08/07/2009 à 18h59

Un chauffeur de taxi peut-il travailler 11 heures par jour ?

Charlotte Lazimi | Reporters d'Espoirs


Le lumignon d’un taxi parisien (Charles Platiau/Reuters)

Il est 2h40 du matin dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. On est samedi soir, une foule attend près des bornes de taxi. Sur le trottoir, de petits groupes hèlent sans succès des taxis déjà occupés. Chaque week-end dans la capitale, trouver un taxi libre à cette heure est une gageure.

Un taxi s’arrête. « Vous avez de la chance de me trouver », me dit le conducteur, la cinquantaine, une moustache grise et un accent méditerranéen.

Ce jour-là, il a commencé à 18 heures et finira à 5 ou 6 heures du matin. « C’est comme ça presque tous les jours » explique-t-il. Mais je prends de temps en temps un jour pour me reposer. » D’où ma surprise : onze heures par jour, sans jour de congé obligatoire ? Est-ce vraiment légal ?

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Une réglementation variable selon le statut et la ville

Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir de quel taxi on parle. Trois statuts différents cohabitent :

  • l’artisan-taxi, propriétaire de son véhicule et de sa licence (80% des cas)
  • le locataire, qui loue son véhicule mais reste autonome, avec le statut de travailleur indépendant
  • le salarié, employé par une agence de taxis (c’est son patron qui détient l’« autorisation de stationner » délivrée par la préfecture). Il est rémunéré sur la base d’un fixe et d’un pourcentage sur les courses (environ 30%)

A Paris, où circulent 16 000 des 52 000 taxis français, un chauffeur peut rouler jusqu’à onze heures par jour, quelque soit son statut. La réglementation des horaires est prise par la préfecture de police.

« On estime qu’ils roulent pendant 70 % de leur temps de travail, sinon, ils sont aux bornes pour attendre le client », explique Jean-Claude Françon, président de la Fédération nationale des taxis indépendants.

« Le contrat de location, c’est de l’esclavage moderne »

Et dans le reste de la France ? Il n’y a pas de limitation en termes d’horaire, mais les taxis salariés sont soumis à une convention collective. Ils travaillent six jours par semaine et ont deux jours de repos consécutifs.

Karim Asnoun, secrétaire de CSCC CGT-Taxis dénonce au passage les conditions de travail des locataires :

« Il y a très peu de salariés, la plupart des patrons de sociétés de taxi ont réussi à imposer un contrat de location. Pour nous, c’est de l’esclavage moderne. Chaque semaine, un doit travailler presque sept jours sur sept pour payer 800 à 900 euros de location. »

On l’a vu, être taxi à Paris n’implique pas les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’à Marseille, par exemple. Jean-Claude Françon, président de la Fédération nationale des taxis indépendants précise :

« La première loi date de 1937 Elle s’appliquait à Paris, à Lyon et dans le département du Nord. Aujourd’hui, elle ne s’applique plus qu’à Paris. »

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Et pour les jours de congés ?

Quelque soit sa ville, un chauffeur de taxi artisan ou locataire peut travailler 365 jours par an s’il le souhaite. Seule exception : Marseille, où il peut rouler jusqu’à 12 jours de suite, mais devra prendre ensuite 4 jours de récupération.

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Qui contrôle le temps de travail par jour des taxis ?

En 1938, le fameux horodateur des taxis est créé et, avec lui la police des taxis, dont les agents sont surnommés « les Boers ». Placé à l’arrière de la voiture, sur le côté droit du véhicule, visible de l’extérieur, l’horodateur affiche les heures de fin de service du conducteur.

Un taxi a droit à deux coupures de trente minutes au minimum chacune, et au maximum de trois heures cumulées. Pendant cette pause, le conducteur peut quitter son véhicule, et indique sur son horodateur par une manipulation qu’il est en coupure. Ces horodateurs sont une spécificité parisienne, seul endroit où le temps de travail horaire est limité.

Les Boers vérifient aussi que les conducteurs de taxis disposent d’une licence professionnelle, et que les tarifs pratiqués sont conformes à la réglementation en vigueur.

Pierre Piperis, brigadier chef et responsable des Boers à Paris, explique :

« Si un taxi dépasse son temps de travail réglementaire, il risque une amende de première classe allant de 38 euros jusqu’à 60 euros avec les frais de dossiers. En dix ans de carrière, je n’ai jamais vu de trafic d’horodateur ! »

Photo : le lumignon d’un taxi parisien (Charles Platiau/Reuters)

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  • 19 réactions
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  • Crainquebille
    • Posté à 19h06 le 08/07/2009
    • Internaute 64055

    « ...trouver un taxi livre à cette heure est une gageure. »

    Un taxi livre ? Joli concept...

    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à Crainquebille
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 23h06 le 08/07/2009
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      C’est corrigé mais l’idée était effectivement poétique.

  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 19h19 le 08/07/2009
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze

    peut être encore un taco ivre à cette heure

  • Propergol
    Propergol
    Chasseur de troll
    • Posté à 19h47 le 08/07/2009
    • Internaute 24265
      Chasseur de troll

    « Pendant cette pose, “

    >>cette pause ;)

    • franeth
      franeth répond à Propergol
      intermittent du spectacle
      • Posté à 20h08 le 08/07/2009
      • Internaute 39217
        intermittent du spectacle

      et si les journalistes, puisque c’est leur travail, commençaient à se relire avant de poster des articles ? ? ? ?

      • Domingo
        Domingo répond à franeth
        • Posté à 21h28 le 08/07/2009
        • Internaute 53623

        intermittEnt, pas intermittant

    • Charlotte Lazimi
      Charlotte Lazimi répond à Propergol
      Auteur(e) de l'article Reporters d'Espoirs
      • Posté à 20h20 le 08/07/2009
      • Internaute 71866
        Reporters d'Espoirs

      Merci

      C’est corrigé.

    • Alice M
      Alice M répond à Propergol
      internaute
      • Posté à 20h27 le 08/07/2009
      • Internaute 75163
        internaute

      QUEL que soit son statut,
      QUELLE que soit sa ville.

      Ne pas confondre « quelque » avec « quel que » ou « quelle que ».

    • DBL8
      DBL8 répond à Propergol
      Retraité
      • Posté à 09h16 le 09/07/2009
      • Internaute 19562
        Retraité

      Pendant la pause il prend la pose.
       ;)

  • corbeau deciitre
    corbeau deciitre
    Educateur spécialisé
    • Posté à 20h06 le 08/07/2009
    • Internaute 71752
      Educateur spécialisé

    Oui et aussi le dimanche, car faut savoir ce qu’ils veulent, si c’est des vacances ou gagner plus !

    Woaaaaa ! réfléchir comme l’UMP, c’est fastoche !

    • Tintinac
      • Posté à 12h07 le 09/07/2009
      • Internaute 15124

      Une autre question pour les penseurs de l’UMP :

      Comment le client va t’il acheter le dimanche s’il travaille ce même jour ?

      Réponse : il faut ouvrir les magasins la nuit pour développer la croissance. Et après ... ? ? ?

  • Jezabel
    Jezabel
    Professeur d'Anglais/ (...)
    • Posté à 11h22 le 09/07/2009
    • Expert 64289
      Professeur d'Anglais/ (...)

    Il serait intéressant pour donner suite à l’article ci-dessus d’en consacrer un autre sur les tarifs pratiqués par les taxis Parisiens.

    J’ai un Solex et je prends rarement le taxi mais j’ai souvent été très étonnée de constater le détour incroyable auquel se livre les chauffeurs de taxis afin d’amener leur client à destination.

    Je me suis retrouvée à héler un taxi Boulevard Magenta. La destination était Place Monge. Boulevard Magenta/Place Monge. Je le fais quasiment tous les jours en Solex. Je mets vingt minutes, en heure de pointe, en me faufilant quand même de temps en temps entre les voitures. En heure creuse, c’est le plaisir ! ! Je roule tranquillement, paisiblement, sur des lignes droites, en prenant des virages… 15 minutes pour relier les deux endroits.

    En taxi, les chauffeurs pensent malheureusement trop souvent qu’ils sont en mission pour faire visiter la ville aux touristes. Le temps d’un trajet très long, il ou elle (plutôt il que elle d’ailleurs) se transforme en guide touristique. Sans les mots pour raconter l’Histoire et sans les « hot spots » à voir. C’est ainsi que je me suis retrouvée, un jour à Place d’Austerlitz alors que je souhaitais aller à Place Monge. Ou encore aux Jardins des Plantes.

    Une fois, même, voulant aller à Boulevard de Grenelle dans le 15ème arrondissement de Paris, je me suis retrouvée à Rue de Grenelle dans le 7ème. J’avais pourtant expliqué au moins trois fois au chauffeur que c’était dans le 15ème, que je ne connaissais pas l’adresse exacte mais que je savais au moins que je voulais aller au métro La Motte-Piquet-Grenelle. Résultat, je me suis retrouvée à Rue de Grenelle, avec un gentil Monsieur qui m’expliquait qu’il ne connaît pas bien Paris, mon Dieu, que le GPS posé sur son tableau de bord ne fonctionne pas… J’ai gentiment souri et expliqué qu’il ne fallait pas me prendre pour une imbécile. Résultat, trajet Gare de l’Est/La Motte Piquet Grenelle : 19 €, moins 1 € de rabais. Quelle générosité.

    Comme pour les bagages qui doivent aller au coffre. Si je ne me trompe pas, l’arrêté préfectorale pour les taxis stipule que tout bagage encombrant, faisant au moins 5 kilos peut être facturé 0.90 centimes d’euros ou 1€. Pour deux sacs à dos, j’ai eu droit à une facturation de 2€ par bagage avec un « allez, je vous le fait à 3€ »). Plus les 16€ pour faire Boulevard Magenta/Place Monge. Il ne fallait vraiment pas exagérer ce jour-là. Après une dispute avec Petit Ami, j’étais devenue une furie. Il ne fallait pas me chercher. J’ai appelé les flics qui rôdent souvent dans le coin. Ils sont intervenus. J’ai presque regretté de les avoir appelés à la manière dont ils se sont adressés au chauffeur de taxi. « Et votre licence, vous l’aveeeeeeeeeez ? ? ? Vous l’aveeeeeeeeez, oui ou non ? » Le chauffeur était content de le produire. Quoiqu’il en soit, ils n’étaient pas d’une grande aide mais je n’ai finalement payé qu’un euros au lieu des trois demandés. Petite victoire et fini les taxis.

    Ah, je tiens à signaler que j’ai pris un taxi, le dernier en date (toutes les expériences précédentes se sont produites sur deux ans) qui m’a fait un trajet de destination à destination, sans détour. Peut-être est-ce parce que je lui ai annoncé d’emblée, en entrant dans le taxi que j’hallucinais sur le nombre de chauffeurs malhonnêtes qui sévissent à Paris. En tout cas, trajet Place Monge/Boulevard Magenta = 7 €. Royale !

    J’oubliais, si vous prenez un taxi stationné dans une gare, c’est 1€ de plus ! Et si vous appelez un taxi alors que vous êtes sur votre lieu de travail, le chauffeur arrive normalement avec cinq minutes d’avance, attend patiemment, ne s’annonce pas à l’accueil et grappille ainsi quelques euros de plus à la fin du trajet.

    La malhonnêteté des chauffeurs de taxis me sidère. Je préfère rouler paisiblement en Solex et payer 14€ d’essence par mois pour un aller/retour Boulevard Magenta/Place Monge tous les jours.

  • CMOI.12110
    CMOI.12110
    Technicien Sup
    • Posté à 11h37 le 09/07/2009
    • Internaute 76055
      Technicien Sup

    Je me souviens avoir fait (comme beaucoup d’autres) de 10 a 16 h par jour et dans le batiment, pas le cul sur le siège d’une voiture et je ne suis pas mort, il est vrai qu’actuellement il est difficile de pouvoir travailler ne serais-ce qu’a mi-temps tellement le petit et ses sbires créent des emplois.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 11h56 le 09/07/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Difficile de trouver un taxi à 2h40, ouais il parait... Un jour faudrait que j’essaye de prendre un taxi à une station de taxi, histoire d’avoir l’air idiot moi aussi.

    Sans déconner, faut pas les prendre aux endroits où il y a du monde.
    C’est comme une rivière où y’a plein de monde qui se baigne : si on veut être sûr que personne n’a pissé dans l’eau, il faut remonter le courant.

    Enfin vu le prix, faut quand même avoir une bonne raison pour prendre un tacos, genre une jambe cassée ou une gonzesse : D

  • Jezabel
    Jezabel
    Professeur d'Anglais/ (...)
    • Posté à 12h27 le 09/07/2009
    • Expert 64289
      Professeur d'Anglais/ (...)

    Sans prendre le taxi à des endroits où il y a foule, on se retrouve parfois dans l’obligation de le prendre - surprise à faire à Petit Ami à minuit pile, se retrouver en panne d’essence pour le Solex, impossible de prendre le métro car le Monop sera déjà fermé une fois arrivée sur place... Que de petites choses.

  • MrBozo
    MrBozo
    Ingénieur
    • Posté à 12h37 le 09/07/2009
    • Internaute 56589
      Ingénieur

    Licences, régulations, tarifs imposés, voilà encore un métier complètement cartélisé par l’état. Il faudrait supprimer toutes ces lois liberticides et laisser chaque conducteur travailler selon ses préférences, uniquement restreint par le libre choix de ses clients.

  • isabey
    • Posté à 13h31 le 09/07/2009
    • Internaute 2434

    ils font leur propre loi-on se demade, comment.

  • totolarigo
    • Posté à 13h53 le 09/07/2009
    • Internaute 33239

    sont ils vraiment a plaindre ?
    avec tout le cash qu’ils manipulent, ca doit etre bien facile pour certains experimentes de detourner certaines regles....
    pour les autres chauffeurs (camions ...), c’est 2 fois 4 heures de conduite avec pause obligatoire.

    je ne vais pas vous cacher que j’ai du mal avec cette profession meme si j’en connaissais un qui etait tres gentil avec moi ce qui n’est pas le cas de la majorite.
    pour eux, la ville leur appartient ( peu de clignotants, double file, queues de poisson, etc... ) demandez aux 2 roues a paris ce qu’ils en pensent....

    je rentre du boulot la nuit et j’ai souvent prefere rentrer a pied plutot qu’en taxi.
    dans mon taf, je fais parfois journees de 25h (oui, je travaille dans le spectacle, faites une petite enquete sur les horaires des techniciens dans les evenementiels.. )
    j’habitais a paris, du moins a fontenay, et pour rentrer au petit matin, il fallait gruger pour trouver un taxi car des que je leur disais fontenay, ils refusaient, alors je devais dire « chateau de vincennes » et ensuite, je les guidais quitte a me faire « brasser » comme quoi j’aurais pu leur dire la destination finale...

    2 petites anecdotes sur les tarifs :

    pendant un moment, je faisais le trajet toutes les semaines meme jour meme heure entre fontenay et les studios de la plaine saint denis : resultat, la note s’etalait entre 18 et 28 euros, allez savoir pourquoi....(si je m’en souviens bien j’ai eu 2 fois 3 euros de bagages une fois alors que j’ai juste 2 petits sacs )

    maintenant je suis sur antibes dans le sud
    il y a 2 ans, en rentrant d’un spectacle sur paris, je sors de la gare de train avec la flemme de porter mon sac et je monte dans un taxi, il demarre et je vois qu’il ne met pas le compteur alors je lui demande pourquoi et combien ca me coutera ( pour aller a 1km de la meme pas ) il me repond : 10euros, alors je lui dis que je prefere qu’il mette son compteur, et il repond avec son accent corse : « ecoutez c’est 10 euros c’est comme ca, et si ca vous plait pas, je vous laisse la » alors je suis descendu heureusement sans rien payer.

  • Renaud Vialet
    Renaud Vialet
    Riverain tardif
    • Posté à 14h43 le 09/07/2009
    • Internaute 14699
      Riverain tardif

    Il n’y a pas qu’à 11 heures du soir Bd St Germain que prendre un taxi est un problème. Je vous propose l’aéroport de Marignagne pour aller autre part qu’à Marseille, ou de l’aéroport d’Orly pour aller à Rungis (drôles d’idées, je le reconnais, je ne recommencerais plus). Intermédiaire tout désigné entre voiture et transport en commun, le taxi français souffre de beaucoup de maux : tarifs élevés, refus de courses, manque de disponibilité ... Si mes souvenirs sont exacts, la dernière tentative de réforme s’est arrêtée avant même d’être discutée, sur des froncements de sourcils de la profession, ce qui est resté pour moi un joli exemple des limites de la fameuse Rupture.
    J’ai peu voyagé, mais dans mes expériences étrangères, le taxi est un moyen rapide, pratique et sans trop de surprises tarifaires pour se déplacer.