Des brioches vraiment increvables

Une brioche maison tout juste sortie du four (Clairity/Flickr)

Coïncidence ou second degré, lorsque je sollicite la journaliste et styliste culinaire Brigitte Régis pour parler de brioches industrielles, elle me donne rendez-vous au salon de thé chic et bio Le Pain quotidien.

Nous voici autour d'une petite table et d'une baguette de pain aux noisettes biologiques, à nous interroger devant les nouveautés siglées « La Boulangère ». La spécialiste tranche tout net : « Comment dire ? C'est humide, mouilleux, sucrailleux ! »

Les trucs humides et sucrailleux en question, ce sont deux variétés de brioche qui permettent, rien que ça, de « choisir votre destination gourmande ». Si vous êtes plutôt bocage normand, il vous faut la « brioche aux saveurs de Normandie ». Et si vous êtes bigoudenophile, optez pour celle « aux saveurs de Bretagne ».

« Vrais morceaux de pommes fondants »

Promis, que vous ayez choisi l'une ou l'autre, vous aurez :

  • Votre dose de stéaroyl-2-lactylate de sodium, un émulsifiant dont on ne sait pas s'il est d'origine végétale ou animale, dans le doute ou le respect de pratiques religieuses, le site food-info.net conseille de s'abstenir…
  • La juste quantité de gomme tara. On connaissait les gommes arabique, xanthane, ou guar, mais voici tara, au nom sorti d'un manga, et qui porte le matricule E417. Comme ses sœurs, tara a pour tâche d'épaissir.

On s'étonnera en outre de la présence de « spiritueux au kirsch » (« alcool, kirsch, arôme ») pas très océanique dans la brioche censément bretonne, et on s'amusera de ce que le dossier de presse présentant la Normande n'hésite pas à parler de « vrais morceaux de pommes fondants » (« pommes séchées 35%, sirop de glucose, amidon de blé, conservateur : anhydride sulfureux, acidifiant : acide citrique »).

Ensuite, on pourra se concentrer sur le point le moins anecdotique de l'affaire : la DLUO.

J'aime le concept de « date limite d'utilisation optimale »

La DLUO, vous le savez sûrement, c'est la « date limite d'utilisation optimale ». Rien à voir avec la DLC, la « date limite de consommation », qui a ce petit côté militaire désagréable.

J'adore en revanche le principe d'utilisation optimale quand il s'agit de nourriture. Qu'est-ce qu'on pourrait faire avec une brioche industrielle sucrailleuse et humide, à part l'enfourner un matin de disette ? L'utiliser optimalement comme éponge de salle de bain, peut-être…

Bref, la durée de conservation que permet cette DLUO est de… (faites monter les enchères) vingt-quatre jours ! Ça signifie que le monsieur de l'usine tresse sa brioche le 1er juin, et que vous, vous pouvez encore l'utiliser optimalement le 24.

Merveilleux. Mais petit joueur à côté de la « génoise sous emballage individuel à atmosphère protectrice DLUO trois mois » proposée aux professionnels par la marque La Cigale dorée à l'effet « juste sorti du four ». Pour un biscuit vieux de trois mois, c'est une promesse pleine de fraîcheur, ça.

Titre modifié le 16/06 à 20h55 car les brioches ne sont pas bretonnes ni normandes (elles sont d'ailleurs fabriquées en Vendée).

Photo : une brioche maison tout juste sortie du four, elle (Clairity/Flickr).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de dodu

De dodu

Ménagère surdiplomée | 17H13 | 16/06/2009 | Permalien

« Qu'est-ce qu'on pourrait faire avec une brioche industrielle sucrailleuse et humide, à part l'enfourner un matin de disette ? L'utiliser optimalement comme éponge de salle de bain, peut-être… »
Variante : la donner au chiens , aux oiseaux , aux fourmis , à la grand-tante qui vient vous casser les pieds tous les mercredis …

Portrait de Pseudo

De Pseudo

Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 17H21 | 16/06/2009 | Permalien

C'est malin, vous m'avez coupé l'appétit !

Portrait de félicité-mafoi

De félicité-mafoi

18H32 | 16/06/2009 | Permalien

Il me semblait que la seule spécificité de la brioche vendéenne était l'ajout de rhum, me trompai-je ?

Portrait de Ben85

De Ben85

ramoneur | 19H04 | 16/06/2009 | Permalien

Pas de rhum dans la brioche vendéenne (sauf si on l'aime parfumée) mais on met de la fleur d'oranger.
Par contre pour la gâche, c'est une brioche ovale dont la pâte est enrichie de crème fraîche. La brioche est ainsi beaucoup plus serrée. C'est un régal ! Par contre, c'est aussi l'explosion de calories…
Mais quand on aime…

Je sais que tout le monde n'aime pas cela, mais si vous êtes fan, essayez un jour l'alliance de gâche et de Nutella !

Je m'arrête, je bave sur mon ordinateur !

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 09H51 | 17/06/2009 | Permalien

Sûr, la brioche industrielle est à la vraie brioche ce que la préparation lactée est au yaourt : un truc tellement dégueu qu'on a l'impression de la vomir avant de l'avoir avalée. Dès que l'on dépasse trois mastications, la bouillie collante donne vraiment l'impression qu'on a les dents du fond qui baignent…

Quand comprendra t-on que le progrès, ce n'est pas de manger tous les jours de la brioche mais de s'en offrir une vraie, de temps en temps ?

Le pire c'est que les gosses n'aiment plus la vraie brioche : dans un déplacement de gamins sportifs, je m'étais fendue d'un goûter de limonade artisanale et de brioche boulangère… C'était moins bon que le Caca Cala et la brioche spongieuse en sachet !

La malbouffe a encore de beaux jours devant elle, y'a qu'à voir le contenu des caddies du français moyen…

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