Journaliste, j'ai pris parti

Manifestation du Parti de Gauche, le 21 février à Paris (Michel Soudais)

Depuis plusieurs semaines, je tourne autour de mon ordinateur. Comment le leur dire ? Comment dire, à vous lecteurs de Crochet Gauche, que j'ai adhéré au Parti de Gauche et que j'apporte ma pierre à sa construction.

Avec vous, dès mon arrivée à Rue89, j'ai joué carte sur table. Affiché mon engagement syndical et politique. Mentionné mon mandat de conseillère municipale à Colombes (Hauts-de-Seine) sur une liste d'union de la gauche conduite par le PS. Il m'était donc nécessaire d'annoncer cette nouvelle adhésion après un court passage (avril 2006-novembre 2008) au Parti socialiste.

J'aurais pu le faire subrepticement en allongeant ma fiche de présentation sur la colonne de gauche de ce blog. Cela aurait été un peu faux-cul. Finalement j'opte pour cette formule qui me permet de répondre à vos interrogations.

Pourquoi tout cela, diront certains. Pourquoi en effet faire connaître des engagements qui concernent la citoyenne que je suis ? Rien ne m'y oblige et je n'aurais pas pensé à le faire sans un incident qui remonte aux élections municipales.

Sans ce jour où, apprenant par une indiscrétion malveillante que j'étais 34e sur une liste à Colombes, mon employeur m'a dit que je ne pouvais plus prétendre à suivre l'UMP comme cela m'avait été promis. Le journal ne pouvait, m'a-t-on expliqué, s'exposer à des critiques sur l'objectivité de sa rubricarde.

Ma surprise a été d'autant plus grande que ce quotidien, où j'ai passé plus de 34 années de ma vie professionnelle, a compté et compte dans ses rangs moult journalistes, encartés ou pas, mais ostensiblement engagés politiquement et parfois élus. Je n'en citerai que deux. Pour le passé : Pierre Viansson-Ponté, conseiller municipal de Bazoches-sur-Guyonne (Yvelines). Et, en 2008, au moment des faits : Bruno Patino, président du Monde interactif, vice-président du groupe Le Monde, élu conseiller municipal sur une liste de droite et de centre-droit à Sceaux (Hauts-de-Seine). Croyez-moi la liste est longue. Et jamais cela n'a soulevé de problème.

Bien sûr, j'ai fait valoir cet argument ; il n'a pas été entendu. De même ai-je demandé que soit organisée une réflexion au sein du journal pour que la direction établisse avec les syndicats, en concertation avec la société des rédacteurs, une sorte de code de conduite.

Il m'apparaissait évident que le sujet valait débat et qu'il fallait l'étendre à tous les secteurs : aux rapports des journalistes médicaux avec les revues médicales et les laboratoires pharmaceutiques, des journalistes littéraires avec les maisons d'édition publiant leurs propres ouvrages, des journalistes suivant les syndicats ou la rubrique sociale et leur propre responsabilités syndicales, etc. Une fois ces règles fixées, je me serais pliée à la volonté commune.

Ma requête est restée lettre morte. Comme nous entrions dans une période difficile pour le journal -licenciements de 129 personnes–, j'ai estimé que l'urgence était ailleurs. Repris ma casquette de déléguée syndicale et mis toutes mes forces dans la bataille syndicale pour obtenir que ces licenciements autoritaires deviennent des départs strictement volontaires.

Nous avons gagné mais à l'issue de ce dernier combat je me suis rendue compte que l'histoire d'amour entre ce journal qui m'a beaucoup apporté et à qui j'ai tout donné était finie. Que ma vie était ailleurs.

C'est ainsi qu'aujourd'hui j'en viens à ouvrir cette discussion.

Peut-être pouvons-nous commencer par l'objectivité ? Car j'entends déjà certains d'entre vous s'étonner que l'on puisse être objectif en appartenant à un parti politique. Je le dis tout net : je ne crois pas à l'objectivité. Vivre est choisir et le choix est subjectif.

Un journaliste fait chaque jour des choix. En retenant tel sujet d'article plutôt qu'un autre parmi tous les évènements qui surgissent. En prenant le parti de le traiter sous forme de compte rendu, de reportage, d'enquête etc. Sans compter la place et la titraille qu'il lui consacre.

Je crois en revanche à l'honnêteté. Celle qui consiste à donner au lecteur le maximum d'informations afin qu'il se forge sa propre opinion. Qui s'efforce d'en discuter la véracité, de les mettre en perspective, de les critiquer. Ce journalisme se soucie moins de plaire que d'éclairer.

Enfin, soit dit en passant, je ne pense pas que le travail journalistique s'apprécie à l'aune de la possession ou non de la carte d'un parti. Combien de journalistes non encartés montrent chaque jour à quel point ils sont inféodés à leurs sources ?

Photo : manifesation du Parti de gauche le 21 février à Paris (Michel Soudais)

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Hulk

De Hulk

Gros con de droite | 17H04 | 01/03/2009 | Permalien

Un journaliste qui adhère à un parti politique, ce n'est plus un journaliste. C'est un militant. Il faut donc savoir que ses papiers sont des tracts.

Merci d'annoncer la couleur en tout cas.

Portrait de nono le simplet

De nono le simplet

gardien de phare en intérim | 05H40 | 02/03/2009 | Permalien

Bravo pour le courage professionnel !
Pourquoi y aurait-il une incompatibilité sous pretexte d'être encarté à un parti ?
Le milieu journalistique a bien l'air d'être un milieu de sacrés faux-culs !
Tous ces journalistes ( et pas qu'au Figaro) qui passent de la pommade à nôtre bon maître !
Il est vrai que pour pas mal d'entre eux , ils sont près à passer la pommade à la gauche si elle revient au pouvoir !
Je ne sais pas si c'est trés important mais ( je me permets le tutoiement ) , reçois par ce petit post tout mon respect !

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 17H41 | 01/03/2009 | Permalien

Un journaliste ne peut que tenter d'objectiver son propos.
D'après moi, aucune information n'est objective que ce soit du côté de l'émetteur comme du récepteur.
La façon dont on traite un fait est déjà un parti pris sur un fait.
La façon dont on reçoit une info et déjà une opinion se fait.

Le seul moyen d'essayer d'objectiver un fait est de croiser et diversifier les sources…
Si je vais chercher une info sur bellacio.org ou sur novopress , je suis déjà influencé et je le sais.
Pareil pour MSN actualité ou n'importe quel fil autre d'actu « grand public ». Même si l'utilisateur le sait moins.
Donc, pas de soucis, Mme la journaliste, encartez-vous, encartez-vous et dites-le, maintenant on le sait…

Si tous les journalistes faisaient leur coming-out politique, ça serait bien, non ?

Ce qui serait intéressant, c'est le nombre de surprises ou non qu'on aurait…

Imaginez Jean-Marc Sylvestre qui aurait sa carte LO !

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de supprimé à la demande du riverain24mars

De Moneygasque

Sarkozyste de gauche | 17H52 | 01/03/2009 | Permalien

Je désespérais de trouver un journaliste qui ait le souci de la déontologie de sa profession, et voici qu'il ( qu'elle) était là, tout près de nous, au coin de la Rue… Mais qu'en est-il du rôle des syndicats de journalistes dans les rédactions, dans la définition d'une ligne éditoriale qui s'impose à tous les journalistes ? Quand j'écoute certaines Radios Publiques, j'ai nettement l'impression qu'ils sont tout-puissants, ces syndicats ! En tout cas, je ne sais pas si les journalistes de ces radios ont une carte de parti, mais ils affichent sans aucun état d'âme leurs préférences politiques. Ils appellent cela « Indépendance ». C'est croquignolet. Remarquez, ce n'est pas grave. Puisque la France est devenue de gauche à 75%, il est normal qu'on n'ait que des journalistes de gauche pour venir propager la bonne parole ! Ce qui était bien dans la Russie Soviétique et Stalinienne, c'est que les journalistes étaient de gauche à 100%. Tout doucement nous glissons vers cette situation paradisiaque qui verra l'avènement du GRAND SOIR ! RDV le 19 mars, préfiguration festive du grand soir !

Portrait de pablico

De pablico

18H03 | 01/03/2009 | Permalien

on est tous plus ou moins obligé d'avoir un camp préféré.
Mais je rêve de lire un autre journalisme depuis que j'ai fait le constat suivant :

Ces dernières décennies, a été l'ère du journalisme qui rend idiot celui qui le lit.
On a tous été endormi, par une soit disant ère de prospérité, dont on voit le résultat maintenant.

Il manque de batailles d'idées, d'articles de fond, de questions posées, d'interpellations.

Quand on lit les articles, on lit souvent des banalités plates, du récit de militants, des rapports de parti et de famille de pensée.

Posez des questions, interpelez vos lecteurs, cela fera marcher l'interaction, et il vous relira, car il aura réfléchi. (pour la presse traditionnelle)

sur la presse internet, on peut réagir, et c'est nous qui interpelons, c'est nous qui posons des questions (entre nous..et cela ne va pas bien loin) mais c'est déjà un miracle…on réagit et l'on l'écrit…on est vivants !

Portrait de Jean Bachèlerie

De Jean Bachèlerie

18H05 | 01/03/2009 | Permalien

Bravo honnêteté, rime avec transparence

nous aimerions que tous les journalistes qui prennent parti ait l'honnêteté de Christiane Combeau.

Notamment les journalistes de droite qui ne le disent pas.

L'engagement n'empêche pas au contraire l'honnêteté, le respect du lecteur.

Il serait bien aussi que les journalistes ou pseudo journalistes comme BHL par exemple aient l'honnêteté aussi de révéler leurs liens avec les groupes économiques et financiers, ou familiaux.

Encore bravo

Jean Bachèlerie

Encore Bravo.

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