lesinrocks.com 13/07/2009 à 15h50

Aux Nuits de Fourvières, Blur sort du flou

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Johanna Seban | LesInrocks.com


Damon Albarn, leader du groupe Blur, lors d’une manifestation contre la venue de Bush en Grande-Bretagne (Matt Dunham/Reuters)

« Les esprits s’encrassent lorsqu’on s’approche de la trentaine », chantait Damon Albarn sur la bien-nommée « End of a Century », à une époque qui annonçait aussi un proche changement de millénaire.

Albarn a aujourd’hui 40 ans passés, des ridules autour des yeux- un regard dont on se demandera d’ailleurs à plusieurs reprises s’il n’a pas flirté avec le bistouri- et derrière lui, deux décennies marquées par plus de rebondissements qu’il n’en faut pour écrire un film de Bollywood.

Reflet fascinant des contradictions d’Albarn, Blur aura ainsi, en vingt ans de carrière, pillé l’héritage anglo-saxon (Kinks, Specials, Madness) pour ensuite mieux bouder l’Angleterre, dénigré l’Amérique grunge de Nirvana pour plus tard chiper à Sonic Youth et Pavement leurs plus brillantes idées, brandi l’Union Jack au point d’incarner le mouvement britpop à travers l’hémisphère nord, pour dès lors préférer, aux puces de Camden Lock, les clubs de Bamako, aux grands raouts britanniques, les déserts du Maghreb -« Think Tank », dernier album du groupe à ce jour, avait été enregistré au Maroc.

Alors qu’Oasis ressert la même bouse depuis dix ans, Blur prône l’ouverture

En d’autres termes, là où Oasis ressert la même bouse en boite depuis dix ans, Blur prône l’ouverture, et on sourira de voir la brochette de groupes indie rock dramatiquement anglo-centrés (Kaiser Chiefs, Hard-Fi, etc.) se revendiquer héritiers légitimes.

Dans la lignée logique de ces rebondissements, le groupe, en congés depuis six ans malgré la riche fécondité de ses membres en solo (Gorillaz ou The Good The Bad and The Queen pour Albarn, le label Transcopic et une série de disques en solitaire pour Coxon, le nouveau groupe Bad Lieutenant avec les ex-membres de New Order pour Alex James...), créait l’événement il y a quelques mois en annonçant une tournée anglaise.

La série de concerts, qui allait surtout marquer le retour au sein de Blur du guitariste Graham Coxon, évincé pour des problèmes d’alcoolisme au début du millénaire, passerait par les quatre coins stratégiques du royaume, de Glastonbury à Manchester ou Londres, avec même un concert en forme de retour au bled donné dans le musée ferroviaire de Colchester, ville d’enfance d’Albarn et Coxon.

Une douzaine de concerts au total, attendus par les fans comme la Coupe des Mousquetaires par Roger Federer, et tous complets en quelques minutes.

Après un concert décevant à Londres, la lumière est venue de Fourvières

Or, on passera finalement assez vite sur les retrouvailles de Blur et son public londonien : malgré une prestation généreuse et impeccable (deux heures de set et un concert en forme de gros best-of), le caractère impersonnel de Hyde Park (scène trop grande, festivaliers trop nombreux, son trop faible) donna surtout aux concerts de la capitale anglaise des allures de grosse célébration estivale. Or la lumière divine, pour Blur, est venue de l’amphithéâtre antique des Nuits de Fourvières.

Perchée sur les hauteurs de Lyon, l’arène, qui rappelle forcément quelques formidables concerts donnés par Radiohead à Nîmes ou Vaison la Romaine, se fit ainsi, deux jours après Londres, le théâtre magique de la renaissance du groupe.

Au cadre froid d’Hyde Park, les Nuits de Fourvières opposent un décor onirique (végétation luxuriante, coucher de soleil, vieilles pierres), qu’il faut rejoindre via un funiculaire -on se surprend même à penser au « Live at Pompeii » de Pink Floyd.

Le public envoie valdinguer les coussins gonflables prêtés à l’entrée

L’environnement, idéal tant au niveau esthétique que sur le plan strictement technique (son parfait, lumières somptueuses), permet à Blur d’aller piocher dans son vaste catalogue et d’enchaîner près de trente morceaux de toutes époques confondues -ironique quand on se souvient qu’il en avait fait une overdose, le groupe joue quasiment l’intégralité de « Parklife ».

Des quelques classiques de « Modern Life is Rubbish » (les exemplaires « Chemical World » et « For Tomorrow », l’inattendu « Oily Water ») aux moins formatés « Trimm Trabb » ou « Death of a Party », en passant par une quantité faramineuse de tubes (« Parklife », « Tender », « Girls & Boys », « Beetlebum », « This is a Low » ou encore une version fulgurante de « Country House »), Blur a ce soir-là rappelé combien son éclectisme avait manqué au paysage indé anglo-saxon, redessinant dans la même toile l’opéra de Kurt Weil, l’énergie des Buzzcocks et le songwriting de Ray Davies.

Histoire de faire pleurer de jalousie le voisin Paul Bocuse, la soirée s’acheva sur un final incroyable, lors duquel les centaines de personnes debout dans les gradins, électrifiées par deux heures de set et un rappel faisant se succéder des petites bombes punk à faire danser la tectonique à un cul-de-jatte (« Popscene », « Advert » et « Song 2 »), décidèrent, au rythme des riffs assassins d’un Graham Coxon en forme olympique, d’envoyer valdinguer les coussins gonflables qu’on leur avait gentiment donnés à l’entrée.

Le tableau, évoquant la rencontre entre les prestations psychotropes de Flaming Lips et les férias de Bayonne, laissa le groupe aussi ahuri et béat que son public.

Que Blur se souvienne de cette image pour en dessiner de plus belles encore : l’annonce d’un nouvel album, bien que peu probable, aurait aujourd’hui plus de valeur que la tirelire de Bernard Madoff.

Damon Albarn, leader du groupe Blur, lors d’une manifestation contre la venue de Bush en Grande-Bretagne, en 2003 (Matt Dunham/Reuters)

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  • Ludik69
    Ludik69
    toxico de l'info
    • Posté à 16h22 le 13/07/2009
    • Internaute 48785
      toxico de l'info

    « Le public envoie valdinguer les coussins gonflables prêtés à l’entrée »
    Comme d’habitude aux nuits de Fourvières !
    Par contre pour Pavement je vois pas trop .. Un exemple peut être ?

    • Paname
      Paname répond à Ludik69
      • Posté à 00h20 le 16/07/2009
      • Internaute 29947

      Je vous recommande l’album « Wowee Zowee » de Pavement...

      • Ludik69
        Ludik69 répond à Paname
        toxico de l'info
        • Posté à 08h52 le 16/07/2009
        • Internaute 48785
          toxico de l'info

        Je le connais par cœur ^^ je voyais juste pas trop le lien entre Blur et Pavement... « Wowee Zowee » est pour moi le meilleurs album des années 90

  • Ethelbert
    Ethelbert
    (né trop tard dans un monde (...)
    • Posté à 18h14 le 13/07/2009
    • Internaute 65688
      (né trop tard dans un monde (...)

    Deux remarques de pure forme :
    - pas de « s » à Fourvière ;
    - le site n’abrite pas d’arène, mais un odéon et un théâtre.
    Il y a également un amphithéâtre à Lyon -avec donc une arène, qui est le sol sablonneux de l’amphithéâtre - mais sur les pentes de la Croix-Rousse.

  • donjipe
    donjipe
    journaleux et blogueur
    • Posté à 20h06 le 13/07/2009
    • Internaute 41399
      journaleux et blogueur

    Ce fut un vrai « gros » moment. Un drôle de choix d’ailleurs un lieu de 4500 places après Hyde Park ou Glastonbury. Quasi intimiste. Mais c’est vrai que Albarn semble apprécier l’endroite en habitué (Lien).
    Blur envoya en tout cas la sauce avec une belle énergie, revisitant sa discographie qui ne peut se réduire qu’à une britpop pure et dure tant le groupe sut évoluer, avec un leader qui pioche en toute libertés dans des horions musicaux si variés. Sans être fan ou puriste, il y avait de quoi être emballé.
    Le song2 sous coussins fut en effet hallucinant même si c’est une habitude des lieux. L’envol prit des allures de moment au timing impeccable entre son, lumières et cet hommage du public. On était vraiment loin d’une reformation seulement pour le tiroir-caisse avec un groupe qui s’emmerde sur scène.

    @Ethelbert Merci pour les précisions, Lyonnais d’adoption j’ignorais ces détails (ignorance sur la précision des termes) et donc la différence de nature entre Cx-Rousse et Fourvière ; -)

    • Ethelbert
      Ethelbert répond à donjipe
      (né trop tard dans un monde (...)
      • Posté à 22h26 le 13/07/2009
      • Internaute 65688
        (né trop tard dans un monde (...)

      Je suis aussi Lyonnais d’adoption. Mais à mon arrivée ici, on m’a bien expliqué la différence entre les différents sites gallo-romains de cette belle ville. ^^
      Il y a beaucoup à voir et à apprendre sur cette époque à Fourvière (entre le musée gallo-romain, et son pendant à Saint-Romain-en-Gal).

  • simao
    simao
    (pfff)
    • Posté à 00h22 le 14/07/2009
    • Internaute 84384
      (pfff)

    Des qu on parle de Blur ou de Radiohead, le nom d’Oasis fait toujours son apparition alors qu’ils ne devraient ni être mentionnés. Thom Yorke et Damon Albarn eux peuvent se vanter d avoir essayé d’inventer une musique nouvelle, mais ça l’avenir nous le dira.
    Notons egalement que la musique malienne ne se limite pas a la musique poussive d’Amadou et Maryam et que notre cher Damon aurait pu être plus imaginatif...m enfin c est pour chercher la ptite bête

    • oLaye
      oLaye répond à simao
      • Posté à 00h29 le 15/07/2009
      • Internaute 20807

      bonjour,
      quand l’auteur évoque les expériences maliennes du monsieur, j’espère comme vous qu’il ne parle pas de Amadou & Mariam mais bien de l’album Mali Music, une perle ciselée quelques années plus tôt, et pour laquelle D Albarn conviait toute la crème du blues Malien.
      Le garçon est énervant. Autant la pop anglaise m’indiffère, autant je ne peux qu’applaudir quand il touche à d’autres styles (Mali Music, justement, et surtout Gorillaz, un son énorme !)

  • Gringo
    • Posté à 10h49 le 14/07/2009
    • Internaute 24805

    Hyde Park c’était bien aussi, apparemment moins, mais pour un set de reformation, c’était déjà vraiment bien (et coxon est pas revenu pour rien).

    Y’a eu qui en 1ère partie en France sinon ? (à Londres, on a eu « call it elvis » - « crystal castles » - « foals »)

    • thierry reboud
      thierry reboud répond à Gringo
      • Posté à 01h24 le 16/07/2009
      • Internaute 20923

      Dit une amie qui s’y trouvait : pas de première partie.
      (Et elle dit aussi que c’était énorme.)