03/08/2010 à 20h09

Trains en retard : 60 usagers vont poursuivre la SNCF

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Sur un quai de la gare Saint-Charles, à Marseille, pendant une grève en novembre 2007 (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

A la rentrée, un avocat lyonnais va assigner la SNCF au nom de soixante usagers victimes de pertes de clientèle et de retenues sur salaire. Depuis février 2010, cet avocat, Me David Metaxas, a déjà déposé deux plaintes au nom de clientes estimant avoir subi un préjudice en raison de retards : l’une a perdu son emploi et l’autre des clients.

La dernière affaire en date a fait quelque bruit, la semaine dernière : Soazig Parassols, une secrétaire juridique de 24 ans, a assigné la SNCF, à qui elle réclame 45 000 euros de dommages et intérêts car elle a perdu son emploi. Depuis le 7 juin, cette habitante d’Ambérieu-en-Bugey, à une cinquantaine de kilomètres de Lyon, était à l’essai dans un cabinet d’avocats de la capitale des Gaules.


Début juillet, son patron renouvelle sa période d’essai pour un nouveau mois, comme prévu. Mais le 22 juillet, il la renvoie, à quinze jours de l’embauche espérée. Voici ce qu’il explique dans sa notification de rupture de période d’essai :

« [...] Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer ensemble, les nombreux retards accumulés pendant votre période d’essai en raison de votre domicile très éloigné de votre lieu de travail perturbent le fonctionnement de l’entreprise compte tenu du fait que vous êtes l’unique secrétaire du cabinet.

La persistance de ces retards y compris durant la période de renouvellement de votre période d’essai me contraint donc à prendre cette décision. [...] » (Télécharger la lettre)

« Mon patron m’a dit que ce n’était plus possible »

Jointe par Rue89, Soazig Parassols raconte avoir subi « trois ou quatre fois » de petits retards, de moins de dix minutes, avant le 1er juillet. Puis, ce jour-là, le retard monte à vingt minutes. Son patron lui en ayant fait le reproche, elle accepte de prendre le train précédent, qui l’amène à 7h50 à la gare, située à dix minutes en métro de son lieu de travail, où elle commence à 9 heures.

Mais quelques jours plus tard, le train accuse 1h15 de retard... « Mon patron m’a dit que ce n’était plus possible, que j’allais me tuer de fatigue si je me levais encore plus tôt. » Dans son dossier de plainte, la jeune femme produit six bulletins de retard délivrés par la SNCF -« on peut les télécharger sur leur site », précise-t-elle.

Soazig Parassols explique que son patron l’a assurée qu’il ne la remplacerait pas avant la rentrée, et qu’il était prêt à l’embaucher si elle déménageait à Lyon :

« Mais je refuse d’entrer dans cette logique ! Se loger à Lyon coûte cher. Et je ne vais pas prendre ma voiture, alors qu’on nous parle de préservation de l’environnement ! »

Selon elle, les retards sur la ligne Lyon-Ambérieu « posent de réels problèmes d’emploi » pour les habitants de la ville de l’Ain. Comme sur le reste de cette affaire, la SNCF se refuse à tout commentaire.

Les soixante assignations que Me David Metaxas s’apprête à déposer semblent confirmer ce problème. Les soixante usagers sont rassemblés au sein de l’Association pour la défense des usagers de l’axe Lyon-Ambérieu (Adula), qui a recensé « environ 180 trains » retardés entre le 21 juin et le 26 juillet. Les plaintifs -et futurs plaignants- disent avoir subi des retenues de salaires de la part de leurs employeurs, pour les salariés. Des étudiants se plaignent d’avoir raté des concours, et des professions libérales d’avoir perdu des clients.

Discrètement, la SNCF proposerait des transactions financières

C’est ce qui est arrivé à Céline Claret-Coquet, acupunctrice lyonnaise, elle aussi défendue par Me Metaxas. En février, elle a déposé plainte quand son TGV Lyon-Paris est arrivé avec 7h30 de retard, lui faisant manquer douze rendez-vous à 87 euros l’unité.

Céline Claret-Coquet réclame donc 1 044 euros de dommages et intérêts, ainsi que 3 000 euros pour le préjudice moral. « Ma cliente a été séquestrée pendant sept heures », plaide Me Metaxas, qui n’a pas peur des mots. L’affaire sera jugée le 8 novembre.

Connu à Lyon comme un « jeune loup du barreau », David Metaxas se dit « certain » de gagner toutes ces affaires :

« J’ai exhumé un décret de 1983, que la plupart des gens ignorent, et qui instaure une obligation de ponctualité pour la SNCF. »

Le décret donne en fait pour mission à la SNCF d’exploiter les lignes dans « les meilleures conditions de [...] ponctualité, compte tenu des moyens disponibles ». Ce qui laisse augurer d’une belle bataille entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), qui exploite désormais les voies.

Selon l’avocat, la SNCF aurait proposé des transactions financières à ses deux premières clientes. « C’est tout de même étrange pour une société censée être sûre de son bon droit. »

En 2009, des candidats à l’agrégation avait raté leur concours en raison d’un retard de transport. Mais ils avaient tenté de faire plier le ministère de l’Education nationale, avant de saisir le Conseil d’Etat.

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  • papy55
    papy55
    prof. en province
    • Posté à 20h26 le 03/08/2010
    • Internaute 24237
      prof. en province

    Il est bien évident qu’assigner la SNCF pour les retards est chose facile, n’y-a-t-il pas cependant une intention hautement idéologique derrière tout cela ?
    Si il s’agissait d’une entreprise « très privée », en serait-il de même ?

    Comment prouver pour l’une qu’elle a perdu son travail en raison de ses retards dûs à la SNCF exclusivement, pour l’autre qu’elle a perdu des clients exclusivement à cause de la SNCF ..... ? ? ? ? ?

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 20h29 le 03/08/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Le patron n’est pas responsable des retards de ses employés et peut au mieux, faire preuve de compréhension jusqu’à une certaine limite.

    La SNCF par contre est totalement responsable de la ponctualité de ses trains. Mais malheureusement, les grèves a répétition ont justement pour but de contrevenir a cette précision et a montrer aux usagers les conditions « misérables » dans lesquelles ils travaillent, sans jamais prendre ne compte que les dits usagers peuvent aussi être pénalisés par cette situation. D’ailleurs, c’est même mieux qu’ils soient pénalisés, comme ça ils seront encore plus convaincu qu’il faut faire quelque chose pour aider les « camarades » grévistes de la SNCF, par solidarité. Et bien entendu, chaque commentaire ou chaque mesure plus au moins autoritaire de la direction de la SNCF vis-a-vis des retards accumules par les cheminots revient a se mettre dans une position délicate.

    Cet avocat devrait plutôt poursuivre les grévistes compulsifs qui s’emploient chaque année a obstruer la libre circulation pour des raisons aléatoires.

  • clanfa
    clanfa répond à DeathWalker
    media culpa
    • Posté à 20h34 le 03/08/2010
    • Internaute 88606
      media culpa

    En Angleterre, où les compagnies de train sont privées c’est pire : retards ou trains annulés, manque de confort (de places debout je veux dire), prix élevés et en constante augmentation, etc... l’ouverture à la concurrence n’augure rien de bon ; pas pour les utilisateurs en tout cas.

  • A déménagé le 10 mai
    • Posté à 20h42 le 03/08/2010
    • Internaute 102287

    Comment prouver pour l’une qu’elle a perdu son travail en raison de ses retards dûs à la SNCF exclusivement,

    Tout simplement en comparant les retards SNCF comparé à ceux notés par son employeurs.

    pour l’autre qu’elle a perdu des clients exclusivement à cause de la SNCF

    En comparant les retards de la SNCF avec ses rendez-vous de clientèle + témoignage des clients.

    Ce n’est pas parce que c’est une entreprise « pas très privé » mais grâce, en partie, à la répétitions des problèmes depuis des décennies.

    Quand on fait grève, on le fait à fond quitte à faire quelques sacrifice.... Mais il est plus simple de faire des grèves courte à répétition que de risquer de perdre un salaire ou deux une bonne fois.

    Les salariés de la SNCF ont préféré sacrifier le client plutôt qu’eux. Au final, abus de grèves + problème technique ça ne pardonne plus.

  • Mikcey
    Mikcey répond à DeathWalker
    • Posté à 20h45 le 03/08/2010
    • Internaute 100537

    Actuellement, si les choses étaient bien faite vous paierez « au coûtant » une entreprise publique correctement géré, comment une entreprise dont le but est de faire de l’argent, tout aussi bien géré pourrai-t-elle être moins chère ?

    L’ouverture à la concurrence est une vaste arnaque, ceux qui ont pris Poweo et Direct Energie, ne le savent que trop bien ...
    Direct Energie, je précise que c’est l’entreprise qui a attaqué google, parce que la première proposition du logarythme de pré recherche proposait : « direct energie arnaque » ... Un petit tour sur Ciao en donne également une bonne idée ...

    A bonne entendeur, quand on démantèle le service publique inutile d’applaudir ...

  • sohotya
    sohotya
    actusuiveur
    • Posté à 21h06 le 03/08/2010
    • Internaute 115350
      actusuiveur

    a quand les poursuite judiciaire a l’encontre des usagers de la route créant des bouchons ?
    et plus proche du sujet les retards d’avions seront aussi concernés ? parce que si l’on ne doit plus voyager en sécurité mais a l’heure, les transport vont devenir morbide...