03/02/2009 à 22h18

Des soupçons de délit d’initiés jamais vraiment levés



Rubrique : conspiration

Nul ne conteste l’existence de mouvements boursiers singuliers dans les jours précédant les attaques terroristes. Ni le FBI, ni la Security and Exchange Commission, l’autorité de régulation des marchés financiers américaine, ni le rapport de la commission d’enquête (p. 171-172) sur les attentats.

Le 7 septembre, à la CBOE (bourse d’options) de Chicago, 4 744 options de vente d’actions de United Airlines sont achetées, soit quatre fois plus que la moyenne. La veille de l’attaque, 4 516 options de vente d’American Airlines sont achetées, soit 17 fois plus que la moyenne.

Même constat pour la banque d’affaires Morgan Stanley, qui occupait 22 étages du World Trade Center : le 8 septembre, 2 157 options de vente sont achetées, contre une moyenne de 27 contrats par jour avant le 6 septembre (chiffres disponibles dans la base de données payante Optionmetrics).

Les options de vente permettent à leur détenteur de vendre une action à un prix prédéterminé : elles génèrent du profit lorsque l’action chute, ce qui a bien sûr été le cas pour les sociétés touchées par les attentats.

« De tels mouvements peuvent survenir mais sont extrêmement rares »

Sur les volumes de ces mouvements, nous avons sollicité Marc Chesney, professeur de finance à l’université de Zürich. Pour ce spécialiste, auteur d’une étude à paraître sur ces questions :

« De tels mouvements peuvent survenir mais sont extrêmement rares. Leur probabilité d’occurrence est d’environ de deux à quatre fois en dix ans ».

S’agit-il d’un délit d’initiés Au lendemain des attentats, ces mouvements ont semé le doute jusque chez les acteurs institutionnels. Ainsi, Ernst Welteke, le président de la Deutsche Bank jusqu’en 2004, déclarait le 23 septembre 2001 au Telegraph avoir « la certitude que des gens connectés aux terroristes ont effectivement essayé de profiter de la tragédie ».

Cependant, la Security Exchange Commission, qui a examiné plus de 9,5 millions de transactions effectuées dans les semaines précédant le 11 septembre, n’a pu le prouver.

La commission d’enquête rejette les allégations de délit d’initiés

La commission d’enquête officielle, à qui elle a remis ses conclusions, a rejeté les allégations de délit d’initiés. Son rapport final va plus loin, et assure que les investisseurs concernés sont au-delà de tout soupçon. Toutefois, leur identité n’est connue que de la police et des services secrets américains.

En France, la COB (devenue AMF) explique dans son rapport annuel de 2002 que « les éléments recueillis n’ont pas permis de mettre en évidence que des groupes financiers liés aux instigateurs des attentats aient pu utiliser la Bourse pour réaliser des opérations ».

L’enquête du FBI va dans le même sens. Ed Cogswell, son porte-parole, déclare au Chicago Sun Times le 19 septembre 2003 que des fonds de pension et des investisseurs privés ont effectivement profité des attaques du 11 septembre pour s’enrichir, mais qu’ils n’avaient pas de connaissance préalable des attentats.

D’autres raisons peuvent expliquer ces paris en bourse : à cette époque, l’industrie aéronautique traverse une mauvaise passe économique, et United Airlines et American Airlines avaient en particulier subi de lourdes pertes financières. Des spéculations sur la baisse de leurs actions étaient donc normales.

L’identité d’un « gros investisseur » concerné est toujours secrète

Convaincant ? Lors d’une conférence à Genève le 28 février 2008, le professeur Marc Chesney explique qu’en utilisant la base de données boursières Optionmetrics, il a pu calculer les probabilités que de tels phénomènes se produisent sur ces titres : elles sont très faibles, moins de 2% par exemple pour United Airlines et American Airlines.

Dans le cas d’autres sociétés, non affectées par les attaques et qui n’ont pas subi de tels mouvements sur les options de vente de leurs actions, la probabilité était beaucoup plus forte. Pour l’économiste, « le fait que seules les sociétés touchées par les attentats soient concernées, en de telles proportions et quatre jours seulement avec les attentats rend peu probable une coïncidence ».

Elle devient cependant concevable si seul un faible nombre d’investisseurs sont concernés. Et le rapport de la commission d’enquête (note 130 du chapitre 5, p.499) affirme bien qu’un seul investisseur institutionnel serait à l’origine de 95% des mouvements d’United Airlines.

Ces achats d’option feraient partie d’une stratégie globale de pari sur l’effondrement des cours de compagnies aériennes, puisque l’investisseur a également acheté des options de vente chez American Airlines le 10 septembre. Et selon la commission, cet investisseur institutionnel (dont l’identité n’a pas été révélée) n’aurait aucun lien avec Al Qaïda.

Elodie Bui et Marion Cocquet

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  • moon33
    • Posté à 01h35 le 04/02/2009
    • Internaute 24790

    Cela fait beaucoup de coïncidences tout de même : les mouvements de capitaux qui ont eu lieu la veille du 11 septembre sur les compagnies aériennes impliquées dans les attentats avaient 2% de chances d’être réalisées ce jour-la.

    Quand on y ajoute les nombreux phénomènes inhabituels du 11 septembre 2001, en vrac :

    - une tour d’acier (la troisième) qui s’effondre uniquement en raison d’un incendie : c’est la première fois que cela se produit dans l’histoire.

    - des avions détournés qui se baladent pendant 50 min au dessus des Etats-Unis alors que la procédure d’urgence avait été déclenchée 60 fois (60 succès) dans l’année qui a précédé pour des coupures de liaisons de quelques minutes avec des avions de ligne.

    - une aviation de chasse américaine qui ne répond pas pendant une heure (une chance sur combien ?)

    - toutes les caméras autour du pentagone en panne en même temps pendant le crash (une chance sur combien ?)

    - un avion qui s’écrase dans le pentagone sans laisser le moindre débris, pour la première fois de l’histoire des crash.

    - un pilote débutant qui se crash dans le pentagone en suivant une trajectoire d’atterrissage NON-ASSISTÉE parfaite qui le fait s’encastrer au premier étage sans laisser de trace sur la pelouse devant... (une chance sur combien ?)

    Au bout d’un moment on commence a avoir un peu du mal a croire a tous ces hasards qui arrivent en même temps ! Les gens qui se posent ces questions sont-ils vraiment si peu raisonnables ?

  • MaJiK
    • Posté à 16h48 le 04/02/2009
    • Internaute 68546

    Rue89 : « Ces achats d’option feraient partie d’une stratégie globale de pari sur l’effondrement des cours de compagnies aériennes, puisque l’investisseur a également acheté des options de vente chez American Airlines le 10 septembre. »

    Marc Chesney : « Le 10 septembre il y a eu un volume très important d’options de ventes achetées sur American Airlines. Quand je dis très important, c’est 60 fois plus que la moyenne des 3 semaines précédentes, hein ! C’est pas 60%, c’est 60 fois plus ! »

    Ce n’était donc pas une « stratégie globale » mais plutôt une « tactique très ciblée ».

  • Rédaction 11 Septembre
    Rédaction 11 Septembre
    Auteur(e) de l'article CFJ
    • Posté à 18h13 le 05/02/2009
    • Internaute 67527
      CFJ

    Nous ne pouvons malheureusement pas répondre à chacun des commentaires. Quelques remarques donc pour préciser notre démarche :

    Il y a évidemment de nombreuses « coïncidences ». Personne ne le conteste, surtout pas nous. Nous avons juste tenté de voir comment elles pouvaient être expliquées.

    Tout d’abord nous renvoyons au titre de notre article : « Des soupçons de délits d’initiés jamais vraiment levés ». Nous ne voyons pas ici de parti pris. Ni nous, ni vous, ne pouvons affirmer qu’il y a eu ou qu’il n’y a pas eu délits d’initiés. Le but de cet article est de confronter des FAITS et non des interprétations de faits.

    Concernant l’identité des investisseurs institutionnels ou privés, nous n’avons jamais dit qu’ils n’avaient aucun lien avec Al Qaïda, c’est le rapport de la commission d’enquête qui le dit. Leur identité n’a jamais été rendue publique. C’est un FAIT. Mais considérer qu’ils font partie d’Al Qaïda ou en sont proches est une supposition. Une fois de plus ni vous, ni nous, ne pouvons obtenir cette information, certainement la clé du problème.

    Concernant les 2,5 millions de dollars de profits qui n’ont pas été réclamés, c’est effectivement un fait étrange. Pour le tempérer, deux choses : ces 2, 5 millions de dollars ne représentent que 10% des profits totaux selon Marc Chesney, joint par téléphone. Il paraît aussi concevable que ces investisseurs (quels qu’ils soient) n’aient pas voulu apparaître comme profitant de la tragédie.

    Concernant les profits réalisés par certains investisseurs, vous dites que « l’acheteur des “ puts options ” sur le titre d’American Airlines a touché 1,7 million de dollars et que plusieurs millions de dollars auraient été faits avec des “ put options ” semblables sur les marchés d’ici et d’ailleurs ». Pourquoi s’étonner des profits réalisés par des hedge funds qui ont l’habitude de spéculer sur la baisse des titres ? De plus, vous ne donnez pas de chiffres précis.

    Concernant, « Buzz » Krongard. Son nom se trouve à de nombreuses reprises dans les dossiers et les articles qui traitent du problème. Mais où sont les preuves ? Où sont les faits ? Il n’y a aucun élément assez clair pour lancer son nom dans le débat. Une chose à savoir : aux Etats-Unis il est courant que des agents des services secrets travaillent ensuite pour des banques d’affaires. La CIA recrute chez les experts et également chez les experts financiers. Difficile d’en tirer des conclusions.

    Concernant les précédents de ces mouvements financiers, c’est une information très difficile à obtenir en si peu de temps. Sur cette question, nous vous renvoyons à une nouvelle étude de Marc Chesney qui va être publiée prochainement.

    Pour finir, ce n’est sans doute pas le rôle d’un journaliste, apprenti ou confirmé, de répéter les discours officiels. Ce n’est pas non plus son rôle de donner pour assurées des supputations sans fondement.

    En tant que personnes (qui réfléchissent), nous avons bien évidemment un avis sur la question. En tant que journalistes (qui réfléchissent) nous savons qu’il n’intéresse pas grand monde. Le donner serait contraire à l’esprit de cet article qui est de continuer à faire avancer le débat. En confrontant des FAITS et non des spéculations (sans mauvais jeux de mot)…

    Elodie BUI et Marion Cocquet

  • nameless
    nameless répond à charmord
    Philosophe
    • Posté à 03h52 le 06/02/2009
    • Internaute 68876
      Philosophe

    À tous les tenants de la conspiration, certes, des questions restent à élucider. Mais avez-vous pensé au nombre incroyable de personnes qui auraient pris part au complot... si celui-ci en était un ? Ne vous semble-t-il pas qu’un de ces « techniciens » (artificiers, gardiens de sécurité, régulateurs de vol, militaires, agents secrets, mécaniciens d’entretien, etc.) auraient vendu la mèche ? Comme vous dites : troublant et étrange, n’est-ce pas consternant ? Comment peut-on penser autrement ? Comment ne pas voir l’évidence ? Je fais de l’ironie au cas où vous ne l’auriez pas remarquée.