14/12/2009 à 20h09

Presse : « Dépôt de bilan », le terme est lâché aux NMPP

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Selon un document confidentiel que s'est procuré Eco89, la situation du leader de la distribution de la presse est alarmante.


Marchand de journaux à Nice le 5 mars 2009 (Eric Gaillard/Reuters)

Les Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP), principal acteur de la distribution de la presse en France, viennent d'adopter un nouveau nom. Mais s'appeler « Presstalis » ne changera rien au fait que l'opérateur est à neuf mois du dépôt de bilan, selon un document confidentiel qu'Eco89 a pu consulter.

Jeudi dernier, le directeur général des NMPP, Rémy Pflimlin, conviait les journalistes à visiter le nouveau siège de son entreprise, qui lui permettra d'économiser 6,5 millions d'euros par an. L'occasion aussi de dévoiler son nouveau nom. Le désormais patron de Presstalis s'est voulu rassurant sur la situation financière du groupe, détenu à 51% par cinq coopératives d'éditeurs de presse et à 49% par Lagardère, qui en est l'opérateur :

« La question de la trésorerie ne se pose pas aux NMPP, pas à court terme. (...) Dans nos projections 2010, il n'y a pas de difficulté importante de prévue. »

Eco89 a eu connaissance d'un document qui montre de manière éclatante le contraire. Il s'agit du compte-rendu d'un conseil d'administration de la Coopérative de la presse périodique (CPP), l'une des plus importantes des NMPP (le président de la CPP, Jean de Montmort, préside d'ailleurs aussi le conseil de gérance des NMPP).

Ce conseil s'est tenu le 25 septembre. Plusieurs administrateurs de la CPP, mais aussi des dirigeants de la coopérative ou des messageries, y tiennent des propos extrêmement alarmants quant à la situation financière du groupe dans son ensemble.

« Loïc Guilloux suggère d'aller jusqu'au dépôt de bilan »

Ainsi, Pierre Pus, directeur général adjoint des NMPP et directeur des affaires administratives et financières du groupe, parle du « cap difficile de trésorerie d'août 2010 ». La phrase complète est même explosive, puisqu'elle remet en cause le plan de départs volontaires actuellement en cours :

« M. Pus précise que 120 personnes doivent quitter l'entreprise d'ici le 1er janvier 2011, ce qui représente un coût de 26 M€. Geler le plan permettrait de passer le cap difficile de trésorerie d'août 2010. »

Le président de Condé Nast France -éditeur de GQ, Vogue, Glamour... et administrateur de la CPP- Xavier Romatet, se prononce aussi pour un gel du plan des NMPP.

Avec une prévision de résultat en déficit de 17 millions d'euros en 2009, ou plutôt de 47 millions d'euros en incluant la dépréciation d'actifs, la situation est effectivement alarmante. Si les NMPP sont encore en déficit l'an prochain, elles seront obligées de trouver de nouveaux fonds propres, ou de déposer le bilan :

« Pour [le directeur de la CPP Jean-Paul] Abonnenc, trois voyants sont au rouge : l'exploitation, les fonds propres et la trésorerie. »

Un administrateur, Loïc Guilloux (Prisma Presse), « suggère d'aller jusqu'au dépôt de bilan ». En réponse, Jean-Paul Abonnenc rappelle « la nécessité de reconstituer les fonds propres de l'entreprise d'ici un an qui, si elle n'est pas réalisée, nous rapprochera d'une telle décision ». Le président de la CPP se prononce pour un « appel de capital ».

Outre la crise générale de la presse écrite (le document précise que tous les chiffres de vente sont en baisse, sauf ceux de la presse féminine), cette dramatique « dérive budgétaire » a plusieurs raisons. Sur les CDD et les heures supplémentaires par exemple, l'excédent de dépense est de 3,9 M€ par rapport au budget.

Un chiffon rouge pour le syndicat du livre

Certaines des solutions proposées pourraient mettre en rogne le très puissant syndicat du Livre, majoritaire aux NMPP :

« Les frais de personnel ne baissent que de 1,6 M€ alors qu'un différentiel de 4,5 M€ était inscrit au budget. Le président souhaite connaître la raison de cette dérive.

M. Pus précise que, sur l'ensemble de l'année, la masse salariale devait baisser de 15 M€, mais que seulement 7,5 M€ seront réalisés car le nombre de postes n'a pas baissé autant que les départs [...].

M. Pus craint que, si une renégociation n'intervient pas, les départs en retraite soient en partie remplacés. Le président souhaite que cette renégociation intervienne au plus vite.

[L'éditeur du Figaro Frédéric] Cassegrain met en garde les NMPP sur l'éventualité de conflits en octobre et novembre. M. Pus ajoute que l'entreprise n'a plus les moyens de financer de telles dérives. »

Pour éviter la catastrophe, les administrateurs évoquent aussi la possibilité d'augmenter les barèmes (les tarifs que payent les éditeurs pour la distribution), mais l'un d'eux, Yves de Kerautem (Réponses Maison), « juge inacceptable une hausse de trois points », qui permettrait de dégager 60 millions d'euros.

« S'il y a un problème de trésorerie... »

Le directeur général de Presstalis, Rémy Pflimlin, n'a pas pu être joint lundi pour commenter les criantes différences entre ses déclarations de jeudi et ce compte-rendu. La semaine dernière, il faisait une déclaration qui devrait mécontenter les éditeurs :

« Si il y a un problème de trésorerie, il faudrait examiner la possibilité de payer plus tard les éditeurs. »

Or ceux-ci sont déjà étranglés par la crise... Interrogé sur d'éventuels changements de situation depuis le 25 septembre, un porte-parole de Presstalis a rappelé que la baisse du chiffre d'affaires se stabilise (-7% prévus sur 2009) et évoqué « 20 millions d'euros d'économie réalisées », sans plus de précision :

« Les débats dont vous faites état ne sont pas publics, seulement une trentaine de personnes à Paris sont au courant. Il y a une crise, ça va mal, mais des mesures sont prises et les choses sont sous contrôle. »

La distribution de la presse, et la situation économique de son principal acteur français, les NMPP, est un problème récurrent pour le gouvernement et les acteurs de la filière. Cette question devait être abordée lors des états généraux de la presse en 2008, mais les débats ont surtout abouti à un plan de modernisation de la distribution, et non à une refonte totale du modèle économique. Qui semble pourtant de plus en plus indispensable.

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  • Compte supprimé le 23 janvier 7
    • Posté à 21h52 le 14/12/2009

    Quelle est la responsabilité de la filpac CGT ?
    Enorme

    Elle s'est toujours opposée à la restructuration de ce secteur depuis plus 15 ans , comme elle a coulé de nombreuses imprimeries de presse

    La filpac est le principal fossoyeur de la presse française

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 22h31 le 14/12/2009
    • Internaute
      non connue

    J'ai lu le titre, je me suis dit : « tiens, on va casser du cégétiste sur un sujet pareil »

    Et bingo !

    On va critiquer le coût d'un plan social et bingo !
    (ramenez toujours le coût d'un plan social à son retour sur investissement, comme tout investissement, et vous allez voir que c'est peanuts)

    On va accuser la CGT d'empêcher de sauver l'entreprise, et bingo !
    (sûr que chez Conti, les efforts qu'ont fait les syndicats ont payé...)

    Et on va accuser la CGT de profiter d'un rapport de force à son avantage, et bingo !
    (quand les syndicats sont les faibles du rapport de force, ça donne... la situation d'aujourd'hui)

  • Presstalis
    Presstalis
    resp. des relations extérieures
    • Posté à 21h08 le 15/12/2009
    • Internaute
      resp. des relations extérieures

    paris le 15 décembre, Précisions de Presstalis :

    En réaction à votre article d'hier soir intitulé « Presse : “ dépôt de bilan ” le terme est lâché aux Nmpp », voici des précisions pour compléter certains éléments, pour la plupart déjà énoncés récemment, notamment lors de la conférence de presse de Presstalis du 11 décembre dernier, qui se réfèrent au plan stratégique Défi 2010 lancé par le groupe Nmpp en 2007.

    Sur les fonds propres :
    Une problématique autour des fonds propres de l'entreprise existe depuis 2008 du fait de la provision de 62 millions d'euros inscrite dans les comptes 2007, pour financer le plan de modernisation dans son aspect social (départs en préretraite à 56 ans autofinancés par l'entreprise sans aucun aide externe pour environ 300 salariés). Dans ce contexte, les fonds propres sont devenus négatifs. La question fait régulièrement l'objet d'échanges, en particulier cette année, du fait de l'accélération de la baisse des ventes et des difficultés induites. La reconstitution prévue des fonds propres - qui concerne au premier chef les actionnaires – a subi de ce fait un décalage.

    Sur la trésorerie :
    Elle est directement impactée d'une part par la baisse forte du volume d'affaires, qui concerne tout le secteur, et d'autre part par les décaissements liés aux départs en préretraite prévus dans le plan. La situation difficile du secteur (dépôts et diffuseurs) impacte négativement le rythme et le niveau des encaissements.
    Ces éléments sont suivis attentivement, toutes les hypothèses sont discutées, mais il n'a jamais été question d'autre chose que de tensions ou de situations très particulières, comme celle spécifique et anticipée du mois août 2010 du fait du faible volume d'activité en cette période estivale.

    Sur la réalisation du plan d'économies et de développement :
    Le plan se déroule conformément à ce qui était prévu : réorganisation industrielles et logistiques sur la distribution des quotidiens et publications (fermeture de Combs-la-Ville, remplacement du centre de Stains par un nouveau centre à Gonesse, début de l'intégration de certaines ARM dans des dépôts du groupe), départs de salariés en préretraite, etc. A fin octobre 2009, les charges annuelles étaient mêmes inférieures au budget prévu de 3 millions d'euros. Le montant global d'économies était prévu à 30 millions d'euros à l'issue du plan. Face à la crise aggravée cette année, ce montant a été relevé à 50 millions d'euros (soit 15% des charges) grâce au déménagement, à de nouvelles économies dans les centres ainsi qu'au siège social.
    En outre, la politique volontariste de développement et d'amélioration du réseau se poursuit (développement des points de vente, assortiment et plafonnement, etc.), de même que le développement de nouvelles activités se poursuit (accord avec Kiala, extension de l'accord avec Editis notamment).

    La distribution de la presse écrite en France est confrontée à une crise des ventes qui impacte tous ses acteurs, comme d'ailleurs dans l'ensemble des pays occidentaux.
    Cette crise a été largement débattue ces derniers mois, dans le cadre notamment des Etats Généraux de la Presse Ecrite (EGPE) organisés par les pouvoirs publics. Des réformes ont été par la suite engagées, et des restructurations envisagées, tout particulièrement au niveau 2 (dépôts). Comme tout acteur majeur impliqué dans son secteur, Presstalis prend et prendra toutes ses responsabilités, comme il l'a toujours fait.

  • CPP
    CPP
    Coopérative de la presse (...)
    • Posté à 15h19 le 16/12/2009
    • Internaute
      Coopérative de la presse (...)

    Le Conseil d'Administration de la Coopérative de la Presse Périodique déplore unanimement la divulgation malveillante d'un projet de compte-rendu de procès-verbal (pas encore approuvé) et rappelle que les échanges entre administrateurs -par nature libres et confidentiels- ont aussi pour vocation l'étude de différentes hypothèses de travail.

    Le Président de la Coopérative de la Presse Périodique, Monsieur Jean de MONTMORT, estime « qu'une telle divulgation -le jour même du changement de nom des NMPP en PRESSTALIS et de l'emménagement dans son nouveau siège social- n'est pas le fait du hasard et relève clairement d'une stratégie délibérée et irresponsable de déstabilisation externe ».

  • Eco89
    Eco89 répond à CPP
    • Posté à 15h27 le 16/12/2009

    Si Eco89 a décidé de publier ce communiqué (ce que ne demandait pas la CPP), nous en désapprouvons totalement les qualificatifs : en publiant cet article, notre but n'était pas « malveillant », ni de « déstabiliser » quiconque, mais d'informer.