Pourquoi l'administration Bush n'a pas réagi aux nombreuses alertes

Rubrique: conspirationBien avant le 11 septembre 2001, des mémos faisant état de possibles attaques terroristes s'empilent sur le bureau du nouveau président américain George W. Bush.

Le 25 janvier 2001, à peine quatre jours après son entrée en fonction, un mémorandum destiné à Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale, évoque les menaces que représente Al-Qaida pour les intérêts américains.

Dans les mois qui suivent, et particulièrement pendant l'été 2001, ces informations ne font que se préciser. A tel point que le 6 août 2001, une note de la CIA adressée directement au Président fait état des intentions d'un Ben Laden « déterminé à frapper les États-Unis ».

Le directeur de la CIA George Tenet signale alors qu'une attaque d'envergure est en préparation, sans pouvoir préciser où et quand. Une chose est sûre : « Tous les clignotants sont allumés ».

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Pourtant, le jour de l'attaque, la surprise semble totale. C'est un George Bush désemparé qui apprend la nouvelle par l'un de ses conseillers, alors qu »il visite une école.

Un manque de communication entre les services

Un an après le choc, en décembre 2002, une enquête du Congrès stigmatise les dysfonctionnements du renseignement américain et pointe le manque de communication et de coordination entre les différents services. En voici deux exemples frappants :

  • Les deux pirates, Khalid Al-Mihdhar et Nawaf Al-Hazmi, affiliés à Al-Qaida et arrivés sur le sol américain en janvier 2000, n'ont pas fait l'objet de signalement, comme le rappelle à Rue89 Charles Cogan, ancien responsable du bureau parisien de la CIA :

    « L'agence n'a informé ni le FBI ni le département d'Etat ; ils auraient pu suivre ces hommes à partir de janvier 2000. »

  • Kenneth Williams, agent du FBI à l'antenne de Phoenix (appendices2.pdf), a prévenu en juillet 2001 qu'un étudiant arabe aux opinions clairement islamistes et anti-américaines, Zakaria Moustapha Soubra, suivait des cours de pilotage.

    Sa note n'a jamais été communiquée en haut lieu, affirme Richard Clarke, alors responsable de l'antiterrorisme à la Maison-Blanche, dans son livre « Contre tous les ennemis.

    “[Rien] n'est parvenu jusqu'à moi ou à la Maison Blanche. Il semble qu'ils n'aient même pas remonté la chaîne du FBI jusqu'à Dale Watson, le directeur-adjoint chargé de l'antiterrorisme.”

D'autre part, les informations alarmistes affluent en provenance des agences étrangères. Sans répercussion majeure, comme l'affirment d'anciens membres de la DGSE (Direction générale des services extérieurs français).

“Si ces informations existaient, elles n'étaient pas précisément datées et l'on ne savait pas où ces attentats pouvaient avoir lieu”, tempère Charles Cogan. Elles ont seulement “contribué au niveau d'alerte global”.

Les risques d'attentat sur le sol américain sous-évalués

Bien qu'alertés, les services de renseignement américains estiment alors que ces attaques imminentes risquent “à 98%” de se produire hors du sol américain, selon un haut responsable du FBI. En effet, ce sont surtout des intérêts américains à l'étranger qui ont été visés jusque là.

Et lorsque l'on évoque un possible détournement d'avions, on pense d'abord à une prise d'otages suivie de négociations, explique à Rue89 Pierre-Antoine Lorenzi, ancien chef de cabinet du directeur général de la DGSE : “Organiser un détournement d'avion dans l'espace aérien américain, le plus protégé du monde, ça paraissait inconcevable.”

Pour son ancien collègue Alain Chouet, l'hypothèse était probable :

“Une attaque avec des avions de ligne faisait partie des scénarios depuis le détournement d'un Airbus d'Air France par le GIA en 1994.

J'ai rencontré mes collègues américains pendant toute la période de l'été 2001, on a vu monter les indices accréditant cette thèse. Mais je pense que dans l'inconscient collectif américain, une telle attaque ne pouvait tout simplement pas avoir lieu sur leur sol.”

Fait symptomatique, la lutte contre Al-Qaida n'est plus prioritaire à la CIA depuis l'entrée en fonction de George W. Bush. Sous l'administration Clinton, une cellule de surveillance dédiée à Al-Qaida avait été créée en 1996 au sein de la CIA. Cependant, l'organisation de Ben Laden n'est classée parmi les mouvements terroristes qu'en 1999.

Auparavant, les agents considéraient le Saoudien comme un simple financier du terrorisme, et non comme le chef d'une organisation. “Les services américains pensaient qu'ils ‘tenaient’ Al-Qaida, considérée comme leur ‘créature'’, confirme Alain Chouet. Il faut dire qu'ils ont longtemps entretenu des relations plus qu'amicales avec les futurs djihadistes.

Le contre-terrorisme manquait de moyens

Autre problème, un manque de moyens entrave l'action des agences de renseignement, l'administration Bush n'accordant qu'un intérêt mineur au contre-terrorisme. Selon le rapport du Congrès, les agences faisaient face à une pénurie de traducteurs et d'agents qualifiés sur le terrain. Seules 30% des langues utilisées par les terroristes sont alors maîtrisées. Richard Clarke renchérit dans son livre :

‘Presque toutes les activités de l'agence [contre Al-Qaida] étaient financées par les rallonges d'urgence (…). En janvier 2001, la nouvelle administration trouvait bien étranges toutes les décisions de l'administration Clinton, et surtout cette recommandation de faire de l'élimination d'Al-Qaida l'une de leurs principales autorités.’

Maud Noyon et François Burkard

Contre tous les ennemis, au cœur de la guerre américaine contre le terrorisme de RIchard Clarke - éd. Albin Michel - 2004 - 368p. - 20,90€.

Ailleurs sur le Web :
Un rapport sur la responsabilité de la CIA de juin 2005
Le rapport de la Commission du 11 septembre
Interview de Richard Clarke dans l'émission ‘60 minutes’ de CBS de 2004

1 commentaires sélectionnés

Portrait de antoine.nohe

De antoine.nohe

Sous Terre | 12H02 | 04/02/2009 | Permalien

« Le manque de communication entre les services » a bon dos. Dés qu'un problème survient, on en appel à lui . Il en va de même dans notre pays, dans nos administrations et entreprises. Rien n'est fait pour l'améliorer bien qu'il soit en cause de façon permanente, il arrange bien du monde et permet de faire retomber en cascade une responsabilité qui incombe au sommet de la pyramide. La mauvaise foi semme le trouble. Imaginez un peu ce concept de déresponsabilisation adapté à la personne physique…

« Le risque[…]sous évalué “
Al'heure où les américains n'ont jamais été autant en guerre contre le monde et où celui-ci commence à se retourner contre son impérialisme économique et militaire, ils sous évaluent les risques d'attentats ? Au point de ne pas intervenir lorsqu'un avion de ligne vole 50 mn en direction du pentagone en écoutant tranquillement les ‘conversations téléphoniques’ des passagers des avions piratés présentées pour d'autres arguments ?

‘manque de moyens’
Bon … là je crois que personnellement je me passerais de commentaires… peux-t-on connaitre les chiffres ne serait-ce qu'officiels des budgets et leur évolution depuis… allez, les années 90 ?

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