03/01/2009 à 17h46

Politique-fiction : 2018, l'odyssée des « drogues propres »



Photo : Audrey Cerdan


(De 2018) C'était presque de la nostalgie. Il faut dire qu'une tonne de cannabis dans un go-fast, on n'avait plus entendu un truc pareil depuis un petit moment. J'en étais récemment venu à me demander si le Maroc exportait encore un peu d'or vert. La dernière saisie du genre doit bien remonter à une dizaine d'années, ça avait donné à Sarkozy, qui se remettait à peine de sa première élection à l'Elysée, une nouvelle occasion de pérorer.

C'est qu'aujourd'hui, les saisies de hasch se font rare. Comme les fumeurs d'ailleurs. Si l'on en croit le ministère de la Santé, en dix ans, les Européens ont divisé leur consommation par deux. Idem pour l'héroïne et la cocaïne.

Mais comme « un monde sans drogues n'existe pas » et que la nature a horreur du vide, dans le même temps, la consommation des désormais fameuses « clean drugs » (ou « drogues propres ») a, elle, sextuplé. Tout va très bien madame la marquise, dans la France de 2018, on se drogue toujours autant. Mais on se drogue légal. National. Médical.

Un demi-siècle après que l'expression fut forgée par Nixon alors que l'Amérique ramassait à la petite cuillère des GI de retour du Vietnam les valises bourrées d'héro, la « guerre à la drogue » aurait-elle finalement vu la victoire de l'Occident ?

Si les pays riches n'ont pas « éradiqué les plantes à drogues de la surface de la Terre », comme l'avait promis le président Clinton à l'ex-ONU en 1998, ils ont toutefois obtenu des progrès spectaculaires. Les plantations de cannabis, de coca ou de pavot à opium sont en recul dans presque toutes leurs zones de culture traditionnelles. Au point de poser de graves problèmes financiers dans des pays comme l'Afghanistan ou le Mexique, devenus de véritables narco-Etats dans les premières années du XXIe siècle.

Aujourd'hui, seuls quelques pays comme les Pays-Bas continuent à entretenir une production locale de cannabis. Mais à échelle artisanale, pour les nostalgiques et les touristes sexagénaires toujours friands du kit gouda-pétard-pute de leur jeunesse.

Orange pour danser, blanche pour se calmer, violette pour discuter...

Faites le test [ceci n'est qu'une expression, l'auteur de ces lignes ne vous encourage nullement à contrevenir à la loi, ndlr] : proposer un joint à un jeune de nos jours revient à offrir du foi de veau à un végétarien.

A tel point que l'interdiction de la vente libre du papier à rouler est entrée en vigueur l'année dernière dans l'indifférence la plus totale. A l'heureuse surprise du gouvernement.

Comment expliquer ce « miracle » ? Là où militaires et policiers se sont cassé les dents pendant des décennies, l'armée pharmaceutique a fait des merveilles.

Orange pour danser, blanche pour se calmer, violette pour discuter, bleue pour nager, noire pour sauter le déjeuner... à chaque moment de la journée sa « drogue propre », selon l'expression popularisée par les communicants de labos surfant sur la vague hygiéniste du début du siècle.

Inutile de demander à votre médecin, il ne peut qu'être pour. La fine fleur de la recherche française vous garantit des produits sans effets secondaires. Adieu bad trip, descentes cafardeuses et insomnies, tout est aujourd'hui pensé pour que le bien-être le dispute au bien-être.

Et puis, comme on dit : « Si ça faisait pas du bien, ce serait pas des médicaments, ce serait de la drogue » ; « ça se trouverait pas chez le docteur mais chez le dealer ». Les pilules sont aujourd'hui si discrètes, sûres et dosées au millimètre que l'on en vient à se demander comment la génération Kate Moss a pu se contenter de « lignes » de coke pleines de « grumeaux » et coupées au sucre vanillé. A la fin du XXe siècle, la cocaïne en vente dans la rue n'aurait contenu que 10% de cocaïne pure...

Ç'avait commencé avec les corn flakes à la Ritalin

En 2008, 10% des jeunes Américains étaient sous Ritalin, la première des « clean drugs » à avoir été utilisée à grande échelle, pour soigner des « troubles de l'attention ». Sa version moderne est aujourd'hui consommée par plus d'un enfant sur deux. Directement ou dans des éléments enrichis : les corn flakes à la Ritalin représentent désormais 27% des ventes de Kellogs dans le monde !

Pour les parents, l'objectif est clair : avoir la paix. Et le résultat est là : les trois quarts des parents d'enfants sous Ritalin disent ne plus avoir à s'occuper du tout de leur progéniture. Soit dix heures de loisirs en plus pour un couple avec deux enfants.

Impressionnant, lorsqu'on se souvient qu'il y a encore dix ans, la délinquance des mineurs était l'un des soucis majeurs des Français, et que les jeunes squattaient les cages d'escalier pour y vendre de la drogue...

Sur ce terrain-là aussi, les résultats sont frappants. La Ritalin semble avoir réussi à mettre un terme à l'agitation dans les banlieues plus sûrement que toutes les compagnies de CRS réunies.

Non seulement les drogues propres ont asséché un marché illicite déjà chancelant, mais l'engouement des jeunes désoeuvrés pour des produits capables d'annihiler purement et simplement le sentiment de lassitude ou de révolte, a permis de pacifier les barres HLM.


Photo : Audrey Cerdan

Idem pour le Viagra, « le » blockbuster historique des « clean drugs ». A New York, évoquer la perspective de rapports sexuels sans Erosa -la nouvelle formule du Viagra qui stimule non seulement l'érection chez l'homme mais également la libido chez la femme- soulève autant d'enthousiasme qu'une salade rutabagas-topinambours. C'est bio. Mais c'est pas bon.

Selon le magazine J'assume mes plaisirs, les Français auraient en moyenne des rapports sexuels deux fois plus fréquents depuis que l'Erosa est remboursé par la Sécurité sociale sans ordonnance (résultat d'un hallucinant « cadeau » du ministre de la Santé sortant à l'industrie pharmaceutique). Et le marché n'est pas prêt de se tarir : l'âge moyen de la première prise est tombé à 13 ans.

Jusqu'à 20% de productivité en plus

Au bureau, la pression sociale s'est également faite de plus en plus forte. Selon les résultats de plusieurs audits concordants, un salarié a une productivité accrue de 20% dans les six heures qui suivent une prise de Workfast, un dérivé d'amphétamine et de betterave synthétique, dernière née des drogues propres.

Avec deux prises par jour, un salarié peut donc assurer une journée moyenne (11,45 heures en 2017 en France) de production par semaine. Et pas besoin de perdre du temps à courir les pharmacies pour vous en procurer, depuis deux ans, certains médecins d'entreprise sont autorisés à les délivrer sur le lieu de travail.

Difficile, dans ce contexte, d'expliquer à votre patron que votre religion ou votre maman vous l'interdisent. Les syndicats s'en émeuvent. « Depuis la distribution de Workfast en entreprises, les heures supplémentaires ont triplé et les patrons n'ont plus besoin d'embaucher pour les surcroîts de travail », s'inquiète le leader de la Confédération du bonheur au travail (CBT).

La semaine dernière, un patron a obtenu gain de cause en Justice contre l'un de ses salariés qui refusait de monter sur un échafaudage après avoir pris du Workfast, prétextant que cela altérait son sens de l'équilibre. « A en croire la notice, rien ne laisse à penser que le Worfast altère un quelconque sens », a tranché la cour qui a condamné l'ouvrier à être déchu de ses droits au chômage et à la Sécu.

Pendant ce temps, à Palavas-les-Flots, un croupier de casino a tenu une table 72 heures d'affilée sans que quiconque ne s'en émeuve. Arrivé à l'hôpital, il a admis avoir ingéré trois tablettes de Workfast. Près de dix fois la dose prescrite !

Mais ces problèmes restent l'exception d'après des autorités sanitaires pas très soucieuses d'en savoir plus. Il faut dire qu'économiquement, c'est « la » poule aux oeufs d'or. Comme si toute l'économie des drogues avait, d'un coup de baguette magique, été réintégrée dans l'économie légale. Emplois et impôts à la clé.

Un cas unique de délocalisation, du Sud vers le Nord

Depuis le début du XXIe siècle, le renforcement progressif des frontières liés à la lutte contre l'immigration clandestine et le terrorisme a obligé les trafiquants internationaux à développer des trésors d'imagination pour atteindre les consommateurs du Nord. Et à dépenser de plus en plus pour s'assurer que les différentes forces de sécurité détournent le regard. Résultat de cette inflation sécuritaire : les prix dans la rue ont explosé.

Rapidement, les consommateurs se sont tournés vers des produits synthétiques dont le rapport coût/efficacité était devenu bien supérieur. Autre atout : l'ensemble de la production peut se faire au plus près des principales places de consommation, dans les grandes capitales du Nord.

Un plus depuis la hausse vertigineuse des prix du carburant. Peut-être les historiens de l'économie analyseront-ils un jour ce premier cas de délocalisation industrielle du Sud vers le Nord.

En moins d'une décennie, les cartels pharmaceutiques ont fait main basse sur le trésor des cartels de la drogue. Seules armes : le marketing, la recherche et développement. Et le droit, car l'interdiction de consommation de drogues issues des PTVD (les Pays toujours en voie de développement) n'est pas pour rien dans ce retournement du marché. Le jeu en valait la chandelle : le marché global était estimé par l'OCDE à 2000 milliards d'euros en 2017.

Dans ce paysage florissant, la France n'est pas en reste, grâce à la longue tradition de surconsommation d'anxiolytique et autres somnifères de nos concitoyens. Grâce aussi à une pyramide des âges qui surreprésente des sexagénaires riches, élevés à l'herbe et à l'ecstasy et qui cherchent aujourd'hui à se droguer « relax », sans speed ni risques, en regardant la télé ou pour maximiser ses performances au Scrabble numérique. Un marché en pleine expansion.

Cerise sur un déjà bien beau gâteau : le marché des substituts et des cures de désintoxication, entièrement contrôlés par les mêmes labos à destination des individus identifiés comme non-adaptés à la prise de drogues propres. Une cerise de 300 milliards au bas mot. Dont l'ampleur dépend quasi uniquement de l'ardeur répressive du gouvernement, premier prescripteur de cures obligatoires.

Toujours prêtes à s'adapter à des marchés par nature changeants, les mafias internationales, elles, se sont redéployées sur le trafic d'énergie, qui rapporte aujourd'hui plus que le sexe et les jeux réunis. Dans l'imaginaire populaire, les trafiquants de pétrole, charbon et autres matériels radioactifs ont désormais pris la place du méchant-que-l'on-aime-haïr jusque-là dévolue aux fils spirituels d'Escobar.

Reste le marché des contrefaçons de clean drugs, qui se sont un temps multipliées dans le Sud-Est asiatique. Mais la guerre des subventions aux exportations pharmaceutiques entre Bruxelles, Washington et Pékin rendent ce créneau beaucoup moins attrayant que par le passé.

Des gouvernements occidentaux euphoriques

Quarante ans après Christiane F. et les overdoses d'héroïne dans les rues, avoir « vaincu la drogue », ça fait chic sur un bilan gouvernemental ! Prière donc de ne pas noircir ce charmant tableau en abordant la question des dégâts potentiels de sociétés aujourd'hui totalement sous l'influence de l'industrie pharmaceutique.

Car côté santé, étonnamment, alors que le cannabis a été passé au microscope sous toutes ses coutures pendant plus d'un siècle sans qu'aucun résultat tangiblement alarmant ne soit jamais apporté, les pouvoirs publics ne semblent pas pressés de diligenter des enquêtes sur l'utilisation de clean drugs dont les « effets positifs sur le corps social » sont salués de Johannesbourg à Mumbai en passant par Paris.

Consécration l'année dernière : l'inventeur de la Ritalin s'est vu décerner le Nobel de médecine pour son « apport au traitement chimique des déviances et pathologies sociales ».

Mais si les prisons se vident, les hôtels psychiatriques, eux, se remplissent. Officiellement, personne n'a établi de lien de cause à effet entre l'abus de « clean drugs » et l'augmentation des cas de « burn out » et d'enfermements forcés consécutifs depuis une dizaine d'années. Et le serpent se mord la queue puisque les mêmes sont soignés grâce à d'autres clean drugs, aux effets tout aussi garantis par les fabricants.

En privé, les personnels psys sont formels : une majorité des clients qui leur sont envoyés par les forces de l'ordre moral ont pour point commun d'avoir, à un moment ou à un autre de leur vie, abusé de drogues décidément peut-être pas si propres.

Autre ombre au tableau, aux Etats-Unis, un grand procès pour discrimination doit bientôt opposer le cartel des industries pharmaceutiques à des associations d'aveugles et daltoniens victimes d'accidents liés à la prise de pilules de mauvaise couleur aux effets très différents.

A Kansas City, un avocat aveugle s'est mis à danser au beau milieu d'un procès pour meurtre après avoir confondu des pilules achetées la veille en club et sa dose de Workfast.

Pour étayer leur défense, les industriels travailleraient actuellement à des comprimés identifiables au toucher. Un enjeu de taille pour une industrie qui pourrait avoir du mal à se remettre de se voir condamnée comme un vulgaire dealer par la justice.

Photos : Audrey Cerdan.

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  • AlexG2008
    • Posté à 20h50 le 03/01/2009

    ''''Tout le monde dans l'État Mondial utilise du Soma. Le Soma est une substance apparemment sans danger qui peut, à forte dose, plonger celui qui en prend dans un sommeil paradisiaque. Le Soma n'a aucun des inconvénients des drogues que nous connaissons aujourd'hui. Il se consomme sous forme de comprimés distribués au travail en fin de journée. Cette substance est le secret de la cohésion de cette société : grâce à elle, chaque élément de la société est heureux et ne revendique rien. Les individus de toutes les castes se satisfont de leur statut par le double usage du conditionnement hypnopédique et du Soma.''''

    source : Lien
    –-

    Relire « Le Meilleur des mondes » d'Aldous Huxley, il faisaient encore plus fort avec une seule drogue, le soma pour tout faire.

    Quand au conditionnement hypnopédique, sauf ceux qui ne regardent jamais la tévéillusion, tout le monde y a droit : )

    BigBrother reviens... ils sont devenus fous !

  • granola
    • Posté à 21h23 le 03/01/2009

    tiens c'est marrant mais moi je vois tout l'inverse.

    la prochaine décennie sera bio. On mangera bio, conduira bio, travaillera bio, s'habillera bio et on se droguera bio.
    Pour être tendance, faudra se droguer naturel. Des drogues sans additifs, conservateurs et cultivées en plein air (comme les poules).
    même les psychiatre vont s'y m'être. Vous faite une dépression, ne bougez pas, je vous donne des gélules et autres anxiolytiques 100% bio dans un emballage 100% biodégradable.

    Et comme c'est bio on peut gaiement se mettre minable car on craint rien, c'est que de naturel *sic*.

    Rika Zaraï, c'était une visionnaire....

  • AlexG2008
    AlexG2008 répond à puresonic
    • Posté à 21h49 le 03/01/2009

    Le café en effet ou aussi la bagnole, la tévéillusion, internet et les jeux vidiots, même le chocolat, et quelques autres encore : )

    Avec La Si Do, enfin une bonne gouvernance des masses...
    Le LSD Républicain ? la solution au problèmes d'exclusion, d'intégration, de la jeunesse, de la sécu, de la santé, du chômage, de l'armée, des hopitaux, des autoroutes, des ministères et même de la présidence.

    Plus de problèmes, une seule solution, La Si Do.

    « La Si Do » est un médicament, pas d'arrêt de l'utilisation sans un avis juridique... eeeuuuh... voire médical si vous insistez.

  • JSP
    JSP
    • Posté à 00h48 le 04/01/2009

    Contrairement à certains lecteurs, cette fiction me semble assez clichée et attendue, pour ne pas dire faignante. A titre d'exercice de fiction journalistique, il m'aurait intéressé d'y voir incluses quelques indications précises et chiffrées concernant le passé (qui serait notre présent), comme le nombre de personnes sous anti-dépresseurs, en France et dans le Monde, lesquels, par quelles firmes, dans quelles conditions, pour quelles sommes, et bien d'autres éléments intéressants du même ordre qui auraient pu avantageusement prendre place au sein d'une situation originale. Celle de cette « anticipation », du reste, ne l'est pas, comme suffit à le pointer la citation de Huxley proposée par d'autres commentateurs, et on pourrait aussi trouver d'autres modèles dans ce genre. Pourquoi, sinon par manque d'imagination, esprit grégaire et faignant, toujours aller creuser, sans brio, les voies depuis longtemps labourées (par la science fiction des 70s, et encore, le cinéma block-buster et un rictus branché falot fort éloigné des plus vives pointes de l'humour) ? Et si par exemple, vous étiez parti d'une maladie quelconque ayant dramatiquement atteint tous les plants de coca et autres opiacés en tous genres (je n'y connaît rien, et là n'est pas mon propos), de brusque maladies type Alzeimer ou Tourette se manifestant de façon foudroyante comme effet secondaire imprévu (ou non assumé) des diverses drogues « légales », à commencer par la ritalin mais aussi les viagra, antidépresseurs en tous genres... Je ne connais pas la suite, à vous d'inventer, pour 2028 peut-être, le temps nécessaire pour passer de blogueur sympa à écrivain-journaliste passionnant....

  • kebra
    • Posté à 01h10 le 04/01/2009

    La ritalin n'a rien d'une drogue propre ou nouvelle, c'est une métha utilisée en effet paradoxal sur des hyper-actifs. En, grattant les excipients et produit associés de la couche supérieure, on arrive au coeur de metha que la jeunesse américaine broie pour sniffer ou fumer. Rien de nouveau, les hippies bouffaient déjà de l'Ice. Il y a peu de différence pharmacologique entre le Yaba et la Ritalin.

    Les drogues légales existent déjà depuis longtemps mais elles ne sont pas propres du tout. Les sportifs de haut niveau sont, après les chimistes, les premiers cobayes, le résultat en terme de santé publique est désastreux, notamment avec les precripteurs d'hormones naturelles comme l'androstandiol. De manière générale, toute drogue pharmaceutique est plus propre que sa version de rue.

    La diamorphine est bien moins nocives pour le corps et spécialement les veines que le brow sugar. Le laudanum est moins agressif pour l'estomac et le foie que la rachacha. le sulfate de cocaïne pur fait moins de trou dans la tête et les poumons que le caillou de Stalingrad, une teinture mère de cannabis sera plus facilement titrable que de l'huile marocaine. Mais elles ne sont pas facilement disponibles, d'où le recours à la rue.

    Pourquoi vouloir jouer au apprenti-sorciers avec de nouvelles molécules instables ? Les versions purifiées de celles testées depuis des siècles, ou au moins des decénnies, peuvent arroser quasiment tout le spectre des sensations et des besoins récréatifs et médicaux. La plupart des usagers aimerait avoir accès à cette sécurité sanitaire et sociale. Pas jouer les souris de labo.

    Les smart drugs existent depuis longtemps, leur succès est relatif, explosif à l'ouverture des smartshops depuis largement recentrés sur l'ethnobotanique psyché. Actuellement le cannabis, la métha, le MDMA et la coke dominent le marché avec un retour de l'héro. Loin du DOB, TMA2, 2CB, MMDA... qui restent marginaux malgré leur facilité et leur discrétion de fabrication en chambre.

    La production de toutes les substances est largement délocalisée des pays traditionaux, seul la coke y échappe encore à grande échelle. Pour le reste, les usagers mais aussi les trafiquants produisent sur place une quantité importante de dopes. C'est cela qui va avoir la peau des go fast. Pas la pharma.

    Mais ce qui me dérange le plus dans ce texte n'est pas lié directement aux drogues. C'est plutôt la conviction que dans dix ans le marketing et les industries prédatrices seront toujours en mesure de manipuler la quasi-totalité de la population sans contrôle réel. Voilà un message sous-jacent de ce texte qui me semble très contestable et surtout bien peu révolutionnaire dans le concept. Au contraire, le peuple crève de ce fatalisme entretenu par une pseudo-élite revenue de tout, même du trip Heineken-Joint-Pute, le triathlon du red light district.

    Pour finir, je vais te donner la recette du sexe explosif de NY à Berlin, de Zurich à Milan, de Londres à Vienne, le blanc bleu soit un mélange de coke et de viagra agrémenté ou non de MDMA, en sniff (ouille le nez) , en shoot (ouille les veines) ou fumé (bonjour la quantité). Une bombe cardio-vasculaire, attention danger mortel pour les personnes fragiles ! Mais un franc succès, personne n'a besoin de la pharma pour s'éclater, le sildénafil coûte moins cher en Inde chez les fabricants de génériques...

    L'avenir est peut-être aux nouvelles substances mais à bien plus long terme. Le retour des drogues utiles dans la pharmacopée sous un régime contrôlé sera un pas bien plus décisif et j'espère bien plus proche. Nous devons faire la paix des drogues le plus vire possible. Cette guerre est un des facteurs majeurs de la peur qui nous gouverne si mal.

  • Corsaire du Peuple et de la Raison
    • Posté à 04h41 le 04/01/2009

    On peut également voir ou revoir Equilibrium avec Christian Bale...

  • InitiativeDharman
    • Posté à 07h22 le 04/01/2009

    Bon article, connoté « Substance mort » de K. Dick tout de même...
    Toujours est-il que depuis que le Subutex et la méthadone sont en place, on compte les overdoses d'héroine sur les doigts de la main.
    La Ritaline ( pas Ritalin ! ) est une molécule intéressante pour la recherche car elle permettrait peut-être, à court terme de se substituer à la coke, ce qui n'est pas négligeable, c'est un ex-cocainomane qui vous le dit !
    Moi, j'ai plus trop envie de donner mon argent aux FARC.
    Et puis, à moins de fréquenter les bling-bling, on vous vend vraiment de la merde !
    Pour finir, il manque dans votre article, dont j'ai bien saisi l'ironie,le devenir d'une des pires drogues qui soit : l'alcool.

  • gossipor
    • Posté à 15h34 le 04/01/2009

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    Ce remarquable article ridiculise, s'il en était encore besoin, tous les efforts des gouvernements pour imposer la Prohibition de notre bon vieux tabac qui emplit nos tabatières depuis 3000 ans et stimule nos neurones asthéniques pour les adapter au rythme effréné de la mondialisation.

    La Prohibition hystérique du tabac, fille de l'Inquisition, puis du IIIe Reich a été servilement reprise par la frange lunatique des écolo-despotes, ceux-là même qui souhaitent abolir l'usage du cuir , de la viande, (Assassins d'animaux ! ), de l'eau minérale en bouteille (au profit de la flotte chlorée du robinet). Cette mode nous vient de sectes occultes américaines dans la galaxie du New Age. Des psy déjantés de Palo Alto et des psychonautes d'Essalen (Californie), successeurs des « hippies », version « intellectuelle ».

    A ne point prendre garde à la mauvaise oeuvre des Vestales de la Pureté, ils dépêcheront demain leurs commissaires à la Santé pour vérifier la conformité des aliments dans votre frigo et vos pratiques intimes dans vos alcôves.

    A choisir entre un havane de marque et une pilule de Champix (médicament de sevrage tabagique provoquant des hallucinations et poussant au suicide), ne vaut-il pourtant pas mieux choisir le produit naturel ?

    Oui, le tabagisme est nocif. La prétendue « fumée passive mortelle » qui légitimerait la Prohibition du tabac est qualifiée « d'escroquerie absolue » par un illustre pneumologue parisien, le Prof. Philippe Even (videos disponibles sur le Net) et par le Prof. Robert Molimard, inventeur du mot « tabacologie » et de la discipline éponyme créée il y a plus de quarante ans.

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    Pour plaire à leurs nouveaux dieux, nos nouveaux adeptes de la pureté s'inventent de nouveaux interdits. Cela leur permet de terroriser puis de culpabiliser les déviants à leur credo, les hérétiques : Duraton, toujours en mal d'auto-asservissement en bave des ronds-de-chapeau et tente, pathétique, de se libérer de son « vice » tabagique. Tant pis pour les kyrielles de chômeurs en fin de droit, les escrocs du « trading », l'impéritie de nos autorités, les suicidaires, les dépressifs, les vieux dans leur solitude, les victimes des prisons surpeuplées, les sans-logis, les sans-papiers...les sans importance. Bling bling le bébé de Rachida ! Bling Bling Carla chanteuse fluette... En priorité, en ce moment, après les héroïnomanes passés de mode, ce sont les fumeurs qui sont dans la ligne de mire, avant leur « rééducation » en des endroits idoines...

    La seule drogue légale des pays chrétiens, demeure l'alcool, symboliquement le « sang du Christ ».Les Romains de l'Antiquité ne disaient-ils pas d'un homme ivre : « Est cum diis ! » (Il est avec les dieux ! )

    Et l'on sait pourquoi la société, à son seul bénéfice et le plus souvent au détriment de la liberté de l'individu, a toujours policé les plaisirs, de quelque nature qu'ils soient : jouissance gastronomique, sexuelle. Pourquoi ? Parce que les foules plongées dans le labeur et l'angoisse ne font pas la révolution. Les victimes d'assuétude, isolées, stigmatisées, demeurent coites, paralysées dans leur culpabilité et leur déreliction.

    Wilhelm Reich avait bien compris la nature explosive du plaisir pour la société en lançant son mouvement SEXPOL.

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    De nos jours, le plus paradoxal, c'est que nul esprit n'ose s'élever contre les drogues généreusement dispensées par nos nouveaux prêtres – les hommes en blanc de toutes espèces – comme si la foule avait besoin de désigner ses nouveaux « Untermenschen » (« sous-hommes » du régime nazi) en la personne des seuls fumeurs.

    A l'inverse, la clientèle médicale est accueillie à bras ouverts au libre-service du « business » médical.

    Terroriser puis...culpabiliser... rien de tel pour faire marcher les foules entre les « clous » : permis à points, radars routiers à gogo, 0,5 % d'alcoolémie, cameras de surveillance omniprésente, flicage à grande échelle sur le Net, passeports biométriques, répression des petits fumeurs de H et des fumeurs de tabac dans les arrière-boutiques de cafés etc. Allez-vous étonner ensuite que les parias des banlieues exercent la seule activité lucrative à leur disposition : celle de « dealers ».

    Ne méritent-ils pas de survivre au même titre que les « dealers en blouse blanche » ?

    Néanmoins, quelques ilots de résistance à la Prohibition du tabac existent sur le Net :

    Suisse francophone :

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    Grande-Bretagne :

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    France :

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    International :

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    P.L.