25/07/2009 à 05h53

Des distributeurs de méthadone dans les prisons britanniques



Gardiens en grève à la prison de Wormwood Scrubs, près de Londres, en août 2007 (Ian Langsdon/Reuters)


Afin de favoriser le développement des programmes de substitution à l'héroïne dans les prisons, le gouvernement britannique y installe des distributeurs de méthadone. Le ministre de la Justice, Phil Hope, a déclaré au Parlement la semaine dernière que 57 machines avaient déjà été installées.

Les prisonniers se voient délivrer les doses de méthadone une par une grace à leurs empreintes digitales ou à leur iris. Les machines sont payées par le ministère de la Santé et coûteront au total 4,5 millions d'euros, soit 10% du budget que le ministère consacre aux traitements des toxicomanes en prison. L'objectif est d'installer ces machines dans la moitié des 140 établissements du pays.

Selon les dernières statistiques disponibles sur la population carcérale, en 2007, 6400 détenus sur 81000 étaient incarcérés pour des délits liés aux drogues, dont la moitié pour simple possession ou possession dans l'intention de revendre. Ces statistiques ne précisent pas les types de drogues impliqués.

Selon un porte-parole du ministère de la Santé :

« Les distibuteurs de méthadone sont un moyen sûr et efficace pour distribuer une prescription médicale. Elles ne sont accessibles qu'aux seules personnes qui ont été déclarées éligibles aux traitements à base de méthadone, lesquelles sont identifiées grâce à un système biométrique, comme la reconnaissance de l'iris. »

La distribution de méthadone aux prisonniers leur permet de gérer leur adiction sans avoir recours au marché noir d'héroïne à l'intérieur des prisons. Mais l'opposition conservatrice n'a pas tardé à contre-attaquer sur le terrain politique, prétendant que les travaillistes préféraient « gérer l'addiction des prisonniers » qu'y mettre un terme ».

Pour Dominic Grieve, le « ministre » de la Justice du shadow cabinet (« gouvernement » de l'opposition) :

« Le fait que le ministère dépense plus d'argent dans ces distributeurs de méthadone pour prisonniers que dans les programmes favorisant l'abstinence ne manquera pas de choquer le public. Faire sortir les prisonniers de la drogue est une des clés pour les remettre dans le droit chemin.

Nous devons faire sortir les prisonniers de l'addiction aux drogues, pas en remplacer une par une autre. L'approche gouvernementale est un aveu d'échec. »

Traduit de l'américain par Arnaud Aubron

En partenariat avec :


Drug war chronicle

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  • Amphigourique
    • Posté à 08h32 le 25/07/2009

    Un sevrage physique c'est 10 jours pénibles
    alors que la metha ça dure toute une vie,
    cherchez l'erreur.

  • kapucine
    kapucine
    contestophile
    • Posté à 10h43 le 25/07/2009
    • Internaute
      contestophile

    Si c'est une machine qui distribue, vérifie-t-elle que le produit soit consommé immédiatement et par la bonne personne, le flacon rincé et le « rinçage » pris également ? Sinon, ça sent bien l'hypocrisie justement, l'économie de personnel, et la favorisation dudit marché noir qui semble vouloir être évité ici... et le marché noir de méthadone n'a rien de mieux que celui de l'héroine... nombre de toxicomanes « innaugurent » leur consommation en milieu carcéral, et souvent par prise de produits de substitution de contrebande.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 11h20 le 25/07/2009
    • Internaute
      non connue

    C'est une décision politique remarquable, car elle est courageuse et traite de la réalité, et non des fantasmes populistes.
    Traiter le problème de l'héroïne en milieu carcéral n'est pas un problème strictement médical, ni strictement psychiatrique, ni strictement sécuritaire, ni strictement lié à la corruption des gardiens.
    C'est tout en même temps.
    Or penser qu'on peut changer les choses d'un hochement du menton est d'une grande naïveté. Il fallait donc traiter le problème dans sa globalité.
    Ils l'ont fait.
    Et leur solution, à évaluer tout de même, a le mérite de fonctionner même avec des toxicos incurables en milieu carcéral, et même avec du personnel pénitentiaire corrompu, ou du moins dans l'incapacité de faire respecter l'ordre sans le jeu du chantage aux petits commerces clandestins.
    On appelle ça la real-politique. C'est plutôt rare quand il s'agit d'affaires sociales.

  • vermisseau
    • Posté à 12h20 le 25/07/2009

    « La méthadone est un opioïde analgésique synthétisé en 1937 par les Allemands Max Bockmühl et Gustav Ehrhart de chez I.G. Farben qui cherchaient un analgésique qui serait d'un emploi plus aisé au cours d'une intervention chirurgicale et ainsi d'avoir moins de potentiel d'addiction. La molécule de méthadone à un atome de carbone chiral - le C6 qui porte 4 substituants différents-, elle se présente donc son forme de deux énantiomères :
    (R)-méthadone
    (S)-méthadone
    qui sont séparables par leur pouvoir rotatoire opposé. Rien n'indique quelle est la forme utilisée en thérapeutique ou peut-être est-ce le racémique c'est à dire le mélange 50 : 50 des énantiomères.
    La méthadone est utilisée depuis 1960 comme substitut des opiacés chez les consommateurs d'héroïne sous l'impulsion de Vincent Dole. Son utilisation est légale en France depuis 1995. En général, le mélange des isomères D et L est utilisé, ceci bien que l'activité recherchée soit due presque entièrement à la forme L. En tant qu'analgésique narcotique, la méthadone est utilisée pour soulager des douleurs sévères. » (Wikipédia)

    (juste pour ceux qui comme moi ne savaient pas ce qu'est la méthadone ^^)

  • Couscous_Delight
    • Posté à 13h11 le 25/07/2009
    • Internaute

    Pour avoir vécu moi-même un sevrage à l'héro, il y a 10 ans, je me permet de vous signaler que vous ne savez pas de quoi vous parlez.
    10 jours, c'est pour les symptomes physiques du manque, après, c'est plusieurs mois (6 dans mon cas), de déprime totale, aucune motivation, gout à rien, plus de sensation du plaisir. On se sent vide, mortellement vide.

  • Ishtar
    Ishtar répond à Amphigourique
     ? ?
    • Posté à 14h09 le 25/07/2009
    • Internaute
       ? ?

    l'erreur est dans vos propos.
    10 jours pénibles peuvent se transformer en beaucoup plus selon les individus.La méthadone permet aux personnes gravement dépendantes de ne plus évoluer dans le milieu toxicomane et d'échapper au risque incarcération.
    Il faut savoir distinguer les toxicomanes légers pour lesquels le sevrage physique se fera effectivement rapidement et les autres qui rechutent sans cesse ; pour eux la méthadone est un moyen de se réinsérer dans la société et vivre une vie professionnelle et sociale.
    Et si on considère qu'échapper à une longue peine de prison,une overdose après une rechute...est possible grâce à la substitution,ce n'est pas négligeable.

  • penabranca
    • Posté à 01h56 le 26/07/2009

    L'effet de l'héro est comparable à une « petite » mort. Tous les soucis, pensées, tensions, meurent dans la minute (pour renaître en pire dès que l'effet cesse). Cette recherche d'anesthesie du corps et des émotions, cette mise en paranthèse momentanée, est comparable à une forme non avouée de suicide, ou du moins un comportement de type suicidaire (même s'il n'est jamais reconnu comme tel par le tox).
    La question que je me pose est donc celle-ci. Une société peut elle légiférer sur le suicide ? l'interdire par exemple, ou punir ceux qui se sont raté ? Ma vie m'appartient-elle ? si non à qui et dans quel but ?
    La prison est-elle le meilleur endroit et les matons les mieux formés pour aider un candidat au suicide à retrouver l'envie de vivre ?
    J'en doute.
    La methadone en substitution est une façon de botter en touche.
    L'initiative anglaise est peutêtre un premier pas pour un débat honnête. On verra.

  • Ishtar
    Ishtar répond à Yvon le Zébulon
     ? ?
    • Posté à 05h16 le 26/07/2009
    • Internaute
       ? ?

    La nouveauté anglaise c'est la méthadone en distributeur car dans les prisons françaises elle est prescrite aux détenus déjà en traitement à leur entrée.
    Les médecins spécialisés des centres méthadone ne sont pas dupes : en prison comme ailleurs,le trafic existe.Mais doit-on pour autant se passer d'un outil précieux pour le traitement des toxicomanies sévères ?

  • Anonyme

    Si la méthadone est un produit prescrit sur ordonnance, c'est qu'il traite un problème médical. Ceux qui l'absorbent sont donc des patients.

    Je ne pense pas qu'en la prison les conditions soient réunies pour soigner une addiction. Le sevrage en tôle, ça ressemble à une double peine. On fait payer aux toxicos l'échec du système et de la société face au problème de la drogue.

    Je pense que la distribution de méthadone, dans ce contexte, est un cautère sur une jambe de bois en matière médicale. Par contre, cela peut palier à des carences de personnel.

    Que se passe-t-il si on garde plusieurs doses et qu'on les ingurgite d'un coup ?

    Les prisonniers qui se servent du distributeur sont repérés. N'y a-til aucune possibilité qu'ils soient repérés et rançonnés, voire molestés par d'autres qui convoitent ledit produit ?