Une voie originale (et rentable) contre la drogue

Que disent les économistes?Le marché de la drogue est caractérisé par ce que les économistes appellent l'aléa moral. Les dealers profitent du fait que les consommateurs ne peuvent pas observer la qualité de ce qu'ils achètent (et qu'ils ne peuvent pas porter plainte ni consulter le service après-vente lorsqu'ils se font avoir).

Saisie d'un laboratoire de stéroïdes en 2007 par la DEA américaine (DEA)

Les quelques données américaines dont on dispose sont cohérentes avec cette hypothèse. On « voit » l'aléa moral avec le fait que les prix ne sont pas significativement corrélés avec la qualité (le taux de pureté).

Pourquoi tous les vendeurs ne vendent-ils pas de la drogue « coupée » ? Essentiellement parce qu'ils souhaitent garder leurs clients sur le long terme et que le client se rend très vite compte de la qualité de ce qu'il achète. C'est le seul élément qui évite que le marché ne s'effondre (voir le célèbre article d'Akerloff).

S'il n'y avait pas de relation de long-terme entre acheteurs et vendeurs, aucun vendeur ne serait incité à vendre de la drogue non-coupée. La qualité baisserait, les prix aussi, réduisant encore plus l'incitation à vendre de la drogue pure, etc etc, jusqu'à ce que le marché disparaisse.

Que se passe-t-il si un politicien frappe du poing sur la table et déclare :

« Il faut protéger nos enfants contre la drogue et durcir les peines de prison contre ces satanés dealers ! » ?

Eh bien, Galenianos, Liccardo Pacula et Persico affirment que comme il devient plus dangereux pour un client de « tester » des nouveaux fournisseurs, la relation de long-terme entre acheteurs et vendeurs est renforcée ! Réduisant ainsi le risque que le marché ne s'effondre. Au passage, la population carcérale augmente, ce qui coûte à la société.

Les auteurs suggèrent une manière originale et gratuite (et même rentable) de lutter contre la drogue : réduire les peines de prison pour les individus qui vendent de la drogue coupée !

Inciter les dealers à escroquer les consommateurs donne une chance au « schéma Akerloffien d'effondrement du marché » de se produire. Et en plus, ça réduit la population carcérale, d'où les économies pour la société !

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Que disent les économistes?

9 commentaires sélectionnés

Portrait de penabranca

De penabranca

survivor | 14H45 | 18/06/2009 | Permalien

C'est toujours marrant de démontrer l'absurdité d'une logique en poussant les manettes à fond….
On pourrait conseiller aux dealers de couper la coke au cyanure. On devrait bien réussir à les éliminer tous ces sales drogués. Quel monde merveilleux nous aurrions alors.

Portrait de Floriancc

De Floriancc

14H53 | 18/06/2009 | Permalien

Dans leur réflexion poussée n'auraient ils pas omis un facteur ?
il n'y pas que de la résine de cannabis, il y as aussi « l'herbe »
Si le consommateur trouve seulement de la résine de mauvaise qualitée, ne va t il pas juste changer de produit,
En france on constate une augmentation du nombre de cultures dites maison pour consommation personnel.

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 15H07 | 18/06/2009 | Permalien

J'avoue que je ne comprend même pas qu'on puisse imaginer que ça marche, quand on sait que le marché de la cocaïne s'est refait une santé grâce au crack, version ultra-pure et plus addictive.
J'imagine le dealer de coke qui se fait pincer, mais plaide qu'il n'avait pas encore coupé sa came avec la farine de sa cuisine, pour alléger sa peine…
Attention, m'sieur l'agent, je suis pas dealer, mais dealer-homéopathe !
mdr

Portrait de vinczec

De vinczec

DG | 15H15 | 18/06/2009 | Permalien

Un peu tiré par les cheveux leur raisonnement, qu'est-ce qui empêcherait un dealer d'avoir toujours une réserve de drogues extrêmement coupées en cas d'arrestation ?
De plus il faudrait faire la part des choses entre les drogues coupées avec des produits inoffensifs et les autres.
De toute façon, (et heureusement) les drogues dures (mis à part le crack parfois) sont toujours coupées, rappelez-vous des tests faits par le journal Actuel (cela ne nous rajeunit pas) qui montraient que sur la région parisienne les doses de coke en contenaient en fait entre 0 et 15% !
Enfin ne pensez-vous pas que la légalisation et donc la réglementation restent la meilleure solution pour régler le problème des dealers ? Cela permettrait de réduire les frais de police, de justice, le banditisme et permettrait peut être d'avoir un meilleur contrôle sur ce qui est consommé.

Portrait de Fnork

De Fnork

| | 15H16 | 18/06/2009 | Permalien

Un point de vue intéressant, mais diminuer les peines contre les dealers de drogues coupées n'est quand même pas sans risques à mon avis.

Déjà, le premier problème est évidemment sanitaire car on se doute bien que les drogues ne sont pas coupées à la margarine ou à la fleur des champs… La surcharge occasionnée dans les hôpitaux (qui n'ont pas besoin de ça) sera assez sympa je pense, et on risque de reparler de la gratuité du système assez rapidement. Et quand on voit que des gens sont prêt à s'enfiler du nettoyant à jantes pour être bien défoncé, je pense pas que la baisse de la qualité des produits freinera tout le monde !
Ensuite, il faut voir qu'il y a beaucoup de drogues différentes, et je ne pense pas que toutes seront affectées de la même manière. Pour le cannabis, c'est peut être possible, mais il faut compter pour l'herbe avec la proximité de notre pays avec des pays dépénalisés et aussi avec les cultivateurs bien français qui pour le coup ne verront aucun changement. L'effet le plus immédiat, et sans doute serait-il durable, serait une flambée des prix qui freinerait sans doute la consommation des plus jeunes mais certainement pas celle des consommateurs adultes. Il n'y a qu'à voir le bond spectaculaire de drogues plus fortes mais bien plus chères ces derniers temps.
Et pour des drogues plus dures ? Pour la cocaïne, produit souvent vu dans les milieux aisés, demandeurs de qualité, qu'est-ce qui changera ?
Pour les drogues (très) dures comme l'héroïne, les coupes ne seront-elles pas synonymes de décès fréquents, par intoxication ou surdosage systématique pour « compenser » ? Quand on voit la manière dont fonctionne une drogue dure autorisée, la cigarette, on peut se demander en effet si couper les produits ne sera pas un peu comme proposer des cigarettes « light », qui sont tout autant nocives voire plus parce qu'on en fume beaucoup plus !

Je le redis, le point de vue me paraît intéressant (parce que prenant à contre-pied nos certitudes actuelles), mais peu opérationnel. La cause de la prise de drogues pathologique est déjà à chercher, et si on s'y penchait juste un peu on chercherait pas longtemps, et si on résout les problèmes qui sont la base de la prise de drogue le marché s'effondrera naturellement. Et pas pour toutes les drogues, encore une fois, l'usage festif de certaines drogues parfois puissantes est un fait qu'on ne pourra pas combattre.
Vous vous rappelez de la prohibition ? Dans le genre drogue dure et destructrice à usage festif qu'on a essayé d'interdire, je pense que c'est un bon exemple !

Portrait de guyiom

De guyiom

ideologue | 16H32 | 18/06/2009 | Permalien

Quand on parle de drogues, l'hypocrysie fait surface.
Des produits de mauvaise qualite (hasch coupe au hene, cirage ou parafine, cocaine avec de la mort au rat ou de la naphtaline ou je ne sais quoi encore) vont amener a de graves problemes sanitaires.
Imaginer quelqu un qui fume 3 ou 4 joints ultra coupes par jour : quellle est l'augmentation des chances d avoir un cancer des voies respiratoires apres 10 ans d une telle pratique ?
La seule solution est un controle etatique de la production a la vente au consommateur (comme le tabac), mais la, nos dirigeants ne le feront jamais : leurs partis politiques sont finances par les drogues qu'ils ramenent bien tranquillement dans leurs valise de deputes, de chefs de partis politiques ect…
En ce qui me concerne, je ne peux pas trop m'avancer sur les drogues appelees dures, ne fumant que de l'herbe. Et pour m'en procurer ? Je vais au coffeeshop du coin ; et oui j'habite a amsterdam. Et dans un petit pays comme les pays-bas, 300 000 personnes vivent de ce commerce (des serres aux vendeurs), sans parler des taxes que l'etat se met direct dans la poche. Si la france etait dirigee par des altruistes, toutes les drogues seraient legalisees et tous les traffics s'ecrouleraient d'eux meme.
Sur ce, je vous invite a aller signer l'appel du 18 joint.
ciao

Portrait de corkian

De corkian

employé | 16H35 | 18/06/2009 | Permalien

mouais… promouvoir les drogues coupees… je trouve ca un peu limite quand meme…

En dehors des problemes de santé que cela entraine (qui sont non negligeables mais qui ne sont apparemment pas le souci des auteurs de cet idee) il y a quelques problemes « techniques »…
par exemple il faudrait, qu'a la base, TOUS les dealers de drogues purs soient incarcerees pour qu'il ne reste plus que des dealers qui « coupent » dans la nature(sinon tout le monde se tournerait vers les « bons » dealers)… ce qui est en pratique irrealisable !

Vous allez me dire que l'idee c'est d'inciter tous les dealers a couper parce que moins risqué… Si les dealers ne veulent pas prendre de risques ils ne vendent pas a la base… le consommateur va toujours rechercher ce qu'il y a de mieux et tant qu'il y a de la demande je ne vois pas comment l'offre disparaitra… le dealer qui veut se faire de l'argent vendra quelque chose qui est demandé et si il est le seul dans un quartier(les autres vendant de la coupée) il se fera encore plus d'argent ! (les autres se remettront a la « pur » par la suite puisqu'il ne gagne rien)

Meme si un dealer de pur va en prison, son « marché » est recuperé par un autre (nouveau ou pas) qui se placera sur le meme segment que son predecesseur (peut etre avec le meme fournisseur)

pourquoi ne pas simplement legaliser… parce que la aussi il va y avoir moins de personnes incarcerees (ca ne sera plus illegal) et ca sera egalement rentable (taxes) …

Portrait de Enki

De Enki 9562

Alchimiste | 18H34 | 18/06/2009 | Permalien

Je me bornerai au cannabis, que l'on doit différencier des autres stupéfiants quant à sa toxicité et sa distribution. En gros, il s'agirait d'une incitation à l'empoisonnement.

Pour ce qui concerne le deal de rue, la théorie de Galenianos, Liccardo Pacula et Persico, bugge en ommettant un fait important.

En effet, si le deal d'appartement ou de réseau crée une relation vendeur-acheteur, le deal de rue fonctionne sur une relation grossiste - groupe vendeur - acheteur. Dans ce cas, il s'agit pour un groupe de maintenir la viabilité de son business (et son propre approvisionnement) en préservant la réputation de son locus.

Des tâches différentes et une hierarchie d'autorité s'établissent dans ces « bandes » (ciblage législatif en cours), du semi-grossiste au détaillant, en passant par la mule, le rabatteur, le guet, et le voisin qui ne fait pas de business mais qui traine là parce que les parents regardent TF1 et qu'il partage sa chambre avec son petit frère. Elles sont plus autonomes quant à leur approvisionnement que le consommateur parce que bénéficiant d'un réseau plus large, de la capacité à mettre les grossistes en concurrence, et d'aller les chercher très loin.

Typiquement, le deal de rue, que l'on pourrait appeler deal social, organise la distribution dans un quartier dont les habitants forment la majeure partie de la clientèle. La qualité et la quantité sont souvent rigoureusement standardisées et l'emergence de circuits concurentiels jalousement controlée.

Dans chaque quartier, il y aura toujours suffisamment de consommateurs pour mutualiser leur approvisionnement et créer un circuit de distribution.

Etant leurs premiers propres clients, les voisins étant les seconds, les inciter à se vendre du matos pourri à eux même me paraît pouvoir n'exister que dans la tête d'un théoricien.

Portrait de Lemmy_Nothor

De Lemmy_Nothor

En cavale | 19H44 | 18/06/2009 | Permalien

Tous les dealers vont se retrouver ici…

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