Proust sous le bras, Sarkozy à la recherche du temps perdu

Nicolas Sarkozy arrive au sommet européen de Bruxelles avec un livre de Proust sous le bras (Sebastien Pirlet/Reuters)
Le Figaro nous informe dans un bref « confidentiel », suffisamment bref pour être reproduit ici dans sa totalité :
« Nicolas Sarkozy poursuit sa lecture des grands classiques de la littérature française. Il lit actuellement “A la recherche du temps perdu”, de Marcel Proust, dans la collection de la “Bibliothèque du Figaro”, présentée par l’académicien Jean d’Ormesson. »
Deux phrases qui contiennent pas moins de deux infos et un message subliminal, un record qui mériterait d’être donné en exemple dans les écoles de journalisme.
Fini le temps où le Président critiquait les classiques qui l’avaient fait souffrir
On y apprend donc que le président de la République « poursuit » sa lecture... C’est comme quand on « RElit » Barthes ou Bourdieu. Il poursuit donc sa lecture des grands classiques de la littérature française.
Quand avait-il commencé ? On l’ignore. Pas quand il partait en croisade contre « La Princesse de Clèves », quand même, confiant qu’il avait « beaucoup souffert sur elle », et que c’était une idiotie d’interroger les candidats à un concours administratif sur un livre qui appartient à la catégorie des « grands classiques de la littérature française ».
A quand une autocritique sur ces saillies populistes maintenant qu’il est revenu à la lecture de ces classiques ? (REvoir la vidéo).
Est-ce depuis que, afin rejoindre le club des présidents qui ne lisent pas que des synthèses d’énarques ou des services de renseignement, il confiait à la presse au printemps dernier qu’il avait trois livres de chevet : « La Révolution française » de Max Gallo, « Désert » de J.M.G. Le Clezio, et « La Reine Margot » d’Alexandre Dumas.
L’autre info, c’est donc qu’il a choisi de lire Proust. Est-ce le titre ? Pour un Président pressé qui s’est égaré un temps dans le bling bling et le libéralisme avant d’être rattrapé par la crise et la chute dans les sondages, « A la recherche du temps perdu » peut sembler une lecture séduisante.
Sarkozy va-t-il trouver dans Proust la sérénité qui lui fait semble-t-il défaut ?
Le chef de l’Etat pourrait y trouver l’inspiration d’une vie, mais peut-être surtout la sérénité que, de l’extérieur, on subodore qu’elle lui fait cruellement défaut. Et, avec un peu de chance, il pourra terminer, comme Proust, par un dernier volume intitulé « Le Temps retrouvé »...
Mais qu’il se rassure, s’il n’a pas vraiment le temps de lire l’intégrale de l’oeuvre majeure de Proust, d’autres le font pour lui, il pourra la podcaster et l’écouter dans son iPod en route vers la réunion du G20. (voir la vidéo)
Au détour d’une information « confidentielle », et ça fait pas de mal, le Figaro se fait une petite campagne de pub subliminale sur le dos du président, car Nicolas Sarkozy ne lit pas n’importe quelle édition du « temps perdu » : celle de la collection de la « Bibliothèque du Figaro », présentée par Jean d’Ormesson...
Vivement que le Président se mette aux produits dérivés de Rue89
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Ou que Brice Hortefeux a fait commander 50 000 t-shirts « Un seul Hortefeux, déjà des problèmes », pour distribuer aux jeunes des banlieues qui ont le sens de l’humour...
En attendant, réjouissons-nous d’avoir un Président qui « relit les grands classiques de la littérature française ». Et remercions Le Figaro pour son scoop désintéressé.
Photo : Nicolas Sarkozy arrive au sommet européen de Bruxelles jeudi avec un livre de Proust sous le bras (Sebastien Pirlet/Reuters)
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Chroniqueur
Chroniqueur
Je suis partagé. On ne peut pas lui reprocher toute la vie cette histoire de Princesse de Clèves et la diffusion dans la presse de son désir de culture.
Qu’il se mette à lire Proust ou pas, ça n’est pas très important, mais qu’il ait envie de le faire savoir, c’est la preuve que la lecture des classiques reste valorisée dans son esprit et donc dans le pays d’une manière générale. Ça peut peut-être donner des idées à d’autres, qui ne feraient pas la démarche sans ce type de stimulation (après tout, la Princesse de Clèves n’a jamais été aussi lue et, franchement, il fallait vraiment que Sarko la booste parce que, bof...).
Mais relire (ou seulement lire) tout Maupassant, c’est facile (c’est très accessible), pas cher (essentiellement des nouvelles publiées en petits bouquins de poche), et vraiment formidable. Proust, c’est une autre paire de manches et je ne suis jamais vraiment entré dans la Recherche même si je me dis qu’il faudra que je fasse vraiment l’effort un jour.
Je lui souhaite donc plutôt bonne chance dans cette aventure et je me dis que je préfère qu’il fasse la promo de la littérature plutôt que celle de l’horlogerie de luxe.




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