« Brüno » vous fera-t-il autant rire que « Borat » ?
Sacha Baron Cohen est-il aussi crédible en gay latex tendance néonazie qu’en bouseux kazakh buveur d’urine fermentée ? C’est la douloureuse question qu’il vous faudra trancher cette semaine. Trois ans après « Borat », le comique britannique déroule une suite de sketches plus déjantés les uns que les autres. (voir la vidéo).
Journaliste de mode, Brüno se paie la tête d’Hollywood qu’il rêve de conquérir. Tous les sous-groupes en prennent pour leur grade : militaires, chasseurs, juifs orthodoxes, militants islamistes, fans de catch... Il affiche à l’extrême son homosexualité débridée pour nous renvoyer tous à notre coté désespérément « politically correct » (le film est d’ailleurs interdit aux moins de douze ans).
Dans Libération ce 22 juillet, Philippe Azoury écrit :
« Les journalistes sont amers parce qu’ils ne savent pas comment rendre compte de “Brüno”. S’ils rigolent quand il faut rire (tout le temps), ils n’ont rien compris au film. S’ils le prennent au sérieux (comme il le faudrait), ils passent pour des cuistres. S’ils le comparent à “Borat” (le précédent alias de Sacha Baron Cohen) ou à Ali G, ils se trompent de numéro. »
Si celui que le journaliste de Libé qualifie de « Guy Debord nazi » séduira sans nul doute les foules (les recettes s’élevaient déjà 30,4 millions de dollars en un week-end aux Etats-Unis), lui trouverez-vous le talent de dénonciateur de la société actuelle que certains critiques lui prêtent ?
On attend vos avis d’ici lundi prochain.
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Consultant
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J’ai eu la malencontreuse idée de répondre à l’invitation de ma fille, qui a 18 ans, d’aller voir ce film en sa compagnie. O folie ! J’avais pourtant bénéficié de l’avertissement d’Anthony Lane du New Yorker, mon évangéliste du grand écran aux USA, dans son violent réquisitoire intitulé « Mein Camp » (jeu de mots qui perd de son mordant lorsqu’on le traduit en français par « Mein Cabotinage ») : le film, selon lui, est « dénué de la bonne humeur de Borat : totalement déconseillé aux enfants, mais pourtant propulsé par une puérilité navrante qui ne plaira qu’à ceux qui sont dans le tourbillon de la puberté ou aux adultes qui ont raté d’évoluer après elle ».
Au sortir de cette séance de torture à laquelle je me suis volontairement laissé piéger, j’ai décidé de ne plus jamais aller au cinéma avec ma fille ! ...
Je reviens au New Yorker pour noter deux points sur lesquels je suis tout à fait d’accord avec le critique de ce magazine :
1) Anthony Lane balaie les prétentions satiriques de ce film :
« Se pourrait-il que [Sacha Baron Cohen] s’engage dans l’entreprise de nous révéler nos sens cautérisés, et les blessures où nos jugements raffinés sont censés se trouver ? Belle idée, mais je crains que “Brüno’ ne soit plutôt complice des préjugés dont il est supposé se moquer. Vous ne pouvez honnêtement défendre votre parodie à principe de l’homophobie quand neuf sur dix des images que vous projetez sur l’écran sont conformes aux caricatures élimées du comportement gay. Un écolier qui regarderait un DVD pirate de ce film verra l’Autrichien crâneur et trouvera plus, pas moins, de raisons de tabasser sur la cour de récré le gosse qui n’aime pas les fillettes ”.
2) Anthony Lane épingle aussi l’apparition des grandes stars de la musique dans “ Brüno ” qui définit la couardise à la base des projets cinématographiques de Sasha Baron Cohen :
“ ‘Brüno’ se termine effroyablement sur un montage de Sting, Bono, Elton John et d’autres gens bien intentionnés aidant Mein animateur dans la chansonnette en chœur. Voici l’accord, apparemment : si les célébrités ne sont pas assez célèbres pour votre goût (Ron Paul, Paula Abdul) ou semblent insuffisamment formées à l’école de l’ironie, vous vous moquez d’elles à cœur joie et vicieusement, mais si elles sont au top, et idiotement enthousiastes de jouer un tour, elles peuvent se joindre à la congrégation. Baron Cohen oserait-il mettre un nouveau déguisement pour piéger Sting dans une folie bizarre ou est-il maintenant un ami trop proche ? Parcourir le monde pour trouver de petites gens qu’on peut railler, puis faire copain avec des branchés et des riches : cela n’est pas une voie à suivre pour un comique, sans parler d’un comique aussi tranchant et imprévisible que Baron Cohen ’.
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