tribune 06/08/2009 à 13h03

Tourisme médical : l'Inde, futur hôpital du monde ?

François Pitti | conseiller du commerce extérieur


Des enfants atteints d’un cancer dans un hopîtal de Bombay (Arko Datta/Reuters)

La position dominante de l’Inde dans les services numériques lui a valu le surnom de « bureau du monde ». Dans quelques années, on l’appellera aussi l’« hôpital du monde ».

Le vieillissement de la population mondiale et sa préoccupation grandissante dans les pays occidentaux pour le bien-être ont dopé le marché mondial de la santé. Les dépenses croissantes des populations aux Etats-Unis et en Europe (représentant déjà 8,9% du PIB dans l’OCDE) le tirent durablement à la hausse.

Le secteur pharmaceutique qui représente déjà un marché de 700 milliards de dollars devrait tripler d’ici à 2020. L’explosion des flux internationaux de services et de produits lui a permis de se mondialiser considérablement depuis quelques années. L’Inde compte fermement en capter une part croissante et ainsi devenir le leader de ce nouveau marché planétaire à l’horizon 2050.

Il manque pourtant 600 000 médecins et 1 million d’infirmiers

L’idée qu’elle puisse devenir le nouveau docteur et le nouveau pharmacien du monde a de quoi surprendre : la commission du budget du gouvernement indien reconnaît même que le pays manque de 600 000 médecins et d’un million d’infirmiers pour pourvoir aux soins basiques de la population ! L’Inde compte à peine un praticien pour 10 000 patients aujourd’hui, quand la France en compte un pour 322.

Et pourtant, cette ambition constitue l’une des clefs de voûte de la stratégie indienne de conquête des marchés mondiaux de la connaissance. Le pays se positionne sur trois secteurs en croissance exponentielle :

  • le marché des génériques (il est déjà numéro un)
  • les services de télémédecine
  • le « tourisme médical »


Le marché des médicaments génériques

Il représente 14% des ventes de médicaments. Les politiques budgétaires le feront progresser fortement au cours des prochaines années. La santé représente en effet l’un des plus gros postes de dépense publique dans l’hémisphère nord, avec une prise en charge étatique de près de 75% dans les pays de l’OCDE.

Les ventes mondiales de génériques devraient s’approcher dans une décennie de 300 milliards d’euros. L’enjeu économique est donc considérable pour l’Inde, cette valeur représentant un tiers de son PIB.

Le pays a développé un savoir-faire en copiant des molécules mises au point à l’étranger, ce qui a alimenté un débat féroce sur la mise à mal de la propriété intellectuelle dans ce domaine. L’Inde est déjà au premier plan des producteurs de médicaments génériques. Les ventes liées à cette industrie sont estimées à 1,5 milliard d’euros pour 2007 (dont 60% exportés) et New Dehli s’attend à une croissance explosive de ces revenus (5 milliards d’euros en 2010).

L’Inde cherche à restructurer son industrie pharmaceutique afin d’améliorer sa compétitivité et de concurrencer les multinationales du Nord. Les centres de Gurgaon près de Dehli, Puna ou Bangalore seront les fers de lance de cette stratégie. Des opérations récentes telles que la reprise de l’allemand Betapharm par Dr Reddy’s laboratories (pour 570 millions de dollars) ou le rachat des génériques d’Aventis par Ranbaxy en annoncent sans doute beaucoup d’autres.

2

La médecine à distance

Le développement et l’exportation de services de télémédecine (diagnostics, consultations...) est le deuxième vecteur majeur de croissance pour l’Inde médicale.

La dématérialisation de l’imagerie médicale permet déjà à certaines sociétés de télé-radiologie de Bangalore de proposer des consultations dans le monde entier et de prononcer quotidiennement des diagnostics basés sur des centaines de scanners. Ceux-ci sont rendus dans les trente minutes, vers tous les continents, 24 heures par jour.

L’Inde sait qu’elle peut compter sur le grand nombre de praticiens qui ont étudié aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, et retournent au pays rejoindre un bataillon grandissant de télé-radiologues et télé-praticiens.

Le sous-continent espère exporter ses services vers des pays souffrant d’un déficit de radiologues. Sont privilégiés à court terme les Etats moins exigeants que les pays européens, car les réglementations en matière d’externalisation de services médicaux sont encore trop strictes dans ces derniers.

L’entreprise TCIL a par exemple l’exclusivité de la mise en place de services de télémédecine vers l’Afghanistan (le protocole a été signé par l’ambassadeur indien à Kaboul en 2008). En janvier 2009, un don d’équipements de télémédecine a été octroyé par l’Inde à la République Démocratique du Congo dans le cadre de la coopération entre les deux pays. Et les médecins de l’hôpital de Sakandra à Chennai suivent à distance 700 Mauriciens ayant effectué des opérations de chirurgie ophtalmologique dans leur établissement.

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Le tourisme médical

Le dernier pilier de la stratégie de l’Inde dans le secteur de la santé est l’industrie du tourisme médical. Selon le cabinet McKinsey, la croissance de cette industrie devrait exploser et ses ventes atteindre pas moins de 2,3 milliards de dollars pour 2012 (soit près de dix fois le volume de 2002).

L’Inde est discrètement mais rapidement devenue l’un des plus importants pays émergents exportateurs de soins (aux côtés de Cuba, de la Bolivie, de l’Afrique du Sud, ou de la Thaïlande). Près de 100 000 touristes médicaux (sur deux millions estimés au niveau mondial) viennent en Inde chaque année, un chiffre appelé à croître de 15% annuellement.

Les opérations les plus demandées sont les traitements cardiaques, les greffes de moelle osseuse, ou les remplacements de la hanche et du genou. On comprend pourquoi : le coût d’une greffe du foie passe de 500 000 dollars à 30 000 dollars en Inde, celui d’une greffe de la moelle de 250 000 à 20 000 dollars... Les « patients mondialisés » rejettent les commentaires sur le risque qu’ils prennent en mettant en exergue le coût prohibitif des soins dans leur pays d’origine.

Une nouvelle stratégie de croissance pour l’Inde

Le positionnement de l’Inde dans le secteur de la santé va de pair avec son intérêt persistant pour les services numérique et ses investissements croissants pour l’industrie. On a moins vu qu’il participait d’une stratégie de marque dans des secteurs à haute valeur ajoutée et apportant une grande visibilité internationale.

La France a-t-elle pris conscience de l’éventualité de cette nouvelle donne sur l’échiquier global ? La décennie à venir permettra de juger de la pertinence de la nouvelle stratégie de croissance indienne, largement inédite et en tout les cas plus complète et plus offensive.


L’article ci-dessus reprend des éléments approfondis dans un Cahier publié par le think tank En Temps Réel, intitulé « Chine et Inde : vers une stratégie de marque » et disponible sur le site EnTempsReel.com.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h44 le 06/08/2009
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    ils viendront à pied par la Chine pour soigner leurs maladies contrepètriques .
    De toutes façons , la marche, c’est excellent pour la santé des vieux occidentaux qui ont abusé du camping-car...

  • Chabouline
    Chabouline
    En fusion
    • Posté à 14h52 le 06/08/2009
    • Internaute 41624
      En fusion

    La télé-médecine !

    Tu achètes un switch USB 8 ports, tu y branches une caméra USB, un bistouri USB, une seringue USB, une infirmière USB, et tout le fourbi USB qu’il faut pour moins de 50 euros sur E-Bay.

    Tu t’installes confortablement devant ton ordinateur, tu te connectes sur Lien et l’on te changes l’oreillette droite pour 5 euros. Paiement sécurisé en ligne !

    Elle est pas belle la vie !

  • kk
    kk
    au vert
    • Posté à 14h01 le 06/08/2009
    • Internaute 13480
      au vert

    C’est quoi un « conseiller du commerce extérieur » ?

    • pablico
      pablico répond à kk
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 15h17 le 06/08/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      si ils ratent l’opération, et qu’on meure.

      nous brulent-t-ils après sur le bord du Gange ?

      qui va payer le bois ? (le défunt ou la famille ?)

      il faut penser à tout tant qu’à faire. non ?

      mort de rire ! ! ! oh ! pardon, je manque de bon gout.

      • Alexad
        Alexad répond à pablico
        • Posté à 15h49 le 06/08/2009
        • Internaute 8145

        Mais voyons Pablico, une assurance obligatoire pour les frais de bois devra être contractée et signée dans le bureaux de
        X. Bertrand l’assureur ! !
        En cas de non respect de cette procédure, le malade finira dans un des bocaux de cornichons fins et croquants exclusivement cultivés en Inde par des salariés à 40 € par mois.

  • Chuck Norris
    • Posté à 14h01 le 06/08/2009
    • Internaute 32284

    Le tourisme médical devrait cependant assez peu concerner les Français (à moins d’être très fortuné et impatient de recevoir une greffe) de par la bonne couverture des soins qui existe encore.
    Le pire serait qu’en lisant cet article, certains de nos géniaux « économistes de la santé » seraient près à moins couvrir certains soins en France pour les faire pratiquer là-bas...
    Espérons que ça ne leur serve pas de prétexte.

    De plus, vous n’évoquez pas suffisamment à mon sens le décalage existant entre l’état de santé de la population dans de nombreuses régions indiennes, et ces soins pour étrangers fortunés qui sont, je l’imagine, d’une qualité susceptible de convaincre les (très) riches d’aller se faire soigner en Inde. A mon sens la situation ne sera pas tenable si ce « tourisme » se développe : les revendications des Indiens en matière de santé ne pourront qu’aller croissantes avec le développement de ces techniques pour les « autres »...
    De toute façon on s’en fout en tant que français : pour se faire liposucer ou poser des implants, il n’y a « qu’à » traverser la Méditerranée. : -p

    C’est triste quand même de voir la santé traitée comme une simple marchandise...

    • spider-lily
      spider-lily répond à Chuck Norris
      AisfreetomM
      • Posté à 15h32 le 09/08/2009
      • Internaute 73788
        AisfreetomM

      par contre, les « sous-citoyens » français que sont les personnes homosexuelles et qui n’ont pas accès à la procréation ici peuvent être tentées de faire du tourisme médical en Inde où là, on ne juge pas a priori qu’elles seront de mauvais parents.. d’ailleurs avant de dire que les homos sont égoïstes, que les Indiens veulent plus de sous à n’importe quel prix, si on faisait l’égalité en France ?

  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 14h15 le 06/08/2009
    • Internaute 73621
      (...)

    Mon voisin qui habite Mimizan Plage se demande comment il va faire pour aller aux urgences à NewDelhi

    • Chabouline
      Chabouline répond à leo s
      En fusion
      • Posté à 14h55 le 06/08/2009
      • Internaute 41624
        En fusion

      Il prend son surf, attend une grosse vague et hop...

      • Bebert Cassandre
        • Posté à 15h59 le 06/08/2009
        • Internaute 11910

        A Mimizan, pour le surf, c’est pas gagné. Faut attendre la vague, et ça peut prendre du temps. Peut toujours louer un pédalo. Peuvent même se mettre à plusieurs pour pédaler, genre co-voiturage De toute façon, vu le nombre de clowns en mal de notoriété qui se baladent sur les océans sur toutes sortes d’engins, ils ne risquent pas de s’ennuyer. Pourraient même se faire sponsoriser par un laboratoire en se démerdant bien. Quoique...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h21 le 06/08/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ca se comprend, avec 990 000 000 pauvres pour 1 000 000 000 habitants, ça fait un paquet de cobayes pour les génériques, de sujet d’étude pour les apprentis télé-tubbies... heu télé-toubibs et surtout une grande quantité d’organes de rechange pour les touristes médicaux.

    Quoi qu’un organe d’Indien, j’aurais pas confiance. Car en plus de toutes les maladies connues, c’est un coup à devenir fan de Bollywood : D

    Et ils sont malins ces Indiens. Alors que les Chinois copient les sacs Vuiton, qui au final ne servent pas à grand chose, eux copient les médicaments, ce qui sert nettement plus (surtout le valium, le prozac, le tranxène, etc.)

  • aristophane
    • Posté à 22h25 le 06/08/2009
    • Internaute 30810

    Au fait , tous ces médicaments qu’on fabrique, qu’on ingurgite, çà posera problème, un jour !
    Il faut bien qu’on les retrouve quelque part.
    Peut-être qu’il suffira de manger du poisson pour se soigner ?

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h55 le 07/08/2009
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Moi, j’ai la peut-être la Grippe A, et risque donc la chiasse en ce moment !

    ° C’est pourquoi j’ai décidé de me rendre en Inde pour ingurgiter un petit bol de cette délectueuse eau du Gange - plus efficace que l’eau de Lourdes....après mes abblutions, bien sur !

    C’est pas si compliqué que ça de boire cette eau miraculeuse :
    - Il suffit d’écarter de la paume de la main, les croûtes flottantes, les mousses aux couleurs variées...les pansements et les étrons flottants...
    ...avant de se servir un copieux bock à boire cul sec !

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h05 le 07/08/2009
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    [ « Tourisme Médical : L’Inde, futur hôpital du Monde » ]

    ° En effet :
    Montez dans l’ambulance,...nous devrions arriver à l’hôpital dans environ quatre heures. Votre hémorragie sera alors prise en charge.
    - Nous n’allons pas très vite...c’est vrai...
    mais après tout, n’êtes vous pas un touriste en vacances chez nous ?

    ° Là, il s’agit d’un document malgache : Ces gens ont besoin de tout, hélas !