31/08/2011 à 20h11

Chômage : Frédéric Lefebvre a tort d'accuser les bébés

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Lier le taux de chômage élevé à la forte natalité comme le fait le secrétaire d'Etat au Commerce est un peu rapide. Explications.


une femme porte des poupées (Evil Erin/Flickr/CC).

Selon Frédéric Lefebvre, faire des enfants, c'est évidemment bien, c'est même « une chance pour notre pays » mais voilà, il faut dire la vérité vraie aux Français, faire des enfants, c'est également rendre « plus difficile pour la France » la baisse du chômage. L'explication du secrétaire d'Etat chargé du Commerce, de l'Artisanat, des PME, du
Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation est venue en deux temps :

La première sur BFM vendredi 26 août :

« Parce qu'on a un taux de natalité beaucoup plus important que beaucoup d'autres pays, parce qu'on a beaucoup de Françaises et de Français qui entrent sur le marché du travail alors que l'Allemagne, par exemple, qui a un taux de natalité qui s'est effondré, a beaucoup moins d'Allemandes et d'Allemands qui entrent sur le marché du travail ». (Voir la vidéo)

La seconde, ce mercredi :

« Quand vous avez comme cette année entre 140 et 150 000 rentrants nouveaux sur les marchés du travail, [...] pour faire baisser le chômage il faut créer plus que ces 150 000, car vous ne le ferez baisser qu'au-delà de ces 150 000. »

140 000, 150 000... tous ces chiffres dégainés pour faire taire ses détracteurs (Manuel Valls, Christine Boutin, Roselyne Bachelot notamment), Frédéric Lefebvre dit les tenir de propos d'Eric Heyer, directeur-adjoint de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui estime qu'il est plus difficile de faire baisser le chômage en France qu'en Allemagne où la population active baisse.

Contacté par Rue89, l'économiste fait observer que si ce que Frédéric Lefebvre affirme n'est pas « faux » mais très « parcellaire » et que s'il y a un lien « entre population active et chômage, la natalité n'est pas la cause du chômage ». Effectivement, l'Allemagne ayant un taux de natalité très bas et un nombre d'actifs aussi bas, « quand vous créez zéro emploi, le chômage baisse quand même ». C'est une baisse mécanique.

Ce mercredi matin, nous avons discuté avec Mathieu Plane, économiste au Département analyse et prévision de l'OFCE. Or, s'il confirme qu'il y un lien entre dynamique de la population active et taux de chômage, ses explications montrent que le raisonnement de Frédéric Lefebvre est erroné.

Oui, plus la natalité est forte, plus il faut créer d'emplois

Le taux de fécondité en France est de deux enfants par femme, soit l'un des plus élevés d'Europe. Ce qui signifie, selon Mathieu Plane, que cette natalité contribue à alimenter la population active avec un décalage de 20 à 25 ans :

« Par rapport à d'autres pays, comme l'Allemagne et l'Italie, il faut créer plus d'emplois pour faire baisser le chômage.

Si on prend la période 2005-2010, on a une population active qui augmente en moyenne de 0,7% par an, soit 200 000 actifs de plus. Il faut donc créer au moins 200 000 emplois de plus pour faire baisser le chômage. Il y a donc bien un effet lié à la population active. »

Mais faire un lien entre les taux de fécondité et de chômage actuels – à une même date – relève de l'absurde, fait observer France Prioux, démographe à l'Institut national des études démographiques (INED). En gros, pour justifier le chômage par la natalité en 2011, il faudrait avoir connu un baby boom il y a une vingtaine d'années. Ce qui n'est pas le cas :

« C'est un peu vite dit. Ce n'est pas la natalité de l'année qu'il faut examiner mais celle d'il y a 20-25 ans et à cette période, il n'y a pas eu de baby boom. La pyramide des âges est très régulière, il n'y a pas eu de gros à-coup. »

140 000 quoi ?

L'OFCE prévoit que sur l'année 2011-1012, la France comptera bien 150 000 actifs supplémentaires sur l'année mais pas des « nouveaux entrants ». Ce que Frédéric Lefebvre présente comme une situation exceptionnelle (« cette année ») n'est qu'un phénomène régulier :

« Tous les ans, il y a 800 000 entrants nouveaux dans la vie active – une génération. Ce qu'on appelle “150 000 actifs supplémentaires”, c'est le différentiel entre ceux qui entrent et ceux qui sortent, les nouveaux entrants nets.

Si vous ne créez pas au moins 150 000 emplois en 2011-2012, c'est mécanique, le taux de chômage augmente.

Mais cela n'est pas neuf. Ca baisse même. Sur la période 1999-2004, ils étaient plutôt 235 000 actifs supplémentaires par an puisque les seniors partants étaient moins nombreux. »

Eric Heyer note qu'« il est donc plus facile de faire baisser le chômage aujourd'hui qu'il y a 10 ans. »

La réforme des retraites compte aussi

Paradoxalement, la réforme des retraites de 2010 a également eu son petit effet :

« 50 000 personnes parmi ces 140 000 sont des actifs concernés par la réforme des retraites de 2010. Il y a donc un effet démographique mais également institutionnel lié à la réforme des retraites. »

Pour faire baisser le chômage, le miracle ne viendra pas du malthusianisme mais de la croissance. Difficile en 2012, selon les perspectives de l'OFCE :

« Sans croissance forte, on prévoit une hausse du taux de chômage jusqu'en 2012. Pour pouvoir faire baisser le chômage, il faut au moins 2% de croissance. Avec 1,7 % de croissance, la prévision du gouvernement, on crée 90 000 emplois. Ce qui n'est pas suffisant. »

Plutôt que de s'écharper sur le lien entre natalité et chômage, Eric Heyer fait observer que le gouvernement est désormais face à un défi de taille :

« Sans croissance, pour faire baisser le chômage avec une population active qui augmente, la seule solution est celle qu'ont également choisi les Allemands : le partage du temps de travail et la baisse du temps de travail. »

Faut-il arrêter de faire des bébés ?

Non, personne ne veut faire baisser le taux de fécondité. Si l'Allemagne voit son taux de chômage baisser en raison d'une arrivée moins importante chaque année de nouveaux actifs sur le marché du travail, son avenir est moins radieux :

« Le problème d'une démographie peu dynamique, c'est la carence de main d'œuvre qui pose un problème pour générér de la croissance. A long terme, c'est une catastrophe, notamment pour le financement de la protection sociale et la soutenabilité de la dette publique. »

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  • On
    On
    • Posté à 20h28 le 31/08/2011

    Fredo, t'as rien compris. Les gosses, c'est pas bon pour le chômage, c'est bon pour la croissance. Au final, ce qui est bon pour la consommation, c'est bon pour la croissance, c'est bon pour le chômage et les retraites.
    Qui qu'disait Plus on est de fous, moi y'en a de riz ?

  • de la soul
    de la soul
    Go ahead, make my day.
    • Posté à 20h48 le 31/08/2011
    • Internaute
      Go ahead, make my day.
  • Marcassin_Meulson
    • Posté à 20h50 le 31/08/2011
    • Internaute
      Cadre

    Je reste circonspect sur l'analyse qui réfute les propos de ce Ministrion par contre je ne reste pas surpris de l'imbécilité supplémentaire de ce coutumier du fait.
    Pourquoi ?
    - Mécaniquement la réforme des retraites repousse de 4 mois chaque année le départ en retraite de la génération baby boom soit chaque année 1/3 des baby-boomers reste sur le marché du travail ce qui est nettement supérieur au 150 000 soit disant enfant de trop que les français « pondraient ».
    Où se trouve dans cette analyse la cause évoquée ci-dessus ?
    - Mécaniquement, on nous explique si la population de renouvellement des générations n'est pas au moins identique à celle partant, les retraites ne peuvent plus être payées et ....les hordes sauvages d'immigrants vont fondre sur la France dénatalisée (ce sont les propos des compagnons (UMP) et futurs compagnons (FN) de notre président (avec un p minuscule j'insiste)).
    Pas non plus d'évocation de ceproblème.
    - Matériellement, il faut donc travailler avec la boule de cristal 1/4 de siècle auparavant les populations devraient connaitre l'état de crise alors que nos ministres nous expliquent que les promesses sarkozystes nde 2007 ne peuvent être tenus car il ne pouvait pas prévoir la crise de 2008....
    Authentique, on ne lui avait rien dit à notre président, et personne ne relève de telles inepties.
    - Enfin, une fois de plus on stigmatise les jeunes, après avoir été incompétents dans leurs choix d'étude, ne pas être bien formés, suffisament expérimentés, trop diplômés, pas assez diplômés, pas assez mobiles, pas de perspectives etc..., maintenant on leur reproche d'être trop nombreux.
    Monsieur Lefevre, faut-il noyer les jeunes comme on noie les chatons ?
    Je pense que cet article ne cible pas les contradictions, philosophiques, politiques et se hasarde à une analyse technique et pseudo mathématique, totalement erronné car en statistique démographique on ne se contente pas de formules arithmétiques simplistes.
    Il est dommage qu'à une telle ineptie on se contente d'une petite analyse qui en démographie vaudrait un « 2/20 » par pitié ou pour l'encre au mieux

  • Blue_tail_fly
    Blue_tail_fly
    Dans l'Air du Taon
    • Posté à 22h04 le 31/08/2011
    • Internaute
      Dans l'Air du Taon

    On ne répétera jamais assez qu'un taux de natalité de 2 enfants par femme correspond à une extinction de la population. Selon les démographes, il faut un taux de natalité de 2,1 enfants par femme pour seulement « maintenir » une population (en raison des aléas après la naissance, accidents, maladies, etc.).

    Cette erreur est régulièrement faite dans les articles publiés. En réalité, notre population (hors balance migratoire) continue bien de décroître. En Europe, c'est une véritable dégringolade.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    A déménagé le 02-02-2012-2 répond à Kassand
    non connue
    • Posté à 22h08 le 31/08/2011
    • Internaute
      non connue

    Voilà bien l'aspect malthusien de la chose.
    Cette théorie a toujours servi la bourgeoisie, en justifiant de laisser les plus pauvres dans la merde.
    Voir : Lien

    La réalité est qu'il y a deux sortes de civilisations : Celles qui font des enfants et qui survivent, et celles qui n'en font pas et qui disparaissent. C'est simple.

    La population mondiale va vers une asymptote, et les théories de Malthus ne protégeront plus grand-monde...

  • GrosLama
    GrosLama
    kikoolol
    • Posté à 15h04 le 01/09/2011
    • Internaute
      kikoolol

    Il devrait se réjouir de cette forte natalité, puisque il nous avait expliqué que l'UMP avait perdu beaucoup de ses membres à cause d'un nombre important de décès.

    En plus c'est le bon plan, puisque pour lui un bébé qui naît est un actif de plus, dans ce cas il peut être actif et de l'UMP ! Des futurs jeunes cadres dynamiques finalement.