Combien de « suicides par chute » en 1929 ? Peut-être zéro

« Comme on disait après le krach de 1929, quand les banquiers commencent à se jeter par la fenêtre, il y a de quoi s'inquiéter », déclare au Parisien.fr l'économiste Christian Stoffaës, qui dénonce quelques secondes plus tard « les oiseaux de mauvaise augure qui agitent le spectre de 1929 » !

A New York, James Mariani, un gérant de fonds californien en visite à New York, déclare à l'AFP :

« C'est affreux à dire, mais je ne peux pas m'empêcher de regarder le sommet de la tour pour voir si quelqu'un se jette par la fenêtre. »

Un fantasme très tenace… En réalité, contrairement à la rumeur, il n'y a eu aucune épidémie de suicides par défenestration, lors du jeudi noir de 1929.

L'économiste John Kenneth Galbraith avait fait des recherches sur le sujet pour son livre « The Great Crash, 1929 », publié dans les années 1950. Il a fouillé les statistiques, mais n'a constaté aucun « pic » de suicidés en novembre et décembre 1929, au contraire.

Seul le jeune Winston Churchill, qui était à New York à cette époque, a prétendu avoir vu un cadavre, au lendemain du jeudi noir, au pied de son hôtel Savoy-Plaza. Il note dans son journal :

« Juste sous ma fenêtre, un gentleman s'est jeté de 15 étages et a éclaté en morceaux, causant une grande émotion et l'arrivée des pompiers. »

Mais il ne donne aucune indication sur les raisons de cette chute.

Le 8 novembre 1929, une femme de 51 ans, travaillant pour un broker, Sutro Brothers and Company, se jette par la fenêtre, une chute de 40 étages, Cedar Street. Mais selon la presse de l'époque, ce suicide n'a rien à voir avec une perte financière, ses proches parlant plutôt de surmenage.

Sinon, un dirigeant de la Earl Radio Corporation a bien sauté d'une fenêtre de son hôtel de Manhattan, après avoir écrit une note :

« Nous sommes en faillite. En avril j'avais 100 000 dollars, aujourd'hui, j'en dois 24 000. »

Mais cette chute là a eu lieu au début du mois d'octobre… c'est à dire avant le fameux krach.

Certes, il y a eu quelques suicides liés à la situation économique, mais par balle et ou par asphyxie au gaz(c'était la mode, à cette époque). Pas de banquier volant, en revanche.

Il faut rendre hommage à cet homme endetté de Milwaukee, qui a mis fin à ses jours en laissant cette note pleine d'humour :

« Que mon corps aille à la Science, mon âme à Andrew W. Mellon (le secrétaire au Trésor, ndlr), et ma compassion à mes créanciers… »

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1 commentaires sélectionnés

Portrait de Anarchosaurus

De Anarchosaurus

20H15 | 17/09/2008 | Permalien

Très bien, cet article. Moi aussi, je croyais jusque-là à cette vague de défenestrations de 1929 sans avoir vérifié cette information.
Cela m'apprendra à avoir l'esprit plus critique !

Certains riverains partisans du Grand Soir semblent se défouler (avec humour, bien sûr) !

Cependant, plus sérieusement, il ne semble pas très efficace d'éliminer physiquement les gros capitalistes. D'autres prennent leur place. Et voyez ce qui se passe dans les pays ex-communistes ou en Chine. Le capitalisme y est triomphant, porté par d'anciens membres de la nomenklatura.
Ce qu'il faut éliminer, c'est surtout l'esprit du capitalisme basé sur l'égoïsme, la cupidité et la soif de puissance.
Or ces défauts se rencontrent plus ou moins chez tous les hommes, moi y compris. Le Grand Soir, il faut surtout le faire chacun dans notre tête plutôt que de vouloir emprisonner, exiler ou exécuter les grands bourgeois. Sinon, on ne vaut pas mieux qu'eux et en plus on en fait des martyrs (quelle horrible perspective ! )

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