
Si vous êtes pauvre, alors vous serez gros

« Sans sucre ajouté ». La mention est devenue tellement banale qu'on n'y prête plus attention. Les compotes « sans sucre ajouté », ok, on comprend. Les jus « sans sucre ajouté », jusque-là, on suit. Mais le maïs « sans sucre ajouté » ?
C'est Bonduelle qui affiche fièrement la formule magique sur ses boîtes de maïs doux, en blanc sur fond rouge, histoire qu'on ne la rate pas.
« De qui vous moquez-vous, M. Bonduelle ? » Eh bien de personne ! Car, vérification faite, la petite graine jaune, naturellement riche en glucides (10% de son poids cuit), n'est vendue « sans sucre ajouté » qu'aux riches.
Ceux qui ne voient pas d'inconvénient à payer une boîte de 300 g aux alentours de 1,05 à 1,20 euros. Ou ceux qui sont sensibles à la marque. Bonduelle, donc. Ou Géant Vert (« how how how »).
Pour les autres, il y a le maïs MDD -pour « marque de distributeur », enfin, Hibernatus ! - ou le « premier prix ». Deux fois moins cher (0,50 à 0,60 euros les 300 g non égouttés). Et garanti AVEC sucre ajouté.
Deux fois moins cher mais bien plus calorique
Résumons : Si vous voulez moins (d'ingrédients), il vous faudra payer plus. Pourquoi ? Une explication rationnelle : on est « obligé » d'ajouter du sucre dans le maïs « premier prix » parce qu'il provient d'une moins bonne variété, moins goûteuse et moins sucrée.
Ou encore parce qu'il est récolté avant d'atteindre sa maturité, sur des emplacements moins ensoleillés et moins bien irrigués. Dans tous les cas, ce maïs de deuxième choix serait trop fadasse sans son shoot de sucre. Quelle que soit l'explication, la conséquence est la même : là où le riche peut se payer des petites graines à 72 kcal les 100 g, le pauvre devra avaler le modèle à 117 kcal.
On pourrait trouver ça anecdotique, si on ne connaissait pas la relation entre obésité et statut socio-économique. Comme le rappelle Jean-Pierre Poulain dans son dernier livre, « Sociologie de l'obésité » (éditions PUF), pas moins de 46 études établissent un lien entre les deux.
« Les sujets obèses se retrouvent plus fréquemment dans les couches populaires et dans le bas de l'échelle sociale » explique le sociologue, qui précise qu'on est au courant du phénomène depuis une vingtaine d'années…
Pour ne pas devenir gros, c'est donc un peu plus compliqué que « les gens n'ont qu'à faire attention à ce qu'ils bouffent ».
Le jour où on interdira aux industriels de mettre sur le marché de mauvais produits, plutôt que de barder la réclame pour lesdits produits de messages contradictoires (« pour votre santé… bla bla bla »), on fabriquera peut-être moins d'obèses.
La question, résumée à l'extrême, est en réalité : a-t-on vraiment envie de faire vivre les pauvres plus longtemps ?
Photo : des passagers du métro de New York (Lucas Jackson/Reuters).
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De jyeden
khmer vert ( age des caverne, pierr... | 12H50 | 06/07/2009 |
un bon article qui tranche un peu sur ce qu'on dit sur l'obesité
l'obésité viendrait de mauvais comportement alimentaires
les pauvres seraient gros par leur faute
l'article montre bien la responsabilité de l'agro alimentaire. Et on peut se poser la question si on doit leur intedire de fabriquer de junkfood
mais le plus gros problème vient de la pub
en obligeant l'agro alimentaire à mentionner (en tout petit) des conseils sur l'alimentation on lui a laissé le droit de faire de la pub pour ses saloperies
regardez un peu dans les magazines ou à la téloches pour quel produit l'agro alimentaire fait de la pub
l'alcool et junk food, principalement des sucreries (et l'alcool fait aussi grossir)
on n'a plus de raison pour dire que l'obesité des pauvres est de leur responsabilité si se nourrir mal revient plus cher que se nourrir bien
De Lictor
informaticien | 13H20 | 06/07/2009 |
Ils peuvent manger moins ou cuisiner plus…
Résumer l'obésité à une simple qualité de l'alimentation, c'est très court comme raisonnement ! Il y a des maigres qui mangent tous les jours chez McDo. Il y a des gros qui ne mangent que des AOC ou du bio. Il y a même des obèses végétariens.
Et même, la nourriture industrielle n'est pas la plus économique. Des pates et du beurre, ça reste moins cher qu'un plat cuisiné, même premier prix ! Les pommes de terre, c'est moins cher que le maïs en boite.
Et puis, si la nourriture est plus riche, on peut en manger moins. L'humain est tout de même prévu pour s'adapter !
Si les pauvres sont frappés par l'obésite, on peut y voir d'autres raisons : stress, mal-être, manque d'éducation au goût (indispensable pour contrôler les prises alimentaires), culpabilisation permanente, violences sociales subis… Toutes ces agressions peuvent trouver une compensation dans la nourriture.
De virginie78
Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 13H26 | 06/07/2009 |
ma voisine du dessus qui est mère célibataire était pendant un temps au RMI.
un soir, je l'ai vu préparer le repas pour son fils : pommes de terre dauphines réchauffés à la poelle dans de l'huile.
Servies en assiette avec une montagne de mayo !
Avoir et sentir l'assiette, je n'étais pas bien.
Elle m'a expliqué que comme çà , son fils n'avait plus faim pendant longtemps et économisait un repas.
De Warp
13H58 | 06/07/2009 |
la différence riches/pauvres sur l'obésité est la conséquence directe de la qualité de la nourriture qu'ils peuvent s'acheter
l'anorexie étant l'absence ou la quasi-absence d'alimentation, elle n'a aucun rapport avec ce qui est montré dans cet article
quand aux pauvres maigres, personne ne dit qu'il est impossible d'être maigre et pauvre mais que lorsque l'on est pauvre on a une plus grande probabilité d'être obèse