
Dray : « Ma femme nous donne du liquide aux enfants et à moi »
Entendu depuis ce mardi matin à la brigade financière, le député de l'Essonne Julien Dray s'explique sur quelque 350 000 euros de mouvements de fonds suspects entre 2006 et 2008 entre ses comptes bancaires et ceux de ses amis et collaborateurs, décelés par Tracfin et ayant donné lieu à l'ouverture d'une enquête préliminaire.
L'argent venait en grande partie des associations Les Parrains de SOS-Racisme et Fidl, dont il est particulièrement proche. Il risque, si le parquet ne classe pas l'affaire, un renvoi direct devant le tribunal correctionnel pour « abus de confiance ».
Après une pause à 13 heures pour déjeuner avec ses avocats, Julien Dray a repris ce mardi 23 juin le chemin des bureaux de la Financière, rue du Château des Rentiers, dans le XIIIe arrondissement de Paris. « Je resterai tant qu'il le faudra, et je reviendrai demain et après demain s'il le faut », a-t-il assuré à ses conseils, Lef Forster et Florence Gaudillière.
Député, il ne peut être placé sous le régime de garde à vue, contrairement au simple citoyen. Toute mesure privative ou restrictive de liberté aurait nécessité la levée de son immunité, mais la demande n'a pas été faite au bureau de l'Assemblée.
Pas de retraits sur ses comptes bancaires
Les premiers éléments des explications de Dray aux enquêteurs commencent à filtrer. « Juju » s'est vu demander par les policiers, intrigués par l'absence de retraits sur ses comptes, pourquoi il ne tirait jamais d'argent liquide aux guichets. Il met en avant dans ses réponses la répartition des dépenses au sein du ménage familial.
En substance, il assure que sa femme Catherine, cadre d'Air France, et lui disposent de comptes séparés pour la vie du couple et s'entraident selon un rituel très établi. Chaque mois, elle lui donne de l'argent liquide pour subvenir à ses besoins, ainsi qu'à leurs trois enfants, étudiants en faculté. A lui de payer les dépenses fixes de la famille - électricité, loyers des enfants et autres. Sa femme est elle aussi entendue ce mardi dans un autre bureau de la Financière.
La solidarité des militants
Soupçonnant au vu des flux bancaires entre les comptes de ses proches - assistante parlementaire ou responsables de l'association des « potes » - et les siens un système organisé de financement par les associations à son profit, les policiers ont commencé à l'interroger sur l'argent baladeur dont il avait bénéficié.
Vivant constamment entouré des mêmes amis, dit-il, Dray assure avoir bénéficié de la solidarité des militants qui, eux-mêmes, reproduisent entre eux un même système atypique de prêts d'argent.
Sur les sommes reçues de son attachée de presse Nathalie Fortis, il soutient ainsi qu'il s'agissait de chèques de remboursement du prix d'une montre qu'elle lui aurait achetée. Elle lui aurait par ailleurs prêté de l'argent, qu'il aurait déjà remboursé, dit-il.
Pour Thomas Persuy, jeune responsable financier de SOS, le topo est identique : ce dernier aurait prêté des fonds à Julien Dray, qui lui aurait remboursé…
Selon le député, la période incriminée, 2006 à septembre 2008, correspond - au moins au début - à celle de son engagement dans la campagne de Ségolène Royal. Un engagement heure par heure qui l'a conduit à ne plus s'occuper de l'intendance, déléguant à son entourage, tout acquis à sa personne, de nombreuses dépenses. « Je ne pouvais être partout », assure-t-il, expliquant qu'il n'ouvrait même plus ses relevés de banque.
Un prêt de Pierre Bergé
Il lui reste à s'expliquer sur les circuits curieux de plusieurs chèques, remis à un commerçant de la Côte d'Azur, mais endossés par Dray lui-même, et sur des sommes provenant d'entrepreneurs ayant leur siège social dans l'Essonne, l'un d'eux ayant obtenu un marché public auprès du conseil régional d'Ile-de-France, dont il est vice-président. Que des vieux copains, selon les avocats de Julien Dray…
Il lui faudra aussi revenir sur le prêt accordé par Pierre Bergé, qu'il assure avoir commencé à rembourser. De quoi remplir encore de longues heures d'audition pour le député…

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De ricasse
Etudiant | 18H56 | 23/06/2009 |
En fait, au PS, il y a que des hippies. L'argent, t'en a besoin, tiens, prends ça, pour moi ces biffetons c'est rien et en plus mi case es tu casa, mi montre es tu montre, etc.
Il y a que les idées qui s'échangent avec difficulté. Mais ça c'est normal, il y en a très peu, vu de l'extérieur c'est la pénurie du siècle. En même temps, ils sont pas là pour avoir des idées au PS, faut pas déconner non plus.
De Liger
liger.amsud.net | 19H04 | 23/06/2009 |
Ouais bof, attendons de voir. La présomption d'innocence, ça existe.
Ce qui craint, avec les prêts, c'est qu'il faut les rembourser et donc on a 2 fois plus de preuves à apporter, et 2 fois plus de chances de se faire gauler le cas échéant.
Ca me rappelle Beregovoy, et le prêt de Pelat.
C'est curieux, à gauche, on se fait piquer pour des prêts.
A droite, c'est pour des abus de biens sociaux : on pique alors qu'on a déjà beaucoup.
De Kokkino
.. | 19H08 | 23/06/2009 |
Julien n'a rien vu, n'a rien fait, et d'ailleurs c'est la faute de sa femme : elle ose lui refiler du liquide dont il ignore la provenance ! Et pis c'est aussi la faute à Ségolène qui l'a submergé de boulot !
Bravo Juju pour ton sens des responsabilités !
De Lidenbrock
21H21 | 23/06/2009 |
A pleurer, à vomir…
A pleurer de rage, de déception (hé oui, malgré tout), d'écoeurement, de lire que ce mois de juin 2009 voit un des membres du PS invoquer une hypothétique et plus qu'invraisemblable distribution de l'argent de poche par la mère de famille (on se croirait revenus aux temps de Zola… pour qui nous prend-il ? ) ou le prêt par une attachée parlementaire (super bien payée apparemment…) pour justifier des dépenses invraisemblables (350 000€ ça se trouve pas sous le sabot d'un âne ni dans la poche d'un militant de base pour autant que je sache… ou alors, je n'ai vraiment pas les bonnes adresses ! ).
A vomir de constater que ce mois de juin 2009 voit le neveu de François Miterrand entrer sans le moindre complexe dans un gouvernement que son oncle n'aurait pas manqué de fustiger avec hauteur, élégance et ironie… Mais bon, on n'a pas toujours les héritiers que l'on mérite.
Tous ces gens pourront toujours invoquer, plus tard, la nécessité, le sacrifice qu'ils auront fait de leur réputation et de Dieu sait quoi pour justifier leurs actes et paroles de ce jour, mais nous avons une excellente mémoire, dommage pour eux. Le mépris, la désinvolture et le cynisme qu'ils affichent leur reviendront un jour en pleine figure.