Clearstream : Clément raconte la pression de Villepin et Sarkozy

Dominique de Villepin et Pascal Clément le 11 mai 2006 à l'Elysée (Charles Platiau/Reuters)

C'est l'une des nombreuses perles de l'enquête menée par Mathieu Delahousse, confrère du Figaro, sur les mœurs de la place Vendôme, « Justice le ministère infernal » (Flammarion), à paraître la semaine prochaine. La scène se déroule au printemps 2007, avant l'élection présidentielle, au moment où la presse déballe l'affaire Clearstream 2.

Pascal Clément est alors le garde des Sceaux et voici comment il se retrouve pris entre le marteau et l'enclume :

« Je reçois un matin sur le téléphone interministériel un appel de Dominique de Villepin [alors Premier ministre, ndlr] :

- Tu as vu la presse ! Il n'y a plus de secret de l'instruction… Ce n'est pas possible ! Il faut poursuivre !

Il me demandait sans le dire de poursuivre les avocats de Nicolas Sarkozy suspectés d'alimenter la presse. Deux heures plus tard, coup de téléphone de Nicolas Sarkozy [alors ministre de l'Intérieur, ndlr] :

- Allô Pascal ! Tu as vu ce qu'a fait le Premier ministre ! Tu as compris ce qu'il a fait ! Qu'est-ce que tu attends pour le poursuivre ?

Je raccroche bras ballants : je suis cerné ! Le lendemain, au Conseil des ministres, le Président [Jacques Chirac, ndlr] se penche vers moi et me glisse :

- Dis-moi Pascal, comment fais-tu avec ces deux fous ?

Je rétorque :

- Monsieur le Président, si vous saviez comme vous dites vrai…

Cela m'a touché et stabilisé. Cela m'a calmé. Comment je faisais avec ces deux fous ? Je faisais comme je le pouvais ! Je n'avais rien raconté au Président mais il avait tout deviné : j'avais la pression du Premier ministre et du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur ! Qui dit mieux ? (…) J'ai fini par ordonner moi-même des poursuites contre X pour violation du secret de l'instruction.

Cela a sacrément calmé le jeu. Je ne l'ai pas fait parce que Dominique de Villepin me l'avait demandé mais parce que les articles de presse étaient permanents et nourrissaient sans cesse le feuilleton. »

Savoureuse anecdote d'un livre dont nous reparlerons bientôt sur Rue89.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Anomie

De Anomie

Vivant | 19H09 | 07/10/2009 | Permalien

Wow … C'est pas bon pour Sarkozy sa ! Quand Villepin ne veut pas que la Presse bafoue une instruction, Sarkozy accuse DDV sans problème… Aïe aïe aïe, je ne comprends rien à l'affaire Clearstream mais la, pour moi c'est clair ! Merci Rue89. merci David Servenay.

Portrait de rrrobotom

De rrrobotom

Echec et Mat | 19H39 | 07/10/2009 | Permalien

Ce n'est plus un roman policier cette affaire c'est devenu un feuilleton qui va nous parvenir épisode par épisode. Cela sent la magouille dont nous ne connaissons ni les instigateurs ni les victimes. Toutefois dans 90% de tels cas, ce sont toujours les bénéficiaires qui en sont les instigateurs. Chercher donc celui qui en a profité le plus et vous trouverez qui est à l'origine de ce micmac. Je vous ne dis pas plus car maintenant il va falloir trop réfléchir pour le deviner !
Merci David pour cet article

Portrait de David Servenay

De David Servenay (auteur)

Rue89 | 20H08 | 07/10/2009 | Permalien

Merci pour le compliment, AnomieVivant, mais rendez à César ce qui appartient à… Mathieu Delahousse.

C'est lui qui a fait le travail (titanesque) de faire parler les quinze derniers ministres de la Justice.

Les autres perles valent aussi leur pesant de révélations. Nous y reviendrons.

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