Orelsan : la controverse court toujours... malgré les précédents
En pleine garden-party du 14 juillet à l’Elysée, Frédéric Mitterrand a pris position, mardi, sur la polémique qui traine toujours autour du rappeur Orelsan. Le ministre de la Culture juge « ridicule » le débat qui a repris du lest avec la déprogrammation de l’artiste aux Francofolies de La Rochelle.
Alors que Jean-Louis Foulquier, le fondateur du festival, a dénoncé l’action sous-marine et le « chantage aux subventions » de la présidente de Poitou-Charente Ségolène Royal, Mitterrand, lui, veut ramener la polémique sur le droit à l’excès et à la violence des paroles pour un artiste. (Voir le clip de « Sale pute », le titre au cœur de la polémique).
Pour le ministre, « Orelsan exprime le dépit amoureux ». Frédéric Mitterrand précise :
« Avec des termes qui ne sont pas les miens (...) mais il a tout à fait le droit de l’exprimer. Je ne trouve rien de choquant ni de répréhensible à la manière dont il le chante. Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qui sont devenues des classiques. »
Mitterrand repositionne donc le débat sur le terrain de la latitude de l’expression artistique. Qu’importe, d’ailleurs, la piètre qualité des paroles. Il s’affranchit ainsi du chemin dessiné malhabilement par sa prédécesseur à la Culture, Christine Albanel. Cette dernière s’était déclarée « choquée » par les paroles de « Sale Pute » et avait exigé à ce qu’Orelsan, maintenu aux Eurockéennes, de Belfort s’abstienne de chanter ce titre sur scène.
Exhumer Rimbaud à la rescousse d’un rappeur dont les arrangements musicaux et la subtilité des paroles restent à prouver a valu au successeur d’Albanel pas mal de critiques. Sur la Toile, certains imaginent ramener le ministre au « bon sens » et l’invitent à relire le poète.
Dès 1976, Gainsbourg fracassait le crâne de Marilou...
Pourtant, on peut se demander quelle subversion vient réellement se nicher dans le débat. Rimbaud ou pas, les élans de violence par dépit amoureux sont tout sauf rares. Gainsbourg, jaloux, n’expédiait-il pas Marilou sous la neige à coups d’extincteur ? Voilà qui n’a finalement pas à rougir de pâleur face à un Orelsan cocu qui veut « faire péter le rectum » de sa « Sale pute » dont il attend de voir « comment tu fais la belle avec une jambe cassée, comment tu suces quant j’te déboîterai la mâchoire ».
Gainsbourg et Marilou, pour mémoire, ça remonte à 1976 avec « L’Homme à la tête de chou » et ça disait ceci :
« Pour éteindre le feu au cul de Marilou
Un soir n’en pouvant plus de jalousie
J’ai couru au couloir de l’hôtel décrocher de son clou
L’extincteur d’incendie
Brandissant le cylindre
D’acier je frappe paf et Marilou se met à geindre
De son crâne fendu s’échappe un sang vermeil
Identique au rouge sanglant de l’appareil
Elle a sur le lino
Un dernier soubresaut
Une ultime secousse
J’appuie sur la manette
Le corps de Marilou disparaît sous la mousse. »
Apologie du meurtre ? C’est ce que reprochent les adversaires d’Orelsan au rappeur en matière de violence conjugale. Pourtant, Gainsbourg (toujours lui) n’a pas perdu son aura de monstre sacré après avoir chanté « Lemon incest » qui n’a pas fait de lui un chantre de l’inceste pour autant même s’il joue sur les mots (et avec sa fille dans un clip). Voilà comme ça sonnait, pour mémoire :
« L’amour que nous ne ferons jamais ensemble,
Est le plus rare, le plus troublant, le plus pur, le plus enivrant,
Exquise esquisse, delicieuse enfant, ma chair et mon sang »
Dans la bonne vieille culture française, il ne faudrait pas non plus oublier Michel Sardou qui a carrément « envie de violer les femmes » sans perdre son rang au Panthéon franchouillard. C’était dans « Les villes de solitude » :
« J’ai envie de violer des femmes
De les forcer à m’admirer
Envie de boire toutes leurs larmes
Et de disparaître en fumée. »
Sans omettre Johnny Hallyday, à qui on a commandé un concert gratuit en guise de grand messe nationale pour le 14-Juillet, et qui articulait tout de même dans « Requiem pour un fou » :
« Elle a fait de moi un fou, un fou d’amour
Mon ciel c’était ses yeux sa bouche
Ma vie c’était son corps son corps
Je l’aimais tant que pour la garder
Je l’ai tuée ; pour qu’un grand amour
Vive toujours, il faut qu’il meure
Qu’il meure d’amour »
Débat beaucoup plus discret sur le ragga homophobe
La question n’est pas franchement de prendre la défense d’un chanteur dont on peut douter qu’il fasse date. Sans compter que, comme le racontait Rue89 en mai, lui qui s’erige en héraut de la liberté d’expression avait menacé de procès les associations qui le brocardaient.
Cependant, on peut s’interroger sur l’opportunité d’un débat qui gagne la sphère politique. On ne peut pas dire que Ségolène Royal ait fait grand bruit contre la venue de Beenie man ou Capletown, Jamaicains notoirement homophobes qui exhortent, dans un pays où l’on tire encore sur les gays, à « brûler les pédales » pour ensuite les « vider de leur sang ». (Ecouter le titre en live)
Ces titres de 2003 remportent pourtant encore un grand succès aux platines de pas mal de soundystems. Et, après un appel au boycott en 2005 à l’occasion des tournées européennes de Capleton et Sizzla, le moins qu’on puisse dire est que le gros des associations et des politiques a déserté le terrain, à l’exception peut-être de Dominique Voynet, fraîchement élue à la mairie de Montreuil, qui s’était émue l’an dernier du passage de Sizzla dans sa ville.
Trop confidentiels, les artistes reggae ou ragga ? Mais la rapstar Eminem est elle aussi souvent présentée comme misogyne et homophobe malgré un savant coup de com qui l’avait amené à se produire avec Elton John. Le chanteur Moby l’avait même carrément accusé d’avoir « du sang sur les mains ». Voilà ce qu’écrivait Moby sur son site au tournant 2001-2002 :
« Si vous travaillez pour une chaîne de télévision, pour la presse ou pour la radio et que vous avez fait la promotion d’artistes qui encouragent la misogynie et l’homophobie, vous devriez avoir honte. Vous avez du sang sur les mains et vous devriez réfléchir aux conséquences qui découlent de cette culture que vous avez aidé à créer. »
Et vous, à part Rimbaud, avez-vous des souvenirs au moins aussi subversifs que la violence d’Orelsan à exhumer pour donner chair au dépit amoureux à la suite de Frédéric Mitterrand ? N’hésitez pas à fournir Rue89 en idées et cet article sera mis à jour.
- Sur Rue89Privé de Francos, Orelsan veut rencontrer Frédéric Mitterrand
- Sur Rue89Le rappeur Orelsan en veut à son tour à la liberté d'expression
- Sur Rue89Bayrou ne veut pas censurer l'auteur de « Sale pute »
- Sur uol.com.brMeurtre à l'extincteur : les paroles de Gainsbourg
- Sur imeem.comPour écouter "Bun out di chi chi" par Capeltown
- Sur myspace.comOrelsan sur myspace
- Sur www.rtl.frFrédéric Mitterrand prend position sur RTL
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citoyen
citoyen
c est fou comme un illustre rappeur inconnu et peu talentueux peu devenir d un coup sympathique quand on voit ces censeurs......




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