
Les drogues, ce sont les anciens dealers qui en parlent le mieux
Le Canadien Brian O'Dea a été, dans les années 70, un gros trafiquant de cannabis, puis de cocaïne. Après avoir dirigé une entreprise de transports de 120 personnes, il se retire des affaires en 1986 et ne fera que deux ans de prison. Il est aujourd'hui producteur de films à Toronto.
Alors que le débat sur la dépénalisation bat son plein aux Etats-Unis, il a accepté de rédiger cette tribune pour Rue89. Envoyez-lui vos questions dans les commentaires, nous les lui transmettrons.
« Les révolutions les plus importantes ont pour point commun de détrôner l'arrogance humaine, faisant tomber d'un piédestal après l'autre nos certitudes… » Stephen Jay Gould
Le président Obama a récemment annoncé que son administration mettrait un terme à la « préemption », une pratique qui permettait à l'administration fédérale de passer outre les lois des Etats fédérés sur l'environnement, la santé, la sécurité, etc.
Cela inclut les étranges lois sur les drogues qui ont engendré un conflit entre les fédéraux et divers Etats au sujet de la distribution de marijuana médicale, et qui ont provoqué des raids de la DEA (la police fédérale des stupéfiants, ndlt) sur les dispensaires, en violation de la loi locale et des droits des citoyens qui avaient voté ces lois.
Même la Cour suprême ne veut plus entendre parler d'une remise en cause de la loi californienne, vieille de dix ans, qui autorise l'usage de la marijuana pour des raisons médicales, prenant ainsi le parti de l'Etat. Plus que jamais, nous avons une vraie possibilité de changement, un changement absolument nécessaire pour que l'on ne traite plus les plus faibles d'entre nous par la répression.

La question des drogues n'est pas une question de bien ou de mal
Il y a plus de vingt ans, je fumais, sniffais et prenais du poppers et je buvais chaque jour. J'attendais toujours le moment propice pour arrêter ; ce n'était jamais le bon. Je n'étais, comme on dit, pas bien dans ma peau. Tout ceci aboutit à ce que je me retrouve KO sur la moquette d'un copain : une overdose de cocaïne, dont je faillis ne pas sortir vivant.
C'était à la veille de mon quarantième anniversaire, il y a presque vingt-et-un ans. Tu parles d'une crise de la quarantaine ! Depuis ce jour, j'ai trouvé une autre façon de vivre. Comme l'a dit Nietzsche, l'émancipation naît du mal et de la douleur. En tous cas, pour moi, ce fut le cas.
Une telle « émancipation » ne peut jamais avoir lieu aux conditions de quelqu'un d'autre. La douleur que j'ai ressentie était assez violente pour que ma vie change.
L'usage ou l'excès de drogues passe souvent pour une question de bien et de mal, une question morale, mais c'est faux : c'est une question d'aise ou de malaise.
Je n'ai jamais rencontré qui que ce soit qui ait renoncé à la drogue pour des raisons d'illégalité. En ce moment même, la mère, le père, le frère, la sœur, le fils, la fille, l'oncle, la tante, le cousin, la grand-mère ou le grand père de n'importe qui prend des drogues. Légal, illégal, peu importe. Il n'y a aucune frontière dans nos couches sociales que la drogue n'ait traversée. Elle pénètre tout. L'être humain se défonce depuis qu'il est un être humain. Il est absurde de penser que l'on peut mettre un terme à ce comportement en légiférant.
Du problème « moral » au problème économique
La prohibition de l'alcool nous a été servie au XXe siècle à travers l'outrage moral, « la fausse morale », et ça s'est terminé par un double scotch au saloon du coin. Pas de demi-mesure, là. Nous n'avons pas légalisé la possession d'alcool, ce qui a ensuite poussé les consommateurs à trouver des moyens illégaux de s'en procurer. Puis nous avons légalisé « de haut en bas », en régulant sa distribution, en taxant ses ventes.
C'est presque ce qui arrive aujourd'hui avec la marijuana. Presque. Il semble qu'elle en prenne le chemin, achetée et payée par besoin économique. Cela veut-il dire que ce qui était autrefois une question morale est devenu une question économique ? Oui. Cela signifie-t-il que la morale a un prix ? Ou que ce n'était en fait pas vraiment une question morale à l'origine, ce que notre détresse financière a mis au jour ?
L'alcool responsable de plus de violences que toutes les autres drogues réunies
« Mais quand même pas l'héroïne, les méta-amphétamines ou le crack ? » C'est comme ça que se poursuit la conversation en général, n'est-ce pas ? « Pas les drogues dures. » Je me demande comment on en est arrivé à la classification de « drogue dure ».
Il y a des chances pour que celui qui a pondu cette classification soit aussi celui qui ne veut pas que vous sachiez que 95% des gens emprisonnés pour des violences ont commis ces actes sous l'emprise de la deuxième drogue la plus répandue sur la planète. La drogue qui annonce le hockey, le foot et tous ces événements sportifs pour les jeunes à la télé ; la drogue dont on voit les logos sur les tee-shirts portés par nos enfants ; la drogue dont les entreprises qui la possèdent sponsorisent un « Partenariat pour une amérique sans drogue »… Vous voyez de quoi je parle ? Oui, de l'alcool.
L'alcool est responsable de plus de violence domestique et de carnages routiers que toutes les autres drogues réunies. Mais l'industrie de l'alcool a acheté et payé son acceptabilité culturelle et sa respectabilité, et pense, au fond de son âme sombre, qu'elle n'a rien à voir avec l'herbe et le crack.
Tout ce que je peux dire, c'est que toutes les substances psychotropes que j'ai utilisées sont un raccourci trompeur vers la lumière. Par des années de conditionnement publicitaire, on m'a appris qu'une pilule peut me faire grandir et qu'une autre me rapetisse, et que ces petites pilules bleues… hum, mieux vaut en rester là.
L'héroïne, la cocaïne, les méta-amphétamines, l'alcool taxé et contrôlé par l'Etat, ainsi que le tueur numéro un, le tabac, sont tous des substances auxquelles il est terrible d'être accro. Son ultime et actuel coût est bien trop souvent la vie elle-même. Et, tout au long de ce chemin vers la mort, les prix augmentent. Ce n'est pas une question morale, ni de bien et de mal, et il est temps de cesser de la traiter comme telle. L'industrie de la répression n'a jamais travaillé pour quelqu'un d'autre que le monde de la finance et les politiques (qui, eux-mêmes, sont partie prenante de la finance). Ces gens ont dépensé une fortune nous convaincre -avec succès- de cette illusion, mais il est temps de se réveiller maintenant.
Une seule solution, la légalisation
Il reste une solution, si simple qu'elle en est presque inquiétante, une solution mise en place par d'autres, qui, jusqu'à aujourd'hui, ont montré plus de courage que nous. Si nous sommes aussi valeureux et libres et courageux que nous sommes prompts à le déclarer, alors il est temps de mettre un terme à ce qui n'a jamais fonctionné. On ne peut tout simplement pas continuer de la même façon et espérer obtenir d'autres résultats.
Quand on pense à la légalisation de la drogue, nombre d'entre nous pensent aux Pays-Bas. Et aux critiques formulées quant à son sens général par des juristes avec une hâche, et un siège auquel s'accrocher. Accusations illégitimes que celles-ci. Les Pays-Bas ont pris des demi-mesures seulement, et les demi-mesures ne nous apportent rien. Il nous suffit de jeter un œil, par delà les frontières hollandaises, au Portugal, pays dont la générosité et le courage à l'encontre des plus faibles de ses citoyens devrait nous faire honte et nous mener vers une action juste.
Jusqu'en 2001, le Portugal était plongé dans une crise sanitaire aux proportions alarmantes, une crise due à l'addiction à la drogue. Ensuite, la possession de stupéfiants a été légalisée. Et maintenant, nous y voilà, huit ans après que « la possession personnelle a été décriminalisée, l'usage de drogues parmi les jeunes Portugais a chuté et le taux de nouvelles infections par le virus HIV dues au partage des seringues usagées a été considérablement réduit, tandis que le nombre de personnes cherchant à se désintoxiquer a plus que doublé… » (Time Magazine, 26 avril 2009).
Et devinez quoi ? Les vannes ne se sont pas ouvertes ; la population ne s'est pas transformée en un troupeau de junkies, comme certains législateurs auraient aimé qu'on croie que ça arriverait. Mes amis, nous devons commencer à élire des gens au Sénat, au Congrès et à tous les niveaux du pouvoir partout dans le monde qui ont une plus grande foi en nous qui votons pour eux et les révoquons,. Nous sommes au fond d'un trou profond et nous devons immédiatement arrêter de creuser. Il est temps de s'immiscer dans les privilèges et le pouvoir et de subvertir la façon de penser dominante ; il est temps de rappeler à nos élus que nous attendons d'eux des actes qui produisent de vrais et honnêtes résultats. Il est temps de revoir complètement notre approche de la question de l'usage ou de l'abus de drogues.
Pour finir, cette parole émanant de Washington, de Gil Kerlikowske, pas moins, le nouveau tsar de la drogue de la Maison-Blanche :
« Quelle que que soit la façon dont vous expliquez aux gens qu'il s'agit d'une “guerre à la drogue” ou d'une “guerre contre un produit, ils considèrent que c'est une guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens de ce pays.”
M. Kerlikowske, il n'y a qu'une manière de prouver aux plus petits d'entre nous que leur vie comptent autant que n'importe laquelle de nos vies : c'est de légaliser et réguler toutes les drogues, et de le faire maintenant. Comme l'a dit notre grand président, le temps du changement est arrivé.
Photo : “Kate Moss” (Philippe Sergent/Flickr).
► Traduit de l'anglais par Marie-Sophie Keller.
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De lordcyfer
16H37 | 25/06/2009 |
Cette article est excellent et je suis a 100% d'accord.
Le gros probleme c'est que l'on confond addiction (comportement addicitf) et produit.
En classifiant les drogues legal pas legal dure molle etc etc
On oubli que le consommateur est un toxico et le restera toute sa vie, les deux tiers du temps les sevré d'un produit se sont rabattu sur une autre addiction, cela peut aller d'un autre produit a l'amour une rencontre etc etc…
J'ai connu toute sorte de toxico, qu'elle que soit le produit il y a toujours un point commun l'addiction a des sensation des etats …
D'ailleurs comment un produit pourrait etre responsable du fait que quelqu'un le prends. Comment peut on interdire des plantes de pousser, c'est absurde.
D'ailleurs les modes changent les consommation, les acides sont revenu sur le marché au début du mouvement rave party puis ont été remplacer par la MDMA et la Ketamine et maintenant le cristal meth.
Ce n'est pas le produit qui fait le toxico.
Il faut réduire les risques et ne pas mettre en prison les toxicos, c'est une évidence, apres l'accessibilite au produit est un autre débat.
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 16H53 | 25/06/2009 |
Merci Arnaud, j'ajouterai que pour certains pays c'est aussi un problème de sécurité nationale, je pense évidement au Mexique ou la Colombie, mais aussi les pays qui deviennent les nouvelles routes comme l'Argentine ou le Brésil.
je peux reprendre l'article pour mon blog ?
sinon je ferais un lien : ).
De Guillome
Etudiant | 22H08 | 25/06/2009 |
J'aime bien suivre Drogue News, merci à l'auteur.
De ToRDReLoRDRE
chien de talus | 17H45 | 25/06/2009 |
La drogue est une occupation compulsive parmi tant d'autres dans cette société de sommation des cons pleine d'ennui et vide de sens ; dopé, défoncé, boulimique…se remplir le corps pour passer le temps dans cette gigantesque salle d'attente. Sinon dans d'autres société il y a une culture qui va avec, peut-être est-ce mieux ? …sinon en ce qui concerne la dépénalisation ça tourne quand même autour d'une question fondamentale à savoir qu'est ce qu'être adulte ? bon …qu'est ce qui branle Kébra, hein ?
ah ouai au fait c'est mieux msieur O'Dea d'être patron légalement ? Cette manie des patrons de vouloir nous expliquer comment doit-on vivre …c'est quoi être adulte au fait msieur O'Dea ?
De Dav Ben
Economiste | 18H07 | 25/06/2009 |
Bonjour,
Je pense qu'un dealer qui parle de légalisation est une bonne chose. Certains diront qu'il défend son pain, pourtant c'est au dealer que revient le profit de la prohibition. Quel intérêt tirerait-il d'une légalisation ?
Taper sur les gens qui se droguent est probablement une erreur monumentale. Pourquoi ne pas les aider ? Inutile de diaboliser les produits, seulement expliquer leurs risques et les enjeux. Prévention plutôt que répression pour la question sociale.
D'un point de vue économique, la question est à approfondir. The Economist a travaillé dessus. L'article a quelques mois, je n'arrive pas à remettre la main dessus mais en résumé, les auteurs soutenaient une légalisation de toutes les drogues, car d'un point de vue économique ce serait très positiif pour les pays. A méditer et à prendre avec des pincettes.
Bien à vous et merci à Arnaud Aubron que je lis depuis des années à travers son blog. Longue vie à rue89.
à Dav Ben
De Lemmy_Nothor
The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 18H27 | 25/06/2009 |
Et sans compter les corps de police qui eux aussi sont pour la levée de la prohibition sur toutes les drogues……
Pas en France bien sur, mais ils devraient peut-être jetter un coup d'oeil sur le site….
http://www.leap.cc/cms/index.php
De freakfeatherfall
back to the primitive - fuck all yo... | 18H15 | 25/06/2009 |
@ Brian :
que penses tu de la théorie de l'implication du gouvernement (par la CIA) dans la déferlante de crack dans les ghettos noirs dans les années 80 ?
EDIT : tu dis que 95% des personnes en taule pour violence ont agi sous l'influence de l'alcool, ya moyen d'avoir une référence exacte ?
merci…
De virginie78
Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 20H24 | 25/06/2009 |
Bonsoir,
j'aimerai que l'auteur développe sa citation « l'émancipation naît du mal et de la douleur »
merci
De corbeau deciitre
Educateur spécialisé | 20H24 | 25/06/2009 |
« l'émancipation naît du mal et de la douleur » et j'ajouterais la richesse des uns de l'exploitation des autres !
De kri
citoyen | 21H23 | 25/06/2009 |
Si les drogues sont une question d'aise ou de malaise, alors quelle est la réponse ? La légalisation ? C'est un peu maigre pour une telle question, sans compter que des substituts contre le malaise, on en est déjà débordés, qu'ils s'appellent Tranxène, écran plat, football ou SM. (voir liste complète de 5000 pages au rayon « bonheur ») On est bien dans le meilleur des mondes.
De rockbeats
graphiste ind. | 22H53 | 25/06/2009 |
Beaucoup considèrent la tolérance zéro en matière de stupéfiant comme insupportable pour de nombreuses raisons. Mais il ne faut pas oublier non plus que derière le simple refus (cannabis mauvais pour la santé, ect..) qu'il y a aussi des enjeux géopolitiques. Et la le problème est tout autre ! J'espère pourtant que ces conducteurs fous (ceux qui passent les douanes à 220 kms/h) et qui viennent générallement du maghreb en passant par l'Espagne ne sont pas le témoignage de la volonté Française au développement économique de ces pays tel que nous le souhaitons aujourd'hui ! Ma réflection est « à la con mais » elle mérite d'être développée.
à rockbeats
De Lemmy_Nothor
The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 07H54 | 26/06/2009 |
Vous confondez deux choses…..la drogue, et l'argent qu'elle génère…..retirez le fric, et personne ne se tuera. Ce n'est pas la drogue qui pousse au crime….c'est le tas de fric.
De toute manière si le cannabis était légalisé, dans un très court laps de temps, les pays producteurs perdraient vite leur mainmise…..chaque pays ferait pousser sa propre herbe, mais de manière légale.
Entre nous, le hash marocain c'est vraiment pas ce qu'il y a de meilleur, loin de la. Mais il se trouve que le pays en produit énormément, et qu'il est situé tout près de l'Europe.
Et si on regarde l'historique…..les marocains ne savaient pas faire du hash avant le début des années soixantes…..ils ne fumaient que du kif. Curieusement, ce sont , ou plutot c'est UN Européen qui leur a enseigné comment faire.
Par contre, quand je vois les kilomètres de vignes en France, qui font du pinard degeu….je verrai bien à la place, des kilomètre de plantations de cannabis, et la rien ne se perd…la fibre est excellente pour faire des vêtements, les graines peuvent faire de l'huile ( carburant beaucoup plus propre que le diesel ) et on pourrai faire du hash appelation controlée….Chateau Morphée, qui est surement meilleur que le Chateau Migraine qu'ils fabriquent en ce moment…
à Lemmy_Nothor
De félicité-mafoi
08H27 | 26/06/2009 |
Atteignez la félicité en consommant la bonne beu bio de Saint-L … mon rêve !
De WALTER le Suisse
23H23 | 25/06/2009 |
C'est ça qu'ils veulent les dealers et bien des gouvernants : légaliser les drogues, pour abrutir les masses un peu plus encore ? ! Alors là, bravo Mr O'Dealer !
ECOEURANT.
à WALTER le Suisse
De deprav
ou l'ambivalence de la misanthropie | 02H54 | 26/06/2009 |
Si la drogue était légalisée, les dealers n'auraient plus de « travail » vu que celle-ci serait en vente contrôlée, et les « gouvernants » auraient un moyen en moins de criminaliser le citoyen lambda…
Ca m'apparait de façon plutôt évidente, ne devrais-je pourtant pas être abruti étant moi même consommateur ?
De Benjamain
01H49 | 26/06/2009 |
» L'usage ou l'excès de drogues passe souvent pour une question de bien et de mal, une question morale, mais c'est faux : c'est une question d'aise ou de malaise. «
Ceci est la chose la plus intelligente et la plus vraie que je n'ai jamais entendu sur aucune drogue.
De penabranca
survivor | 08H16 | 26/06/2009 |
Question à l'auteur :
Vous avez dealé de l'herbe et de la coke. Dopes que vous consommiez également. Avez vous dealé de l'héroïne ? Si non, pourquoi ? manque d'opportunités ou principe ?
Aurriez vous pu trafiquer autre chose (armes par ex.) ?
merci
De Camille
Mauvais genre | 09H15 | 26/06/2009 |
Intéressant. Je vais poser une question vicieuse (c'est mon genre), est-ce que l'alcool ne fait pas plus de dégats justement parce qu'il est légal (et donc plus diffusé) ?
à Camille
De deprav
ou l'ambivalence de la misanthropie | 12H00 | 26/06/2009 |
Moi je vais tourner ta question vicieuse : D
Est-ce que l'alcool ne fait pas plus de dégâts parce qu'il est légal ET que les autres drogues ne le sont pas ?
Le fait que l'alcool soit légal le met en marge des autres drogues, alors qu'il n'est pas moins dangereux dans l'excès, et je crois que c'est ça qu'il ne faut pas perdre de vue : c'est toujours l'excès qui est mauvais pour la santé : )
De Zulya
Mère au foyer | 12H15 | 26/06/2009 |
Bonjour,
Merci pour votre article mais je doute qu'aujourd'hui, dans les circonstances actuelles, cela puisse avoir une répercussion positive.
Bonne vie à vous !
Zulya
De C. Creseveur
D'actualité | 13H06 | 26/06/2009 |
Ca fait toujours plaisir de voir qu'un américain, même canadien, puisse appeler à plus de régulation.
De seba74ch
me myself and I | 20H49 | 26/06/2009 |
légalisation hyper contrôlée (certificats et suivis médicaux, vente aux majeurs en pharmacie, pas d'exportation ou de vente aux étrangers, etc…)
=
baisse drastique de la criminalité découlant directement et indirectement de la drogue (petite et grande), anéantissement des plus gros réseaux mafieux, terroristes et narco-états, suivis-contrôle- traitement et à terme réinsertion socio-professionelle des « malades » drogués, nouveaux emplois locaux, et ressource fiscale colossale pour l'Etat. etc …
hum y sûrement quelques bémols, mais ils ne font pas le poids, à mon sens c'est la seule solution !
De Joe Liqueur
Journaliste | 22H02 | 26/06/2009 |
En matière de drogues j'ai tendance à penser qu'on est vraiment sur une question de principe. Or les principes sont là, établis depuis quelques siècles, et ils sont très clairs. Revenons donc aux fondamentaux.
Article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen, et de la Constitution de la Vè République :
« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »
Or personne ne peut sérieusement prétendre qu'en fumant un joint ou en dégustant un space cake, Norbert « nuise à autrui » ou dénie à qui que ce soit la jouissance d'un quelconque droit. C'est tout simplement indéfendable.
Ainsi, j'ai tendance à penser que la voie juridique est la plus judicieuse, étant donné que les principes sont largement établis et reconnus. Il s'agit plutôt de les faire respecter en plaidant pour l'abolition des lois entrant en contradiction flagrante avec ces principes. C'est pourquoi je me méfie des discours de type comparatif : « le cannabis c'est pas plus dangereux que l'alcool », ou même « c'est moins dangereux que l'alcool », etc… »
Ce n'est pas la question ! La question est de savoir si un citoyen a la DROIT de nuire à sa santé ou de la mettre en péril. Or oui, il en a le droit. C'est ABSOLUMENT INCONTESTABLE. La question est de savoir si l'Etat a des droits sur notre corps. Or non, il n'en a aucun - et heureusement ! Par ailleurs, si aujourd'hui on peut interdire au citoyen la consommation de certaines drogues, ne faut-il pas craindre qu'on lui impose après-demain d'en consommer d'autres - issues de la synthèse chimique, brevetées, et payantes ? Je tiens à vous faire remarquer que fondamentalement, droit à la drogue et droit à la sobriété se confondent.
Au fait cela m'intéresserait beaucoup d'avoir le point de vue d'un vrai juriste sur la question (Maître Eolas, si jamais vous passez par là…).
Si on ne peut pas interdire la consommation, on ne peut pas non plus interdire la détention, ni le commerce, ni la production. En revanche, comme toute activité économique, ces deux dernières doivent être réglementées. La nature est par définition res communis. Ceux qui prétendent éradiquer une espèce végétale ou animale de la surface de la Terre ne sont rien que de dangereux fanatiques.
Je reviens sur la question des risques liés à la consommation de drogues. Ils existent, pour l'alcool comme pour les autres drogues, et ils sont tout sauf anodins. Toute comparaison (dure/douce etc) me semble forcément vaine dans la mesure où tout cela se joue avant tout au niveau individuel.
Bref. Quel doit être le rôle de l'Etat ? Je crois qu'il faut en finir avec les bondieuseries du type « lutte contre la drogue ». Au mieux c'est totalement grotesque. Le rôle de l'Etat ne consiste nullement à « lutter contre la drogue », mais uniquement et à INFORMER sur les risques liés aux phénomènes d'addiction et d'accoutumance concernant certaines substances (alcool, THC, alcaloïdes de la coca ou du tabac, opiacées, etc), et sur ceux (afférents) liés à une consommation importante. Et bien sûr, à réglementer le commerce. Mais EN AUCUN CAS à nous faire le catéchisme.
A petite dose, aucune drogue n'est dangereuse. Encore une fois, la véritable difficulté, c'est le tandem addiction/accoutumance, qui peut inciter à augmenter les doses jusqu'à atteindre très vite un seuil au-delà duquel on détruit effectivement son propre corps - ce qui est notre droit absolu ; le devoir de l'Etat consiste seulement à nous informer de manière objective, neutre et indépendante.
Pour finir un petit mot sur la fumée - j'y tiens. Il serait grand temps de faire la distinction entre les risques liés à celle-ci et ceux liés aux psychotropes eux-mêmes. Le tabac comme le cannabis peuvent aussi être ingérés par voie digestive. Nombre d'experts dissertant sur « les dangers du tabac » ou « les dangers du cannabis » nous parlent autant des risques liés à la fumée que de ceux liés au psychotrope lui-même - ce en quoi ils n'ont pas tout à fait tort, puisque la fume est une pratique largement majoritaire ; mais encore faudrait-il faire cette distinction essentielle au lieu de tout mélanger. Simple question de rigueur et d'honnêteté intellectuelle.
à Joe Liqueur
De ToRDReLoRDRE
chien de talus | 08H07 | 28/06/2009 |
tutafé d'accord, cela s'inscrit dans un large processus d'infantilisation du citoyen voulu consommateur, voulu bétail à qui l'on déni l'exercice du libre arbitre. Être adulte c'est être un dissident.
à ToRDReLoRDRE
De Joe Liqueur
Journaliste | 12H11 | 28/06/2009 |
« Infantilisation du citoyen », c'est exactement ça. Dans le genre il y a eu récemment une véritable pépite : le clip électoral de l'UMP pour les européennes. Tu l'as forcément vu (difficile d'y échapper), mais au cas où tu aurais pas vu les commentaires d'Acrimed :
http://www.acrimed.org/article3144.html
De pélléas
22H53 | 26/06/2009 |
mini contribution : Bravo pour cette prise de parole (à défaut) courageuse
De hgo04
Citoyen Lambda | 07H01 | 27/06/2009 |
Amusant :
On reconnait que l'alcool et le tabac sont des produits dangereux, cause de mort et de comportement violents. On reconnait donc leurs effets nocifs…
Et ces produits sont en vente libre, donc accessibles à tous..
Et d'un autre on vente la légalisation de la marijuana, en reconnaissant d'une part que le bien etre engendré par ce produit est illusoire, et en sachant d'autre part qu'il aura le même effet néfaste que les deux premières drogues légales….
On pense ainsi faire cesser les trafics et donc la criminalité ? ? ?
Surprenant comme raisonnement…
De Manu de la bas
Altermondialiste light | 12H23 | 29/06/2009 |
- Cela veut-il dire que ce qui était autrefois une question morale est devenu une question économique ? Oui
- L'industrie de la répression n'a jamais travaillé pour quelqu'un d'autre que le monde de la finance et les politiques (qui, eux-mêmes, sont partie prenante de la finance).
Totalement valable !
Les drogues les plus dures resteront le fric et le pouvoir.