Le salon du sandwich ou Alice au pays de Tricatel

Le sandwich le plus cher du monde, et son créateur, chef chez Selfridge's (Paul Hackett/Reuters).

Amis gastronomes, quel dommage que vous n'ayez pu vous libérer pour assister au dernier European Sandwich & Snack Show, qui se tenait les 4 et 5 mars à Paris porte Maillot. Parce que cette dixième édition du salon était un bel hommage -involontaire certes- à la « Complainte du progrès » de Boris Vian : éventre-tomates, ratatine-ordures, coupe-friture… tout y était. (Ecouter le son)

Y compris le pistolet à gaufres, ou presque, puisque Triangular Concept a eu la bonne idée de mettre sur le marché un moule en forme de sucettes. Vous avez un enfant indécis ? Qui ne sait pas s'il préfère que vous lui offriez une Chupa Chups ou une gaufre au Nutella (pas les deux, ça va encore l'exciter et il sera infernal devant la Nouvelle Star ce soir) ? Avec la gaufre Lolly, il n'a plus à choisir. Ah, le génie de la technologie.

« L'Aile ou la cuisse », le retour

« L'Aile ou la Cuisse sur le pouce », ça aurait pu s'appeler. Quel dommage que Coluche et Louis de Funès nous aient tous les trois quittés : ils auraient pu parcourir les allées du salon pour préparer une suite du film. (Voir la vidéo)


Ils auraient adoré les œufs durs triturés, des « œufs écalés conservés en saumure, égouttés, triturés et présentés en gros boudins » (de polyéthylène stérile, on vous rassure), parfaits pour préparer vite fait un jambon-œuf-crudités à servir à n'importe quel gogo de passage dans une « sandwicherie » de gare ou de front de mer.

Ils auraient fondu pour le « fromage thermostable », qui, m'a expliqué la démonstratrice, ne fond pas quand on le réchauffe. L'intérêt ? Hop, hop, coincé entre deux tranches de pain industriel à l'huile végétale, le plastique, euh, le fromage ne moufte pas. Il n'a pas le mauvais goût de filer comme un vulgaire morceau de gruyère qui se prend pour on ne sait qui. Il ne se décompose pas en une plaque dure et un dépôt de surface huileux, comme ce vilain Beaufort extra vieux prétentieux. « Le fromage thermostable peut être aussi être utilisé dans des pizzas », m'indique-t-on. Merci pour l'info.

Et pour les accros, il y a le « crumble de camembert », que l'on finira bien par croiser un jour dans une brasserie de troisième rang, sur une salade censément préparée en cuisine.

Un peu plus loin, un patron de PME qui ne manquait pas de repartie expliquait à des clients potentiels, des « prospects » pardon, les vertus de ses frites « maison ». J'attire votre attention sur les guillemets qui encadrent le mot et la chair jaune des patates. « Maison » s'applique à la découpe de la pomme de terre, pas du tout au fait qu'elle a été lavée, épluchée, découpée sur place, enfin, ou avez-vous la tête ?

Les Kebabs en folie, saveur saumon

Mais la grande rencontre, je l'ai faite avec France Kebab. France Kebab, « maître kebabiste », nous propose d'« adopter la kebab attitude ». S'agit-il de se mettre au régime exclusif ou de se laisser embrocher sans broncher ? La plaquette promotionnelle ne le précise pas. Parmi ses innovations de l'année, l'entreprise basée à Saint-Lô vante les mérites du « kebab du pêcheur ». Il y a bien une choucroute de la mer, après tout, ne soyez donc pas si coincé en géographie culinaire.

Les « broches de kebab du pêcheur » existent dans deux versions : méditerranéenne et « saveur saumon ». « Saveur », c'est un mot assez pratique qui vous dispense de quelques dizaines de pourcents de matière première coûteuse, du saumon, par exemple. Les industriels l'adorent.

Une petite dernière pour la route (vous allez avoir un creux, sinon) : le « Plancha Kebab », qui « anime les cartes à l'année et crée des opportunités de différenciation ». Le produit est « pasteurisé et déjà cuit », pas bête, et se sert accompagné d'une sauce piquante de type « samouraï ». Si c'est pas de la mondialisation par la papille, ça…

Post scriptum : sans ironie aucune cette fois, et pour évoquer de la vraie nourriture à emporter, en parlant de samouraï, connaissez-vous les « bento », ces fantastiques boîtes-repas que les Japonais remplissent le matin avant de partir au bureau ? Du riz, du poisson, des prunes salées, de l'omelette… Bon, sain, nourrissant, inventif. Du vrai snacking, quoi. Pour d'excellentes recettes de Makiko Itoh, voir Just Bento (en anglais).

Corrigé le 12 mars 2009 à 19h03 car comme nous l'a fait remarqué pmiize Claude Zidi n'est pas mort et c'est tant mieux !

Photo : bœuf wagyu, foie gras, roquette, brie de Meaux… le sandwich le plus cher du monde (117 euros) et son créateur, chef chez Selfridge's (Paul Hackett/Reuters).

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de ...- - -...

De ...- - -...

assis | 17H40 | 09/03/2009 | Permalien

Moi je dis que des gens qui organisent le salon du sandwich porte « mayo » ne peuvent pas avoir complètement mauvais fond… de veau.

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 19H08 | 09/03/2009 | Permalien

Et pourtant… Le snacking existe depuis très, très longtemps : la musette avec le pain de campagne, l'Aubrac, l'Opinel et le kil de blanc à plonger dans la rivière plus quelques fruits glanés en chemin…

Mieux : la pizza était dans la musette des ouvriers italiens : bien plus basique, pâte levée, sauce tomate (à base de tomates, des vraies) et quelques anchois…

Plutôt que de manger dans un restoroute minable, en déplacement, je préfère emporter mes sandwiches. Figurez vous que je les fais avec du bon pain de campagne, quelques feuilles de salade ou tout autre légume de saison et du fromage ou toute autre protéine du frigo. C'est bon, c'est pas cher et, avec une pomme, c'est même équilibré..

L'oeuf en tube, franchement…

Portrait de chocolune

De chocolune

riveraine | 10H41 | 10/03/2009 | Permalien

Sur le salon j'ai a-do-ré les p'tits roulés de « Thomas » : tip top comme concept. Pour ceux qui n'ont pas la chance d'aller sur le salon, y'a un blog : http://www.lespetitsroules.fr/index_roules.php

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