chili papers 03/10/2007 à 18h20

Au Chili, Michelle Bachelet met du social dans son budget

Thomas Huchon | Journaliste

Michelle Bachelet l’avait annoncé en mai, le budget 2008 serait « plus social ». Et la présidente chilienne a tenu parole. Rompant avec la tradition des gouvernements de la Concertation (la coalition de centre gauche au pouvoir après 1990), qui présentait des budgets en excédent, elle a décidé de financer d’importantes mesures sociales.

Le cours très élevé du cuivre, « le salaire du pays », lui donne une marge de manoeuvre supplémentaire. Les caisses de l’Etat sont pleines, et la « Michelle » entend bien en faire profiter l’ensemble des Chiliens. « Les deux tiers de l’augmentation du budget sont destinés à des mesures sociales, et toucheront des gens comme vous », expliquait récemment aux journalistes le ministre des Finances Andres Velasco.

L’éducation (avec plus de 700 millions de dollars investis dans les collèges et lycées et la mise en place de 200 000 bourses universitaires), la santé, les retraites (avec la création d’un système de pensions solidaires) : les projets sont nombreux, et les financements revus à la hausse.

Objectif : réduire les inégalités sociales

L’opposition de droite, qui attaquait le manque de volonté sociale du gouvernement il y a encore quelques mois, critique aujourd’hui le « gaspillage » et la volonté de Bachelet de « camoufler ses erreurs avec de l’argent ». Une posture intenable, où la droite joue les pompiers et les pyromanes, et où les contre-propositions concrètes manquent cruellement. Les partis de gauche, quant à eux, soutiennent la présidente et « son nouveau pacte social », confirme Sergio Bitar, le président du PPD.

Dans ce pays où les inégalités sont énormes (le Chili est l’un des dix pays les plus inégaux du monde), une petite partie des Chiliens accapare l’immense majorité des richesses, et vit dans un pays « développé », voir « riche », alors que l’immense majorité des autres survit avec des salaires très bas, pas de couverture sociale ou sanitaire, et une éducation au rabais.

L’objectif du nouveau « pacte social » de Michelle Bachelet est aussi de réduire l’écart entre riches et pauvres, et faire sortir son pays du sous-développement d’ici 2020.

Atteindre, d’ici 2020, le niveau de développement du Portugal

Reste pour cela, comme le rappellent les éditorialistes de La Tercera et de El Mercurio, les principaux quotidiens du pays, à « traduire en hausse qualitative » dans les services de l’Etat cette nouvelle manne, tout en maintenant le niveau de développement économique du pays.

De passage au Chili fin septembre, le haut commissaire aux Solidarités actives du gouvernement Sarkozy, Martin Hirsch, a tenté d’expliquer aux Chiliens que « ce n’est pas une grossièreté de mettre des fonds dans l’éducation, la santé, et plus généralement le social, alors que l’on voit que les besoins en la matière sont énormes ».

C’est le nouveau défi d’Andres Velasco, qui a déjà annoncé la couleur : « Le Chili peut avoir en 2020 le niveau de développement du Portugal ». Rendez-vous dans dix ans.

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  • Anonyme

    pourquoi ce reveil si tardif ? ? Cela sens, encore une fois, la basse manipulation politicienne. Peut-être pour reprendre l’initiative après le fiasco de la réforme des transports collectifs (dit « Transantiago ») ?
    Le Chili est un pays riche, très riche même puisqu’il fait partie des 20 nations le plus riches de la planète. Et pourtant, les gouvernements successifs de la coalition social-démocrate, ont été incapables de reduire les inégalités grossières qui font des chiliens un peuple de gens stressés, tristes, agrésifs (pour cause !)et misérables.
    Après presque 20 ans de dictature, on pouvait espèrer beaucoup mieux de la part des ces forces « progrésistes ». Bien au contraire, nous avons asisté à une polarisation encore plus choquante des diffèrences socio-économiques des gens.
    Il me semble bien trop tard pour tenter d’inverser cette tendence lourde su système que pousse, non pas à une égalité sociale mais à une explosion des rapports inter-chiliens.
    J’ai bien du mal à y croire, car on voit bien que il n’existe point de volonté politique pour provoquer les changements profonds dont le Chili a, pourtant, urgement besoin !
    Cette fois, c’est à eux de nous prouver qu’ils ont le courage de changer la vie.
    Je ne demande qu’a y croire !

  • Thomas Huchon
    Thomas Huchon
    Auteur(e) de l'article Journaliste
    • Posté à 00h11 le 05/10/2007
    • Journaliste 5927
      Journaliste

    Les efforts récents ne masquent pas les erreurs du passé, c’est vrai. La première qualité de Michelle Bachelet, c’est d’essayer, avec la marge de manoeuvre dont elle dispose. Son plus grand défaut, c’est que les dés sont pipés, et que pour changer ce modèle économique dévastateur, cela prendra très longtemps, où ce sera très violent.
    Les chiliens méritent au moins que quelqu’un tente sa chance. Comme ils disent souvent : « ahora, a ti te toca ! ». C’est à dire, « à toi de jouer ».

    Merci pour vos commentaires, et à bientôt pour débattre sur Rue89.com

  • Bonobo35
    • Posté à 04h48 le 05/10/2007
    • Internaute 4205

    Merci Thomas pour tes papiers.
    Des infos que l’on ne trouve pas ailleurs.
    Je m’informe tjrs un peu plus de ce qui se passe au Chili.
    Pas grave si peu de Riverains se manifestent.Tant pis pour eux.
    A Bientôt....

  • Anonyme

    Merci pour ces articles sur le Chili, je lis souvent La Tercera en ligne dans son édition digitale mais c’est aussi agréable d’avoir des nouvelles de ce pays en français.
    Et puis ça nous change de la presse classique qui, plus d’un an après son élection, réduit encore trop souvent Bachelet à son statut de première femme élue présidente.
    L’actualité est assez brûlante au Chili en ce moment avec l’arrestation des proches de Pinochet et de sa famille. On peut se demander s’ils seront vraiment jugés ou s’ils échapperont à tout procès comme leur mentor...