Carla Sarkozy à L'Aquila : généreuse avec l'argent public
A ma très grande surprise (mais peut-être n’ai-je été qu’inattentif), il semblerait bien qu’une information soit passée totalement inaperçue sur Rue89 : lors de sa visite extra-protocolaire à L’Aquila, Carla Sarkozy a annoncé que la France verserait 3,2 millions d’euros pour la restauration du dôme de l’église Santa Maria del Suffragio, soit environ la moitié du montant estimé des travaux. Et là, je coince.
On nous dit et nous répète sur tous les tons et, semble-t-il, non sans raisons que les caisses de la France sont vides : dernièrement, ce sont deux membres éminents de la commission des finances du Sénat, Jean Arthuis et Philippe Marini, qui stigmatisaient l’insoutenable légèreté de la dette publique. Or, d’un seul coup, il semblerait qu’une personne sans le moindre mandat électif ni même exécutif, ait dégotté trois beaux et gras millions d’euros : il y a de quoi s’étonner, tout de même !
J’ai pourtant pris mes précautions avant de fulminer : peut-être s’agissait-il d’un don de Carla Sarkozy elle-même, auquel cas il n’y aurait pas grand chose à lui reprocher. Après tout, elle fait ce qu’elle veut de ses revenus. Mais non, vérification faite, Carla Sarkozy a bel et bien impliqué la France, c’est-à-dire les finances publiques.
Sarkozy nous chante comme il a changé, et pourtant : le mélange des genres qui fait qu’une personne privée dispose de finances publiques, les dépenses de prestige qu’on a du mal à ne pas croire faites pour épater la galerie, même la particulière sollicitude dont fait l’objet l’Eglise catholique (après tout, ce ne sont pas les monuments ravagés qui doivent manquer à L’Aquila !). Ce n’est plus bling-bling, certes, c’est nettement plus classieux.
Il semblerait que madame ait enseigné à monsieur les vertus de la culture classique et que le Vatican mérite mieux que des SMS furtifs... mais sur le fond ? Sur le fond, c’est la même chose : la désinvolture avec l’Etat et ses finances, la privatisation de la sphère publique, le fait du prince ou, en l’occurrence, de la princesse.
Et là-dessus, je n’ai pas lu de réaction offusquée sur Rue89. Ni ailleurs.
Photo : Carla Bruni visite l’Aquila sinistrée le 10 juillet 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).
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espère malgré tout
espère malgré tout
Je recopie ici le commentaire que j’ai laissé sur l’article mentionnant cette polémique sur le « fondement » d’une dame au G8.
« Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous.
Effectivement les habitants sinistrés de L’Aquila ont plus besoin d’un toit que d’une église, mais pour la plupart des Italiens les églises sont très importantes, bien plus qu’en France. Je pense donc que c’est au contraire se mettre à la portée de la culture italienne que de proposer la financement de la réparation d’une église, plutôt qu’une autre construction qui aurait davantage correspondu aux Français, mais moins aux Italiens. C’est très symbolique de proposer une aide à la réparation d’une église. Ca signifie : nous savons que c’est dur pour vous de ne plus avoir d’église, nous avons compris que c’était important, nous vous aiderons à y remédier.
Par ailleurs, j’imagine qu’une partie de ce qui vous dérange, c’est le montant de cette aide, alors que ce pays est riche et que nous on ne l’est pas vraiment. Mais un pays a beau être riche, lorsque des réparations se chiffrent en millions, on peut comprendre que ce soit difficile à gérer.
Après tout, tout le monde trouve normal que la France vienne en aide à des pays défavorisés pour leur développement ou leur reconstruction.
En période de crise, il faut bien se garder d’une tendance à l’égoïsme. Nous avons sans doute des difficultés, mais il y a toujours un homme à côté qui en a plus. Devons-nous lui tourner le dos parce que nous avons nos petits soucis ? Peut-être le Français a-t-il perdu son travail, mais ces gens-là ont tout perdu, y compris des membres de leur famille, et une église fait partie du ciment social d’une communauté. »
Maintenant, il est effectivement très maladroit que ce soit la femme du président qui annonce ça, puisqu’elle n’a aucune investiture officielle quelconque.
Ceci dit, je pense qu’il est important de préciser qu’on était déjà au courant de ce don, les media en parlaient déjà avant que Carla ne l’évoque publiquement.
Je reconnais cependant qu’il était habile de la part de Sarko de faire annoncer ça par cette femme, qui lui sert en fait de faire-valoi pour mieux faire passer la pilule avec une jolie gueule (encore que ça se discute). Ca voulait dire : sortez vos mouchoirs, la France arrive à votre secours. Quand c’est une femme qui l’annonce, le pathos ressort beaucoup plus.




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