Aujourd'hui l'Inde 26/07/2009 à 11h52

Inde : six morts mais le riche héritier voit sa peine réduite

Yann Henaff | Aujourd'hui l'Inde


Soldats à Bombay le 20 juillet (Arko Datta/Reuters)


Condamné en 2008 pour « homicide involontaire sans intention de meurtre », le fils d’un marchand d’armes a vu sa peine passer de cinq à deux ans de prison lundi. Une décision jugée clémente par certains hommes de loi, qui constatent le poids de la corruption et des réseaux dans la justice indienne.

Un fils de marchand d’armes ivre en BMW qui renverse et tue six personnes avant de s’enfuir, de faux témoignages et de faux témoins ; « l’affaire » Sanjeev Nanda est digne d’un polar à rebondissements.

Le dernier en date remonte à lundi. La Haute cour de Delhi a jugé que Sanjeev Nanda, 31 ans, condamné en 2008 pour un « homicide involontaire sans intention de meurtre » remontant à 1999, tombait plutôt sous le coup de « mort par imprudence ou négligence ».

La nuance juridique entre l’article 304 et l’article 304-A du code pénal est subtile, mais la peine est bien distincte : jusqu’à dix ans pour le premier, contre deux ans pour le second.

L’homicide involontaire sans intention de meurtre « implique une volonté de nuire et la conscience de ses actes » explique Mayank Misra, avocat indépendant, alors que la « mort par imprudence ou négligence » « ne prend pas en compte l’intention mais simplement un manque d’attention ».

Le jugement de la Haute cour de Delhi va permettre à Sanjeev Nanda de sortir de prison dans quelques semaines, sa nouvelle peine ayant en partie déjà été purgée.

Un jugement « clément », selon Mayank Misra :

« Pour juger de la clémence de cette décision, il suffit de considérer la situation des petits cas dans ce pays. Ils languissent dans les prisons pour des durées qui excèdent largement leur peine maximale, parce qu’ils sont en attente de jugement, et parfois même sans avoir été jugé coupable. »

« C’est une peine légère », confirme l’avocat des libertés civiles Prashant Bhushan, « sachant que le procès a été marqué par des destructions de preuves et de fausses déclarations ».

A quoi doit-on cette clémence ? En Inde, la justice fait régulièrement l’objet de critiques pour sa bonne disposition vis-à-vis des accusés issus de familles riches et influentes. Le cas de l’acteur Salman Khan est un précédent fameux parmi d’autres. Accusé d’homicide involontaire pour avoir tué un homme qui dormait sur le trottoir alors qu’il conduisait ivre, la star de Bollywood fut débarrassée de cette accusation par une Haute cour de Mumbai.

La famille de Sanjeev Nanda est justement riche et influente. Son père est marchand d’armes, et son grand-père est un ancien amiral de la marine.

« Les juges appartiennent à des familles puissantes, et leurs décisions sont souvent le résultat de réflexes inconscients de solidarité de classe », analyse Mayank Misra.

Les connexions entre familles de la haute société associées à l’impossibilité pour les pauvres d’engager des avocats contribuent ainsi à l’élaboration d’une justice à deux vitesses. La situation devient plus problématique encore quand ces familles tentent de corrompre les juges.

« Sanjeev Nanda et sa famille ont essayé d’acheter les avocats de l’accusation, une peine exemplaire aurait du être donnée » avance Prashant Bhushan.

Plus modéré, Mayank Misra considère que la famille Nanda « a essayé d’influencer le procès » :

« Ont-ils tenté d’influencer la Haute cour ? Je suis assez sûr de cela. Les juges ont-ils mordu à l’hameçon ? On ne sait pas mais l’hypothèse ne peut pas être totalement écartée. »

La situation « empire », estime Prashant Bhushan, alors qu’une série de condamnations de personnalités en vue il y a trois ans semblait avoir modifié la donne.

Le père de Sanjeev Nanda n’a fait aucune déclaration à ce sujet dans la presse indienne, préférant évoquer les 31 ans de son fils et son « probable mariage à venir ».

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  • tr4nz1t
    • Posté à 12h44 le 26/07/2009
    • Internaute 36584

    c’est pas en france qu’on verrais çà....

    • Tassin
      Tassin répond à tr4nz1t
      Inquiet
      • Posté à 13h04 le 26/07/2009
      • Internaute 70606
        Inquiet
    • Utilisateur désinscrit à sa demande
      • Posté à 14h55 le 26/07/2009
      • Internaute 70482
        nc

      Depuis mon retour de l’Asie méridionale où j’ai longtemps vécu, je trouve que la France et l’Inde, finalement, ont beaucoup de points communs, en particulier pour ce qui est de la justice de classe.

      Dans un genre moins macabre, la récente affaire du scooter du fils Sarko, est assez édifiante.

      Sans parler de la foule muette des victimes du notariat véreux, dont je suis.

      Et Gaston Flosse ? N’importe quel citoyen en ferait cent mille fois moins, qu’il aurait été jeté au gnouf dans l’indifférence générale. C’est d’ailleurs ce qui se passe au quotidien.

      Le point commun aussi, c’est que la presse en parle ouvertement : c’est cela, et cela uniquement, qui me fait dire que l’Inde et la France sont encore à ranger provisoirement au rang des démocraties. Pour le reste, c’est le règne des richards et des mafias.

      • Aloïs
        • Posté à 20h02 le 26/07/2009
        • Internaute 39938
          .

        Justice de classe ou justice de caste ?

         
        • Utilisateur désinscrit à sa demande
          • Posté à 01h03 le 27/07/2009
          • Internaute 70482
            nc

          Ha : très juste. J’utilise la plupart du temps le mot « caste », y compris pour chez nous.

          Là, avec l’occidentalisation galopante des mentalités indiennes (abrutissement massif des classes moyennes à la télévision), et la paupérisation criarde des reliquats des classes ouvrières défuntes en Occident, ce mot devient de plus en plus approprié.

          D’autant qu’un dés critères déterminant la « castitude » est l’impossibilité d’unions intercastes. Autrefois – et encore de nos jours dans l’Inde rurale – peu importait le statut social : la rigidité « castiste » prévalait avant tout. Mais avec l’exode rural brutal et l’urbanisation, tout change : classes et castes finissent par se confondre.

          Combien de descendants de prolos parmi les membres des différents gouvernements de la Vè république ? Excessivement peu. Quel pourcentage de diplômés universiaires ?

          Et ce n’est certainement avec la création d’un lumpenproletariat de luxe (les Chômeurs Assistés) que ça changera. Bien au contraire.

          Oui : nos deux pays se ressemblent de plus en plus.

          En 1976, date de mon premier séjour en Inde, le contraste avec nos pays riches était incroyable. Plus maintenant.

  • aa77
    aa77
    Bâti
    • Posté à 15h08 le 26/07/2009
    • Internaute 49074
      Bâti

    Et nos voyous à nous ici en France, qu’en est-il ?

    En France, ces dossiers trainent volontairement et qui finissent aux oubliettes, pire encore on trouve même des places de grabataire-sénateur pour les accusés et ainsi profiter encore de l’immunité ! surtout lorsqu’on est des Hauts de Seine, « tout devient possible ! »

  • omega09
    omega09
    Retraité
    • Posté à 16h14 le 26/07/2009
    • Internaute 72961
      Retraité

    J’espère qu’ils ne lui ont pas saisi sa « béhéme »...pauvre chéri !
    J’ai honte pour le « peuple » indien.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 01h26 le 27/07/2009
    • Internaute 71957
      nc

    La fuite n’a pas qu’une fonction de tentative de ne pas se faire prendre. C’est aussi pour éviter le lynchage par les passants...

    Ce qui n’excuse en rien la suite...

  • orion77
    orion77
    http://desobeissance-civile. (...)
    • Posté à 15h31 le 27/07/2009
    • Internaute 64965
      http://desobeissance-civile. (...)

    Il ne faut pas se voiler la face, ça marche un peu ici aussi, il y a ceux qui peuvent payer un avocat, et il y a ceux qui ne peuvent pas.
    Je ne parle pas de l’aide juridictionnelle, qui est un « foutage de gueule » !

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