
Messieurs les magistrats, j'ai un faire-part à vous donner
M.O. s'est pendu dans sa cellule à Fresnes. Son avocate demandait en vain son hospitalisation. Voici sa lettre ouverte aux magistrats.
Des années de détention provisoire pour n'avoir pas travaillé ont valu au Juge Burgaud une réprimande.
Ça vaut combien, quand on est magistrat, d'avoir laissé quelqu'un se suicider ?
M.O. s'est pendu dans sa cellule de la Maison d'arrêt de Fresnes.
Il était schizophrène.
Un collège d'experts l'avait déclaré irresponsable de ses actes et capable de s'accuser de faits qu'il n'avait pas commis.
Il existait un doute sur sa culpabilité.
Il n'existait plus de doute sur son irresponsabilité.
Cela faisait 18 mois qu'il était en détention provisoire.
Monsieur le Juge n'était pas pressé « parce que les faits étaient graves ».
M.O. aurait noyé son fils.
Vous avez oublié de penser que son fils se serait peut être noyé.
L'expert vous avait alerté sur le fait qu'il « relève de soins intensifs menés par une équipe polyvalente et aguerrie dans la prise en charge de ces pathologies ».
Vous avez dit que certainement pour plus tard ce serait vrai. Pour après.
Après quoi ?
Après avoir pris le temps de ne pas travailler pour lui, pris le temps de vous désintéresser de son dossier ?
Je vous ai alerté plusieurs fois, Monsieur le Juge d'instruction, sur l'incapacité de la Maison d'arrêt à traiter M.O.
Vous m'avez dit avoir écrit un courrier. Fallait-il vous en féliciter ?
La dernière fois que j'ai demandé sa mise en liberté c'était en avril. J'ai demandé qu'il soit hospitalisé.
Vous m'avez répondu qu'on n'était pas pressé. Ce n'était pas vos jours qui étaient comptés.
J'ai fait appel de votre refus.
A la Chambre de l'instruction, je leur ai dit que je venais plaider pour que ce ne soit pas de ma faute, le jour où il se suiciderait, je voulais les mettre en face de leur responsabilité. Que ce soit leur faute aux autistes de la Justice, à ceux qui veulent réprimer sans rien soigner.
J'ai bien cru qu'ils avaient eu peur, un éclair de lucidité, quelque chose qui ressemblait à de l'humanité. Ils ont décidé de l'hospitaliser, du moins c'est ce qu'ils ont annoncé à l'audience. Cela devait être fait trois jours après.
Deux heures plus tard je croisais l'Avocat général dans le Palais, il m'annonçait avoir fait « un délibéré de couloir ». C'est quoi un délibéré de couloir ?
Je ne suis pas près de l'oublier.
Un délibéré de couloir se pratique tellement que le magistrat en parle sans se méfier. Cela signifie que le représentant du Parquet s'est invité dans le secret du délibéré, qu'il a pris la décision avec les magistrats du siège, en violant tous les principes fondamentaux, les règles du procès équitable et de la séparation des pouvoirs. Il a bien travaillé l'Avocat général. Ils l'ont bien écouté.
Voilà ce qui arrive quand les Juges se croient au dessus des lois.
Ils ont rejeté la demande de mise en liberté, sans explication, comme si l'audience n'avait jamais existé.
Quand mon associée a appelé l'Avocat général, il lui a dit de ne pas m'inquiéter, qu'il ferait très rapidement le nécessaire pour que M.O. soit hospitalisé, que trois jours ça n'aurait pas été suffisant, qu'il avait besoin d'un peu plus de temps.
M.O s'est suicidé.
Monsieur l'Avocat général, votre délibéré de couloir l'a probablement tué.
Vous avez eu cinq semaines, ce n'était toujours pas assez ?
Monsieur le Président de la chambre de l'instruction, votre absence de respect pour la procédure, oserais-je dire votre soumission au Parquet, l'a tué.
Monsieur le Juge d'instruction, j'ai un faire-part à vous donner.
Photo : à la maison d'arrêt de Poissy le 8 mars 2007 (Olivier Culmann/TF)
- 46942 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






















5
De Skipp
Observateur | 15H38 | 01/06/2009 |
Je vous souhaite bien du courage pour la suite, il vous en faudra nettement plus que pour écrire cette lettre. Je suis persuadé que les intéressés seront nettement plus vifs et rapides pour vous nuire.
De t955st
Mamifère Omnivore | 15H56 | 01/06/2009 |
Devant ces commentaires qui vous prédisent les pires sanctions ; comment faire pour être un simple citoyen « co“-signataire de votre lettre ouverte. Je suis convaincu que nous pouvons être nombreux à ‘co-signer’
De Enlendil
Etudiant | 16H04 | 01/06/2009 |
Je ne suis pas juriste mais en lisant le texte j'ai quand même cru comprendre que l'avocate contestait le fait qu'on ai pas « remis en liberté » son client.
Celui semble donc coupable (« un doute existe » de la part de sa propre avocate le laisse en tout cas penser), il aurait noyé son fils donc et si j'en crois les propos même de son avocate il ne peut pas contrôler ceci.
N'existe-t-il pas des établissements pénitentiaires disposant des moyens requis pour soigner un individu dans le cas présent ? Doit-on obligatoirement demander à ce qu'il soit libéré aussitôt ? Ou est-ce juste le souhait de son avocate qu'il soit uniquement libéré et non transféré ailleurs…
Parce que bon, mis à part s'il y a un internement forcé (ce dont l'article ne fait pas mention) si c'est juste pour lui trouver un lit en hôpital avec le statut de personne « libre » j'avoue que je peux comprendre que des magistrats n'aient pas souhaité qu'un type capable de noyer un enfant sans s'en rendre compte puisse à tout moment décider de sortir de l'hosto pour se balader…
Maintenant je n'y connais rien en terme de législation donc peut être que « mise en liberté » ne veut pas dire mise en liberté ^^ »
De hycare
16H54 | 01/06/2009 |
Il existe des« UMD » (Unité pour Malades Difficiles) qui dépendent du milieu psychiatrique et qui sont adaptéés.
Ne pas y avoir recouru témoigne ici d'une soumission à la politique ambiante du « tout sécuritaire » et d'une indifférence méprisante pour l'avocate et la personne concernée.
La personne se serait retrouvée en « placement d'office » ce que vous appelez l'internement forcé, et c'est le préfet qui lève ce placement sur les avis d'experts médecins psychiatres..
M.O. est qualifié « schizophrène » et sa place est en milieu spécialisé et non dans une prison qui n'est pas adaptée du tout .
Ces personnes sont très souffrantes et rarement violentes, je le rappelle.
De plus, il s'agit de la mort de son fils, quoiqu'il en soit il devait être complètement effondré…
Merci Madame l'avocate pour ce témoignage et ce courage.
De Fnork
| | 16H58 | 01/06/2009 |
Merci à vous, votre professionnalisme vous honore. Ce genre de situation est hélas trop fréquent, tout comme ce genre d'issue tragique. Notre système méprise au plus haut point les présumés coupable, et il n'est nul besoin de l'être effectivement pour subir ce genre de traitement. Notre justice a par ailleurs décidé d'ignorer complètement les maladies mentales et leur soin, nos prisons nous rapprochent petit à petit de l'hôpital tel qu'il fût initialement conçu : un endroit pour « stocker » tout ce qui est perçu comme inapte à la société, à l'époque on y mettait les bandits, les malades mentaux, les opposants et intellectuels peu dociles, etc.
Puissiez-vous toucher ce qu'il reste d'humanité à ces gens, et surtout puissiez-vous ne pas pâtir de cette missive vous classant du côté des dangereux dissidents.