01/03/2009 à 15h13

Aux Etats-Unis, Obama veut enterrer le hasch de guerre


Le Président a réaffirmé sa promesse de laisser les Etats le souhaitant autoriser la marijuana médicale. Un premier pas encourageant.


Effigie d'Obama au carnaval de Dusseldorf (Ina Fassbender/Reuters)

« Vous serez étonné de savoir que ce que le Président a dit pendant la campagne, et bien nous allons le faire. » Comme promis, et réaffirmé mercredi par son tout nouveau ministre de la Justice, Barack Obama devrait donc très prochainement mettre un terme à la campagne de la police fédérale contre la marijuana médicale.

En effet, alors que la loi fédérale américaine continue à punir toute culture ou cession de cannabis, dans 13 des 50 Etats, la loi locale autorise son usage à des fins médicales. Mais depuis des années, Washington déploie une énergie toute particulière pour faire fermer des cliniques un peu spéciales : on y délivre de la marijuana sur ordonnance.

« C'est une victoire et un grand pas en avant. [...] La campagne fédérale contre le cannabis thérapeutique a fait beaucoup de dommages collatéraux », a déclaré Steph Sherer, responsable de l'association American for safe access (principale association californienne réunissant patients et médecins pour le cannabis thérapeutique du cannabis). L'association antiprohibitionniste Norml appelle, elle, ses adhérents à remercier par mail l'attorney general.

Une petite révolution, donc, dans l'un des pays occidentaux les plus conservateurs en la matière et qui a connu près de quarante ans d'escalade ininterrompue dans sa guerre mondiale à la drogue. Le président Obama osera-t-il aller plus loin et mettre en place, comme il l'a évoqué, une véritable approche de santé publique ? Ou renoncera-t-il dans un dossier où il a beaucoup à perdre et peu à gagner électoralement ?

Pétards et cocaïne pour le jeune étudiant Obama

Nous sommes en 2004. Un jeune sénateur noir d'Illinois alors inconnu est interrogé sur la guerre à la drogue :

« Elle a été un échec total, nous devons repenser et décriminaliser notre législation sur les drogues. Mais je ne suis pas de ceux qui pensent qu'il faut légaliser la marijuana. » (Voir la vidéo, en anglais)


Dix ans auparavant, le futur président avouait dans ses mémoires, avoir non seulement fumé du cannabis (et avalé la fumée, lui), mais aussi sniffé de la cocaïne ! (« Mais jamais d'héroïne) ».

Investi candidat démocrate à la présidentielle, il déclare enfin en juillet 2008 à Jann Wenner, de Rolling Stones :

« Je crois qu'il faut changer de paradigme, de modèle, pour se concentrer sur une approche de santé publique. [...] Je commencerai par les consommateurs non-violents arrêtés pour la première fois. Le fait que nous les traitions comme des criminels et les envoyons en prison -véritable école du crime-, au lieu d'envisager des pistes comme les tribunaux spéciaux pour les drogues, qui essaieraient de les remettre sur le droit chemin, c'est très cher, contre-productif et ça n'a pas de sens. »

Pour le très actif mouvement antiprohibitionniste américain, marqué par huit années de bushisme, ces déclarations suscitent un immense espoir. Obama élu, Ethan Nadelmann, responsable de la Drug policy alliance, se déclare même candidat au poste de Tzar antidrogues (responsable de l'ONDCP, organisme coordonnant la lutte contre les stupéfiants à la Maison blanche). Patatras, Obama choisit un policier et non un responsable de santé publique.


Gil Kerlikowske, nouveau tzar antidrogues d'Obama (DR)

Certes, Gil Kerlikowske, chef de la police de Seattle, ne s'est jamais opposé aux nombreuses initiatives de réduction des risques de sa ville, en pointe sur le sujet, mais l'annonce a tout de même fait désordre. Nadelmann garde pourtant espoir :

« Bien que nous soyons déçus que le président Obama choisisse un policier et non un partisan de l'approche de santé pubique comme tzar antidrogues, nous sommes d'un optimisme prudent quant au fait que l'officier Gil Kerlikowske soutiendra l'agenda réformateur d'Obama en matière de drogues. »

En fait, si personne ne semble remetre en cause la sincérité de l'engagement d'Obama sur ce sujet, la question est plutôt de savoir s'il aura le courage d'affronter une question éléctoralement si délicate, comme le redoutait récemment le Denver Post :

« On peut aisément imaginer que ses conseillers l'enjoindront d'éviter la question des drogues, qui pourrait être aussi périlleuse pour lui que l'a été celle des homosexuels dans l'armée pour Clinton. »


Sachets d'héroïne à l'effigie d'Obama saisis dans l'Etat de New York (DR)

Des alertes ont en effet déjà eu lieu, comme lorsque, fin janvier, la police de l'Etat de New York a saisi des sachets d'héroïne à l'effigie du nouveau président Effet désastreux garanti.

La Commission des stupéfiants de l'ONU, une tribune internationale

Un test-clé aura lieu le 11 mars avec la réunion à Vienne de la Commission des stupéfiants de l'ONU, chargée de surveiller l'application des conventions internationales en la matière. Une tribune que Washington utilise habituellement pour s'assurer que sa guerre à la drogue n'est pas remise en cause dans le monde. Obama enverra-t-il à la Commission des bureaucrates pour défendre le statut quo ? Ou en profitera-t-il pour laisser des réformateurs y prêcher une approche plus modérée ?

Pourquoi pas Tom Ammiano ? Surfant sur la vague de l'Obamania, cet élu californien a déposé, pour la première fois dans l'histoire de cet Etat, une proposition de loi pour légaliser et surtout taxer la vente de marijuana. Une proposition qui tomberait à point pour renflouer les caisses de cet Etat au bord de la faillite, mais considéré comme l'un des plus gros producteurs mondiaux de marijuana.

Photo : Effigie d'Obama au carnaval de Dusseldorf (Ina Fassbender/Reuters)

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  • vauvenargues
    vauvenargues répond à pablico
    Le whisky est le cognac du con( (...)
    • Posté à 16h39 le 01/03/2009
    • Internaute
      Le whisky est le cognac du con( (...)

    L'infiltration du milieu demeure le risque inhérent à ce choix et ne constitue pas la solution je crois,sauf peut etre dans une finalité éducative effectivement.
    En france une étude avait montré plus de 4 millions de consommateurs de cannabis, en usage « récréatif » cette fois.Dans quelle mesure peut on considérer hors la loi autant de gens sans même étudier serieusement le problème ?
    Un peu comme un mot que tout un pays emploierai dans un sens précis et que l'académie francaise refuserait dans cette définition, rien ne doit rester figé...
    La loi ne doit elle pas, dans une même logique, envisager d'évoluer sur des sujets sans rapport avec la morale, au moins d'étudier cette éventualité ?
    Pour autant le cannabis actuel, bien plus dosé en thc, ne peut etre considéré à l'égal de son ancêtre des années 70...
    De plus la dépénalisation du cannabis tuerait l'économie qu'il génère dans les grands ensembles HLM entre autre et cette perte financière agraverait les tensions sociales de ces milieux. C'est peut être osé de voir l'économie du cannabis comme stabilisatrice sociale par endroit mais je suis convaincu que l'Etat pense aussi comme ca. Sinon comment expliquer la lutte permanente contre cette substance dont la fausse innocuité ne la rend pourtant pas plus dangereuse, en consommation chronique, que celle de l'alcool et ou du tabac.
    Il semble par ailleurs que les problèmes les plus graves et non réversibles du cannabis tiennent plus à son mode de consommation, fumé, qu'a sa toxicité propre,dont les effets sur le cerveau sont réversibles à l'arrêt de la consommation.
    Pour autant la medecine se doit d'aborder cette substance à l'égal de bien d'autres, c'est à dire en termes de rapport bénéfice/risque afin de ne pas se fermer à sa grande efficacité contre les nausées post chimio, son action antalgique etc.
    Je me redis contre la dépénalisation mais aussi contre l'aveuglement d'Etats dont les peuples se gavent d'anxiolitiques, d'antidepresseurs chimiques et autres saloperies là où le millepertuis, le cannabis etc sont aussi efficaces, guère plus dangereux,voire moins parfois.
    D'aucuns se demandent pourquoi je passe ainsi de l'usage médical à l'usage récréatif...C'est en fait que je crois que l'usage récréatif est aussi parfois une forme d'automédication, que le lien est étroit entre les deux et que la formidable expansion de cette substance s'explique peut etre en partie par la difficulté qu'ont beaucoup d'entre nous de s'adapter à un monde qui délire( et sans avoir fumé, lui...).
    Combien d'argent le « petit pétard » du samedi, lorsqu'il n'est pas suivi d'une dizaine de freres, aura fait économiser à la sécu en psy, psychotropes, sédatifs, hypnotiques etc...
    Enfin si je pense que les états et les scientifiques doivent se pencher sur ce produit, ce n'est pas seulement pour son interet potentiel ou du fait de l'échec de la politique repressive , c'est aussi parce que le cannabis et l'homme avancent de concert depuis la nuit des temps, en témoigne le fait que notre cerveau est équipé de recepteurs spécifiques au thc (cb1 et cb2) ce qui est unique et mérite mieux que des jugements hatifs

  • affreuxjojo
    • Posté à 17h39 le 01/03/2009
    • Internaute

    Il faut également rappeler la duplicité des républicains Américains sur la question des drogues. Leurs discours anti-drogue très durs se sont le plus souvent accommodé de pratiques douteuses (sur le principe de ces républicains grand défenseurs en public des valeurs morales et familiales et qui se font surprendre au bordel...).
    La politique officielle de lutte contre la drogue a ainsi souvent été une façon d'influencer la vie politique en Amérique Latine, d'infiltrer les gouvernements et parfois les réseaux des pays producteurs de drogues dures. Ces rapprochements, parfois poussés un peu trop loin, ont amenés des agents Américains de l'anti-drogue à passer dans le camp des trafiquants.
    Le financement des milices et groupes d'extrême droite anti-démocratiques en Amérique Latine a été assuré par le trafic (connu et accepté) de drogue dures sur le territoire Américain. Le déferlement de crack à bas prix sur les ghettos noirs finançait la guérilla au Nicaragua. Les narcos-traficants Colombiens obtenaient une impunité sur ce trafic à condition de verser une partie des énormes bénéfices à cette guérilla.
    Manuel Noriéga président du Panama a pu traficoter librement dans la drogue aussi longtemps qu'il n'a pas eu l » idée de nationaliser le canal. Cette dernière mauvaise idée lui ayant valu l'arrestation et l'extradition vers les Etats-Unis (pour raison officielle de trafic de drogue).

  • penabranca
    • Posté à 18h21 le 01/03/2009

    Ouf, enfin du courage et de l'honnêteté intellectuelle !
    La mauvaise nouvelle, c'est que ces qualités là ne sont pas le fort des hommes politiques français.
    Du point de vue économique, cessez la chasse aux shiteux représente une économie de centaines de millions d'euros. Songez aux traitements de tous ces fonctionnaires dédiés (des douanes aux matons en passant par les gendarmes, la bac, et les juges) ! ..ils seront bien plus utiles (les millions et les hommes) à la société une fois dégagés de cette mission danaïdesque et affectés à des vrais mesures d'aide à la population. Les flics de terrain pacifiés pourront même retourner faire du street basket dans les quartiers et participer à l'éducation plutôt que de casser du jeune.
    Mais on sait à qui profite le discours sécuritaire, alors ne rêvons pas ! no we can't.

  • AlexG2008
    • Posté à 19h12 le 01/03/2009
  • sarkophage_xyz-
    • Posté à 21h56 le 01/03/2009

    La prohibition, vaste sujet... De la même maniére que Al Capone et ses collègues trafiquaient du wisky plutôt que du Pomard, le taux des hashs en THC bat des records alors qu'on ne trouve plus le moindre bout de libanais rouge.
    Faut il légaliser pour se débarrasser de l'UMP ou se débarrasser de l'UMP pour pouvoir légaliser ?

  • funkystefffff
    funkystefffff
    écolo antipathique
    • Posté à 23h10 le 01/03/2009
    • Internaute
      écolo antipathique

    Les Etats-Unis ne viennent pas de découvrir la dépénalisation, même médicinale...
    A voir : « Grass, Le peuple de l'herbe » de Ron Mann (1999).
    De promesses en déceptions, un siècle de chasse à La Beuz aux States... (Attention, film drôle avec de l'humour dedans)

  • kebra
    • Posté à 23h37 le 01/03/2009

    A titre politique, je ne m'investis plus dans le combat pour le cannabis thérapeutique. J'ai pourtant contribué à la diffusion des connaissances en cette matière, par exemple Lien
    C'est une évidente question d'humanisme et aussi une cause personelle, je n'ai plus de disques L4-L5 et L5-S1 suite a des hernies et conséquences, le cannabis me permet d'utiliser très peu de benzo, diclofenac et opiacés, la potion normale et bien abrutissante pour ma pathologie.

    Mais je me concentre sur l'usager citoyen car c'est l'urgence et cela rêgle aussi la cause des malades. Le cannabis médical ne fait pas avancer la cause des usagers européens et renforce encore la puissance de l'industrie pharma et des médecins. Le seul producteur européen indépendant de fleurs de chanvre médicinal a du investir des sommes énormes pour son laboratoire. Le reste est sous contrôle des grands groupes qui travaillent sur des formulations complexes et brevetables. Ils n'ônt pas besoin de moi pour défendre leurs intérêts.

    Aux USA et au Canada, c'est très différent, c'est une manière hypocrite de légaliser la consommation des adultes intégrés et d'encadrer la production et la distribution vers ce public. J'ai plus de sympathie pour la démarche et elle entraîne une grande présence militante jusqu'au referendum par Etat. Et en plus ils gagnent !

    Je suis donc très content de cette orientation dans la politique d'Obama. J'ai de nombreuses opportunités dans ce domaine précis et je goûterais volontiers à la tranquilité légale. Il doit encore faire l'effort d'abolir le Patriotic Act et d'humaniser le tri du bétail humain à l'entrée des USA et il va compter un habitant de plus. Yes I can !

    Mais sur le fond du problème, je ne vois pas encore l'armistice sur le front de la guerre à la drogue, justes de vagues bonnes intentions. Il y a pourtant urgence et matière à économies dans le cadre d'une dépénalisation et à réinjection de centaines de milliards dans l'économie officielle dans le cadre d'une légalisation contrôlée. Certes l'argent noir est un fluidifiant social utile en temps de crise mais cette politique est désastreuse sur le plan humain et symbolique. Obama sera-t-il capable de transformer ce dossier politiquement nocif en grand chantier valorisant son audace politique ? Comme sous Roosvelt « Stamp out prohibition »

    Lien

    C'est comment déjà pour poster une image ?

  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor répond à Utilisateur désinscrit à sa demande
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 08h19 le 02/03/2009
    • Internaute
      - Drinking muddy waters
  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 08h31 le 02/03/2009
    • Internaute
      - Drinking muddy waters

    L'herbe taxée....

  • N.MARECHAL
    • Posté à 09h57 le 02/03/2009

    Trop fort Obama,

    Concernant le cannabis, c'est un problème : Ce produit représente une source d'énergie incroyable dans le domaine médical et dans le domaine de l'énergie tout court.

    Le cannabis pousse n'importe ou et dans les pires conditions. Cette chose pourrait remplacer le pétrole. Inimaginable ! ! !

    Pour le marché de la drogue, c'est un mauvais coup… Imaginez la gueule d'un dealer qui va déclarer tous les mois sa TVA. et cotiser à la caisse des vieux.

    Ensuite c'est peut être une solution pour compenser les pertes d'une crise économique immorale.

  • Lemmy Nothor
    Lemmy Nothor répond à kebra
    - Drinking muddy waters
    • Posté à 11h02 le 02/03/2009
    • Internaute
      - Drinking muddy waters

    A propos de prohibition....les Mexicains sont en pétards ( sans blague ) ...ils viennent de se rendre compte que toutes les armes de guerre utilisée par les narco traffiquants Mexicains viennent des EU.....normal, le long de la frontière US...il y a plus de 6 600 vendeurs d'armes. Et comme ils ne surveillent la frontière que dans un sens, cad vers les EU, n'importe qui peut rentrer au Mexique...ils fouillent rien.

  • Arnaud Aubron
    Arnaud Aubron répond à Numerosix
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 11h06 le 02/03/2009

    A propos de ce débat sur le taux de THC dans les produits que fument les jeunes, j'ai fait un papier sur ce sujet quand j'étais encore à Libé, basé sur une étude mondiale très intéressnate. En fait, la situation est assez contrastée.

    Effectivement, les espéces dites « sinsemilla » puis « skunk » développées en Californie puis aux Pays-Bas atteignent des taux de THC plus élevés que ce que les gens fumaient dans les années 70 (tout simplement parce que les techniques de culture progressent très vite et que la prohibition pousse à produire des produits plus concentrés et donc plus rentables).

    Mais si l'on prend un pays comme la France, la consommation de hasch marocain reste plus importante que celle de skunk. Et le taux de THC de ce hasch là n'a pas beaucoup augmenté. Donc en moyenne, le taux de THC dans les produits réellement consommés n'a pas beaucoup augmenté.

    Il faut de plus considérer que les Européens fument en mélangeant avec du tabac et que, donc, ils mettent moins d'herbe ou de hasch quand le produit est plus fort pour équilibrer (un peu comme on met du coca dans son Whisky).

    En fait, le principal pays concerné par la hausse du taux moyen de THC sont les Etats-Unis. Non pas que le taux de THC des produits consommés actuellement y soit plus fort qu'en Europe, mais parce que le taux de THC de ce que fumaient les hippies dans les années 70 était ridiculement bas : un peu plus de 1% (si ma mémoire est bonne c'est ce que rapportait l'étude en question).

    Donc, je pense que cette théorie de l'explosion du taux de THC vient en fait des Etats-Unis (comme souvent) et ne nous concerne pas vraiment.

  • Orageon
    Orageon
    Rejeton cyclonique
    • Posté à 11h39 le 02/03/2009
    • Internaute
      Rejeton cyclonique

    Heu, sur l'image de carnaval au début d'article...

    A quoi s'accroche l'« Europe » comme ça avec un si grand sourire ? Apparemment ça plait aussi à « obama » !