Accusé de viol, « il faisait très bien l'amour » et risque sept ans de prison

J'avais évoqué cette affaire au moment du lancement de Rue89 : un jeune homme était mis en examen du chef de viol sur une jeune fille. Celle-ci expliquait qu'elle avait rencontré le garçon en boîte de nuit, qu'ils s'étaient un peu caressés, qu'elle l'avait suivi chez lui, qu'elle s'était mise nue dans son lit mais qu'elle n'avait jamais voulu faire l'amour. Soit : la loi protège aussi ceux qui aiment vivre dangereusement.

La jeune femme raconte que l'homme la force, mais qu'au cours des ébats, elle prend beaucoup de plaisir parce que, « vous comprenez Monsieur le juge, il faisait très bien l'amour ». Elle lui a alors demandé des gifles sur les fesses, pour que le plaisir soit plus complet.

Elle se dispute ensuite violemment avec lui et dépose plainte pour viol.

« Les mœurs de la partie civile et le plaisir que cette dernière a pu prendre… »

Le garçon a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Son avocat a demandé un non-lieu puisqu'il semblait improbable que son client ait pu percevoir l'absence de consentement d'une jeune femme aussi participative aux ébats sexuels.

Ce n'est pas l'avis du juge d'instruction, qui estime que « les mœurs de la partie civile et le plaisir que cette dernière a pu prendre a posteriori ne sont pas constitutifs d'un consentement systématique préalable à toute relation sexuelle ».

Le juge a estimé que ce qui s'était passé était une agression sexuelle. Pourtant, juridiquement, à supposer la contrainte caractérisée, il s'agit bien d'un viol. Néanmoins, il eut été difficile pour le magistrat de justifier un renvoi devant la cour d'assises, onéreuse et encombrée, pour une affaire si peu sérieuse [une agression sexuelle, considérée comme un délit et non un crime, est jugée par le tribunal correctionnel, ndlr].

Une insulte à toutes les femmes violées

Le jeune homme qui risquait quinze ans de réclusion criminelle sous la prévention de viol, ne risque plus que sept ans, et sera jugé en septembre. Il estime, pour sa part, que cette affaire est particulièrement sérieuse….

Le pire serait de s'en réjouir. Faut-il se réjouir qu'une personne, dès lors qu'elle se prétend victime, soit toujours une victime aux yeux des juges ? Faut-il se réjouir que la défense soit autant muselée, en tout cas si peu entendue ? Faut-il se réjouir pour le droit des femmes ? Certainement pas. Ce juge vient juste de dire à toutes femmes violées qu'elles auraient pu y prendre du plaisir. Il vient juste de les insulter.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Valdo Lydeker

De Valdo Lydeker

journaliste, auteur | 12H29 | 07/07/2008 | Permalien

N'est ce pas un bel exemple du culte du victimaire ?
Voire même d'une forme bien particulière de mysoginie : « Imaginez, même quand elle suit un mec chez lui et s'allonge nue sur le lit, la femme ne peut être qu'une victime, elle n'a pas compris que cela risquait d'être interprété comme un consentement et d'impliquer des suites ! » (traduction : c'est une débile mentale).
Bon, ce genre d'affaire doit être rarissime. C'est d'autant plus grave que ça jette une suspicion sur les affaires de viols bien réels…

Portrait de deecurl

De deecurl

| 13H40 | 07/07/2008 | Permalien

je ne suis pas d'accord avec Valdo. on a le droit(fille ou garçon) de dire non à tout moment.

dénier ce droit c'est retomber dans le classique : « elle l'a cherché finalement ». parce que c'est ce que vous sous-entendez. il ne peut pas y avoir de point de non-retour.

changer d'avis n'est pas forcément ne pas avoir compris les conséquences de son attitude, c'est peut-être avoir compris, mais tardivement, ou finalement décider que ça ne vaut pas le coup, etc…ça mérite d'être respecté quoi qu'il arrive.
(au passage, si un garçon ne veut plus on ne pourra pas le forcer, lui)

pour le reste, je suis une femme, et j'aurais tendance à dire que si on a réussi à prendre du plaisir c'est que ce n'est pas un viol. soyons cyniques : si elle avait voulu le faire passer en tant que tel elle aurait dû passer ce fait sous silence…

Portrait de Hemenate

De Hemenate

14H10 | 07/07/2008 | Permalien

Bon alors tout d'abord c'est affaire est totalement surréelle ! ! !

Maintenant, le problème c'est que cette affaire met en jeu les limites du droit français.
Le viol est un acte sexuel imposé sans le consentement de la personne concernée, et c'est tout ce que retiens le droit.

Maintenant dans une affaire pareille, que faire ?

Le Juge statura en fonction des faits qu'il connaîtra bien mieux que nous, et si il y a un doute sur le fait que l'homme avait bien conscience d'agir contre le consentement de la femme, je pense que vu les autres faits il ne sera pas condamné (le doute profitant à l'accusé).
En revanche, si il avait réellement conscience de commettre un viol, mais que la femme s'est laissé convaincre APRES le début de l'acte, il sera condamné, et cela me paraît finalement normal.

Il n'en reste pas moins que cela pose une autre question importante :
Si un homme kidnappe une femme en la droguant dans un bar dans l'intention de la violer, et que une fois la femme attachée et déshabillée il s'avère qu'elle est demandeuse.
Il s'agit bien d'une tentative de viol, non ?

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 14H37 | 07/07/2008 | Permalien

Je ne comprends pas le juge.

Un viol, c'est quand il y a un acte sexuel sans consentement mutuel. Peut-être que les comportements de cette jeune femme pouvaient laisser penser à un consentement (se trouver nue dans le lit d'un homme …). Cependant, même dans ce cas, même dans un camps d'échangistes, même durant les préliminaires (quand il y en a) personne ne perd le droit de dire « non, finalement, je ne me sens pas prêt(e), je préfère ne pas continuer ».
Y aurait-il un lieu de non-retour où les partenaires perdent le droit d'être respectés et de dire « non » ?
Par ailleurs, je ne vois pas en quoi « prendre du plaisir » est incompatible avec un viol. Il parait que quand on est pendu, on bande comme un veau. Doit-on en déduire qu'un lynchage n'est pas un meurtre ?

Par ailleurs, je ne comprends pas l'auteure.

En effet, je ne comprends pas les deux derniers paragraphes de cet article (à partir de « Faut-il se réjouir qu'une personne… »). L'auteure fait appelle à des interrogations pour faire réfléchir le lecteur. Elle fait donc des implicites (en pensant que nous, les lectures, sauront interpréter ses implicites), mais si j'en perçois certains, je ne les comprends pas tous. L'auteure pourrait-elle nous indiquer les réponses claires à ses questions de l'avant-dernier paragraphe car, par exemple, je ne vois pas de réponse claire à « Faut-il se réjouir qu'une personne, dès lors qu'elle se prétend victime, soit toujours une victime aux yeux des juges ? »…

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 17H39 | 07/07/2008 | Permalien

Salut à personne (et à tout le monde).

En droit, un viol apparait dès qu'un des participants ne donne pas son consentement. C'est souvent la femme, mais pas toujours. 8% des victimes sont de sexe masculin. Rien ne vous autorise donc à généraliser l'agresseur à l'homme et la victime à la femme car finalement intégrer cette notion de sexe là où elle n'était pas tendrait à faire penser que c'est votre représentation du viol et du rapport homme-femme (dominant-dominé) que vous nous gratifier.

Evidemment, les hommes ne sont pas des vibromasseurs, mais ils n'en sont pas pour autant des protozoaires dénués de conscience. Avant et pendant l'acte sexuel, ils restent conscient de ce qu'ils font ! (tous comme les femmes). La conscience n'est pas un vêtement que l'on quitte comme les autres quand on va au lit et le degré d'excitation n'excuse rien du tout. Plein de tortionnaires sont excités dans l'exercice de leur besogne et ça ne justifie pas plus la torture.

Concernant les féministes, renseignez-vous ! Il y a moult mouvements et tous ne prônent pas l'indifférenciation. Et quand bien même, elles ne demandent que les mêmes possibilités que les hommes : les possibilités de faire leurs choix.

Après tout être adulte et citoyen, c'est avoir la possibilité de faire SES choix.

Si vous trouver que les hommes ont fait le choix de prendre le reste de l'univers pour des objets, c'est que là aussi, vous généralisez très vite. Bien sûr, certains hommes ont cette attitude machiste. Cependant, d'autres ont fait un autre choix et respectent les autres (hommes et femmes). C'est à chaque être humain de faire ses choix. C'est ça être adulte.

Les féministes (et les femmes) veulent juste qu'elles aussi puissent être jugées sur des choix qu'elles auront faites et non sur leur identité de genre ou leur étiquette « féministe ». Et si vous voulez tant les juger sur la responsabilité (assumée) de leurs actes comme le laisse penser votre dernière phrase, je vous invite à bien leur donner ce choix, sinon, c'est une condamnation en raison de leur idée/nature/sexe… que vous faites et ça, cela s'appelle de la discrimination.

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