Procès khmer rouge : « C'est Duch qui donne le rythme »
Depuis six mois, Duch, ex-responsable du centre de détention S21 à Tuol Sleng, est sur le banc des accusés. Selon Rithy Panh, réalisateur du documentaire-clé « S-21, la machine de mort khmère rouge », procureurs et parties civiles enchaînent erreur sur erreur et sous-estiment l’adversaire.

Le réalisateur cambodgien Rithy Panh au festival de Rome le 24 octobre (/Alessandro Bianchi/Reuters)
(De Phnom Penh) A Phnom Penh, le procès de Duch bat son plein depuis février 2009. L’ancien directeur de la prison S21 de Tuol Sleng est le premier responsable khmer rouge à passer devant un tribunal mixte de l’ONU.
Jour après jour, des paysans venus de tout le pays suivent, separés de l’accusé par une vitre blindée, le déroulement d’un proces inédit. Pour la première fois dans l’histoire des tribunaux internationaux, des victimes ont pu se constituer parties civiles.
Mais l’incohérence de certains témoignages, le manque de préparation des procureurs et des avocats des parties civiles rendent la partie inégale face à une défense parfaitement huilée.
Ces dernières semaines, ce sont les protagonistes du documentaire de « Rithy Panh S-21, la machine de mort khmère rouge “ -parmi eux des anciens gardes et interrogateurs- qui ont comparu. Entre 12 000 et 17 000 personnes, dont des enfants et des femmes, ont été torturés et exécutés à Tuol Sleng.
Le réalisateur cambodgien porte un regard critique sur le déroulement du procès auquel il assiste assidûment. Interview.
Les Cambodgiens se sentent-ils concernés par le jugement des Khmers rouges ?
Ils ont un vrai intérêt, ils veulent voir comment la justice peut procéder. Ils ont vécu cette histoire-là, ils la connaissent, même s’ils n’ont pas été à S21. Chaque jour, les gens arrivent, souvent de loin, dans des cars affrétés par le tribunal.
On est frappé de constater le manque de cohérence de certains témoignages. Il semble que des personnes, présentées comme victimes de S21, n’y auraient même pas séjourné. Où est la faille ?
Le problème vient des parties civiles et des procureurs qui manquent de discipline de travail et de procédure. Ils présentent des témoins choisis à la légère sans les préparer. Ces derniers ne savent pas comment leur témoignage a été retranscrit.
Du coup, on a l’impression que ce n’est pas Duch qui est sur le banc des accusés mais le témoin. Les conséquences pour lui sont graves.
Certains avocats disent ne pas préparer les témoins pour que cela reste naturel. Or on n’est pas en train de juger des faits qui se sont passés il y a trois jours, mais il y a plus de trente ans.
Les failles dans les témoignages peuvent être dues à des problèmes de mémoire. La mémoire est mouvante, donc il faut y chercher la vérité. Et ça, Duch y est préparé, lui, depuis des mois.
De l’autre côté, la défense semble maîtriser son sujet. Comment comprendre ce fossé entre les deux parties ?
La défense a étudié les dossiers et a élaboré une stratégie, alors que les parties civiles avancent en ordre dispersé et les procureurs ne sont pas préparés. Pour le moment, c’est Duch qui donne le rythme. Les procureurs et les avocats des parties civiles enchaînent erreur sur erreur, car ils sous-estiment le personnage.
Ce n’est pas un monstre quelconque qu’on va juger, c’est bien plus complexe. En plus, il plaide coupable. C’est très intelligent. Quels faits de plus peut-on amener face à une personne qui plaide coupable ? Et comme on fuit le terrain historique et idéologique... on tourne en rond, et le fond n’est jamais abordé.
Pendant tout le procès, la déshumanisation n’a été abordée que deux fois, et de manière très superficielle.
Les procureurs disent ne pas vouloir refaire l’histoire des Khmers rouges...
Cela me gêne lorsque l’on dit que la justice n’est pas là pour faire l’histoire. On est dans le cadre d’un crime contre l’humanité, voire génocidaire. Le procès est appelé à devenir historique. Si on ne tient pas compte de cette dimension, on passe à côté de l’essentiel.
Tout le monde connaît les faits. Et ce n’est pas en demandant 20 fois comment les prisonniers étaient enchaînés ou en montrant 20 fois les mêmes photos aériennes de S21 qu’on va avancer.
Aujourd’hui, Duch apparaît juste comme un maillon de la machine infernale. Or S21 n’est pas une prison comme une autre. Personne n’en sortait. J’ai l’impression qu’on n’apprécie pas encore ce qu’a vraiment été S21. Les documents qui s’y trouvent sont uniques : notes manuscrites sur les aveux des détenus ou les techniques d’interrogatoire, photos de morts sous la torture, etc.
Pourquoi les parties civiles et les procureurs ne les utilisent-ils pas ?
La semaine dernière, un procureur a fait projeter des extraits de votre documentaire ‘S-21, la machine de mort khmère rouge’ dans le cadre d’un témoignage. Avez-vous été consulté ?
Absolument pas. Un minimum de correction du tribunal aurait été de m’en informer. Ils ont utilisé mon film comme s’il s’agissait d’un document produit par les Khmers rouges. C’est une erreur grave.
Un documentaire ne peut pas être considéré comme une preuve. De même qu’un tableau de Van Nath [un des sept survivants de S21, utilisé par les Khmers rouges pour peindre des portraits de Pol Pot. Il a ensuite décrit sur ses toiles les conditions inhumaines au sein de S21,ndlr] est un témoignage, pas une preuve.
Alors qu’il y a plus de 500’000 pièces à conviction à S21. J’ai pu consulter ces archives, pourquoi ne le font-ils pas ? J’ai écrit pour demander des explications, mais le procureur n’a pas daigné me répondre.
Les co-procureurs ont demandé d’introduire la notion d’‘entreprise criminelle conjointe’ [Duch ne serait pas jugé seul, mais avec toute l’équipe ayant travaillé à S21, ndlr]. Du coup, Mam Nay, ancien responsable des interrogatoires à Tuol Sleng, un témoin clef dans le jugement de Duch, n’a rien dit lors de sa comparution.
Quelle implications peut avoir une telle requête ?
Cette requête qui implique le processus d’‘auto-incrimination’ [un témoin peut être poursuivi si les faits qu’il présente sont susceptibles de l’incriminer, ndlr] empêche les gens de parler. Ce qui est très grave.
Il n’est pas question de protéger les criminels. Mais les moyens de ce tribunal sont limités. Il vaut mieux cibler ce qu’on veut démontrer pour permettre à l’histoire d’avancer et pouvoir tourner la page.
Si l’on ne peut donner la dimension historique à ce tribunal, alors on est face à un échec. Ce n’est pas la condamnation de Duch qui résoudra le problème khmer rouge.
N’aurait-il pas mieux valu une Commission vérité et réconciliation plutôt qu’un procès mal ficelé ?
Vérité sur quoi ? Il s’agit d’un crime génocidaire. Réconciliation avec qui ? Il faut d’abord me dire qui est l’assassin. Je verrai alors si j’ai envie de me réconcilier.
En partenariat avec La Tribune des droits humains
- Sur ka-set.infoLe procès de Duch au jour le jour, avec nos partenaires de Ka-Set
- Sur rue89.comTous nos articles sur le procès de Duch
- 7328 visites
- 57 réactions
















RSF : « Bachar assassin ! Poutine complice ! » 








Lynchez moi j'aime ça ! ! Mais (...)
Lynchez moi j'aime ça ! ! Mais (...)
Comment pouvez-vous être aussi affirmatif sur le cas de Dutch ? Certe ce type à été gardien d’un camp de torture et d’extermination mais on ne peut le juger sans le connaitre personnellement, connaitre son histoire, savoir comment il à été amener à étre gardien du camp, il ne s’est pas porté volontaire ça s’est sûr, et il à fait partie d’un systême horrible et surtout totalement fou, ou tous le monde se méfie de tous le monde, ou tous est « mécanique » dans les rapports. S’il avais ne serais-ce que formulé des doute sur son action dans le camp il aurai rejoind les prisonniers direct, quel choix a-ton ? la fuite ? Encore faut-il le courage et s’il a une famille il ne peut pas se permettre de fuir comme ça.
Ce qui gêne les gens c’est de se trouver face à un homme qui à probablement commis des chose horrible mais qui se trouve être un homme normal, pas le monstre qu’on nous avait décrit au début, il s’agit juste d’un homme qui faisait ce qu’on lui demandait sous peine de finir comme les type qu’il avait dans son camp.
Ce sujet est très complexe et les occidentaux que nous somme ne peuvent pas tous saisir des subtilité du cas.
De plus le fait qu’il reconnaisse sa culpabilité nous étonne car on aimerai pouvoir s’acharner sur lui, lui cracher à la gueule. Sauf que ce n’est pas lui qui à créé ce système, ce n’est pas lui qui à décidé des torture ou des critère qui menait les gens a la mort !
Or ces personne là ne seront pas inquiété, ce procès est une farce internationale.
PEACE




Partager