les moyens. Le rôle de la société, des pouvoirs publics, n'est donc pas de le dissuader de manière plus ou moins répressive, mais de l'accompagner pour que cette période se passe avec le moins de dégâts possibles pour sa propre personne. C'est la base de la réduction des risques. Lisez « Civiliser les drogues », le formidable livre d'Anne Coppel et je pense que vous perdrez beaucoup de vos belles certitudes en la matière.
Voilà ce que l'on fait, au lieu de réprimer pour protéger des « victimes » qui n'en sont pas, on essaie de faire en sorte que l'addiction cause le moins de dommages possibles pour l'usager comme pour son entourage. Ce qui demande un peu moins de dogmes et de certitudes et un peu plus d'écoute d'autrui.
Je vois que vous aimez la polémique. Je vous invite donc, maintenant que je vous ai répondu le plus concrètement possible, à m'exposer ce que vous préconisez : continuer à traquer l'héritier de Montoya dans la jungle ?
Depuis un siècle que l'on joue à cela, l'humanité consomme de plus en plus de drogues de toutes sortes. Et les dégâts associés sont de pire en pire. Mais j'imagine que cela encore, c'est de l'idéologie…
à Arnaud Aubron
De zzzut
étudiant | 14H02 | 13/08/2009 |
Et pourtant, les gens comme vous continuent de vouloir aller dans le mur et de prendre pour un fait acquis qu'il n'y a aucune alternative. »
« Vu votre commentaire, j'imagine que vous approuvez cela. »
c'est gentil de vous mettre dans ma tête pour m'aider à savoir ce que je pense mais vous vous plantez complètement. mon post ne sous-entend absolument pas ce dont vous m'accusez.
vous n'avez peut-être pas remarqué mais ce n'est pas la première fois que j'interviens sur ce blog ni la première fois que vous répondez. ce blog m'agace parce que, comme je l'ai déjà dit, il a trop tendance à faire feu de tout bois et à mélanger des arguments intéressants en faveur d'une nouvelle politique contre les drogues et des arguments tout à fait indéfendables (cf l'article sur la rentabilité de la drogue). Bref, à mon humble avis, une partie non négligeable des articles que vous publiez discrédite un combat, que je soutiens par ailleurs, contrairement à ce que vous pensez, contre la politique actuelle de lutte contre la drogue en pratiquant simplification, amalgames et racolage avec la mise bout à bout d'arguments qui n'ont strictement rien à voir. Je continue pourtant à lire ce blog parce que le sujet m'intéresse et parce qu'il est vrai que peu de média grand public traitent ces questions.
je ne crois pas que votre présent article apportait une quelconque réponse à la question « que faire d'autre ? ». Je ne suis pas une spécialiste mais je ne crois pas que laissez courir les narcos le temps qu'une politique de prévention et d'accompagnement fasse ces effets soit une solution. Ça voudrait dire aussi qu'on laisse ces truands gangréner librement tout un pays comme le Mexique.
Bref, je ne suis pas d'accord avec vous, ce qui ne fait pas de moi une pro paras supportrice inconditionnelle de la politique actuelle de lutte contre la drogue, comme vous le prétendez (« Et pourtant, les gens comme vous continuent de vouloir aller dans le mur et de prendre pour un fait acquis qu'il n'y a aucune alternative. »). C'est pas tout pour ou tout contre, soyez honnête.
Sur ce, je vous salue.
Ps : et svp pour la Nième fois, changez votre mot d'ordre ! entre propos de comptoir et glorification d'une nature humaine contre laquelle on ne devrait pas lutter parce qu'on ne peut pas, c'est stupide et exaspérant !
à zzzut
De Arnaud Aubron
(auteur)
Rue89 | 14H53 | 13/08/2009 |
Vous prenez l'exemple du Mexique, il est judicieux. Mais ne croyez-vous pas que dans ce pays, c'est plus la corruption des gouvernements locaux (et fédéral) qui pose problème que les noarcos. Ne confondez pas les causes et les conséquences. Si l'on continue à ne s'attaquer qu'à la surface des choses (en l'occurrence les narcos), on n'avancera jamais sur le fond.
Vous m'avez demandé ce que je proposais à la place de la guerre aux narcos, qui engloutit des dizaines de millions de dollars. Ce que j'ai fait. Sommes-nous donc d'accord sur ces trois orientations concrètes ?
1. Réorienter les fonds de la répression vers la réduction des risques dans les pays de consommation
2. Réorienter le discours public vers la prévention et l'éducation aux drogues plutôt que vers la diabolisation
3. Réorienter les fonds de la « guerre à la drogue » vers des substitutions de culture
Si tel est le cas, le reste n'est que goût prononcé pour la polémique. Je note toutefois une lueur d'espoir :
« Je continue pourtant à lire ce blog parce que le sujet m'intéresse et parce qu'il est vrai que peu de média grand public traitent ces questions. »
Voilà qui est gentil.
En ce qui concerne enfin ce fameux article sur la rentabilité des drogues, il n'était pas de moi et je n'en défends pas le fond, mais comme le reste de Rue89, Drogues News est un espace de débat où je trouve intéressant que chacun puisse exprimer son point de vue, même si ce n'est pas le mien. N'est-ce pas là la base d'un dialogue constructif ?
à Arnaud Aubron
De LienRag
13H14 | 14/08/2009 |
Vos arguments en faveur de la dépénalisation sont intéressants, mais que faites-vous du risque de pacification sociale par la drogue, déja présente en prison (autant avec les drogues légales qu'avec les illicites, d'ailleurs) et partiellement dans les banlieues ?
N'y a-t'il vraiment aucun risque qu'il augmente avec une dépénalisation ? Y aurait-il autant de gens sous Prozac si celui-ci était interdit ?
à zzzut
De penabranca
10H45 | 14/08/2009 |
et alors on fait quoi ?
Petite ananlogie qui vaut ce qu'elle vaut pour exprimer mon sentiment :
Comparons l'activité droguatoire à l'activité sexuelle.
La société combat le viol, je suis pour.
La société craint pour ses enfants et combat la pédophillie, je suis encore pour.
Mais quand la société se met à traquer la masturbation, je dis NON.
On n'est plus au moyen age.
ça ne rend pas sourd.
L'usage de drogue est une décision personnelle qui n'engage que celui qui s'y adonne. Une activité masturbatoire en somme. Pourquoi vouloir, comme vous le dites si bien, se mettre à tout prix dans leurs tête pour les aider à penser juste ?
L'ingérence de la morale populaire dans les choix de vie de l'individu (ou refus de vie) est tout simplement in-su-por-ta-ble.
Continues Arnaud, L'obscurantisme inquisitoire a une couène épaisse mais on aura sa peau.
Cochon qui s'en dédit.
et je crache par terre.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 11H26 | 13/08/2009 |
Je confirme, la disponibilité de la coke ne s'est pas réduite, ça serait même plutôt l'inverse.
Mais pour supprimer la demande, il faut une super mega crise économique qui foute tous les traders au chômage : D
Après c'est sur que ces arrestations ne servent à rien, au mieux à perturber et ralentir un peu le trafic pendant quelques mois, le temps que la nouvelle organisation se mette en place, enfin si celui qui reprend la place ne profite pas déjà de celle qui existe.
J'imagine que ça doit aussi provoquer un pic de meurtres dans les rangs de la pègre, les lieutenants cherchant à prendre le pouvoir en éliminant la concurrence.
Et bien sûr ça permet à la DEA et tous ces organismes de justifier leur budget.
Mais bon, tant qu'il y aura un tonne de fric d'un côté, une tonne de pauvres de l'autre, et un truc aussi bon qui doit circuler en douce, ça ne risque pas de changer.