Mexique : Sarkozy a-t-il séjourné chez un narco présumé ?

Pour leur séjour privé, le Président et sa femme ont résidé dans l'hôtel d'un milliardaire accusé d'être un « narco-banquier ».

Carla Bruni et Nicolas Sarkozy au palais national de Mexcio, lundi (Henry Romero/Reuters)

Dans le journal de 8 heures ce mercredi matin, RTL se pose la question : « Un milliardaire mexicain a-t-il payé le séjour du couple Sarkozy ? » Difficile de savoir si c'est le cas : alors que l'Elysée affirme que c'est l'Etat mexicain qui a pris en charge l'ensemble du séjour du couple présidentiel français, une source - « un haut diplomate mexicain » - a affirmé à RTL que « ce n'est sûrement pas la présidence du Mexique qui a payé pour un séjour hors d'une résidence de l'Etat mexicain ».

Si la version de l'Elysée est la bonne, on peut s'étonner que le contribuable mexicain ait dû payer pour la partie privée du séjour des Sarkozy. La question du financement des vacances du Président se pose encore, comme elle s'était posée pour le yacht Paloma de Vincent Bolloré, le jet prêté par le même Bolloré pour un séjour en Egypte, la magnifique villa des vacances à Wolfeboro ou, il y a trois semaines, ce petit scoop de Rue89 passé inaperçu sur les 4X4 que les Sarkozy auraient « empruntés » à Nissan pour leur séjour à Megève.

Mis en cause dans un journal mexicain

Vue de la piscine de l'hôtel Tamarindo (DR)Ce qui est certain à en croire nos confrères, c'est que le couple Sarkozy a séjourné dans un hôtel appartenant au milliardaire en question, Roberto Hernandez Ramirez, une des plus grosses fortunes du Mexique. L'hôtel, El Tamarindo Beach and Golf Resort, abrite une suite présidentielle à 3500 dollars la nuit, où aurait dormi le couple, selon Mediapart (sur abonnement). Interrogé par RTL, un conseiller de l'Elysée n'a pas démenti, mais n'a pas confirmé non plus. Dans un autre genre, le site Purepeople.com l'affirmait aussi, dès dimanche soir.

Mais personne n'a relevé que le banquier Roberto Hernandez Ramirez, ancien PDG de la banque Banamex et membre du conseil d'administration de Citigroup (une des plus grandes institutions financières de la planète), souffre d'une réputation pour le moins sulfureuse. Dans les années 1990, il a été soupçonné au Mexique de faire transiter par ses propriétés de la cocaïne sud-américaine et de participer au blanchiment de l'argent de la drogue.

Dans le Boston Phoenix, en 1999, le journaliste Al Giordano résumait ainsi une enquête menée par le journal mexicain Por Esto :

« D'après le journal et ses sources, les propriétés côtières acquises par Hernandez à la fin des années 80 et au début des années 90 étaient le point d'entrée de quantités massives de cocaïne livrées dans des vedettes rapides colombiennes.

De là, des tonnes de drogues étaient chargées dans des petits avions et envoyées vers le nord depuis l'aérodrome privé de Hernandez. Hernandez, écrivait le journal, blanchissait l'argent de la drogue à travers des installations hôtelières d''éco-tourisme » vides.

L'enquête [de Por Esto] a été un tour de force journalistique, aboutissement de 26 mois d'investigation sur les 43 kilomètres de propriétés en front de mer de Hernandez -un secteur surnommé par les habitants « le triangle de la cocaïne'.

Le journal est même allé plus loin : il a déposé des plaintes pénales contre Hernandez pour trafic de drogue, vol de trésors archéologiques nationaux […], et pour les dégâts environnementaux causés par les opérations de trafic de cocaïne sur [une] réserve naturelle. »

Banamex déboutée au Mexique et aux Etats-Unis

Extrait du journal "Por Esto" sur Roberto Hernandez RamirezTitré « Clinton et ses copains narcos mexicains », cet article d'Al Giordano a été attaqué par la banque Banamex (dont des employés ont été impliqués, en 1998, dans la fameuse opération antiblanchiment « Casablanca »), dirigée à l'époque par Hernandez. La cour suprême de New York et la justice mexicaine ont débouté Banamex.

En 2007, Al Giordano, spécialiste mondialement reconnu du trafic de drogues en Amérique latine (il a écrit aussi pour le Washington Post et le San Francisco Chronicle), publiait sur son site Narconews un nouvel article sous ce titre : « Un “narco-banquier” accusé d'héberger la rencontre Bush-Calderon au Yucatan. »

Le « narco-banquier » était Roberto Hernandez Ramirez, qui avait déjà organisé, toujours dans son hacienda de Temozon Sur dans le Yucatan, une rencontre entre les précédents présidents Clinton et Zedillo. C'est d'ailleurs en tant qu'ami du président Calderon que Ramirez a accueilli le couple Sarkozy.

Addendum le 12/03 à 11h48 : comme le relève RTL ce jeudi matin, l'opposition mexicaine demande au gouvernement des explications sur le financement du séjour des Sarkozy.

7 commentaires sélectionnés

Portrait de yann_chili

De yann_chili

Urbaniste ? | 15H09 | 11/03/2009 | Permalien

Ce qui étonne le plus, c'est l'apparente ignorance de Sarkozy, envers le situations géopolitiques locales des pays qu'il visite en tant que chef d'État… Doit-on réellement croire à l'incompétence généralisée en matière de relations internationales, à la tête de notre pays ?

Portrait de SuperAlAmAs

De SuperAlAmAs

homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 16H27 | 11/03/2009 | Permalien

MdR, c'est une blague ? Non mais sérieux ? Ca titre « narko » mais présumé, et au final ce mec est tout simplement un « barons voleurs », et « sarco » n'a pas été chez lui mais dans un de ses hotels, alors, le pourquoi du comment d'un tel article, éclairez moi ? Parce que j'ai du mal là ?

Portrait de Arnaud Aubron

De Arnaud Aubron

Rue89 | 17H01 | 11/03/2009 | Permalien

Pour résumer : le président français a séjourné, pour ses vacances privées, dans cet hôtel de luxe.
Pour rassurer le bon peuple de France un peu près de ses sous en ce moment, l'Elysée affirme que c'est l'Etat mexicain qui invitait.
Selon nos confrères de RTL, c'est un milliardaire, propriétaire de l'hôtel, qui a payé, pas l'Etat mexicain.
Et selon nous, le milliardaire en question serait impliqué dans le trafic de drogues (les journalistes mexicains et américains qui l'ont écrit ont gagné leurs procès aux Etats-Unis et au Mexique).
Mais si vous ne trouvez rien de condamnable dans ce mélange des genres, libre à vous.

Portrait de pomme53

De pomme53

Médiation | 18H19 | 11/03/2009 | Permalien

C'est curieux que les services « secrets » de l'élysée n'aient pas mis en garde le chef de l'état sur la réputation narco-sulfureuse de Roberto Hernandez Ramirez qui a accueilli dans son hôtel luxueux le couple français durant leur séjour au Mexique ?
Q'est-ce qui peut bien pousser le président français à prendre le risque d'être pris « la main dans le sac » voire suspect de complaisance à l'égard d'un trafiquant de drogue, et ce, par la presse du monde entier en s'affichant dans une résidence hors des sites d'accueil officiels ?
Sans aucun respect pour son propre pays, SARKOZY se comporte en chef de clan qui n'hésite pas quand l'occasion se présente, de profiter des privilèges réservés aux très riches ; un irrésistible besoin de jouir des « douceurs » de la vie, fussent-elles produites par des trafics les plus vils de mafias organisées !

Portrait de Augustin Scalbert

De Augustin Scalbert (auteur)

Rue89 | 20H00 | 11/03/2009 | Permalien

Effectivement, l'Elysée demande parfois à la DGSE des « profilages » sur des personnalités. Selon nos informations, cela n'a pas été le cas cette fois-ci.

Portrait de NA.

De NA.

21H54 | 11/03/2009 | Permalien

Il faut plus de transparence.
Qui a payé ? Combien (en général on obtient une grosse ristourne sur ce genre de suite lorsqu'on a une notoriété) ? Il faudrait que les politiques comprennent que ce genre de magouille (si il y en a une) est une porte ouverte à la corruption. Il y a une certaine innocence en France : les gens sont « gentils-gentils » mais qu'il y a des pays et (ou) des situations où les choses de ce genre sont prises très au sérieux par ceux qui paient : Ils veulent un retour sur « investissement » rapide et payant…. bonjour les problèmes !
Le couple Sarkozy peut se permettre ce court séjour. Que l'Elysée clarifie la situation point barre et qu'on passe enfin aux choses sérieuses.

Portrait de Filoulou

De Filoulou

retraité | 23H54 | 11/03/2009 | Permalien

Je me sens peu concerné par le fait de savoir si notre omniprésident paye ou se fait payer son escapade mexicaine, s'il vit ou non aux crochets d'un narco-traficant ou à ceux du président mexicain.
Par contre, je me pose la question : quand dans son palace mexicain, le matin devant la glace et qu'il se rase, il sait qui a payé son palace, il connaît obligatoirement le pédigré du propriétaire, et alors, qu'a-t-il dans la tête ?
Si la moitié, voire le quart de l'information de l'article est vrai, peut-il alors se regarder dans cette glace en oubliant les gens qui l'ont élu, qui eux subissent de plus en plus les effets de la crise financière ?
Si la réponse est oui, c'est un extraterrestre, et il me revient les paroles d'une chanson de Vassilius ( ? ) :
« Mais qui c'est celui-là ?
Il est tout petit celui-là… »

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