Yves, ouvrier retraité, 984 euros pour « survivre »
Au lendemain de l’élection municipale à Hénin-Beaumont, Eco89 passe le porte-monnaie d’un ouvrier retraité héninois au rayon X. L’occasion de revenir sur l’un des enjeux de la campagne : la fiscalité.
Yves aurait préféré travailler à la mine mais son père, gueule noire, lui interdit d’y mettre un pied, sous peine de lui casser les jambes. C’était il y a 52 ans. A l’époque, le Nord ne connaissait pas encore le chômage. On pourra dire ce qu’on veut des mines, au moins elles fournissaient du travail à tous, soupire-t-il.
Ouvrier dans le bâtiment pendant 42 ans, Yves est à la retraite depuis 1999. Cette dernière décennie ne le satisfait nullement :
« A l’heure actuelle, je survis. Ce n’est pas tout de travailler, il faut aussi avoir des loisirs. Quand j’étais dans la vie active, je vivais mieux alors que j’avais mes deux filles à charge et que je payais mon loyer. Maintenant, je n’ai pas de loyer, plus de filles et plus de loisirs... »
Actif, Yves gagnait environ « 1 000 000 anciens francs », soit l’équivalent de 1500 euros. Une somme à laquelle s’ajoutaient des primes. Aujourd’hui, il touche 984 euros par mois.
Revenus : 984 euros par mois
Yves touche une retraite versée par la Sécurité sociale et un revenu de la BTP-Pro qui prévoit le paiement d’une retraite complémentaire aux anciens ouvriers du bâtiment.
Tous les ans, il touche donc 8 080 euros versés par la Sécurité sociale et 3 735 euros versé par Pro-BTP, soit 11 815 euros par an ou 984 euros par mois.
Sa femme, Hélène, ancienne ouvrière textile a travaillé trente ans à la Lainière de Roubaix. En 1990, l’usine ferme. Elle a 54 ans. On lui propose un stage de reconversion mais handicapée, elle ne retravaillera jamais.
Aujourd’hui, la Sécurité sociale lui verse 6 961 euros par an. Elle touche une complémentaire annuelle de 2 946 euros. Son revenu mensuel tourne autour de 800 euros.
Dépenses mensuelles fixes : 873 euros
Yves ne tient pas ses comptes et ne sait pas exactement combien il dépense. Comme tous les Héninois, il peste contre des impôts locaux trop lourds :
« Entre l’époque où je me suis marié et maintenant, ça a été multiplié par quatre... Tout ça pour avoir une ville dans cet état... et on va encore payer ! C’est pour ça que le FN augmente mais bon, il faut quand même réfléchir à deux fois avant de voter. Moi, je vote toujours à gauche. »
Dans son intérieur joyeusement désordonné, ses déclarations d’impôts sont soigneusement rangées au fond d’un meuble. Pour 2008, Yves a déboursé autour de 2000 euros :
- Redevance télé : 160 euros
- Taxe d’habitation : 728 euros
- Taxe foncière : 909 euros
- Impôt sur le revenu : 240 euros
Il paye plusieurs assurances :
- Assurance auto : 400 euros par an (« J’ai acheté ma voiture il y a dix ans. Je l’utilise peu. »)
- Assurance habitation : 30 euros par mois
- Mutuelle santé : 150 euros par mois
Son assurance vie a été résiliée.
Depuis 2006, il ne paye plus de crédit habitation. C’est ainsi qu’il commente ce remboursement sur vingt ans :
« Je sais pourquoi j’ai travaillé. Sans cela, aujourd’hui, je serais précaire. »
Ses autres dépenses fixes, qu’il juge « lourdes », concernent l’alimentation et l’électricité :
- Courses : Entre 400 et 500 euros par mois
- Chauffage/Electricité : 120 euros par mois
- Eau : 13 euros par mois
Yves n’a ni portable ni abonnement au câble. Il passe rarement des coups de fils. Sa facture téléphonique mensuelle s’élève à 7,50 euros.
Tous les mois, ses dépenses fixes s’élèvent donc à environ 700 euros. Si l’on y ajoute les 2000 euros d’impôts annuels, la somme s’élève à 873 euros.
Le luxe, deux semaines de vacances dans les Deux-Sèvres
Tous les ans, Yves et Hélène vont passer une quinzaine de jours chez un « vieil oncle » dans les Deux-Sèvres. Et dépensent environ 200 euros entre le prix du carburant et celui de l’autoroute. C’est le principal poste du budget « loisirs » du couple.
Autre « gros » budget, l’abonnement annuel d’Yves à la tribune de football de Lens, pour 100 euros, mais il aurait « du mal à s’en passer ».
Rares sont ces autres « petits plaisirs » que s’offre l’ancien ouvrier. Il achète La Voix du Nord (0,95 euros) tous les jours, Le Canard enchaîné de temps à autre et, avec Hélène, il participe parfois à des repas dansants organisés par une association d’Hénin-Beaumont :
« Quand on a fini de payer la maison, on s’est dit “ouf on va profiter de la vie” mais là, à la fin du mois, il ne reste pratiquement rien. Il y a toujours quelque chose à payer. »
Après avoir fait ses comptes pour Rue89, Yves relève que « vraiment, non », il n’est pas privilégié. Il plaint surtout les jeunes qu’il accuse d’immobilisme :
« Moi, j’ai fait ma vie. Les jeunes, eux, vont travailler plus pour gagner moins à la retraite. Or, on ne les voit pas, ces jeunes, sur les manifs ! Nous, on les a défendus nos droits. Eux, ils risquent de tout perdre. »
Photos : Chez Yves, ouvrier retraité de Hénin-Beaumont, en juin 2009 (Audrey Cerdan).
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consultante en ressources (...)
consultante en ressources (...)
Ce n’est pas gai votre article, car il ramène à une triste réalité.
On tire le bilan de sa vie : on a travaillé, on est content d’être propriétaire d’une maison (assez jolie, faut-il le dire - d’autres ne pourront pas en dire autant)... et tout ce désordre économique, cette inflation masquée avec l’introduction de l’euro, fait que la retraite ne permet plus les petits voyages organisés bien sympathiques dans les endroits divers de notre globe.
Il fût un temps, il n’y a pas très longtemps, les retraités étaient le coeur de cible des tours opérators, ils avaient le temps, les enfants étaient grands, élevés, ils pouvaient enfin voyager...
Or, que se passe-t-il ? Les enfants sont faits de plus en plus tard, ils ne trouvent plus de travail : ils finissent leurs études plus tard, partent plus tard aussi du nid familial quand ils n’y reviennent pas à l’occasion d’un retour de fortune.
Les seniors sont jetés des entreprises avant 55 ans. L’âge d’or des retraités, c’est fini, et comme la population vieillit, même pas d’espoir que cela s’améliore.
Quelle était la solution pour ces catégories sociales : aucune ! Travailler plus pour gagner plus, on n’y aurait même pas pensé
(humour !)...
Tristesse, comme aurait dit Chopin.




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