
La Guinée-Bissau est-elle en train de devenir un narco-Etat ?

Où sont passés les 674 kilos de cocaïne saisis le 24 septembre 2006 en Guinée-Bissau ? C'est ce qu'a essayé de savoir le mois dernier la commission interministérielle chargée de tirer au clair une affaire qui relance la polémique sur ce petit pays de la côte ouest africaine, accusé d'être devenu le premier narco-Etat du continent.
Il faut dire qu'ici, la contrebande est une véritable tradition. Depuis des années, la rébellion casamançaise, majoritairement diola, comme nombre de dirigeants bissau-guinéens, écoule librement son herbe via ce pays et s'y procure des armes en échange. Mais depuis la fin des années 90, comme dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, la cocaïne sud-américaine en transit vers l'Europe a remplacé le » yamba » .
Tradition de contrebande, côte découpée offrant de nombreux abris, Etat central impuissant depuis la fin de la guerre civile en 1999, fonctionnaires pas payés, corruption… des conditions idéales pour les trafiquants latino-américains, qui paradent désormais au volant de grosses voitures à Bissau. Où les forces de l'ordre n'ont que rarement de l'essence pour les poursuivre. Au total, selon l'ONU, pas moins de 50 saisies de cocaïne auraient tout de même eu lieu depuis deux ans. A en croire des sources occidentales citées par le Sunday Telegraph, la valeur de la cocaïne qui transiterait chaque année par le pays pourrait être égale à son PNB : près de 200 millions d'euros.
C'est dans ce contexte qu'est intervenue, en septembre dernier, la saisie record de 674 kilos de cocaïne à Bissau. Deux ressortissants vénézuéliens sont arrêtés et la poudre transférée au Trésor public. Avant d'être réquisitionnée par des militaires… à des fins de recomptage. Puis plus rien. Evaporée. Le ministère de la Justice a bien prétendu avoir procédé à l'incinération, mais cette version n'a convaincu personne, pas même l'ONU, qui s'inquiète que cette drogue ne se soit retrouvée directement sur le marché noir.
La presse internationale s'étant emparée de l'affaire, une commission interministérielle a fini par être mise en place en juin. Et deux hauts responsables de la police par être limogés. Les deux Vénézuéliens, eux, ont été libérés depuis longtemps. Au printemps dernier, 635 kilos de cocaïne ont à nouveau été saisis dans une voiture. A bord, deux Latino-Américains et quatre militaires locaux. Mais l'armée, elle, continue à démentir toute implication dans le trafic : » L'armée bissau-guinéenne, en tant qu'institution, n'est mêlée ni de près ni de loin dans le trafic de drogue noté ces derniers temps en Guinée-Bissau » , a déclaré ce mois-ci son porte-parole, suite aux accusations publiques d'un militant des droits de l'Homme qui se dit aujourd'hui menacé de mort.
Et il n'est pas le seul. La situation est devenue telle que, pour traiter ces différentes affaires, les juges ont exigé du Premier ministre » des garanties de sécurité, d'abord pour les tribunaux, mais aussi la sécurité personnelle des magistrats durant et après les procès » . En avril, l'ONU accusait en effet » certains membres du gouvernement et des forces armées d'être impliqués dans le trafic » .
Il y a quinze jours, l'ambassadrice des Etats-Unis exhortait les autorités à » redoubler d'efforts dans la lutte contre la corruption et le narcotrafic » . Un discours prononcé à l'occasion de la réouverture de l'ambassade américaine, fermée depuis la tentative de coup d'Etat militaire de 1998. A l'origine du coup, le limogeage du chef d'état-major de l'armée, accusé de trafic d'armes. Et de drogue.
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De
11H36 | 24/07/2007 |
Cote decoupée… plutot pointillée de l'archipel des Bijagos qui facilite le cabotage
Bon, sinon, une bonne pige du papier du papier de Vivienne Walt dans le Times…
et bien sur, ne pas oublier que la dope file ensuite sur Madrid
cordialement
De Arnaud Aubron (auteur)
Rue89 | 12H00 | 24/07/2007 |
Je n'avais pas lu le reportage auquel vous faites référence, mais il est effectivement très intéressant. Pour les anglophones, il est ici : http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1637719,00.html et il vaut effectivement le détour.
De Philippe Tixier
Citoyen | 11H53 | 24/07/2007 |
c'est bien d'avoir des nouvelles de ce pays
dommage que ce soit de mauvaises nouvelles !
De
12H19 | 24/07/2007 |
Un fois de plus l'Afrique va être la proie de pilleurs, pauvre continent déchiré par des luttes intestines qui permettent tout et n'importe quoi. La drogue est un fléau qui n'enrichit que très peu de personnes, les paysans producteurs ne font que vivre mieux et non dans l'opulence, les consommateurs en meurt un jour ou l'autre (maladie ou overdose), la plupart des trafiquants meurent en surveillant leur « magot » entrainant avec femmes, enfants, parents. Quand le monde aura enfin compris cette équation simple, peut être acceptera-t-il d'aider ses payasans à vivre de leur terre autrement, les consommateurs à résister aux sirènes et aux trafiquants à vouloir vivre plus vieux. En attendant cette sagesse inespérée, essayons de donner à ce pays de quoi se défaire de cette infection. Par quel moyen ? je l'ignore mais à tout mal il y a une solution, il suffit d'y penser……
Bon courage à tous les Africains
De ragondine
ethnologue | 14H10 | 24/07/2007 |
La cocaine n'est pas produite sur place mais en Amérique Latine ce sont des latino Américains les principaux trafiquants qu'il faut interpeller en haute mer . les habitants de Guinée Bissau eux cultivent le tabac (Yamba) et le Cannabis
De
13H14 | 24/07/2007 |
Celà ne m'étonne pas que ça se passe ainsi en Guinée-Bissau où je me suis rendu plusieurs fois entre 2000 et 2004. Ce pays n'a pratiquement plus d'état depuis la fin de la guerre civile. On y trouve toutes sortes d'aventuriers européens ou libanais, certains venus se planquer car recherchés dans d'autres pays de la sous-région. D'autres venus faire fortune car le pays recèle de quelques ressources naturelles. Donc il n'est pas étonnant que le trafic de drogue s'y soit organisé surtout par quelques trafiquants libanais qui ont déjà fait leurs preuves dans d'autres pays de la côte atlantique africaine comme le Nigeria, le Bénin et le Togo. Et puis la Guinée-Bissau n'est qu'à un jet de pierre de la Mauritanie, autre pays servant de plaque tournante au trafic de drogue. Donc je pense que l'on a vu que la pointe de l'iceberg et que les choses ne feront que s'empirer car il n'y a vraiment aucune autorité en Guinée-Bissau.
De
13H51 | 24/07/2007 |
Ne les cherchez plus… c'est NS qui les a pris. De quoi tenir le coup encore un petit moment
De ThomasLefebvre
Rapatrié | 15H26 | 24/07/2007 |
Je tiens a signaler l'excellent reportage de Channel Four accessible en ligne sur le sujet : :
http://www.channel4.com/news/articles/society/law_order/africas+drugs+ga…
De
17H40 | 24/07/2007 |
Cela ne vaut-il pas mieux que d'être un Sarko Etat parfois ?
De
16H04 | 25/07/2007 |
Etant en ce moment sur place, il me semble important de souligner, que ce trafic de drogue permet néanmoins la rémunération officieuse des militaires, qui sans celui-ci ne seraient pas payés. Le trafic permet ainsi, d'une certaine façon, d'apaiser les militaires et donc d'éviter un coup d'Etat …
De Arnaud Aubron (auteur)
Rue89 | 13H38 | 28/07/2007 |
Habitez-vous la Guinée-Bissau ou êtes-vous en vacances ? POurriez-vous me contacter : aaubron@rue89.com.
De
17H06 | 25/07/2007 |
L'estimation de la valeur du transit annuel de cocaine par la Guinee-Bissau n'est pas equivalente au PNB du pays, sinon 100 fois superieure. Effrayant !
De Arnaud Aubron (auteur)
Rue89 | 13H42 | 28/07/2007 |
J'ai bien peu que ce ne soit effrayant mais exact…
De
12H55 | 26/07/2007 |
Ce pays est en cours de structuration, et encore « très fragile » par les pressions de l'extérieur et se remet bien difficilement de la colonisation portugaise. Afin de mieux saisir le sujet, il existe des témoignages récents et « croustillants », faisant éclairage du niveau de corruption existant en ce pays (à titre informatif, liste non exhaustive) :
http://www.etat.sciencespobordeaux.fr/chronologie/gbissau.html
http://www.etat.sciencespobordeaux.fr/chronologie/gbissau.html
http://www.panapress.com/paysindexlat.asp ? code=fre024
http://www.africa-onweb.com/pays/guineebissau/
http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/Guinee-Bissau.htm
http://www.guinee-bissau.net/
http://www.reseaucitoyen.be/wiki/index.php/GuineeBissau
http://www.who.int/countries/gnb/fr/
http://www.monde-diplomatique.fr/index/pays/guineebissau
http://www.afromix.org/html/musique/pays/guinee-bissau/index.fr.html
http://www.afriqueindex.com/Pays/Guinee-Bissau.htm
http://www.jeuneafrique.com/pays/guinee-bissau/guinee-bissau.asp
http://www.africatime.com/gb/index.asp
http://www.ciesin.columbia.edu/decentralization/French/CaseStudies/guine…
http://fr.allafrica.com/stories/200707120001.html
http://fr.allafrica.com/guineabissau/
http://www.francophonie.org/oif/pays/detail-pays.cfm ? id=132
De olivier p
face à la mer | 13H17 | 26/07/2007 |
L'article est traduit dans le courrier international de cette semaine. Ils font, cet été, des « dossiers » sur les « mafias ». Un autre tour du monde est très bien fait dans un ouvrage « drogues et voyages » du docteur cave, voyages faiblement exotiques en afriques, mais aussi en europe et ailleurs… sur les routes des drogues