Continental, local syndical : « On a 18 cars pour l'Elysée à remplir »

Lundi 23 mars 2009. 17h00. Devant l'usine. J'arrive sur le site et c'est d'abord la barrière posée la semaine dernière par les salariés qui me tape à l'oeil. Toujours en place. Puis je distingue un camion chargé qui s'éloigne.
Devant l'usine deux pompiers sont à l'ouvrage, et déblaient les restes des barrages installés devant l'usine.
Autre changement dans le décor : la barrière est ouverte, et les livraisons reprennent.
Oui. Le travail a repris.
Lundi 23 mars. 17h00. Au local syndical.
Je pousse la porte et suis saisi par la chaleur. Les visages sont crispés, marqués par la fatigue. Les regards sont durs. Les travailleurs portent toujours les chasubles, les badges et autocollants plaqués sur leurs vestes. Les voix sont cassées. L'ordinateur est allumé. Les verres de café sont vides.
Les voix sont cassées mais portent fort.
Il n'y aura pas de train mercredi. Mais dix-huit cars financés par le conseil régional [les salariés espèrent être reçus à l'Elysée, ndlr]. Dix-huit cars de 59 places. Il faut les remplir…
« Vous voulez qu'ils aillent tous à la cellule psychologique ? »
Le téléphone sonne.
C'est un des ateliers. Dialogue.
- « Encore un qui met la pression, encore un qui demande du rendement.
Je comprends que ces coups de fil se succèdent depuis le matin. Que des chefs poussent à la production alors qu'il est convenu que cette semaine devrait être “service minimum”.- C'est encore Machin, ça fait trois fois que j'y vais. Il fout la pression à Untel. J'y retourne…
- Oh ! Faut aussi qu'ils se démerdent. On peut pas y aller sans arrêt ! »
Le délégué syndical décroche le téléphone et appelle la direction :
« Faut que ça s'arrête les pressions dans les ateliers ! … On avait convenu… [silence dans le local. Le délégué écoute le représentant de la direction]…
On veut la garantie que Continental ouvre une négociation en tri-parties, c'est-à-dire qu'on veut la garantie que Continental ne donnera pas uniquement les miettes qu'il y a sur le plan social…
S'il y a un seul accident ça va vous couter très cher, faut pas demander aux gens de prendre le risque d'aller se foutre les pattes dans une machine…
Vous parlez de la sécurité des machines, mais si y en a un qui se fout les pattes dans une machine, un qui pète un câble, vous serez responsable…
Jusqu'à mercredi foutez-nous la paix ! … Laissez les gens retourner à leur machine ! … Vous voulez quoi ? ! Que tous les gens aillent s'inscrire à la cellule psychologique ? …
Il n'y a que l'assurance d'avoir un espoir de s'en aller de cette entreprise avec de bonnes garanties qui pourra faire que les gens, psychologiquement aillent beaucoup mieux et qu'ils puissent reprendre les machines pendant un an… »
Une discussion qui s'étalera sur un quart d'heure… Le délégué évoque aussi la possibilité d'aller déposer sur la main courante à la gendarmerie, pour harcèlements multiples…
C'est très très tendu.
« Ca fait dix jours que j'dors pas »
Et le téléphone sonne encore. Le délégué prend l'appel. Il demande le silence. C'est le journaliste d'un canard local. Il dit que le Conseil régional ne veut pas payer les cars…
On reprend le téléphone. On appelle le maire de la commune voisine qui siège au conseil… Confirmation !
- « On a bien les cars.
Ils partiront mercredi à 8 heures. Il faut être là à 7 heures.
Il faut les remplir.
- Ouais. Viens avec nous. Viens avec tes potes. Dites à vos potes de venir. Faut les remplir ces cars… »
Une AG est prévue à 23 heures. Le délégué :
- « J'peux pas assurer. J'n'en peux plus. Faut que j'dorme, ça fait dix jours que j'dors pas. J'prends un cachet, j'dors cinq heures et c'est tout. Didier c'est pareil… Faut prendre le relais, les gars. Sinon j'vais… Qui la fait cette A.G. ce soir ?
- …
- Oh, les gars. Moi j'peux pas, là ! … J'peux pas faire toutes les AG.
Depuis ce matin, trois AG se sont tenues. Une pour chaque équipe qui reprend le travail. »
Les cadres sont « dans la même galère »
17h40. Enfin quelqu'un se déclare volontaire pour tenir l'A.G. de ce soir. Un autre s'engage à être avec lui…
Les allers et venues dans ce petit bureau se succèdent. Sans arrêt. « Ouvre la fenêtre ! »…
Il fait très chaud dans ce petit local.
Les chaises sont toutes occupées par des hommes qui semblent être au coeur d'une tourmente.
Je pense que s'ils ne prennent pas du repos, certains vont le payer cher de leur santé. Ils tiennent comme dans une tempête, épuisés mais déterminés.
La cafetière revient. Pleine.
Un cadre entre. Il a entendu dire qu'en AG…
Les hommes reprécisent encore ce qui est dit en AG. Et ils dénoncent les pressions de certains chefs sur le personnel qui travaillent aux machines…
Le cadre annonce que la CFE-CGC va sortir un tract d'appel à ne faire aucune pression…
- « Nous sommes tous dans la même galère. Tous solidaires, tous ensemble… Il n'y aura pas de pression sur les salariés. Nous garantissons la paix sociale… »
Une « guerre juridique » en vue
Je sors du local.
Mes sentiments sont confus. Je suis admiratif et ému. Révolté !
Aujourd'hui, un journal local titre « Clairoix : une guerre juridique se prépare. »
J'ai vu : la guerre est déjà dans l'entreprise.
Rentré chez moi, je reçois un coup de fil.
- On dit que les cars déposeront les « Conti » entre gare du Nord et gare de l'Est. On dit que les CRS les attendront et qu'ils les empêcheront de passer…
J'y serai, bordel !

Photos (Bête à part) : un camion de livraison sort de l'usine Continental, à Clairoix, les pompiers déblaient les restes d'un barrage, la barrière levée, le local syndical, des bâtiments.
► Modifié le 24/3 à 17h36. Vidéo retirée à la demande de l'auteur.
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De Infovite
Plébéien. | 13H49 | 24/03/2009 |
Il faut que la lutte s'amplifie en se généralisant à tous les secteurs d'activités économiques.
Y en a marre des discours :
http://www.rue89.com/blabla-de-zinc/2009/03/24/nicolas-sarkozy-en-direct…
Grève générale reconductible !
http://info-espress.over-blog.com/
De Lairderien
13H44 | 24/03/2009 |
Les boules ! ! !
J'ai connu, j'ai donné ! ! !
Je comprends parfaitement l'amertume et la colère de ces salariés.
J'ai vécu une situation similaire bien que moins conflictuelle, car s'agissant seulement ( ! ) d'un plan de licenciement partiel, avec une direction qui ne voulait surtout pas de vagues et à donc mis l'argent sur la table, mais il a fallu tout de même une négociation d'arrachepied pour obtenir le maximum ! ! !
De Humain
16H01 | 24/03/2009 |
Quand on vient de lire l'article sur les « stock option » de la société Générale, on se dit que les histoires de « continental » tout le monde s'en fout !
Soyez égoistes !
Mais le problème est que chacrun ne veut défendre que son propre morceau !
Dommage.
De nemo3637
Déchoukeur | 21H47 | 24/03/2009 |
Ils ne baissent pas les bras et continuent de se battre. Ils ont raison. On a quand même la crainte, qu'à l'échelle nationale, la CGTet la CFDT freinent en réalité des quatre fers. Je me trompe ?
De Bête à part (auteur)
parmi nous autres. | 23H07 | 24/03/2009 |
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Là-bas, à l'usine,
J'ai heurté un obstacle.
Inattendu mais prévisible.
Et j'y ai pas pensé. Je fonçais tête baissée.
Mais la méthode est bonne. Pas résigné donc. Il faut parler.
Par ailleurs, ici, je découvre qu'un blog sur Rue 89 a des règles.
Celle qui veut que Sophie, cette jeune journaliste, et les web-master modifient et adaptent mon récit pour qu'il prenne la forme qu'ils ont choisi, je l'accepte.
Et publierai l'original dans les commentaires.
Non pas que j'ai gros-la-tête ou que je me désolidarise et rejette le partage du travail.
Simplement j'aime bien faire mon intéressant. Et bousculer les murs.
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De bpolav
| 13H19 | 25/03/2009 |
On ne parle que de lutte, d'action et de mobilisation. Le NPA (en premier) en fait un exemple de cette mobilisation. Tous demandent le gèle de la fermeture du site et on se tourne vers les plus hautes instances de l'état (faut il rire devant autant de naïveté ? ? ?
).
Les personnels de Clairoix (sans compter les indirects) risquent de tout perdre par cette fermeture.
Mais bon sang, ouvriers et cadres de Clairoix : prenez vous en mains ! ! !
Si elle est vraiment rentable cette boite, RACHETEZ LA. Mettez en place des personnes compétentes qui sachent réduire les coûts de productions pour faire face à Continental (qui deviendrait fatalement un concurrent) et aux autres concurrents actuels (GY, Michelin et autres).
C'est juste une idée mais n » attendez pas à des miracles pour sauver VOTRE JOB alors que les dès sont déjà jetés.
Allez, au boulo !
De Bête à part (auteur)
parmi nous autres. | 21H32 | 25/03/2009 |
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De Bête à part (auteur)
parmi nous autres. | 08H44 | 26/03/2009 |
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mercredi 25 mars 2009.
7h10. Rendez-vous tenu.
Sur la voie de chemin de fer, un cheminot salue les salariés à son passage.
On pourrait croire à la fête. Tous ensembles.
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7h54, les cars sont pleins. On cherche une place pour un élu.
Un salarié commente.
- Ce qui est bien c'est qu'il y a aussi les cadres. On dit souvent « les ouvriers… » mais il y a aussi les cadres. On est tous dans la même galère.
- Il y a toute l'usine, ajoute mon voisin.
Le haut-parleur du car se met à brailler.

- Vous êtes dans le bus 14. Vous partez dans le bus 14, vous rentrez dans le bus 14… Faudrait nommer un chef de car… Allez, et Tous ensembles ! Tous ensembles !
8h02. départ
- Allez c'est parti !
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A la radio François bayrou déclare que « le Capitalisme sera moral quand les poules auront des dents. »
Le fond de votre démarche et de la mobilisation, c'est d'obtenir l'application des accords conclus qui garantissent les salaires et les emplois jusqu'en 2012 ?
- Oui.
Et d'obtenir une intervention de l'Etat ? …
- Oui.
9h25, à hauteur de Saint-Denis la Plaine, la police nous prend en charge.
- Vous allez être escortés ! crie un motard de la Police au chauffeur.
Le convoi se resserre et se forme progressivement.
Plus loin, des fourgons de CRS, en convoi aussi, nous dépassent. Comme une piqure de rappel au réel.
L'ambiance est sage.
A la radio : « 3M »… Les visages se ferment avec gravité.
Un véhicule de la télévision s'incruste entre deux cars.
Dans Paris intra-muros, on commente les mines des passants qui regardent ces cars bondés s'enfoncer au coeur de la ville.











- Regarde la tête… Faites pas la gueule, c'est nous qui sommes virés !
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Gare du Nord. 10h00 tapantes.
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De Bête à part (auteur)
parmi nous autres. | 20H30 | 26/03/2009 |
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La balade des Conti…
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Et ensuite on met le feu !
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Sûr, il manque le rugissement et le mouvement de la vague.
Ce matin, une personne qui avait « eu » des informations par la télé, reprochait qu'il n'y ait pas eu beaucoup de drapeaux aux couleurs des organisations syndicales, qu'on ne voyait que les autocollants CONTINENTAL. C'est un point de vue… ou une mise en image volontaire.
Toujours, c'est vrai que des autocollants il y en a eu sur le passage des salariés en colère. Des milliers probablement.
Beaucoup de sourires ont salué le cortège. Des poings levés aussi. Des passants effarés et d'autres amusés. Quand aux vitrines des commerçants, la plupart se sont laissés faire.
Probablement la population de ce petit village qu'est le 8ième arrondissement de Paris n'avait pas reçu l'info que des campagnards allaient débarquer en masse sur leurs boulevards.
« Ah ! … Paris ! »
Ben Cousin, ils se sont offert une bien belle balade.
C'est place Saint-Augustin que l'ambiance s'est tendue. Mais sans aucun incident regrettable. Aucun.
Si le contraire eut été, les télés se seraient régalées.
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