Camp action climat : « Vive les médias libres »... mais pas trop !
« Aider la médiatisation de la lutte contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et plus largement des actions de résistance aux crimes climatiques. » C’est l’un des objectifs du Camp action climat, installé cette semaine dans cette commune de Loire-Atlantique. Médiatiser oui, mais au sens où les quelque 600 campeurs, dont beaucoup de militants écolo, l’entendent.
Avant d’entrer dans le camp, une feuille est distribuée aux journalistes. A côté du « plan du village », une somme de recommandations que même l’Elysée n’oserait adresser aux médias. A l’image de celles-ci :
- « Vous ne pourrez pénétrer sur l’espace du Camp action climat qu’accompagnéEs d’un-E ou de deux référentEs. »
- « Vous ne devez prendre des photos ou filmer les personnes sur le camp qu’avec l’autorisation expresse de ces dernières. »
- « Les interviews de représentants d’organisation se font en dehors du camp. »
Et si jamais il venait l’envie aux journalistes de contourner ces consignes, la sanction est également prévue dans ledit document :
« Toute personne vous apercevant ne pas respecter ces quelques règles de bienséance est à même de vous les rappeler et, le cas échéant, de vous demander de quitter le camp si vous refusez de vous y soumettre. »
De quoi rire -jaune- à la vue de l’exclamation, en gras, au bas de cette feuille de route légèrement spéciale :
« Vive les médias libres ! ! ! »
« Des médias aux mains de grands groupes industriels »
Pourquoi ces consignes ? La volonté d’éviter que des leaders soient mis en avant (bien qu’eux-mêmes parlent de « représentants d’organisation ») et de protéger l’intimité des campeurs (qui participent tout de même à une opération médiatique). Mais surtout la méfiance qu’ils éprouvent envers les médias :
« Nous savons tous que les médias pour lesquels vous travaillez peut-être sont aux mains de grands groupes industriels dont les intérêts sont à l’opposé de ce que nous défendons.
Rajoutons peut-être que certains d’entre vous ont pris l’habitude un brin fâcheuse de relayer davantage les lieux communs de la profession et les points de vue dominants que de ceux et celles qui luttent contre l’ordre économique dominant. »
Contraints d’utiliser des médias qu’il n’aiment pas pour faire connaître leurs revendications, les campeurs tentent de développer « un mode de communication alternatif », nous explique Laurence, qui avait « à ce moment-là à la main le portable des relations avec les journalistes » :
« On a un espace média, on envoie des communiqués de presse, on fait nos propres vidéos... »
« J’ai l’impression d’être en reportage en Corée du Nord »
Certains partis politiques ne rêveraient pas d’autre chose : encadrer le travail des journalistes, voire leur fournir eux-mêmes la matière pour leur reportage ! Dans celui que leur a consacré Ouest-France, mardi, le reporter ne dit pas autre chose :
« Ici, on s’autogère et gère ces médias jugés, par certains d’entre eux, “encombrants”. Ces journalistes, on s’en méfie, on les “gère” en imposant des règles que leurs aïeux soixante-huitards, auraient nommé “interdits”. »
Idem dans l’article que consacre ce vendredi Libération à Camp action climat. La journaliste Laure Noualhat raconte sa venue sous forme d’instantanés :
« Branle-bas de combat. L’arrivée d’une journaliste de Libé déclenche la tenue exceptionnelle d’une assemblée générale, intitulée “présence d’une journaliste sur le camp”.
Ici, les règles sont simples : les représentants des médias dominants sont indésirables, car soupçonnés, souvent à raison, de caricaturer ce qui se passe. »
A l’entrée du « média center », réservé aux « médias libres », une pancarte : « Don’t hate the media, BE the media » (« Ne haïssez pas les médias, devenez les médias »). (...) Au fond de moi, j’ai l’impression d’être partie en reportage en Corée du Nord, toutes choses égales par ailleurs. »
« Vers une professionnalisation de la communication »
La démarche en revanche ne « surprend absolument pas » Hélène Crié-Wiesner, spécialiste des questions environnementales et blogueuse à Rue89, qui vit aux Etats-unis :
« Les organisations écologiques françaises vont vers une professionnalisation de la communication à l’anglo-saxonne. Greenpeace International utilise ce fonctionnement quasi militaire depuis longtemps.
Il n’y a qu’en France que l’on considère encore que c’est une dérive. D’ailleurs, Greenpeace France a du mal à adopter les mêmes règles. »
En attendant peut-être de voir se généraliser ces pratiques en France, on ne peut que les déplorer (comme on déplore les dérives de certains « médias dominants »). Et en dénoncer les paradoxes : par exemple, Camp action climat ne veut mettre personne en avant, mais a invité en guest star José Bové, qui avait accepté avant de devoir annuler.
- Sur campclimat.orgLe site de Camp action climat
- Sur ouest-france.frOn refait le monde sans kérozène, sur Ouest-France.fr
- Sur rue89.comTous nos articles sur l'écologie
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Al Abordaje
Al Abordaje
A Julien Martin
Ah éternel problème du journaliste et de son rapport aux citoyens...
Je dois dire que je ne suis pas étonné de voir un journaliste prendre le défense de sa corporation. Ceci dit, le nombre d’articles qui décrient le comportement « despotique » des militants est ces derniers temps assez courant. Plutôt que décrier des comportements, il faut aussi les comprendre. Ca fait plaisir à personne de dire « pas de journalistes ici » pour l’avoir vécu. En même temps, (la je parle pas spécialement pour le camp action climat) quand au bout de quelques articles tu vois se multiplier les erreurs grossières dans les articles, les confusions, volontaires ou non, et, beaucoup plus souvent qu’on le pense, les manipulations pure et simple ; et ben t’as plus trop envie d’avoir a faire à un journaliste, et à le laisser déambuler partout.
Par exemple, mouvement social universitaire, climat tendu avec occupation, barrages etc. Un journaliste d’une télé régionale viens te voir avec caméra sur un piquet de grève pour une interview. Les collègues les sommes de dégarpirs, les journalistes hurle à la corée du nord, en passant par le goulag, Pol-pot j’en passe et des meileures. Finalement t’accepte l’interview, parce qu’effectivement, ça te rappelle pas forcément les heures les plus glorieuses de la démocratie. Tu limite l’interview à 2 min. parce que tu sait que sinon ton message sera inévitablement déformé. La journaliste te dis « avant de commencer j’ai quelques questions ». Bon, certes, tu répond à quelques unes. Puis, l’interview commence, elle te pose que des questions polémiques à 2 balles (« vous êtes une minorité ce n’est pas démocratique de bloquer une majorité »). Tu prend soin d’expliquer pédagogiquement ton point de vue, en montrant le parti pris de sa question. La journaliste te remercie, tu discute avec elle de son travail, de la déontologie, qu’elle considère comme essentielle et respecter à la lettre etc.
Le lendemain t’allume ta télé pour voir les infos, et là tu tombe sur le cul. Une voix off carrément partisane introduit le sujet (« un bloqueur partisan et décomplexé car il sait qu’il représente une minorité nous parle »). Tu te rend compte que tu as été filmé a ton insu avant l’interview, alors que ce n’était absolument pas convenu. Et surtout, l’interview ne représente pas le fil chronologique, questions et réponses sont mélangées, avec des incursions voix off.
Résultat : l’interview me faisait dire exactement le contraire de mon message. Tant pis pour mon amour propre. Décidé à avoir des explications, j’ai écris au journal, aucune réponse. J’ai recroisé la journaliste trois jours plus tard, et je lui est demandé, puisqu’elle défendait la déontologie de son travail, de me remettre les rushs de l’interview. Réponse : « je ne les ai plus ». Sauf que ses images ont étés utilisé quelques semaines plus tard au tribunal comme preuve de détériorations de matériel...
Alors voilà, à la base moi j’ai rien contre les journalistes. Mais t’imagine bien qu’après ce genre de déconvenue, t’as plus trop envie de participer au jeu médiatique (comme pas mal de « militants » y compris écolos). Et j’ai un peu l’impression que pour votre corporation, c’est beaucoup plus simple de décrier la réaction de rejet plutôt que de se remettre en cause.
Alors à quand un petit article d’un journaliste sur les dérives du métiers, les problèmes rencontrés, les cas de consciences etc ?




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